Spiritualité: service non-essentiel au Québec?

«Si, en contexte de laïcité, il ne revient plus à l’État de favoriser cette «économie du sens», les organisations religieuses ou spirituelles doivent se dépasser en créativité pour ne pas se mettre elles-mêmes en pause en offrant à leurs membres des propositions virtuelles», écrit Jocelyn Girard.
Photo: Pixabay

Le gouvernement décrète une pause à tous les secteurs économiques de la province afin de lutter contre la pandémie de la COVID-19 et ce, au moins jusqu’au 13 avril. Seuls les services essentiels sont maintenus. Et la spiritualité n’en fait pratiquement pas partie.

Dans la pyramide des besoins, ceux du loger, du nourrir et du vêtir sont à la base de tout. Les industries qui contribuent à répondre à ces besoins en priorité demeurent sur la liste des services essentiels. Même les notaires! La santé aussi est reconnue parmi ces besoins fondamentaux. Tout le dispositif est en place pour un maintien de ces services, y compris pour l’aide psychologique. Il y a également la sécurité publique, les centres de détention, la protection de la jeunesse. Tout le monde souscrit à cette priorisation des besoins.

Une priorisation qui, dans cette liste, laisse toutefois bien peu de place aux préoccupations de spiritualité et de sens.

La plus grande partie des services spirituels et religieux passe par les organisations charitables et religieuses. Celles-ci n’étant pas sur la liste des services essentiels, il deviendra fort difficile d’avoir accès à de tels services.

L’exception se trouve dans les milieux hospitaliers et carcéraux, les intervenants spirituels étant reconnus comme des professionnels de soins dans ces institutions publiques. C’est heureux, car la plupart des personnes qui ont bénéficié de soins spirituels dans le passé sauraient vous dire à quel point leur présence a pu être d’un vrai secours lorsque celle-ci fut demandée.

Pensons simplement aux funérailles. Si tout est reporté de quelques semaines, le deuil, quant à lui, n’attend pas! C’est souvent avec les mots de la foi des gens concernés, par le biais d’un accompagnement de qualité, que le sens vient peu à peu remplir le vide et permettre un retour à la sérénité malgré la séparation. Mais pensons aussi aux naissances, aux mariages ou encore aux situations tendues qui peuvent parfois se résoudre par un «complément» spirituel! N’est-ce pas ce qui risque d’être de plus en plus en demande par les temps qui courent?

Une société en manque de sens?

Il va de soi que le monde religieux n’est plus ce qu’il était au Québec. La rareté des pratiquants, du moins pour la religion catholique, encore fortement majoritaire, réduit la considération sociale accordée à ces services, même si ceux-ci n’ont jamais fait défaut pour les personnes et les familles qui en font encore usage. La figure du prêtre, symbole de cette présence spirituelle si essentielle dans un passé pas si lointain, ne fait même plus partie du décor.

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Jean Vanier: la grande déception

Jean Vanier lors de son passage au Congrès eucharistique international de Québec en 2008.
Jean Vanier lors de son passage au Congrès eucharistique international de Québec en 2008.   (CNS photo/Nancy Wiechec)

Décédé l’an dernier à 90 ans, Jean Vanier avait eu un parcours sans tache, au point où peu doutaient de sa canonisation rapide, tellement il représentait un modèle de sainteté. Mais une plainte adressée à L’Arche internationale, en 2016, suffit à instiller une très petite brèche dans son cercueil déjà en voie de sacralisation.

Les dirigeants de L’Arche internationale ont entendu cette première accusation et n’ont pas hésité à confronter leur fondateur qui leur a donné une version contradictoire. L’affaire n’a pu aller plus loin, compte tenu que la victime n’a pas voulu intenter un procès. Mais c’est dans la foulée d’un reportage de la chaîne ARTE sur des religieuses abusées, en mars 2019, faisant état des exactions du père Thomas Philippe, qu’une deuxième accusation visant Jean Vanier a véritablement fait trembler les fondations.

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Dès lors, l’organisation créée par le Canadien allait plus loin dans ses investigations. Des premiers éléments, à partir de sources incontestables, ont conduit à des révélations inattendues. Ses dirigeants n’ont donc pas hésité à mandater un cabinet britannique spécialisé pour procéder à une enquête indépendante dont le rapport a été rendu public par L’Arche internationale le 22 février.

Une image à revoir

L’enquête externe confirme que Jean Vanier connaissait depuis 1950 les méthodes du père Thomas et ses pratiques d’abus spirituels et sexuels sur des femmes; qu’il a fait partie de l’Eau vive jusqu’à sa fermeture en 1956, une communauté de type sectaire fondée par le Père Thomas, amalgamant mysticisme et sexualité et ayant fait l’objet de condamnation par le Vatican; qu’entre 1956 et 1964, année de fondation de L’Arche, le Canadien a continué de fréquenter d’ex-membres de l’Eau vive et à correspondre avec le père Thomas, malgré l’interdiction; qu’il aurait lui-même été initié très tôt à ces rituels érotico-mystiques; plus encore, que ces pratiques se seraient poursuivies dans le plus grand secret, de connivence avec le père Thomas et d’autres ex-membres de L’Eau vive, dans les années de fondation de L’Arche à Trosly-Breuil.

Plus grave encore, au moins six femmes adultes (sans handicap) ont dénoncé Jean Vanier lui-même pour des faits présumés survenus entre 1970 et 2005, certaines ayant fait part de séquelles psychologiques importantes. Il s’agit d’allégations similaires à celles reprochées au père Thomas, soit d’abus sexuels déployés progressivement dans le cadre d’accompagnements spirituels, ce qui implique une emprise psychologique fragilisant la personne accompagnée et la rendant plus susceptible de se soumettre à des gestes intimes contre son gré. Six femmes et la question se pose: pourrait-il y en avoir d’autres?

Quand je désignais Jean Vanier, l’an dernier dans ce média, comme un géant d’humanité, je laissais aussi entrevoir une part d’ombre inconnue dans son héritage. Qu’allions-nous découvrir de ce qu’il savait, ou non, des comportements pervers du père Thomas? Personnellement, je ne voyais pas comment il pouvait ne pas avoir eu vent des exactions commises par son mentor. Mais la non-dénonciation de faits de nature vraisemblablement criminelle, si elle demeure une faute grave, n’a rien à voir avec le fait d’en être complice et même engagé dans ce que nous découvrons comme une collusion.

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Quels intérêts sert le cardinal Sarah?

Le cardinal Robert Sarah photographié au Vatican en octobre 2019.Le cardinal Robert Sarah photographié au Vatican en octobre 2019.   (CNS Photo/Paul Haring)

La récente saga du livre «coécrit» par le cardinal Robert Sarah et le pape émérite Benoît XVI à propos du célibat des prêtres en a laissé plus d’un perplexe. Le pape retraité a-t-il été utilisé par le cardinal dans ce qui apparaît comme une nouvelle fronde des milieux ultra-conservateurs pour empêcher une adaptation disciplinaire de l’Église? Ou au contraire, s’agirait-il du cardinal lui-même qui serait instrumentalisé par ce courant, ses hauts ténors voyant en lui un futur pape plus en ligne avec leurs postures dogmatiques?

L’événement fait des vagues et le livre, publié en français le 15 janvier connait un succès immédiat. Le pape émérite avait-il ou non donné son accord pour être désigné comme coauteur? Le cardinal a-t-il extrapolé l’accord de ce dernier lorsque ce dernier lui a livré son «article»? Les «preuves» qu’il a publiées le desservent-elles plus qu’elles ne l’honorent? Visiblement, c’est une question d’interprétation… Mais cela contribue à accroître la présence déjà très médiatisée du cardinal guinéen, nommé, en novembre 2014, préfet de la Congrégation pour le culte divin… donc par François!

Héraut de la « grande Tradition »

L’ensemble de l’Église vit actuellement un grand déplacement de son centre de gravité. Essentiellement européenne jusqu’à l’aube du XXIe siècle, même ses ramifications en Amérique et en Océanie demeurent le reflet du catholicisme qui s’est construit surtout depuis la Contre-Réforme au XVIe siècle. Une grande partie des évêques et des cardinaux de la planète ont été formés à Rome, dans des universités qui constituent le socle «génétique» de la transmission théologique et culturelle de l’Europe. C’est le cas notamment pour ceux d’Afrique et d’Asie, là où l’augmentation des baptisés continue de se faire à un rythme qui dépasse toutes les autres régions du monde.

Le cardinal Sarah est l’un de ces bénéficiaires des Églises émergentes dont l’éducation a été prodiguée en Europe, d’abord en France, puis à Rome de 1969 à 1974, et ensuite à Jérusalem, ce qui en fait un homme bien connu des hautes sphères ecclésiales. Créé cardinal par Benoît XVI en 2010, il a occupé des postes qui l’ont rendu visible et sans doute incontournable par François. Sa nomination à la Congrégation pour le culte divin en 2014, entouré d’«hommes du pape», pourrait avoir été une forme de mise sous tutelle. C’est donc par l’écriture que le cardinal a poursuivi son chemin, publiant successivement Dieu ou rien: entretien sur la foi (2015); La force du silence: contre la dictature du bruit (2016); Le soir approche et déjà le jour baisse (2019) et ce fameux Des profondeurs de nos cœurs qu’il affirme, malgré le déni de Benoît XVI, avoir coécrit avec ce dernier.

La première polémique avec le pape François a commencé dès 2010 alors qu’il s’oppose à l’immigration massive en Europe, allant jusqu’à prédire au Figaro, en 2016,

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L’avortement, critère absolu pour les électeurs catholiques?

La Conférence des évêques catholiques des États-Unis a profité de son assemblée automnale pour adopter, le 12 novembre, un projet de lettre destinée aux catholiques en vue des prochaines élections.

La Conférence des évêques catholiques des États-Unis a profité de son assemblée automnale pour adopter, le 12 novembre, un projet de lettre destinée aux catholiques en vue des prochaines élections.   (CNS photo/Bob Roller)

La Conférence des évêques catholiques des États-Unis a profité de son assemblée automnale pour adopter, le 12 novembre, un projet de lettre destinée aux catholiques en vue des prochaines élections. Dans la formulation retenue, le texte commanderait aux électeurs de considérer «la menace de l’avortement comme la priorité absolue à combattre».

En mettant ainsi cette priorité au-dessus de toutes les autres comme «le racisme, la crise environnementale, la pauvreté et la peine de mort» dont la lettre affirme néanmoins qu’elles ne peuvent être ni écartées, ni ignorées, il devient embêtant, pour un catholique, de favoriser tout candidat ou candidate qui ne présenterait pas la même hiérarchie des valeurs. De là à dire que l’Église catholique soutient moralement le Parti républicain majoritairement engagé contre l’avortement, il n’y a qu’un pas qui peut facilement être franchi dans l’esprit des fidèles ne voulant pas déroger à l’enseignement de leurs évêques.

Or, selon le magazine jésuite America Magazine, «au moins deux évêques» ont exprimé leur préoccupation «à l’effet que la lettre ne reflète pas la manière dont le pape François suggère que les questions de vie devraient être abordées». François s’est toutefois déjà exprimé clairement sur le sujet de l’avortement, allant jusqu’à comparer le médecin-complice à un tueur à gages. Quelle pourrait donc être «sa différence» dans la manière d’aborder cet interdit moral qui trancherait avec la lettre de la conférence épiscopale américaine?

En toute fin de liste…

Prenons donc l’encyclique Evangelii Gaudium (La joie de l’amour) à l’instar de l’évêque de Chicago, Blaise Cupich, pour illustrer «l’approche François». Le mot «avortement» ne s’y retrouve qu’à une seule reprise, au paragraphe 214 (sur 288), celui-ci étant pratiquement à la fin d’une séquence où le pape traite d’abord et avant tout des pauvres jusqu’à en faire une catégorie théologique (197-201). Cette vision entraîne la nécessité pour les disciples du Christ de recevoir un enseignement des pauvres et, pour l’Église, l’appel à devenir «pauvre pour les pauvres». Cela s’exprime par une attention à l’autre en situation d’appauvrissement que l’Esprit «considère comme un avec lui».

La suite du texte traite de la situation économique mondiale dans laquelle la pauvreté est endémique et présente des causes structurelles qu’il importe de déconstruire en vue de «guérir [la société] d’une maladie qui la rend fragile et indigne, et qui ne fera que la conduire à de nouvelles crises».

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Sainte Greta du climat

Greta Thunberg s'inscrit dans une longue tradition de prophètes qui exhortent à redécouvrir la centralité de l’amour dans l’expérience humaine, explique Jocelyn Girard.
(CNS photo/Kevin Lamarque, Reuters)

Elle est toute jeune et pourtant devenue un symbole planétaire du combat de la nouvelle génération devant l’urgence climatique. Je la verrais assez spontanément poser à côté du bronze de Jeanne d’Arc sur la place du Martroi à Orléans! Cette dernière, présentée comme une conquérante à cheval s’élance avec une armée pour libérer la France des Anglais, non sans avoir suscité la controverse et finir sur le bûcher!

La «pucelle» de Stockholm semble tout autant être investie d’une mission, cette fois-ci planétaire, pour libérer l’humanité d’elle-même! Elle suscite de nombreuses réactions: une armée de jeunes qui désertent leurs classes pour manifester, entraînant même des adultes et des aînés comme on en verra des milliers ce 27 septembre au Québec; mais également des détracteurs, ceux qui nient le dérèglement climatique, les puissants et les riches qui ne peuvent se laisser contraindre à un changement d’état d’esprit – c’est-à-dire une conversion – exigé par une juste lecture du temps présent. Deux figures féminines, deux emblèmes inspirants, chacune à son époque et pour des combats qui, au final, n’ont pas grand-chose en commun.

Derrière le ton agressif de son intervention de lundi à New York, «sainte Greta du climat» n’est pas sans rappeler une longue tradition de prophètes qui exhortent à redécouvrir la centralité de l’amour dans l’expérience humaine, qu’il s’agisse d’un amour pour un dieu, pour la Terre ou pour l’humanité.

S’aimer soi-même

Mais cette histoire d’amour n’est-elle pas d’abord une leçon d’amour envers soi-même? Ne dit-on pas, un peu partout d’ailleurs, qu’aimer vraiment l’autre n’est possible que si nous nous aimons (un peu) nous-mêmes? À ce propos, l’état du monde est plus symptomatique du peu d’amour que nous nous portons à nous-mêmes, en tant qu’individus, que d’un véritable désintéressement pour notre «maison commune», selon l’expression du pape François dans son encyclique Laudato si’!

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La réconciliation? Pas si prêts d’y arriver

Les 30 mai et 1er juin derniers se tenait à Québec le Forum de réconciliation communautaire, sous l’égide du Centre de justice réparatrice du lieu1. J’y participais en tant que personne intéressée, mais également en tant que témoin de la session Retour à l’esprit que j’ai vécue à l’automne 2018.

Le Forum s’est ouvert sur une conférence publique de Pierre Picard, Huron-Wendat, à propos du concept de la « sécurisation culturelle ». Et le lendemain, des activités tout aussi captivantes étaient à l’ordre du jour de la matinée, suivies par des ateliers de conscientisation dans l’après-midi dont celui sur le Retour à l’esprit où j’étais intervenant.

La conférence de Pierre Picard me paraît une occasion assez unique de se faire une véritable idée de l’histoire vécue par les gens des Premières Nations et des communautés inuites. Orateur passionné, le sexologue de formation a surtout œuvré auprès des populations autochtones, en particulier avec des agresseurs sexuels, souvent en contexte de détention. Depuis l’épisode médiatique relatant les témoignages de femmes autochtones abusées et agressées par des policiers dans la région de Val-d’Or, son agenda s’est mis à se remplir de manière inattendue. En effet, des médecins, des infirmières, des policiers et d’autres groupes se sont mis à le réclamer pour qu’il leur communique « la bonne manière » d’entrer en relation avec les autochtones, réputés pour leur silence, leur difficulté à communiquer et à faire confiance aux Blancs.

Pierre Picard utilise le concept de « sécurisation culturelle » dont l’origine vient de Nouvelle-Zélande. Dans les années 1980, l’infirmière et chercheuse d’origine maorie Irihapeti Ramsden s’est heurtée à la difficulté d’offrir des services et des soins de santé aux autochtones. Ceux-ci les boudaient ou les refusaient. Elle a donc outillé les professionnels de la santé pour qu’ils soient en mesure de prodiguer des soins « sécuritaires culturellement » et ainsi réduire les disparités entre Maoris et allochtones. Pierre Picard reconnaît l’origine du concept tout en affirmant qu’il l’a adapté pour les populations autochtones du Québec.

C’est ainsi qu’il présente un continuum d’attitudes culturelles de la part des Blancs ou allochtones lorsqu’ils sont en position d’offrir des services à des personnes issues des Premières Nations ou des communautés inuites. Ce continuum se déploie par le biais de cinq attitudes ou postures qu’il nomme de la manière suivante :

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Big Legault is watching you

«Ainsi la laïcité, plutôt que de nous rassembler dans un espace libre et ouvert à tous, deviendrait le motif de communautarisation à outrance. En combattant le multiculturalisme avec sa loi 21, le gouvernement du Québec pourrait nourrir la division par la religion.»
Photo: Présence/Philippe Vaillancourt

Elle est donc adoptée, la loi qui doit régler «définitivement» la question de la laïcité au Québec. Bienvenue dans un monde de délation dont les conséquences dépassent largement le cadre de la loi 21.

Nous pourrions espérer que cette loi produira l’effet recherché, à savoir l’apaisement des tensions autour de la laïcité de l’État et la présomption de neutralité de ses représentants. Mais les difficultés pointées dans le texte du projet de loi n’ont pas été aplanies avec son adoption. Avec l’amendement sur la définition d’un signe religieux, il pourrait même s’en être ajoutées.

Revenons d’ailleurs à cette définition: «Tout objet […] sera considéré comme étant un « signe religieux » s’il est porté « en lien avec une conviction ou une croyance religieuse », ou s’il est «raisonnablement considéré comme faisant référence à une appartenance religieuse.»

Le jour même où cet amendement fut proposé au projet de loi 21, une simple question est venue embarrasser le gouvernement: que dire des alliances de mariage, lorsque celui-ci est contracté religieusement? La question peut paraître idiote. Personne, jusqu’ici, n’a jamais réellement qualifié l’anneau porté à son annulaire gauche de «signe religieux». Mais la définition insérée dans la loi engendre cette possible confusion. Ainsi, elle encouragerait à revoir la signification «portée» (selon la conviction de la personne) ou «considérée» (comme une référence reconnue) de tout ce que les gens portent sur eux!

Si le premier ministre a pu juger qu’il ne fallait pas entrer dans les détails, on pourrait lui rappeler cette maxime: «le diable est dans les détails».

Il en résultera une cacophonie de significations et une course aux «autorités» religieuses à qui l’on donnerait le pouvoir de trancher. Mais avec la loi 21, l’État se donne à lui-même cette autorité, ce qui revient à contredire l’obligation de neutralité qui vient avec la laïcité. Plus encore, c’est la suspicion des citoyens les uns par rapport aux autres qui risque de s’aggraver.

Des tribunaux à la rue

Prenons le cas des femmes qui portent le foulard. Un grand nombre n’y accordent pas de signification spécifiquement religieuse. Or, s’il est «considéré raisonnablement» tel (et par qui?), elles ne pourront plus le porter si elles veulent obtenir un poste parmi ceux spécifiés dans la loi. Tout le problème réside dans la détermination du sens. […]

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