La haine érigée en liberté d’expression

Les tensions étaient vives entre manifestants et contre-manifestants le 12 août 2017 à Charlottesville, en Virginie.

Les tensions étaient vives entre manifestants et contre-manifestants le 12 août 2017 à Charlottesville, en Virginie.   (CNS photo/Joshua Roberts, Reuters)

Le rassemblement de suprémacistes blancs et de néonazis qui s’est tenu durant le weekend dernier à Charlottesville aux États-Unis apparaît clairement comme un symptôme alarmant de la haine raciale et xénophobe qui sévit depuis toujours au sein de certaines couches de la population blanche américaine.

La mort d’une femme et les blessures infligées à plusieurs manifestants par un jeune activiste d’extrême-droite va de pair avec le déchaînement de cette haine érigée en «liberté d’expression» qui a droit de cité comme jamais auparavant.

Du terrorisme, rien d’autre

Le geste de cet homme est du même ordre que ceux, récents, que le monde n’a pas hésité à qualifier de terroristes. Un tel passage à l’acte trouve sa légitimation dans l’extrémisme idéologique. Nous le voyons, l’idéologie de la haine est une dérive qui peut se greffer à tout groupe, tant religieux que politique, ethnique ou nationaliste, qui se persuade lui-même d’être sous la menace d’un ennemi, imaginé ou réel.

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Des siècles de rattrapage*

walk_for_reconciliationJ’étais à la rencontre avec les Premières Nations au sanctuaire Notre-Dame-du-Cap au printemps dernier. J’y ai pris conscience encore plus douloureusement d’une histoire qui ne nous a jamais été racontée. Elle porte notamment sur le mépris des descendants des Européens, nos ancêtres, et sur la transmission de cette attitude jusqu’à nos générations.

Avant la colonisation, les habitants du continent nord-américain formaient de nombreuses nations dispersées en plusieurs communautés. Peuples généralement pacifiques, ils géraient leurs conflits par des traités d’égal à égal. Leur spiritualité de communion profonde avec la nature, la terre, le ciel ainsi qu’avec leurs ancêtres décédés leur permettait de donner un sens à l’univers, à leur présence sur terre ainsi qu’aux événements.

Si nous pouvons reconnaître les nombreux efforts de rapprochements, à commencer par ceux des missionnaires qui ont voulu vivre auprès des autochtones en apprenant les langues locales et en leur apportant le témoignage de leur foi ardente, nous devons également prendre conscience de l’ivraie entremêlée au bon grain.

Les communautés autochtones ont subi de nombreux outrages : le non-respect de traités signés, le racisme alimenté par les préjugés, l’exclusion des espaces occupés par les Blancs, espaces que nous n’avons jamais cessé d’étendre jusqu’à étouffer les premiers habitants dans des réserves minuscules, en comparaison des immenses territoires qui étaient leurs.

Condamnés à la sédentarisation, tous les problèmes sociaux que nous leur connaissons aujourd’hui sont apparus peu à peu. Par une complicité inexplicable de la part des Églises, l’époque des pensionnats autochtones qui a duré près de 150 ans, constitue une tragédie tant sociale que spirituelle que nous sommes bien loin de mesurer justement.

Pour un renversement des choses

Les peuples autochtones ont appris nos langues, nos coutumes, notre mode de vie, notre code vestimentaire, nos lois et notre système économique. Nous pouvons dire avec certitude qu’ils nous connaissent beaucoup mieux que nous ne les connaissons : ils sont plutôt rares ceux d’entre nous qui ont visité une communauté autochtone, tenté de comprendre leur relation avec la nature, saisi les clés de compréhension du monde qui les entoure, lié une amitié réciproque avec une personne autochtone, appris à parler sa langue.

Avec la Commission Vérité et Réconciliation sur les pensionnats autochtones de même que la situation troublante des femmes disparues ou assassinées, les médias ont enfin mis en lumière des problématiques qui les affectent. Le temps est venu de nous ouvrir les yeux afin de reconnaître collectivement notre part de responsabilité.

Pour se réconcilier, les deux partenaires se doivent de reconnaître leurs torts mutuels et considérer l’autre dans sa dignité d’être humain. Les Premières Nations ont fait un grand travail d’introspection. Elles invitent à la rencontre et se montrent ouvertes à un nouveau commencement. Mais elles souhaitent que nous fassions notre effort dans ce mouvement de reconnaissance.

La venue éventuelle du pape François en Saskatchewan pourrait devenir un moment charnière dans nos liens avec l’ensemble des communautés autochtones. Serons-nous en mesure de le suivre dans sa demande de pardon en nous engageant dans un esprit de rencontre et de communion, et combattre à jamais tout esprit de domination, qu’elle soit culturelle ou religieuse?

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Ce texte est le 48e article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de juillet-août 2017 du Messager de Saint-Antoine.

Le droit de mourir et reposer en paix…

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Photo:  KENZO TRIBOUILLARD, AFP (La Presse)

Le résultat du référendum sur le cimetière musulman à Saint-Apollinaire, tenu le 16 juillet dernier, semble avoir créé plus de divisions que de consensus, même si le processus s’est réalisé de manière démocratique. Le déchaînement de la haine des uns contre les autres devient malheureusement routinier. On s’en passerait bien!

Cet exercice a permis de mettre au jour certains aspects de la problématique. En particulier, on aurait « découvert » qu’une petite minorité seulement de musulmans exige des cimetières exclusifs au lieu d’espaces spécifiés dans des cimetières existants. Cette idée ferait même en sorte de délégitimer la demande de l’Association islamique de Québec, qui serait maintenant pointée comme intégriste.

On meurt comme on vit…

Lorsque la vaste majorité des Québécoises et des Québécois étaient catholiques et pratiquants, leur fin de vie cadrait parfaitement avec leurs valeurs et leurs croyances. Il allait de soi qu’ils devaient être enterrés dans un cimetière à l’enseigne de la seule « vraie » religion. Il n’était pas question pour l’Église d’enterrer avec ses fidèles des défunts athées ou affiliés à une autre religion, y compris d’autres confessions chrétiennes.

Et puis les choses ont changé. On a vu l’Église s’ouvrir à la crémation à partir de 1963 et aux cimetières « chrétiens » dans les années 1980. Aujourd’hui, un grand nombre de catholiques non pratiquants ne voient même plus l’importance de faire enterrer leurs cendres et les conservent parfois dans des conditions douteuses.

L’évolution des coutumes funéraires va avec la manière de vivre et celle-ci est devenue multiforme.

 

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Héritiers d’une théologie du viol

Une yézidi de 15 ans, Samia Sleman, a témoigné en avril 2016 à une conférence de l’ONU des viols vécus à l’âge de 13 ans par des membres de Daech.

Une yézidi de 15 ans, Samia Sleman, devant l’ONU pour témoigner des viols de combattants de Daech (CNS photo/Gregory A. Shemitz) 

Plusieurs reportages nous renseignent sur le sort des femmes vivant sur un territoire conquis par une milice appartenant à la mouvance terroriste islamiste. Chaque fois que Daech prend un village ou un territoire, il met systématiquement en marche les mêmes procédés: on se débarrasse des hommes et des adolescents pubères qui ne veulent pas se convertir, on sépare les femmes mariées et les jeunes filles, et on prend ces dernières, aussi jeunes qu’à 10 ans, pour être offertes comme esclaves sexuelles aux combattants ou vendues au marché du trafic humain.

Comment comprendre ce phénomène?

Daech apparaît comme le dernier exemple d’une théologie qui asservit les femmes et qui va jusqu’à justifier le viol dans un contexte de pratique religieuse. Une jeune femme de 15 ans, enlevée et séquestrée par le groupe armé, témoigne: «À chaque fois qu’il venait me violer, il priait»; «Il ne cessait de me dire que c’était ibadah», un mot qui se rapporte au culte (cf. RTBF.be). Il en est ainsi pour la plupart des combattants et de leurs chefs qui justifient leur barbarie à partir d’une lecture douteuse du Coran et de l’islam. Ainsi les femmes qui ne se couvrent pas d’un voile, de préférence intégral, sont perçues comme des tentatrices «appelant» les mâles au viol. Imaginez qu’il s’agisse d’une non-musulmane: dans ces situations, tout est permis.

La religion et le bon sens

Les religions monothéistes ont une longue histoire de rapports de domination sur les femmes. Quand ce n’est pas pour leur imposer un vêtement, cela peut être pour les réduire au silence. Le résultat revient toujours au même: elles sont renvoyées à un statut d’infériorité. Il est même possible de trouver des éléments pouvant légitimer une «culture du viol» dans plusieurs passages de textes sacrés. Or, il est nécessaire de contextualiser ces versets pour éviter qu’ils nous gardent figés dans une conception qui n’a plus de sens à notre époque!

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Un printemps pour la liberté religieuse?*

cross-952347_960_720Les questions religieuses font de plus en plus l’actualité. On se rappelle cette affaire du crucifix retiré d’un hôpital de Québec, sur la plainte d’un patient, et qui aurait porté préjudice aux catholiques. Et cette marche dans plusieurs villes « pour la liberté, la paix et la justice » qui, lorsqu’on gratte un peu, s’attaquait à l’islam. Christianophobie? Islamophobie? Faisons la part des choses.

Les persécutions en hausse

Nous vivons une époque difficile pour les croyants et les croyantes de toutes les religions. Dans la plupart des régions du monde, la persécution religieuse ne cesse d’augmenter, selon les différents rapports publiés comme celui de l’Aide à l’Église en Détresse (AED).

En général, il s’agit de groupuscules issus de la majorité qui s’en prennent aux minorités. Au Moyen-Orient, il est fréquent que des chrétiens et d’autres groupes soient ciblés alors que les musulmans le sont davantage en Inde ou en Asie et qu’en Corée du Nord toutes les religions sont formellement interdites!

Au Canada, pays de libertés protégées par ses chartes fédérale et provinciales, la paix sociale a été maintenue de manière plutôt exemplaire. Ainsi, des immigrants de toutes les régions du monde ont pu venir y vivre en paix. Néanmoins, cela ne signifie pas qu’il n’y ait eu aucune forme de discrimination religieuse ou de racisme chez nous.

Avec les événements violents qui surviennent sur la scène internationale et même au Québec, nous voyons s’exprimer de plus en plus d’intolérance et même de l’hostilité envers les musulmans en tant que groupe. Par un jeu d’amalgame abusif, on identifie à tort ces citoyens vivant paisiblement ici à la mouvance « hyper-extrémiste islamiste » (AED). Il pourrait être tentant de banaliser ce « profilage » religieux sous prétexte qu’ailleurs les chrétiens sont persécutés ou qu’ici on retire nos traditions.

kid-1077793_960_720 (1)Reconnaissons qu’il y a une grande différence entre le retrait par une institution d’un crucifix appartenant au patrimoine religieux et le fait que des manifestants de partout au pays se dressent pour cibler des personnes en chair et en os, en les rendant responsables de nos problèmes sociaux ou, pire, que certains aillent jusqu’à vandaliser leurs lieux de culte et proférer des menaces de mort. Si les chrétiens forment la religion la plus persécutée dans le monde, au Canada, en 2017, ce sont les musulmans qui sont de plus en plus la cible d’actes et de discours haineux. L’islamophobie est bien réelle, comme l’était l’antisémitisme au XXe siècle.

La liberté de conscience et de religion est un droit fondamental constamment rappelé par le Vatican. Nous devons sans cesse militer pour que les fidèles de toutes les religions, partout dans le monde, puissent en disposer en toute quiétude, en respect des lois nationales, lorsque celles-ci sont cohérentes avec la Déclaration universelle des droits humains.

Lorsque des citoyens de chez nous s’en prennent à d’autres, en raison de leur appartenance religieuse, les catholiques d’ici, inspirés par l’Évangile, devraient être les premiers à se lever pour condamner cette intolérance. En effet, le combat mené contre les persécutions des chrétiens à l’étranger commence par l’exemple que nous donnons à vivre harmonieusement avec nos propres minorités religieuses.

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* Ce texte est le 46e article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de mai 2017 du Messager de Saint-Antoine.

Une Église appelée à innover*

ruined-church-2102232_640L’être humain ne peut vivre sans des rituels qui rythment ses jours, ses semaines, ses années. C’est ce que les religions ont compris en mettant en œuvre des rites qui encadrent la plupart des passages traversant la vie humaine. Ainsi le baptême du nourrisson marque son entrée dans le monde des vivants, au sein de sa famille et de la société qui l’entoure, sans oublier la communauté de foi. Il en est ainsi pour les grandes fêtes qui jalonnent l’année, que ce soit autour des saisons ou aux occasions qui marquent comme les mariages, les décès, etc.

Plusieurs catholiques d’un certain âge s’inquiètent, non sans raison, du délaissement de la « pratique religieuse » par les générations qui leur succèdent. Il va de soi que les statistiques de fréquentation des offices religieux ont de quoi nous rendre soucieux. Mais si nous posons un regard attentif aux nouvelles manières de « pratiquer » de nos jeunes familles et même des gens qui se disent non croyants, nous pouvons alors saisir qu’il se passe encore des choses dans le domaine de la foi.

Une ritualité naturelle

Prenons l’exemple de l’attentat survenu à Québec le 29 janvier dernier. Dès que l’information fut diffusée, nous avons assisté à une suite ininterrompue de prises de parole signifiantes de la part de personnalités, d’élus, de responsables religieux, de citoyens ordinaires. Cette « parole de sens » fut vite accompagnée d’un geste collectif, à preuve cet impressionnant rassemblement devant l’église Notre-Dame-de-Foy et toutes ces autres vigiles organisées en solidarité tant à Montréal, Gatineau que Chicoutimi et ailleurs! Partout dans le monde, des mots et des gestes étaient posés pour exprimer la communion dans la peine. Les funérailles qui ont été célébrées dans le rite musulman ont pris le relais de cette grande chaîne de solidarité.

vigile_montrc3a9al_parcNous pouvons dire qu’il y a eu une belle manifestation de foi en ces occasions : foi en l’être humain capable de se relever, foi en l’humanité qui refuse de se laisser dominer par la haine, foi en Dieu qui se met aux côtés de ceux et celles qui souffrent. Or, ce n’est pas dans une église ni selon les rites catholiques qu’une telle foi s’est manifestée, mais dans un rituel autre, celui que des humains ont mis spontanément en acte devant la violence meurtrière.

La ritualité fait tellement partie de notre nature que même lorsque des parents ne veulent plus d’un baptême traditionnel, ils vont chercher une autre manière de célébrer. Ils le font en faisant appel à des « célébrants de la vie » pour animer des célébrations non confessionnelles permettant aux parents de pouvoir désigner les parrain et marraine.

La foi n’est pas morte, bien au contraire. Mais elle ne semble plus trouver à s’épanouir dans les formes traditionnelles de l’Église catholique. Nous avons, comme membres de cette Église, à mieux saisir ce qui se passe et à tenter d’y répondre avec des formes nouvelles que l’Esprit Saint est à insuffler. Qui sait? Peut-être nous invite-t-il à regarder en direction de ces « nouveaux rites » qui nous sont donnés à vivre hors de nos murs familiers.

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* Ce texte est le 47e article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de juin 2017 du Messager de Saint-Antoine.

Église québécoise et laïcs: floraison ou last call?

Les membres de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec ont rencontré le pape à Rome le 11 mai 2017.

Les membres de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec ont rencontré le pape à Rome le 11 mai 2017. (CNS photo/L’Osservatore Romano)

Le pape François a eu l’occasion de rencontrer les évêques du Québec à deux reprises au cours de leur visite ad limina qui vient de se terminer à Rome. Dans son discours du 13 mai, il n’aurait pas hésité à appeler les évêques à «promouvoir la ‘floraison complète’ de l’implication des laïcs» dans l’Église. Avec le peu de baptisés qui lui demeurent attachés et le petit nombre, très majoritairement féminin, qui s’y implique, n’est-il pas trop tard pour encourager une telle ouverture dans l’Église?

«La floraison est le processus biologique de développement des fleurs. Elle est contrôlée par l’environnement (lumière, humidité, température) et les phytohormones. Dans la nature, la floraison est contrôlée par le phénomène d’induction florale.» (Wikipedia)

Un contrôle favorable… ou non!

La floraison comporte des facteurs internes et externes. Comme pour les humains, les hormones de croissance s’activent au temps opportun. Le phénomène d’induction, quant à lui, comprend plusieurs étapes qui doivent se succéder et que les jardiniers connaissent bien. Tenter de faire des semis de tomates à l’automne, par exemple, est peine perdue. Pour qu’elle soit optimale, la floraison doit se faire dans des conditions favorables et tenir compte de «l’environnement».

Appliqué à l’Église et aux laïcs, le concept suggéré par le pape paraît attrayant. Pourrait-il aider à discerner quand et comment permettre une nouvelle étape de la croissance du «laïcat»? Par exemple, «l’environnement» rendu favorable à l’Action catholique au milieu du XXe siècle et conduisant au concile Vatican II a pu activer de telles «hormones» à cette époque, suscitant par «induction» des leaders chrétiens dans la cité.

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