Archives de mot-clé : vérité

La famille et les vérités universelles qui ne le sont plus

Standard

Le deuxième synode sur la famille s’est ouvert à Rome. Avec la rencontre mondiale des familles qui s’est déroulée tout récemment à Philadelphie et à laquelle le pape lui-même a mis tout le poids de sa présence pour marquer l’importance de l’événement, l’Église catholique semble soudainement se soucier des «problèmes» de la famille contemporaine avec l’intention de lui apporter des solutions.

À quoi peut-on s’attendre réellement? L’Église peut-elle véritablement aller à la rencontre des familles et se faire entendre sur les questions qui la divisent elle-même de l’intérieur?

Les familles sont ailleurs

Chez nous, la famille catholique est devenue largement autonome face au magistère. Si une minorité semble continuer de s’y référer pour sa conduite morale, la majorité lui accorde bien peu de d’importance pour lui dicter sa manière de se comporter, que ce soit au chapitre de la contraception, du divorce ou de l’union homosexuelle, trois des questions qui ont été abordées au synode de l’an dernier.

… LIRE LA SUITE SUR PRESENCE-INFO.CA

Rions ensemble… de ma religion

Standard

Dans le cadre de la commission parlementaire qui étudie le projet de loi 59 sur le discours haineux, des citoyens se sont massivement élevés contre la proposition d’un leader musulman de contraindre la liberté de parole pour empêcher que des citoyens puissent se moquer publiquement de la religion et de ses chefs. Selon ce dernier, on pourrait se moquer du croyant ou de la croyante, car c’est un choix personnel, mais pas de ses croyances ni de la religion qui les institue, car celles-ci revêtent implicitement un caractère sacré.

Les religions valent-elles une risée?

On a bien vu avec l’histoire du Charlie Hebdo que du fond de chacune des religions se cache (de moins en moins d’ailleurs) un courant intégriste qui voudrait que l’absolu de leurs croyances, qu’elles soient partagées ou non par les autres citoyens, fassent l’objet d’un respect disons… religieux!

On dit parfois que parce qu’on est dans une société démocratique, la liberté de religion est « sacrée ». Moi je crois que ce principe ne se limite pas à la démocratie, mais bien au seul fait d’être intrinsèquement humain. Toute société qui se constitue sur le mode de la répression ne vise qu’à faire régner la loi du plus fort. La liberté d’expression a eu fort à faire dans les temps dominés par la religion au Québec, pourtant gouverné par une démocratie parlementaire. De même, au temps du communisme, combien ont payé de leur vie leur résistance et leur prise de parole. Je passe sous silence des exemples que l’on trouve actuellement dans un grand nombre de pays soi-disant démocratiques qui briment la liberté d’expression sur leur territoire, notamment le nôtre. Bref, ce n’est pas tant le fait de vivre en démocratie qui donne des droits, mais le fait que des humains ont milité pour qu’ils soient reconnus et maintenus.

L’évolution a justement démontré que l’humanité est capable d’autre chose que de répondre bêtement à des instincts de survie ou de domination. Nous avons tant vu de grandes réalisations basées sur l’entraide et la coopération que cela va de soi qu’il s’agit d’une sorte de fondement de notre caractère distinct. Et la liberté vient avec cette évolution de la conscience humaine : liberté de conscience et de religion, liberté d’expression et toutes les autres libertés fondamentales. Ces libertés sont au cœur du consensus qui s’est formé depuis Les Lumières et il serait tout à fait regrettable que les religions arrivent à entraver cet état de fait.

En vertu de la liberté d’expression, la moquerie, la dérision en paroles comme en arts visuels, la critique, l’interpellation acrimonieuse ne peuvent pas être interdites tout simplement parce que le principe fondamental de la liberté s’en trouverait écorché. La nature même des religions, fondées spécifiquement sur des croyances partagées surtout et parfois exclusivement par leurs adeptes, fait en sorte que tous les autres doivent jouir d’un droit de les critiquer et de s’en moquer.

Est-il correct de se moquer?

La loi prévoit des sanctions lorsque les critiques ou les moqueries portent atteinte à la dignité et à la réputation de la personne sur la base de propos non fondés, erronés ou mensongers. Les individus sont donc protégés par nos chartes, mais pas les religions instituées, autrement que comme expressions de la foi (et donc de la liberté) de leurs adeptes.

Ceci dit, est-ce toujours acceptable de se moquer? Certainement pas. Au-delà du droit reconnu, le jugement personnel pourrait être mieux éduqué pour que le respect s’installe davantage à l’endroit des croyants. C’est un des objectifs du cours Éthique et culture religieuse. Mais il demeure que ma foi chrétienne fait partie du choix que j’ai fait en poursuivant dans la voie de mon baptême, en approfondissement les intuitions développées par sa tradition et en demeurant dans l’appartenance à la religion catholique. Que l’on rit d’un cardinal aux tendances folichonnes, qu’on traite les catholiques de moyenâgeux ou qu’on dise que Dieu est une invention pour écraser les humains fait partie des sarcasmes que je dois m’attendre à croiser dans ma vie de croyant, au risque d’en être blessé.

Mais cela ne m’empêche pas de vivre ma foi. Cela ne m’empêche pas non plus d’être critique de ma propre religion et de celles des autres. Tenez, par exemple, lorsque je vois un jeune prêtre formé dans la fraternité Saint-Pie X annoncer une conférence où il viendra dire aux femmes catholiques en quoi consiste le vrai rôle de la femme, je ne peux pas m’empêcher de laisser partir une expression de gêne, à défaut de pouvoir en rire. Alors que les femmes ont trimé dur pour obtenir les droits qu’elles ont gagnés, un curé qui provient – de manière éloignée – de mon horizon religieux, à l’image de ceux d’autrefois, viendrait leur apporter l’unique vérité qu’elles doivent croire et comprendre sans que je puisse m’esclaffer? Non, franchement, je ris, mais je ris jaune!

Que les intégristes de tout acabit décident aujourd’hui de se ruer sur les places publiques pour nous rappeler combien nous nous sommes écartés du droit chemin est une chose, mais qu’ils se montrent incapables d’encaisser qu’on se paie leur tête, c’est tout simplement qu’ils n’assument pas eux-mêmes les croyances qu’ils tiennent pour vraies au point où il leur faut demander « au bras séculier » de contenir ceux qui les rejettent. Admettez qu’on serait alors bien loin de l’esprit de la laïcité

Moi je crois que la vérité s’établit par elle-même, car elle finit par s’imposer dans les cœurs qui la cherchent. Je ne suis pas certain qu’elle habite vraiment dans les esprits qui croient l’avoir déjà trouvée en l’imposant par la force de la répression plutôt que par la patience de la conviction qui découle du témoignage d’une vie engagée au service de son prochain.

Miséricorde, bien sûr! Mais encore?

Standard

Avec le Synode des évêques sur la famille qui vient de se clore, peut-être n’avons-nous jamais autant lu ou entendu les mots « miséricorde » et « vérité », soit pour les opposer, soit pour les accorder, soit encore pour en privilégier l’un plutôt que l’autre. Depuis quelque temps, je me dis qu’il y a quelque chose qui cloche avec cette perception que les couples divorcés-remariés ou encore les personnes homosexuelles (seules ou en union) ont nécessairement besoin d’être vus comme ayant besoin de miséricorde pour que l’Église leur accorde de l’attention. Et c’est ici que je me dis: « en réalité, pas plus que moi! » En effet, moi qui suis marié comme un bon catholique, qui pratique encore sa religion en assistant à la messe et qui s’occupe plutôt bien de sa famille, oui moi, j’ai pourtant bien besoin de la miséricorde divine tout autant que ceux et celles dont on a discuté (sans eux bien sûr) durant toute une année et dont on parlera encore toute l’année qui vient.

Voir le bonheur et s’en réjouir

Un amour imparfait… comme le mien!

Ce qui me chicote, en fait, c’est l’incapacité de considérer le bien qui se fait en « territoire peccamineux ». Je m’explique, si mon statut par rapport à l’Église est « ok », celui des divorcés-remariés et des personnes homosexuelles « actives » est, selon la « doctrine vraie et immuable »: « vivent dans le péché ». Comme il s’agit de leur statut permanent, leur contexte est donc toujours marqué par la réalité objective du péché. C’est pourquoi l’Église veut leur prodiguer la miséricorde divine, non sans avoir préalablement brandi la vérité sur leur condition d’existence que Dieu ne peut que réprouver.

Or, il se trouve bien des témoins tout aussi crédibles partout autour de nous qui voient les choses différemment en observant la vie au sein d’un grand nombre de familles recomposées et d’autant d’unions homosexuelles. Plusieurs y reconnaissent de belles valeurs. Par exemple, ces couples formés de divorcés qui s’efforcent d’instaurer dans leur foyer une atmosphère de sérénité. Ils tentent de faciliter les choses pour leurs enfants dont certains peuvent être partagés entre un « nid » et l’autre. Ils font en sorte que leur adaptation soient la plus aisée possible et qu’ils ne cessent de se sentir aimés. Ils sont même parfois ouverts à la vie en projetant d’ajouter à leur progéniture. À la suite d’un premier échec conjugal, ils connaissent les chemins risqués ou dangereux pour leur fidélité et sont devenus habiles pour les éviter. L’amour qu’ils dégagent dans leur couple devient rayonnant. Il est bon d’être avec eux et ils font du bien autour d’eux. Si quelque témoin observait tout cela dans ma propre maison, il dirait certes : « Voilà un couple qui accomplit remarquablement bien sa mission chrétienne dans le monde en faisant rayonner l’amour divin dans son foyer ». Mais c’est là que le bât blesse: ces couples se sont écartés de la vraie voie et l’Église dont je suis ne cesse de le leur rabâcher afin qu’ils ne l’oublient jamais. C’est ainsi qu’on les prive officiellement de bénédictions et d’eucharistie pour les maintenir en état de pénitence publique. Comment pourrait-on alors reconnaître que tout ce qu’ils font de bien et de bon, tout ce qu’ils ont réparé à la suite de leur première union, tout ce qu’ils ont mis en oeuvre pour le bien de leurs enfants, tout ce qu’ils font dans la société en gagnant honnêtement leur vie, aurait à voir avec l’Évangile et les commandements du Dieu?

Famille recomposée

Il en est de même pour certains couples homosexuels. À l’Association Emmanuel, nous avons choisi de ne pas refuser les couples gais qui se proposent d’adopter des enfants en grand besoin d’amour en raison de leurs différences. C’est ainsi que nous pouvons voir, année après année, des familles où grandissent ces enfants entourés du même amour que celui qui est prodigué par des familles « ok » comme la mienne. L’amour des parents n’est-il pas nourri par la source de tout amour? Et cet amour pour des enfants qui, pour toutes sortes de raisons, n’ont pas été gardés par leurs parents biologiques lorsqu’ils ont découvert leurs « particularités », peut-il venir d’ailleurs que du coeur du Père céleste et sa préférence pour les plus petits?

Moi je le dis humblement: il y a parmi ces couples certains qui m’édifient et qui m’inspirent. Si c’est là l’oeuvre de leur vie pécheresse, comment se fait-il que je grandisse à les côtoyer? L’amour et le bien peuvent-ils provenir d’autre part que de Dieu lui-même? Le diable se mettrait-il à faire le bien pour confondre les vrais chrétiens? Possible, mais ce n’est pas l’expérience que j’en fais.

Mais oui, il y a aussi la vérité, celle qui confronte chaque personne humaine pour qu’elle devienne plus vraie; mais aussi celle avec un grand V qui nous indique que nos vies ne respectent que rarement la rigueur à laquelle la religion nous interpelle. Que faire de cette Vérité? D’abord la chercher en nous-mêmes car elle y est inscrite. Et voir comment nous pouvons, dans une perspective qui respecte la croissance humaine, nous y conformer peu à peu, avec l’assistance miséricordieuse de l’Église!

Miséricorde pour tous!

La miséricorde ou la compassion qui vient du coeur aimant de Dieu est infiniment plus puissante que celle que nous pouvons nous-mêmes accorder à quiconque. Or, il se trouve que nous sommes tous faillibles et qu’en tellement d’occasions nous « péchons » en ne faisant pas le bien que nous aurions dû faire, en ayant des pensées destructrices, de jugement ou de haine, en disant des choses qui blessent ou qui intimident. Oui, en ce sens nous sommes tous pécheurs et avons tous besoin de nous en remettre à la grâce divine car Dieu seul est juge de nos vies.

Puisque nous sommes tous dans le même bain du « mal » qui nous entoure, devenons davantage solidaires du bien que nous nous efforçons de réaliser dans nos propres vies. Sachons reconnaître le bien partout où il s’accomplit et bénissons toutes les personnes, peu importe leur condition de vie, afin qu’elles poursuivent résolument dans la voie de cette option fondamentale dont Dieu se réjouit, car c’est cette option pour le bien qui rend le monde meilleur et qui peut le mieux honorer notre Créateur.

 L’amour, c’est de trouver sa joie dans le bien; le bien est la seule raison de l’amour. Aimer, c’est vouloir faire du bien à quelqu’un. (saint Thomas d’Aquin, XIIIe siècle)

« Malheureuses, les femmes enceintes! »

Standard

Ma mère fut enceinte à huit reprises et mit au monde six garçons et deux filles. Chaque fois qu’elle a l’occasion de parler avec un prêtre à propos des évangiles, elle revient sans cesse sur ce passage qui l’a terriblement perturbée (lire l’Évangile selon Matthieu, chapitre 24). Comme elle fréquentait assidûment la messe et que ce texte revient plus ou moins à chaque année, parfois plus d’une fois, elle a donc eu l’occasion de l’entendre proclamé durant pratiquement toutes ses grossesses. Cette annonce par Jésus des signes de la fin des temps allait à l’encontre de sa joie et de son espérance pour ses enfants. Par les temps qui courent, j’ose parfois désespérer de l’humanité jusqu’à avoir la tentation de croire que ce n’est pas bien de concevoir un enfant et le « livrer » à un tel monde… Et voici que ma belle-fille est enceinte. Avec notre fils, ils en sont à leur quatrième! J’ai tendance à les voir un peu naïfs alors qu’ils sont tous les deux heureux de cette perspective. Je me demande s’ils savent vraiment dans quel monde va naître leur petite Aurélie.

Des airs de fin du monde

Au rythme où nous détruisons cette planète, certains chercheurs sérieux commencent à établir des dates d’expiration de nos ressources énergétiques. Cela va de soi pour le pétrole et les énergies fossiles, mais également et de plus en plus pour les ressources alimentaires ainsi que l’eau potable. On ne les croyait pas vraiment lorsqu’ils ont commencé à nous interpeller avec la couche d’ozone et le réchauffement climatique. Aujourd’hui, il n’y a que les politiciens apparemment sous l’emprise des multinationales qui osent encore nier la réalité. Si ce qu’on nous prédit n’est vrai qu’à moitié ou au quart, il y a donc bel et bien une probabilité très forte que le monde dans lequel vivront les enfants qui naissent ces jours-ci sera moins confortable, plus dur, plus inégal encore que celui dans lequel nous évoluons.

Le portrait est clair: augmentation des cataclysmes naturels, des tensions internationales, des clivages sociaux, durcissement des positions des plus riches et des plus pauvres, les uns voulant sauvegarder leurs acquis, les autres n’en pouvant plus de leur arrogance et de leur égoïsme, etc. Bref, il y a en moi un « je ne sais quoi » qui me tire vers la dépression chronique… Si j’étais « enceint », j’ai tendance à croire que ce « je ne sais quoi » m’entraînerait vers une déprime pré-in-post partum! Oui, je le crois sincèrement, il faut être foncièrement optimiste pour mettre au monde des enfants en 2013…

Quelle espérance?

Mais d’où peut bien provenir cette énergie de vivre qui pousse à procréer? Bien sûr, un ventre qui « se grossit » de jour en jour d’une vie distincte est un message contradictoire envoyé à tous les prophètes de malheur. C’est comme si ces mères portaient en elle cette folle espérance que, malgré tout, un autre monde est possible. C’est comme si elles disaient, au-delà des mots, qui seraient de toute façon insuffisants :

Toi, mon enfant, je te prépare un monde parfait, la meilleure des vies possibles. Je te protégerai de toute malveillance. Je te prodiguerai tous les soins nécessaires à ta croissance, tant physique que psychique. Je t’aimerai d’un amour qui te fera traverser toutes les épreuves. Je serai avec toi dans tout ce que tu vivras. Tu seras heureux, je t’en fais la promesse…

Oui, il y a assurément un tel élan d’espoir qui inspire les futures mamans dans leur choix d’accueillir la vie qui pousse en elles. Mais je n’idéalise pas. Je sais bien que pour un grand nombre les conditions qui permettent d’espérer ne sont pas réunies. Certains enfants grandiront dans un ventre qui est la seule protection contre le monde hostile dans lequel leur mère semble se démener pour survivre. Leur sort en sera jeté dès qu’ils évacueront ce sanctuaire naturel. Ils seront appelés à subir tout ce que notre monde sait faire de mal: la pauvreté, la négligence, la violence, etc. Pas besoin de chercher ailleurs pour imaginer le pire, car nous savons qu’il existe aussi dans notre société tenue artificiellement dans un confort dont la fin est de plus en plus prévisible.

Je me demande souvent comment on peut continuer d’espérer sans avoir la foi. L’enfant qui naît vient avec ce don immaculé qu’est la foi, c’est-à-dire une attente intrinsèque qu’il lui sera fait du bien. C’est ce don qui est abîmé le plus souvent dans la tendre enfance, lorsque les parents, l’entourage, les services sociaux, l’emploi, l’argent, bref tout ce que comporte la vie des adultes vient interférer avec la vulnérabilité de l’enfant. Je vois donc dans cette espérance des femmes enceintes, une forme préservée de la foi originelle, celle qui fait confiance, celle qui espère.

Car de l’espoir, il en faut pour faire tourner le moteur de l’amour. Sans espoir, notre être se recroqueville, se ratatine sur lui-même et se met en stand by. Qu’attend-il? Qu’une main lui soit tendue, une main chaleureuse, une main généreuse, une main amoureuse. N’est-ce pas tout ce à quoi aspire notre « enfant intérieur », celui qui dispose d’une foi qui respire encore malgré son enfouissement sous les décombres?

Ma foi se porte bien, soyez rassurés. Car ma foi ne repose pas d’abord sur les humains seuls. Elle repose sur les humains reliés entre eux par cette inspiration de plus en plus partagée qui les pousse à l’urgence de l’inter-connectivité et de l’interdépendance, à une sorte d’écologie humaine. Les signes de cette montée sont bien perceptibles. Et je crois, sincèrement, qu’il faut un Dieu pour que les humains reçoivent leur vie comme un appel, une vocation, une mission de faire régner plus que jamais la justice et la paix. C’est ce Dieu qui a suscité chez tant d’humains l’élan d’aimer leur prochain comme eux-mêmes. C’est lui qui a inspiré l’auteur du Psaume 84 pour cette formule géniale:  « Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent ». Voici donc mon espérance et mon attente: que des hommes et des femmes prennent au mot cette formule et font se rencontrer l’amour et la vérité, s’embrasser la justice et la paix. Le monde à venir ne pourra que s’en porter mieux et les enfants qui naîtront seront aspirés par ce mouvement fraternel et solidaire. Tout ça pour que les femmes enceintes, ma belle-fille surtout, aient raison d’espérer… Êtes-vous du nombre de celles et ceux qui portent ce rêve pour ma future petite-fille Aurélie?

Je doute, donc je crois

Standard

la-doute-de-st-thomasDans la foulée de ma crise de la cinquantaine (je parle de mon cinquantième billet et pas encore tout à fait de mon âge), un ami fidèle m’a invité à faire davantage état de mes doutes. Cette impression que le doute ne semble pas transparaître de mes textes m’a perturbé quelque peu, car je doute, et si fort !

Il y a plusieurs années, lorsque j’ai lu Mon testament philosophique, de Jean Guitton, j’ai compris à quel point la foi et le doute sont des compagnons intimes et inséparables pour demeurer dans la quête du vrai. Dans un livre qui lui est dédié comme un hommage, Entretiens posthumes avec Jean Guitton, Henri Hude met dans la bouche de ce dernier cette affirmation forte :

La vie qui doute, donc la vie qui cherche la vérité et la vérité du Bien, est une vie qui se soumet par avance à cette vérité à laquelle elle tente de s’unir, à cette vérité du Bien, à cette perfection absolue du Bien. (p. 169)

« Se soumettre par avance », voilà des mots qui paraissent impossibles à faire nôtres dans une société où la liberté, et la liberté individuelle par-dessus tout, est devenue un absolu. Et pourtant, c’est bien en toute liberté que nous sommes appelés à consentir, à adhérer… à devenir croyants.

Dans Mon testament philosophique, Guitton donne l’essence de sa foi :

[…] je ne puis croire qu’à de l’invraisemblable. Car le vraisemblable ne serait, selon toute vraisemblance, qu’un produit humain. (p.64, Éd. Pocket)

Si l’un des plus grands philosophes du XXe siècle a pu douter de cette manière tout en se révélant croyant hors de l’ordinaire*, c’est donc que le doute et la foi peuvent et doivent demeurer liés comme l’ivraie et le bon grain de la parabole (cf. Matthieu 13:24-30.36-43). Si l’ivraie (le doute) est l’oeuvre de l’adversaire, elle n’en est pas moins l’épreuve à laquelle le blé (la foi) doit être confronté pour croître jusqu’à sa maturité. C’est le lien que je fais avec cette autre citation de Jean Guitton:

La preuve d’une idée ne va pas sans épreuve. L’épreuve est plus concluante, imposée par un adversaire. ( p.18, Éd. Pocket)

C’est pour cela que j’éprouve tant de difficultés à recevoir les affirmations de vérité, imposées comme des certitudes et des lois universelles. John Henry Newman, un homme de foi de grande renommée, devenu cardinal après son passage de l’Église anglicane à celle de Rome, n’a jamais pris les dogmes catholiques pour Vérité sans chercher sans cesse à entrer dans leur compréhension profonde. Il a cherché à comprendre la « grammaire de l’assentiment » avant de s’exposer lui-même aux dogmes et aux vérités confessées par l’Église. Le doute n’est donc pas seulement légitime, mais un instrument qui permet à la foi de grandir et de mûrir.

Je retiens cette phrase mise dans la bouche de Guitton par Henri Hude:

Nul ne sait jamais rien s’il ne l’a appris aussi par lui-même. Quand on a appris d’un autre une chose vraie, il reste à l’apprendre une seconde fois par soi-même et de la Vérité elle-même  » (p. 63)

C’est ainsi que je me vis, comme croyant. Désirant ardemment adhérer, consentir à la foi, tout en cherchant avec d’autres les voies de la vérité. Comme Thomas, l’apôtre. Jésus ne le rejette pas parce qu’il doute, il l’invite à voir par lui-même  :

Avance ton doigt ici, et vois mes mains; avance ta main et mets-là dans mon côté: cesse d’être incrédule, sois croyant. (cf. Jean 20,19-31)

* Jean Guitton a été l’un des rares laïcs à participer au Concile Vatican II et, fait  étonnant, un ami intime de Marthe Robin, cette mystique catholique dont la vie entière est un mystère invraisemblable.

Le plus grand best-seller de l’humanité

Standard

Nouvelle Bible TOBChaque fois qu’une nouvelle traduction de la Bible est annoncée, j’ai toujours le réflexe de me demander « mais qui donc ça peut intéresser, aujourd’hui? » Et je me réponds : il y a encore des spécialistes (exégètes), des théologiens, des ecclésiastiques, des chrétiens évangéliques, etc. Mais cela ne suffit pas à rendre compte des milliers, voire des millions d’exemplaires de la Bible qui se vendent encore et encore, même de nos jours. Étonnant, quand même, lorsque chez nous, au Québec, ces livres ont le plus souvent été jetés ou donnés aux puces quand ils ne vieillissent pas au fond des bibliothèques. Je doute fort que c’est ici, en tout cas, que les éditeurs font leurs meilleures ventes!

Les éditeurs de la T.O.B. (Traduction œcuménique de la Bible) viennent de publier, fin 2010, une « autre » nouvelle édition de ce livre. Peu importe les lieux que vous fréquentez, il est probable que vous soyez déjà tombé sur l’un des nombreux formats édités de la première TOB de 1975-76. La nouvelle Bible TOB  a été entièrement revue, des mots ont été actualisés et les notes en ont été révisées et augmentées.

Mais cette nouvelle présentation est surtout caractérisée par le fait qu’elle est vraiment œcuménique : la pensée des orthodoxes y est importante et se manifeste par l’adjonction de livres dont protestants et catholiques, tout en les révérant, ne pensent pas qu’ils soient « inspirés ». Mgr Michel Dubost

Voilà l’essentiel des nouveautés de la nouvelle édition. Mais ce n’est pas tant cette édition-là qui me fait commettre un billet que le fait d’une popularité si remarquable et si constante depuis la toute première version imprimée par Gutenberg en 1455.

Pourquoi un tel succès ?

Si la recette était connue, il y a fort à parier que les éditeurs l’aurait exploitée depuis longtemps pour d’autres ouvrages! Il doit bien cependant y avoir quelque chose en rapport avec la quête de sens et de vérité. Je me souviens de discussions avec l’un de mes fils, assez rébarbatif à toute explication religieuse de la vie, à cette période. Pour lui, la Bible ne pouvait pas être vraie car on n’avait aucune preuve de ce qui y était avancé. Il était dans cette veine de vouloir des preuves pour vérifier la validité de toutes les affirmations, y compris celles de ses parents. Pas de preuve, pas vrai ! Même ses bêtises n’existaient pas tant qu’on en trouvait pas les preuves ! Sans s’en rendre compte, mon fils traduisait assez justement les préoccupations contemporaines face au phénomène religieux : « donnez-nous des preuves ! »

Si votre dieu peut laisser faire toutes les guerres, meurtres, génocides,  catastrophes naturelles, abus d’enfants, viols, abandons, etc. sans broncher, c’est donc qu’il n’existe pas ou bien qu’il ne mérite pas la foi qu’on pourrait lui confesser!

Ce n’est pas le lieu pour le moment de discuter de ces reproches qui planent partout où l’on éprouve de la déception ou de la colère face à un Dieu réputé tout-puissant. On peut toujours relire un billet précédent…

En fait, la Bible continue de susciter une grande fascination, même quand c’est par la négative. C’est un livre respecté par l’ensemble des gens modérés de toutes traditions religieuses. Un livre vénéré par les chrétiens de toutes confessions qui le considèrent comme Parole de Dieu, avec des accents et souvent des divergences quant aux différentes manières d’aborder ses « vérités ». Par exemple, les chrétiens fondamentalistes en feront une lecture plus littérale, citant abondamment les passages qu’ils connaissent souvent par cœur pour étayer leurs points de vue sur la vie et la morale chrétiennes. Les catholiques y verront la source de leur foi à partir de « témoignages » authentiques d’une histoire sainte, en particulier celle du Dieu d’Abraham, de Moïse, de David et surtout de Jésus et de ses disciples qui ont écrit après sa mort. C’est à partir de ces témoignages qu’une tradition deux fois millénaire s’est développée. Si tant de divergences existent à propos des manières de lire la Bible, alors comment peut-on continuer d’affirmer que ce qu’on y lit puisse être vrai ?

Tout est vrai…

Mon professeur de Bible, Marc Girard, surprenait tous ses étudiants dès le premier cours en déclarant: « Tout est vrai, dans la Bible, mais pas comme on pense. » Les nombreuses études conduites par des scientifiques ont peu à peu démystifié, voire démythisé le texte. Mais même en tenant compte de l’éclairage des sciences humaines, les croyants continuent d’y lire une vérité pour la conduite de leur vie présente et l’espérance d’une vie éternelle.

Comment font-ils? Il existe plusieurs méthodes de lecture. On peut ouvrir le livre tout simplement, en se laissant toucher ou interpeller par un passage ou l’autre, qu’on peut ensuite laisser « travailler » en soi au cours de la journée. On peut tenter de repérer les couches rédactionnelles selon une approche historico-critique (Eh oui ! Tout n’aurait pas été écrit d’une seule traite !) pour mieux percevoir les intentions des auteurs face à leurs auditeurs primitifs et subséquents.  On peut aussi utiliser une approche sémiotique, plus moderne, qui voit dans l’exercice de lecture comme tel, une contribution à l’émergence de la signification du texte. On peut encore faire une lecture en groupe, de manière communautaire, et s’éclairer mutuellement sur ce que le texte éveille en nous et comment il nous met en route ! Bref, il existe une multitude de façons d’aborder la Bible et elles sont valables dans la mesure où elles nous introduisent dans une compréhension pour aujourd’hui des mystères qui y sont révélés et qui ont une portée réelle sur nos valeurs, nos choix, nos actes.

Si on va au-delà de son caractère ancien, on peut voir la Bible comme un livre vivant qui incite des milliers et des milliers de personnes à l’ouvrir à y plonger. Faites un essai, vous verrez à quel point on peut être totalement accroc dès qu’on se laisse aller à ouvrir et à lire. Et si tout vous semble compliqué, n’abandonnez pas immédiatement. Rejoignez plutôt un groupe ou prenez un cours qu’on offre dans plusieurs centres de formation. Peut-être alors deviendrez-vous l’un ou l’une de ces chercheurs qui fouillent le livre afin d’y puiser ce qu’il faut pour marcher dans l’histoire, la leur et celle de l’humanité, et mieux comprendre le sens de leur présence en ce monde. Bonne lecture !