L’ange gardien… (nouvelle)

Dans un moment de grande lassitude, je me suis plu à revisiter et allonger ce texte écrit il y a quelque temps et que j’ai soumis ensuite au Prix de la nouvelle Radio-Canada 2017. J’ai eu la joie de voir ma nouvelle retenue parmi les 20 finalistes sur plus de 800 textes soumis. N’ayant pas été sélectionné parmi les cinq finalistes, je me permets donc de vous retranscrire ici ce texte qui demande à être lu à haute voix en respectant le rythme des rimes. Bonne lecture!


old woman on couch

Par un matin d’hiver qui n’en finissait plus de s’étirer, de grand froid, Léontine, bien déprimée, cherchait un peu de chaleur humaine. Obligée, à cause de l’arthrite, de rester au chaud depuis plusieurs semaines, elle n’avait eu que peu de contacts avec des gens bien incarnés. Après sa petite routine matinale, elle s’occupait à jouer frénétiquement sur la tablette que ses enfants, à Noël, lui avaient achetée. Elle se disait que le mal articulaire est plus facile à supporter en glissant un doigt qu’avec deux mains prises dans la laine à tricoter! Avec l’aide de sa dernière petite-fille – la plus allumée! -, elle s’était rapidement constitué un réseau bien à elle, avec ses 74 amies. Elle pouvait donc se tenir informée de tout ce qui arrivait dans leur vie et mettre des « j’aime » aux publications qui en valaient la peine. Discrète comme elle l’a toujours été, elle ne voyait pas ce qu’elle aurait pu écrire sur son propre mur resté immaculé.

Peu à peu, depuis cette acquisition, le téléphone avait cessé de sonner. Les gens racontent tellement tout leur nouveau sur leur mur sans fil qu’il n’y a plus guère d’occasion de les appeler ni d’être appelée. Elle se disait en elle-même que d’appeler aurait l’air de les harceler, elle qui n’avait jamais aimé les âmes apitoyées. Après en avoir été bien excitée, elle avait entrepris de rager de plus en plus contre cette machine emmurée qui semblait la mener nulle part ou bien chez le Yable! Elle avait l’impression que ces gens étaient de moins en moins réels, comme s’ils sortaient de séries télévisées. Ce matin-là, elle sortit de ses pensées le temps de demander à son ange gardien de passer la visiter ou de lui donner un signe pour la réconforter.

Léontine était connue comme une bonne vivante. En son temps, oh comme elle en avait organisé des réseaux de société! Une vraie gestionnaire de communautés! Elle était toujours la première à inviter tout le monde à la maison, impliquée qu’elle était dans les comités pour ses enfants ou dans le chapitre local des femmes chrétiennes. Elle fut même présidente de l’AFEAS de sa région, sans oublier sa fierté d’avoir été élue la première marguillière de Sainte-Trinité! Elle se demandait bien ce qui avait pu se passer en si peu de temps pour que ses amies finissent toutes derrière leur écran à se laisser « tabletter ». La maison était devenue aussi déserte que les champs encore blanchis par la dernière tempête avant le printemps. Léontine se disait en elle-même : « Dans l’temps, au moins, on pouvait se coller un peu pis se donner des p’tits becs en cachette. Donner un bec à une tablette, c’est frette en tabarouette! » Elle ne put retenir un petit rire sonore qui fit écho à la sonnette d’entrée.

– Ding Dong!

Sursautant, Léontine se demandait bien qui pouvait se présenter si tôt en matinée. En ouvrant sans réfléchir, elle fit face à un inconnu qui semblait vouloir lui offrir quelque chose à acheter. Dès qu’elle tira davantage la porte, elle fut prise d’assaut par l’homme costaud qui la repoussa brutalement à l’intérieur. Elle ne fit rien qui aurait pu fâcher son agresseur. Celui-ci lui ligota ensemble dans le dos mains et pieds avec un foulard abandonné. Il l’installa recroquevillée sur le vieux divan enfumé. En lui faisant signe de garder le silence, il la couvrit de sa jetée. L’instant d’un moment, Léontine s’était sentie rassurée par ce geste non dénué de bonté.

Léontine se ressaisit. Elle ne savait pas ce qu’il faisait chez elle, pour quoi que ce soit ou pour voler. Elle redevint terrifiée, mais en même temps comme en paix par en-dedans. Soudain, dans la craque du sofa derrière son dos, elle sentit avec ses mains liées quelque chose de bien carré. C’était sa tablette qu’elle avait laissé tomber sur le côté au moment de se reposer. Elle se rappela à l’instant que Roger, son fils aîné, lui avait installé et paramétré l’application SOS-Sécurité! Elle avait toutefois oublié comment faire fonctionner cette procédure hypothétique. Se disant à elle-même : « Voyons Titine, prends sur toé… Roger te l’a montré! » Son ingénieur en informatique était fort doué pour toutes ces nouveautés. Elle se rappela enfin des commandes à effectuer : il fallait appuyer trois fois sur le bouton de démarrage et une fois encore après 2 secondes écoulées. Elle fit donc comme sa pensée lui avait indiqué. Mais rien ne se produisait. Roger ne lui avait pas dit ce qui suivrait! Mais sans qu’elle s’en aperçoive, ni surtout son assaillant affairé, la tablette se mit à envoyer une alerte au service 911 ainsi que des messages textés à ses enfants par wifi interposé. En très peu de temps, le téléphone se mit à sonner sans s’arrêter, ce qui eut l’heur d’inquiéter l’importun occupé. Devenu nerveux, il se mit à épier dans les fenêtres sans s’exposer. Lorsqu’il entendit les premières sirènes annonçant les pompiers, les policiers, les ambulanciers, il se dit qu’ils venaient encercler la maisonnée.

L’homme ne comprit rien à ce qui arrivait. Comment cela pouvait-il arriver? Paniqué, il revint vers son hôtesse et tomba à genoux. D’instinct, il se mit à prier : « Notre Père… » Touchée par cette fragilité soudaine, Léontine entonna avec lui les strophes une à une.  « Donne-nous aujourd’hui… » Le policier qui entra le premier fut abasourdi de trouver un homme à genoux et une femme sereinement enveloppée tout à côté. Sur le point de se jeter sur l’homme abaissé, Léontine, dans un sursaut de miséricorde, lui dit calmement : « Pardon monsieur l’agent, c’est sûrement une fausse alerte! Ce monsieur est venu chez moi pour prier comme nous le faisons ensemble certaines matinées. » L’officier de police regarda le priant et lui demanda de confirmer, ce que fit ce dernier en hochant la tête pour éviter d’être dévisagé. Après avoir grondé sévèrement la vieille dame pour usage abusif de son SOS-Sécurité, il ordonna aux autres services d’urgence de rebrousser chemin. L’armada quitta peu à peu la rue, laissant pas si rassurés plusieurs voisins venus observer.

C’est à ce moment que Roger arriva et entra sans même cogner. Voyant sa mère bien amusée, il se mit à l’interroger:

  • Que s’est-il passé? Tu as lancé l’application de sécurité, tu as eu un malaise? Et qui est ce monsieur que je n’ai jamais rencontré?

Léontine l’interrompit avec sévérité : « Ce gentilhomme avait besoin d’un peu de chaleur humaine, tout comme moi. Et puis ta patente a peut-être mal fonctionné! » L’homme se releva et se retira discrètement, laissant le fils et la mère rassérénés. Quand Roger voulut la prendre dans ses bras, il prit conscience que sa mère était ligotée. Se retournant pour courir vers l’inconnu, Léontine attira son regard vers elle et lui fit le plus doux des chut! qu’un fils n’aura jamais reçu de sa maman. Stupéfié par sa témérité, il la détacha et la serra dans ses larges bras. Ainsi réchauffée par son aîné, Léontine sourit et se dit en elle-même : « Heureusement que je sais encore compter sur mes croyances dépassées… Il suffit de croire qu’un ange est à ses côtés pour obtenir ce que l’on désire avec sincérité! »

12 réflexions sur “L’ange gardien… (nouvelle)

      • Roger, vous voilà encore avec votre besoin irrépressible de juger de haut et de lâcher votre fiel. C’est dommage et désolant. Le catéchisme en vigueur est rempli de « vérités » traditionnelles. En le rejetant en bloc, vous trahissez vous-même votre Église et la succession apostolique. Vous avez raison, je ne peux pas vous compter parmi les membres de l’Église. Une secte, dites-vous? Je préfère l’Église vivante habitée par l’Esprit du Christ glorifié plutôt que celle que vous figez dans le temps en attendant de voir arriver enfin un pape à votre goût. De tout temps, l’Église a su, souvent avec des retards très importants, trouver la manière d’annoncer la Bonne Nouvelle aux diverses époques. Il y a plusieurs façons de lire l’histoire et souvent l’hérésie a contribué à faire se clarifier les positions et la doctrine de l’Église, comme l’ivraie et le bon grain. S’il y a (et il y en a c’est certain) de l’ivraie dans mes croyances et mes enseignements, le moissonneur se chargera de l’extraire au jour favorable.

        • Roger Boivin dit :

          Un pot de bonne confiture avec un peu poison dedans fait en sorte qu’il vaut mieux jeter le pot tout entier avec son contenu contaminé.

          La succession apostolique vous dites. Il faudrait qu’il y a réellement succession apostolique, d’abord. Bonne chance.

          Non pas parmi les membres de votre église conciliaire, car je suis catholique romain et de par mon baptême et de par la fidélité à mon saint baptême et à mon rejet de toutes ces nouveautés issuex du concilabule maçonnique vatican 2.

          Cette Église que vous dites figée dans le temps, premièrement c’est une opinion, un jugement personnel. Deuxièment, vous devriez allumer, vous vous dites en rupture d’avec cette Église fondée par le Christ lui-même, donc sectaire. Troisièmement elle n’est pas morte, elle seulement réduite.

          Un pape à notre goût ? comme si vous verriez dans notre conscience ! c’est un jugement de votre part. Le goût n’a rien à voir là dedans, seulement que ce soit un pape catholique légitimement élu, c’est tout ce qu’il faut.

          Oui effectivement il y a de l’ivraie dans votre croyance. Plongé dans ce bain où vous êtes, j’en aurais tout autant si non plus, si c’était mon cas.

          Dieu voit votre sincérité.

          • Roger Boivin dit :

            Je ne donnerai qu’une hérésie, cela sera suffisant :

            CEC de J-P II : « 843 – Les fausses religions recherchent le vrai Dieu qui sauve. »

            Pape Grégoire XVI dans «Summo Jugiter Studio», Encyclique du 27 mai 1832 : « Les fausses religions adorent le Démon. »

            • Roger Boivin dit :

              CEC – « 843 – L’Église reconnaît dans les autres religions la recherche, « encore dans les ombres et sous des images », du Dieu inconnu mais proche puisque c’est Lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses et puisqu’il veut que tous les hommes soient sauvés. Ainsi, l’Église considère tout ce qui peut se trouver de bon et de vrai dans les religions « comme une préparation évangélique et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie » (LG 16 ; cf. NA 2 ; EN 53). »

              Pour les musulmans, ce n’est pas le dieu inconnu, puisqu’ils croient que Dieu est «un» et non «trine», qu’il se nomme halla ; et de plus que Jésus n’est qu’un prophète et le plus petit des prophètes, c’est ainsi qu’ils le rabaissent injurieusement sous couvert de respect.

              Le Pape Grégoire XVI, citant Saint Grégoire Legrand, dit : « La sainte Église universelle enseigne, dit-il, que Dieu ne peut être véritablement adoré que dans son sein : elle affirme que tous ceux qui en sont séparés ne seront point sauvés. » ( Grégoire XVI, 27 mai 1832, SUMMO JUGITER )

              On ne peut être véritablement uni que dans la vérité, que dans la véritable Foi catholique et apostholique et romaine.

            • Roger Boivin dit :

              Un tel dieu qui non seulemen ne dit pas la vérité, mais garde dans le mensonge, ne peut être autre que le père du mensonge, cet imposteur qui est le diable.

              Voici une courte histoire tirée du livre de l’abbé L. Jaud, «Vie des Saints pour tous les jours de l’année» 1933, au 26 septembre, saint Cyprien et sainte Justine, martyrs (314) :

              « Les parents de Cyprien, très superstitieux, le vouèrent au démon dès son enfance ; ils le firent élever dans le paganisme ; il se livra à l’astrologie judiciaire et à la magie. Avec le secours de ses connaissances, il s’abandonna à toutes sortes de crimes et se déclara ennemi acharné de la religion chrétienne.

              « Il y avait à Antioche une jeune vierge nommée Justine, non moins distinguée par ses rares qualités que par sa naissance. Ses parents étaient idolâtres ; mais elle avait eu le bonheur de connaître Jésus-Christ, et sa conversion fut bientôt suivie de celle de sa famille. Un jeune homme nommé Agladius, païen, conçût pour elle une violente passion, et pria Cyprien de l’aider par les secours de son art. Ce magicien mit tout en oeuvre, sans que rien pût lui réussir. Il consulta le démon, qui lui promit de lui servir d’auxiliaire ; mais de nouvelles tentatives ne furent pas plus heureuses ; la vierge priait, elle imprimait sur elle le signe du salut, et le démon s’enfuyait confondu. Cyprien, désespérant du succès, dit au démon : «Eh bien ! te voilà vaincu ? — Oui, dit l’esprit infernal, j’ai vu un signe, et j’ai été vaincu. — Quel est ce signe ? reprit Cyprien. — J’ai vu le signe du Crucifié. — Le Crucifié est donc plus grand que toi ? Fuis loin de moi, imposteur ! Tu m’as trompé trop longtemps.»

              « Le démon chercha à étouffer Cyprien, mais il le mit en fuite par l’invocation du Dieu de Justine et par le signe de la Croix. Le jeune Agladius, plein d’admiration au récit que lui fit Cyprien, se convertit lui-même à Jésus-Christ. Emprisonnés par les persécuteurs après avoir été préservés l’un de l’huile bouillante et l’autre des flammes du bûcher, ils eurent la tête tranchée. »

              +

    • C’est effectivement une belle histoire. Je vais l’utiliser pour mon cours d’introduction à la catéchèse pour démontrer à quel point la transmission de la foi est une affaire de personne et d’amour bien avant que de doctrine. Tout le texte tourne autour de cette mère qui a transmis l’amour de Dieu à travers le véhicule du catéchisme.

      • Roger Boivin dit :

        La doctrine ce n’est que de l’enseignement dont on a choisi les mots pour la concision et la précision.

        Vous ne vous rendez pas compte ? vous allez prendre un texte écrit d’avant la première guerre, dont l’auteur appartenait à cette Église que vous dites figée et que vous rejetez, pour introduir une catéchèse dont l’enseignement est en partie différent voire opposé à celui du catéchisme dont parle cet auteur.

      • Gabrielle Rochon dit :

        « la transmission de la foi est une affaire de personne et d’amour bien avant que de doctrine »

        La doctrine passe ne premier, vous faites une terrible inversion, qui découle de V2. En effet, la Vérité révélé par Dieu transcende toutes choses, la transmission de cette Unique Vérité se fait par la parole et l’exemple.

        Selon votre phrase, la transmission de la foi est une affaire de personne, or qu’arrive-t-il si une musulmane qui aime ses enfants et aime le Coran transmet ces erreurs à ses enfants avec amour? Elle n’aura fait que les contaminer.

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