Église et autochtones: dur temps pour la réconciliation

Le chroniqueur Jocelyn Girard témoigne de son expérience lors d'un rassemblement avec des autochtones au sanctuaire marial de Notre-Dame-du-Cap les 31 mai et 1er juin 2018.

Photo: Archives Présence/Philippe Vaillancourt

Je me suis fait le cadeau de participer à la deuxième rencontre autochtone, rebaptisée « rencontre interculturelle », à l’invitation du père Bernard Ménard et quelques amis engagés dans le dialogue avec les Premières Nations. L’événement avait lieu les 31 mai et 1er juin, au sanctuaire Notre-Dame-du-Cap.

Entre la rencontre de 2017, remplie d’espérance, et celle de cette année, il y a eu «l’affaire Joveneau», puis la débâcle de la lettre de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), à propos des non-excuses du pape François. Ces deux événements constituaient un fort répulsif face à toute initiative de rapprochement.

Certains responsables ont pensé qu’il fallait annuler, car la colère bien sentie parmi les autochtones ferait en sorte d’en décourager plus d’un de venir ou revenir au Cap-de-la-Madeleine. Mais l’équipe a fait le choix de rester dans le mouvement de l’esprit de la rencontre et de la réconciliation. Gardant le cap sur la vérité, ils ont même choisi d’ajouter un atelier avec une question: «après la lettre des évêques, où l’Esprit nous conduit-il?»

Transparence oblate

Parlons tout d’abord du «bon dieu de la Romaine», dont les exactions font désormais l’objet de dénonciations qui s’accumulent et qui témoignent de la profonde perversion de cet homme. Lors de son allocution, Luc Tardif, supérieur provincial des Oblats, a déclaré: «L’affaire Joveneau et la commission d’enquête sur les femmes autochtones assassinées et disparues nous ont rappelé à quel point notre passé même récent est parfois ténébreux. Heureusement, des victimes ont le courage de s’exprimer et de se manifester.» Poursuivant, il a ajouté: «Les oblats ont fait et refont chaque jour l’option de la vérité, de la justice et de la compassion, dans cette affaire comme dans les autres. Il n’y a plus de place pour le silence, la complicité ou l’inaction: nous devons agir.»

Les oblats, en choisissant de se laisser confronter par les autochtones qui viendraient au sanctuaire marial, ont, à travers les mots du père Tardif, rappelé que le temps est à la vérité pour «que l’horizon ultime soit la guérison et la réconciliation».

Un évêque pour écouter…

Non sans un certain courage, Mgr Marc Pelchat, évêque auxiliaire de Québec, s’était invité au cercle de parole portant sur la lettre de ses confrères de la CECC. À ma grande surprise, il n’a pas tardé à exprimer sa honte face à ce désastre de communication. Selon lui, la conversation entre évêques n’est pas terminée. Cette lettre n’a pas fait l’objet d’un consensus et semble avoir été publiée hâtivement en vue de répondre aux pressions exercées par le gouvernement Trudeau pour que le pape François vienne présenter les excuses de l’Église catholique tel que le demande la recommandation #58 du rapport de la Commission de vérité et réconciliation. La prière humble et l’écoute de Mgr Pelchat ont visiblement touché les personnes autochtones présentes dans le cercle.

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Garder la foi comme on garde un fort?

Voici le dernier texte de mes six années de collaboration avec la revue Le Messager de Saint-Antoine, publié ces jours-ci… Il s’agit, en quelque sorte, d’une confession personnelle pour faire la promotion de la foi tant en dehors des cadres religieux qu’à l’intérieur de ceux-ci… 

new-gothic-gateLes personnes qui croient en Dieu perdent du terrain par rapport aux « incroyants », qu’ils soient agnostiques (« on ne peut pas savoir si Dieu existe ») ou athées (« je ne crois pas en l’existence d’un dieu »). Au Québec, comme dans bien des pays d’Occident, les « sans religion » forment le groupe qui progresse le plus. Faut-il s’en inquiéter?

Du côté du christianisme, les baptêmes sont en hausse dans certaines régions du monde. En 2017, alors que la population mondiale augmentait de 88 millions, les catholiques voyaient leur nombre croître de 12,5 millions d’âmes. Toutefois, en Europe seulement, ils ont connu une baisse de 1,3 millions de fidèles. Ce phénomène est observable dans une proportion semblable au Canada.

Les religions attaquées

Dans notre pays, comme un peu partout ailleurs, les religions font l’objet de critiques souvent justifiées. Que ce soit sur la base de leurs doctrines ou leurs pratiques, aucune n’est à l’abri de se voir conspuée pour des actes posés par l’un ou l’autre de ses représentants, qu’il soit simple fidèle emporté par une ferveur excessive ou encore un de ses leaders ayant tenu des propos jugés d’une autre époque quand ce n’est pas qu’il aurait agi de manière totalement inappropriée.

Dans un contexte hostile, certains réflexes peuvent survenir. Par exemple, bon nombre auront tendance à se replier, préférant se réfugier dans un cercle protégé ou dans une attitude passive, attendant qu’une intervention quelconque finisse par inverser la situation. D’autres prendront des mesures actives pour combattre les mentalités actuelles, en particulier le relativisme. Ils utiliseront les tribunes de toutes sortes pour s’opposer à toute politique qui porterait atteinte à leur religion, en particulier aux positions morales qu’elle défend.

Invités à répondre à l’appel du Christ de « garder la foi » afin qu’il puisse la trouver sur terre à son retour (cf. Luc 18, 8), les chrétiens peuvent choisir parmi plusieurs voies. Si la foi s’épanouit généralement à l’intérieur d’une religion, elle ne devrait jamais se laisser contenir par elle. Jésus a vanté la foi du Centurion, celle de la Syro-Phénicienne tout comme il a donné en exemple la charité du Bon Samaritain. Aucun d’entre eux n’était Juif, encore moins chrétien!

Perdre sa foi ou son humanité?

À quoi cela peut-il servir de baptiser toujours plus d’enfants si nous ne devenons pas un peuple plus engagé pour la justice, si nous ne parvenons pas à construire un monde à l’image du règne de Dieu?

Ma foi est ancrée dans mon appartenance première à l’humanité et nourrie plus particulièrement au sein de l’Église catholique. En cherchant de diverses manières à ne pas m’éloigner du monde dans lequel je vis, de ses angoisses, ses tristesses, de ses avancées aussi et surtout ses combats pour le bien commun et la liberté, je crois que ma foi n’a pas à être défendue, mais simplement déployée dans une profonde compassion pour ce monde qui s’éteint à force de ne plus espérer. L’espérance est la clé de la foi.

Avortement: dialoguer vers un équilibre moral

Un récent sondage commandé par les Chevaliers de Colomb du Canada révèle entre autres que 53% des catholiques canadiens se disent «pro-choix» contre 26% qui s’affirment «pro-vie».

(Pixabay/Bgmfotografia)

Un récent sondage commandé par les Chevaliers de Colomb du Canada révèle entre autres que 53% des catholiques canadiens se disent «pro-choix» contre 26% qui s’affirment «pro-vie», le reste se déclarant «incertains». Cette statistique signifie-t-elle que le message fort du magistère demeure imperméable à la majorité des baptisés? Cela peut surprendre alors que les récents papes et les évêques n’hésitent pas à sortir l’arsenal langagier en décrivant l’avortement comme une horreur,un crime abominable de même rang que l’infanticide, y compris dans le cas de viol ou d’inceste et dont l’ampleur serait comparable à la Shoah.

Pour un grand nombre de catholiques canadiens, la position tranchée de l’Église ne semble pas ajustée à la réalité qui les entoure. Elle est loin l’époque où les masses se laissaient conduire moralement par des autorités externes, qu’elles soient de type religieux ou civil. Les lois qui ne répondent plus aux valeurs et à la culture d’un peuple se sont ainsi peu à peu adaptées à l’évolution des mentalités.

Ce fut le cas pour la contraception et l’avortement. Au Canada, dès 1967, Pierre Elliot Trudeau avait tenté de faire passer une loi légalisant l’avortement. Il a fallu attendre 1988 pour que la Cour suprême du Canada fasse sauter les verrous du Code criminel, statuant en même temps qu’un être humain ne commençait à l’être, au sens légal, qu’une fois sorti vivant du sein de sa mère.

La conquête du droit des femmes à disposer librement de leur corps a constitué un gain immense dans la progression vers l’égalité des sexes. Même les chrétiens, en général, ne peuvent que se réjouir d’une telle avancée. Mais celle-ci ne peut éluder le peu de valeur accordée à une vie qui croît dans un utérus humain. Depuis le jugement Tremblay vs Daigle (1989), la «personnalité juridique» est refusée au fœtus, sa vocation à naître relevant strictement de la décision de la mère.

Or, la position de l’Église…

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Pensionnats et évêques : un vice structurel

«Nous faisons face à un vice de structure qui engendre un déficit de compassion», écrit le chroniqueur Jocelyn Girard au sujet de la position de la CECC.

Photo: Présence/Philippe Vaillancourt

La colère est bien perceptible parmi les peuples autochtones et au sein des groupes qui leur sont proches face à la demande repoussée ou reportée par les évêques canadiens de demander au pape de venir présenter des excuses officielles pour la participation complice de l’Église catholique au Canada dans la gestion des pensionnats autochtones.

On a vu à deux reprises les hauts responsables de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) chercher à se décharger de ne pas pouvoir présenter des excuses en leur nom et à justifier que le pape n’ait pas à le faire. Leur tentative d’interférer dans le processus parlementaire s’ajoute à leur effort de se disculper face à ce que l’on reconnaît désormais comme un génocide culturel. Pour eux, les excuses relèvent surtout des instances impliquées directement dans cette affaire: des diocèses et des congrégations religieuses, qui ont déjà présenté des excuses formelles.

Ainsi, ni la CECC, ni le Saint-Siège n’auraient eu un rôle à jouer au cours des cent ans d’assimilation forcée des enfants des Premières Nations, des Inuits et des Métis qui sont passés par les pensionnats catholiques.

Décoder la structure de l’Église

Depuis Vatican II, on ne cesse de désigner, soit pour le dénoncer soit pour le légitimer, le modèle d’autorité pyramidal de l’Église catholique. Le précédent concile, en 1870, avait pavé la voie au triomphe de l’ultramontanisme, l’autorité du pape et son infaillibilité étant portées à des sommets historiques inégalés. Cette apogée était particulièrement sentie au Canada où les évêques étaient d’emblée derrière cette vision d’une Église centrale puissante dans un contexte où, localement, ils avaient souvent besoin du soutien du Vatican pour se faire respecter et pour conserver les privilèges accordés par l’État aux Églises.

Des archives semblent montrer que des évêques ont parfois eu maille à partir avec le gouvernement fédéral, notamment pour réclamer un traitement égal entre les pensionnats sous leur responsabilité et ceux des autres Églises. Par ailleurs, des échanges de correspondance traitant de ce sujet entre les pères oblats et leurs autorités à Rome ont bel et bien eu lieu durant les années où le régime des pensionnats était en force. Cela démontre qu’à Rome, on ne pouvait pas ne pas être au courant de cette situation et qu’un silence peut, encore aujourd’hui, être perçu comme une non-intervention complice de politiques assimilatrices.

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Évêques et œuvres humanitaires: la crise d’une époque

Développement et Paix soutient des projets dans 36 pays. L'an dernier, il a offert un secours d'urgence au Soudan du Sud (photo).

Développement et Paix soutient des projets dans 36 pays. Un secours d’urgence au Soudan du Sud fut offert l’an dernier (photo). (CNS photo/Nancy McNally, Catholic Relief Services)

 Après le tsunami qui a secoué l’organisme catholique Développement et Paix (D&P) au tournant de la décennie et qui a abouti à une révision ultraconservatrice de ses œuvres caritatives, nous voici donc à une nouvelle étape du combat mené par des mouvances intégristes qui se chargent de vouloir décider de la bonne et de la mauvaise solidarité internationale.

Se mêlent ici des enjeux de pouvoir, une conception particulière de la solidarité et un profond décalage entre les conditions de financement exigées par les évêques et les diverses situations des milieux populaires des pays du Sud qui doivent conjuguer avec les affres de la pauvreté, en particulier les femmes, le désengagement des pays riches, l’urgence d’éduquer leur population à tous les niveaux, la lutte contre l’impérialisme économique des multinationales qui vampirisent les ressources locales, etc.

D&P est un joyau de l’Église canadienne. Créé dans la foulée de Vatican II et en droite ligne avec l’enseignement social de l’Église, cet OBNL a soutenu des organismes locaux luttant pour la justice et la solidarité, pour le relèvement des peuples face aux oppressions diverses qu’ils subissent depuis presque toujours.

Des évêques sous pression

Que les évêques défendent d’une même voix la position de l’Église en matière de morale sexuelle et de contraception, personne ne peut leur reprocher, si ce n’est que parfois leurs rappels des lois morales semblent prendre le dessus sur l’évangélisation qui invite à rencontrer l’amour de Dieu avant d’être confronté à ses commandements!

La parole épiscopale s’exprime souvent en réaction à des tendances ou à des décisions qu’elle juge, non sans raison, s’écarter des valeurs morales traditionnelles. Un grand pan de l’épiscopat alimente ainsi l’image d’une Église rigide, plus obsédée par ses principes que par l’amour du prochain, à la manière du Bon Samaritain.

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Pas que des incroyants*

panier-2Lorsque vient la fin du Carême, les communautés catholiques du Québec relèvent d’un cran leur ferveur en se préparant à la Semaine Sainte qui verra se succéder le Dimanche des Rameaux, la messe chrismale, la Cène, la Passion, la Veillée pascale et la Résurrection, sans avoir omis éventuellement la confession ! Bref, tout un programme de cérémonies chargées de sens pour qui a gardé l’élan d’y participer.

Pour la majorité, cependant, le Carême et la montée pascale ne changeront rien ou si peu. Par contre, nous voyons poindre de nouvelles pratiques qui ne sont pas si éloignées de la tradition chrétienne. Par exemple, plusieurs auront fait les « 28 jours sans alcool » de la Fondation Jean-Lapointe. Les anciens du mouvement Lacordaire seraient bien fiers de voir autant de gens payer pour devenir sobres même si c’est pour le mois le plus court de l’année !

Les appels à la modération dans la consommation, à la simplicité volontaire voire à la décroissance se font entendre de partout. Interpellés par les groupes communautaires et les œuvres caritatives, tant de personnes auront accompli, entre le Nouvel An et la fin de notre Carême, soit une sorte de « sacrifice », soit une certaine performance physique ou spirituelle, soit un effort philanthropique, sans toutefois que ces « pratiques » ne soient reliées à une quelconque appartenance religieuse ni à une foi explicite. Et pourtant, y a-t-il quelque chose de si différent entre ces « pénitences » et les anciennes du temps où nous étions encore des « catholiques pratiquants » ?

D’inégale valeur ?

Les gens religieux regrettent la cessation des pratiques propres à leurs traditions. Plusieurs jugent les « distants » comme des mécréants, reprochant à ces individus de mener une vie dénuée de sens. Ces derniers ne sont pas tant en conflit avec la religion de leur culture qu’en « déliaison », celle-ci ne leur parlant plus, n’ayant plus de pertinence dans leur vie de chaque jour.

Il peut être légitime de se questionner sur le but de ces formes nouvelles d’ascèse. Autrefois, nous « faisions nos pâques » pour obéir aux « lois divines » ou gagner notre salut, pour plaire au Seigneur ou préparer nos cœurs à la fête. Cette discipline à laquelle s’adonnent les autres ne relève-t-elle pas d’une vraie quête de sens ? Même si c’est une quête de soi, de son bien-être, de son harmonie intérieure, tout ceci ne converge-t-il pas vers une forme de spiritualité qui a le mérite de les mettre en mouvement ?

Les grandes religions traitent aussi du repentir. La repentance est le changement de cap qui survient après la prise de conscience de ses fautes, de ses égarements. Ne peut-on pas faire des rapprochements entre certains agissements et l’idée de se reprendre, de se réaligner, évoquant ainsi une forme de conversion, même si cela demeure à l’écart des églises, des synagogues ou des mosquées ?

Des brèches existentielles

Parlons un peu des plus jeunes. La plupart ont opéré très tôt une rupture probablement définitive avec l’Église. Mais lorsqu’ils vivent des choses difficiles, il n’est pas rare qu’ils s’adressent à ceux et celles qui demeurent ouvertement croyants, leur demandant de prier pour eux, reconnaissants qu’ils ne sont pas très doués en cette matière.

Cette connexion dans les épreuves à la foi des aînés nous rappelle que les gens n’ont jamais cessé de traverser des situations de mort et de résurrection. En effet, il arrive à tout le monde de mourir à quelque chose : un rêve, une situation, un rôle, une relation affective, la santé, soi-même ou une image de soi. Les brèches existentielles surgissent presque toujours à partir de ce mouvement qui pousse vers le bas, vers « les enfers », avant de tirer vers le haut, vers « le salut ». Des portes s’ouvrent, des chemins inédits apparaissent et une vie nouvelle devient possible. C’est le kérygme qui se répète inlassablement dans un baptême sans nom, sans arrière-fond religieux et pourtant symboliquement bien réel.

Ce que nos yeux ont vu

Nous connaissons des personnes qui traversent leur vie sans avoir la foi. Certaines, comme Jean d’Ormesson, « catholique non croyant » décédé récemment, auront vécu une vie féconde, dans un bonheur relativement constant. Elles auront aussi vécu des pâques – des passages – plus ou moins importants, la plupart du temps régénérateurs.

Pâques n’est pas la propriété des croyants. Le passage de l’obscurité à la lumière, du désert aride à la terre féconde, de la mort à la vie nouvelle est repérable partout où des humains vivent simplement leur vie.

La tradition de l’Église a toujours valorisé trois vertus théologales : la foi, l’espérance et la charité. On ne peut douter qu’il y ait une bonne part d’amour et d’espérance dans la vie de chaque humain. D’Ormesson lui-même affichait une savoureuse espérance : « Je ne sais pas si Dieu existe mais je l’espère avec force ». Si les gens vivent leurs morts ordinaires en trouvant leurs propres chemins de résurrection, c’est parce que le souffle de l’espérance les accompagne. L’espérance est active dans chaque nouvelle naissance, chaque élan de créativité, chaque relèvement après un épisode dépressif, chaque entente négociée après une rupture, chaque démarche de réconciliation, chaque manifestation de solidarité après un drame, etc.

Les incroyants ne sont pas que des incroyants. Ils sont aussi des aimants et des espérants. Observant chez eux ces deux vertus théologales sans rien présumer de leur foi et contemplant la densité de leur vie, saurions-nous y discerner la marque du Ressuscité lorsque plongés mystérieusement dans sa mort et sa résurrection ? Si nous parvenions à le reconnaître comme tel dans la vie réelle de nos sœurs et de nos frères humains, alors peut-être nos cœurs, pétris d’Évangile, exulteraient d’une véritable joie pascale.

* Cet article a initialement été publié dans le magazine Rencontre du Centre culturel chrétien de Montréal, édition du 1er mars 2018.

Les sacrifices de nos contemporains*

est-ce-possible-de-concilier-chocolat-et-regimeNombreux sont les gens d’un certain âge qui se rappellent des exigences chrétiennes d’autrefois, à commencer par « les sacrifices » qu’il fallait faire pour plaire au Seigneur. Malgré la déconnexion des plus jeunes générations, celles-ci savent vaguement en quoi consiste le carême, ayant souvent reçu des témoignages de parents ou de grands-parents qui ont pu leur paraître comme des mœurs étranges!

En effet, l’idée de se priver de chocolat ou de petites gâteries pendant les 40 jours que dure le carême peut sembler inaccessible à des esprits contemporains : « Si Dieu nous aime vraiment, pourquoi se plairait-il à nous voir nous sacrifier de quoi que ce soit? Prend-il plaisir à nos sacrifices? »

Une réponse à l’amour

Dans la Bible, nous lisons l’histoire d’amour-jalousie-trahison-réconciliation entre un peuple et son Dieu. On nous raconte comment les Hébreux ont fait l’expérience d’avoir été accompagnés, soutenus et sauvés par « Je suis », le nom du Seigneur. Cette conviction de la présence divine agissante s’est ainsi poursuivie chez les chrétiens jusqu’à aujourd’hui. Dieu agit et il fait alliance. Son unique dessein est de créer par amour. Il ne peut pas se montrer insensible aux créatures qui lui répondent, comme la petite-fille qui fait craquer son grand-papa alors qu’elle se lance sans hésiter dans ses bras tendus. Certes, il ne négligera pas les autres, mais il ne pourra résister à l’amour rendu.

Être aimé, tout simplement, en avoir la certitude intérieure, c’est l’expérience la plus fondamentale pour l’être humain. C’est ce qui l’aide à se situer dans la vie, à faire confiance aux autres et à grandir harmonieusement. Cet amour appelle une réponse, pas une obligation. Nous savons combien une relation amoureuse est à risque si elle est basée sur des contraintes qui s’imposeraient à l’un et l’autre partenaires.

Du sacrifice au don de soi

man-2806396_1920Par amour pour son conjoint ou sa conjointe, ses enfants ou ses parents, une personne est capable de donner beaucoup d’elle-même. Et c’est ce que nous observons encore. Quelle mère ne se lève pas la nuit pour voir à son enfant qui pleure? Quel frère ne se rend pas chez sa sœur pour lui donner un coup de main lorsque le sort s’abat sur elle? L’entraide n’est pas forcément un mouvement naturel, c’est un geste d’amour. Et certains sont capables, par amour, de donner leur vie pour d’autres humains et ce, même sans les connaître. Ça peut aller loin, l’amour, y compris jusqu’à la mort.

Entre la barre de chocolat en moins et le don véritable de son temps à une personne dans le besoin, il y a fort à parier que Dieu a une préférence pour le second. Mais il peut s’accommoder aussi du petit sacrifice personnel, car il n’attend rien de nous puisque l’amour est gratuit. Nous n’attendons rien d’un enfant à qui nous donnons tout pour son bien. Mais si ce dernier répond momentanément par un petit geste, une petite attention, notre cœur s’emporte de joie.

Sachons voir ces petits gestes, ces attentions que les plus jeunes donnent généreusement et réjouissons-nous, comme le Seigneur, de tout ce qui contribue à la justice en ce monde.

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* Ce texte a été initialement publié dans Le Messager de Saint-Antoine, parution de mars 2018.