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À toi, le faux croyant qui tue l’humanité

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fusillade-historique-a-orlando-les-stars-rendent-hommage-aux-victimes_portrait_w674Toi, oui toi, peu importe où tu es à présent que les balles t’ont enlevé la vie, je dois te parler et tu dois m’entendre, car ce que j’ai à te dire aurait pu changer le sens de ta vie si tu avais ouvert ton esprit au temps opportun. Tu viens de sacrifier ta vie en croyant faussement que tu plairais ainsi à Dieu. Tu as cru un instant que cette action te vaudrait la reconnaissance éternelle d’un dieu sanguinaire. Or je te le déclare, celui par qui tu as tué ces vies innocentes n’a rien à voir avec le vrai Dieu que confessent tes sœurs et tes frères croyants, qu’ils soient juifs, chrétiens ou musulmans*.

Car le Dieu de tes frères, il est le même et unique pour tous : il est l’Amour qui crée le monde; Il est la Vie qui s’insuffle dans les êtres vivants; il est la Vérité qui a inscrit une Loi éternelle au plus intime de chaque âme; il est la Justice qui n’accorde qu’à lui-même le droit de juger; il est la Paix qui sème dans le cœur humain un désir incessant de l’accomplir; il est l’Espérance qui donne à chacun, à chacune, la force de bâtir un monde où toutes ces vertus puissent s’épanouir. Et il est, par-dessus tout, celui qui donne la Foi à qui la demande, pour que le chantier de l’humanisation se réalise selon le plan du Grand Architecte plutôt que par les efforts limités et égocentriques des humains.

Est-ce ce Dieu qui t’a poussé à tuer? Le crois-tu encore, maintenant que tu te retrouves devant lui? Ne vois-tu pas qu’en te pardonnant ton geste insensé, il te prouve que ce que tu as fait ne peut être que l’œuvre de l’Adversaire, celui qui sème le mal, la division, la haine, la violence et la mort? Ne découvres-tu pas que c’est plutôt ce faux dieu que tu as suivi, celui qui résiste au vrai Dieu, l’Unique?

Dieu ne peut justifier la mort d’un homme de la main d’un autre homme. Dieu ne se laisse jamais porter en étendard d’une nation contre une autre, d’une couleur de peau contre une autre, d’une religion contre une autre, d’une manière de concevoir la sexualité contre une autre.

Trop tard, te dis-tu? Non, parce que ce Dieu est le vrai miséricordieux, celui qui sait encore voir dans le fou, le meurtrier, le désaxé, le radicalisé, une ombre d’humanité que seule sa Lumière peut encore purifier.

Maintenant, tu vois et tu es rempli de remords. Tu voudrais réparer, mais pour toi c’est impossible. Il ne te reste que la miséricorde infinie de ce Dieu véritable. Et il n’y a aucun doute qu’il te l’accordera sur un simple repentir.

Ce Dieu, le seul qui soit vrai, est pour moi un scandale. Aujourd’hui, j’ai envie de le détester parce qu’il te pardonne. Je lui hurle ma colère parce qu’il t’a laissé poser ton geste insensé. Je lui crie à quel point nous ne valons rien, nous ne sommes rien, nous n’avons rien qui soit issu de notre humanité pour le convaincre de nous venir en aide et encore moins pour nous garder. Car aujourd’hui, à travers toi et tous les autres guerriers du mal, nous n’avons pu que lui prouver une fois de plus que nous ne méritons rien de sa confiance, ni de son amour, ni de sa patience. Aujourd’hui, j’accueillerais un nouveau déluge comme une bénédiction, car rien de moi ne veut survivre à ton acte meurtrier puisque je suis ton frère.


* Le Coran compte quelque 6300 versets au total, dont 300 contiennent des mots tels que « combattre » ou « tuer ». Cinq versets, en tout, sont une injonction à tuer. La question est de savoir comment lire le texte. Dans certains passages du livre du Deutéronome, Dieu invite à tuer. Pour la majorité des juifs et des chrétiens, il est clair que ces injonctions se réfèrent à une situation historique et ne sont pas valables au pied de la lettre. Il en est de même pour la majorité des musulmans vis-à-vis du Coran. […] (Source: « Dans le Coran, sur 6300 versets, cinq contiennent un appel à tuer ».

Charlie et le grand méchant Dieu

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4841109_6_22d3_2016-01-04-8854d6f-6317-13nvr84_805b451e8e4cb916641decfe3126f108Un an après l’attentat terroriste contre les artisans du Charlie Hebdo, le magazine publiait en une cette semaine l’image d’un dieu assassin que les forces policières n’auraient toujours pas réussi à attraper.

Pour Riss, l’auteur de cette caricature, Dieu, ultimement, serait le véritable responsable de toute cette violence terroriste.

Pour un grand nombre de nos contemporains, cette idée fait son chemin que si la religion n’existait pas, une grande partie des actes de violence sur terre serait par le fait même éliminée.

Mais ne s’agit-il pas d’une vision simpliste?

Peut-on, honnêtement, croire que la violence vient des religions? Ou, au contraire, que les religions, lorsqu’elles demeurent centrées sur leurs fondations et non sur les déviations historiques sont porteuses d’une éthique invitant à dépasser la violence qui est présente en chaque être humain.

Dieu, à l’image des croyants?

C’est la thèse que défend, au même moment, une autre revue, Le monde des religions, certainement plus sérieuse que la première. La question qui se pose est, au fond, la même: peut-on faire le mal au nom de Dieu?

Bien sûr, à en croire les hurlements du nom de Dieu faits par certains terroristes au moment de passer à l’acte, il est clair que, pour eux, Dieu est la caution de leur haine et de leur «justice».

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Comment répondre au terrorisme?

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Réponse à M. Jean-Paul Simard

Cher Jean-Paul, j’ai une grande admiration pour l’homme que vous êtes et je me considère plutôt dans une relation respectueuse et amicale avec vous. C’est dans cet esprit que je me permets une réplique à votre propos publié dans le journal Le Quotidien du 9 janvier 2015 et sur votre mur Facebook.

Vous utilisez l’expression « islamisation par le terrorisme ». Si vous écoutez bien – comme je vous l’ai déjà suggéré en vous fournissant même des références – la forte majorité des voix musulmanes qui se sont exprimées à chacune des occasions où les terroristes islamistes ont frappé (dont voici un exemple local), vous ne pouvez pas avancer cette thèse. Il ne s’agit pas d’une islamisation, mais bien d’une « terrorisation » au nom d’une idéologie de puissance et de peur que les terroristes associent à une certaine acception de l’islam. Il serait donc plus juste de ne pas tomber si facilement dans l’amalgame. Ce n’est pas parce qu’un endoctriné crie « Allah Akbar » (« Dieu est le plus grand ») en assassinant des vies au hasard ou en ciblant ses victimes, qu’il peut sans discernement être associé à l’islam en tant que religion. Et rappelons-nous toujours que ce sont surtout des musulmans qui sont tués par centaines de milliers en Afrique (cf. Boko Haram) et au Moyen-Orient au nom de cette « terrorisation » beaucoup plus proche du nazisme que de la religion. Personnellement, je ne crains pas l’islamisation ni le djihad tel qu’il est compris par l’ensemble des musulmans, à savoir « faire de soi une meilleure personne ». Je crains plutôt la haine sous toutes ses formes qui peut s’exprimer par n’importe quel humain sous couvert de n’importe quelle justification idéologique ou religieuse. C’est la haine qu’il faut combattre et non la religion « des autres », même de ceux et celles que nous accueillons.

Trop accueillants?

Revenons sur ce thème de l’accueil. Vous parlez de « l’idéologie » de la « terre d’accueil ». Vous savez pourtant que cette exigence traverse la Bible et les valeurs chrétiennes auxquelles vous vous associez tout comme moi par ailleurs. Dès la Genèse, avec Abraham, par exemple, l’accueil de l’étranger et l’hospitalité sont élevés au rang de vertus. Abraham montre même qu’il faut voir dans l’étranger la présence de Dieu lui-même. Si vous en faites une idéologie, vous niez par le fait même que ces valeurs sont profondément ancrées dans l’histoire judéo-chrétienne et celle de notre civilisation… Le problème réel avec l’accueil n’est pas d’avoir accueilli des étrangers à une époque ou l’autre. Pour la France, par exemple, on compte encore trop de mauvaises expériences d’intégration. Ce ne sont pas les citoyens de première vague qui prennent les armes contre leur société d’accueil, ce sont ceux de deuxième et de troisième génération! N’y voyez-vous pas un signe que l’accueil a été jusque-là défaillant? Que la déception et la colère ont fini par affecter les enfants et les petits-enfants? Il faut chercher les causes et ne pas s’arrêter aux symptômes. Je vous connais trop brillant pour ne pas chercher à approfondir. Et parmi les causes, il faudra bien un jour que nous fassions notre examen de conscience. La colonisation européenne et l’impérialisme américain auquel le Canada participe allègrement sont, pour l’essentiel, responsables de l’état actuel du monde et de la frustration grandissante des populations dominées par nos ambitions économiques et notre idée d’un « ordre mondial » à notre image. Ce sont nos politiques qui ont écrasé ces populations en conditionnant chez eux un désir de révolte. L’extrémisme actuel trouve sa source dans les inégalités économiques et l’arrogance géopolitique de l’Occident.

Et qui, au Québec et à Ottawa, s’est fait la main meurtrière d’un « islam radical »? Des Algériens ou des Yéménites? Pas du tout… Ce sont des citoyens d’ici, nés ici, devenus perméables à des thèses erronées sur Dieu telles qu’elles s’expriment largement par des aliénés d’une religion sanguinaire qui est autre que l’islam. Il y a là aussi réflexion à mener sur le vide spirituel qui peut conduire des jeunes adultes à des attitudes violentes et meurtrières envers leurs pairs au nom d’une certaine idée de la religion embrassée, quelle qu’elle soit.

L’expansionnisme religieux

Vous prétendez savoir qu’un nombre indéfini de « modérés » rêveraient de voir se réaliser ici l’expansionnisme de l’islam. Scrutez donc au fond de vous-même. N’avez-vous jamais fait ce rêve d’une terre entière devenue chrétienne? Ne l’avez-vous pas chanté dans vos assemblées dominicales? N’avez-vous pas soutenu nos missionnaires à l’étranger? Le prosélytisme est inhérent à la religion. La leur comme la nôtre. Nous nous réjouissons à chaque fois qu’une personne se convertit à la nôtre. Il en est de même pour eux. Et il en est de même également pour un athée qui convainc un croyant de l’absurdité de sa foi! Ce n’est donc pas un argument pour justifier un regard réprobateur adressé aux musulmans. Il y a des attitudes antireligieuses partout dans le monde: d’une religion envers une autre; de laïcs militants envers toutes les religions. Et les chrétiens ne sont pas à l’abri de persécutions. Jésus lui-même en a averti ses disciples! Même en cessant d’être chrétiens, nous ne serions pas à l’abri de « l’humanophobie », car le monde est ainsi fait que la différence de l’autre est potentiellement une agression contre la nôtre, et vice-versa.

Vous craignez le « métissage général ». Mais ne voyez-vous pas que notre pays est déjà une mosaïque culturelle? Sur un plan canadien, en commençant par les premières nations que nous avons spoliées et exploitées, nous retrouvons les européens anglo-saxons et français, ceux de l’est ou du pourtour méditerranéen, et les asiatiques qui arrivent par milliers, etc. Vous ne pouvez pas ne pas les considérer comme des citoyens à part entière. Ils sont Canadiens ou Québécois selon la perspective que nous retenons. Notre société s’est enrichie de ces diverses cultures accueillies puis intégrées le plus souvent en nous changeant nous-mêmes, en nous « améliorant »!

Pour une civilisation de l’amour

Venons-en maintenant à votre solution. Vous n’envisagez que l’amour inconditionnel. C’est le terrain où nous nous rejoignons. Mais l’amour inconditionnel n’attend rien de l’autre. Il n’exige pas la réciprocité, au contraire (cf. le Bon samaritain). Jésus ne demande pas de nous en tenir à l’amour de nos proches. Il demande d’aimer nos ennemis, de les aimer assez pour qu’ils puissent agir librement, au risque de notre propre perte! Si nous voulons vivre en tant que disciples du Christ, il nous faut embrasser le risque de la croix. Croire, espérer, aimer, comme vous dites, peut avoir des conséquences pour notre vie. La solution est effectivement l’amour inconditionnel. Nous faire les « prochains » des musulmans d’ici et leur tendre la main pour une fraternité inclusive est l’unique avenir possible ici comme ailleurs. Ainsi, plutôt que de nous perdre en tant que peuple, nous nous sauverons peut-être en réalisant quelque chose de la civilisation de l’amour…

 

Dans la peau du converti

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Ceci est un exercice d’empathie extrême pour tenter de comprendre ce qui peut se passer dans la tête d’un converti radicalisé*.

Mal-être

-J’ai toujours feelé croche par rapport à la société. Ça a commencé avec mes parents. Rien, vraiment rien qui nous rapprochait. Métro-boulot-dodo c’était pas pour moi. Encore moins de me caser avec une femme pis des enfants. Bon an, mal an, je me trouvais des jobines pour ne pas crever. J’ai dû parfois virer mal en acceptant des mauvais boulots, parce qu’il fallait manger, pis parce que mes chums me poussaient dans le dos. J’ai essayé de calmer le feu en moi avec des substances, mais ça ne marchait pas. J’ai payé ce que je devais à la société en faisant du temps. Mais dès que je reprenais mes esprits dans le monde réel, il y avait encore cette sensation de malaise, le sentiment que je ne fittait pas dans le système. Mes parents ont fini par me lâcher. On ne se voyait plus, pis c’est tant mieux. Au moins il y en avait deux de moins qui me tombaient sur le dos.

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Quelque chose s’est passé dans ma tête quand j’ai vu la vidéo d’un djihadiste sur Facebook. C’était un Québécois d’origine arabe qui disait avoir retrouvé ses racines. Un vrai fucké, mais je sentais que c’était un gars comme moi. Je me suis mis à regarder tout ce que je pouvais trouver sur lui sur internet. Plus je le connaissais, plus je voyais que je pensais comme lui. Tout ce qu’il avait dit dans sa vidéo et tout ce qu’il écrivait sur son mur sonnait juste dans ma tête. Je n’ai jamais été un violent, mais j’ai toujours senti la colère, parfois même la haine qui grondait au fond de moi. Je savais pas pourquoi ni contre qui je pouvais la tourner. Je me détestais moi-même. C’était le mieux que je pouvais faire.

Illumination

J’ai commencé à faire des recherches sur le Coran. Au début je trouvais ça weird. Mais plus je lisais, plus je trouvais des passages qui me parlaient. Plus ma colère trouvait des mots pour s’exprimer. J’ai eu besoin de comprendre et d’aller plus loin. J’ai commencé à fréquenter la mosquée près de chez moi. Difficile de comprendre comment ça marchait tous leurs rituels. L’imam m’a dit de prendre mon temps, d’observer et de faire comme les autres si j’en avais envie. La première fois que je me suis prosterné, le front sur le sol, une lumière s’est allumée dans mon cerveau. Tout est devenu de plus en plus clair.

J’ai compris que ce n’était pas moi qui était inadapté à la société. C’est la société qui est tout croche en réalité. Si les gens suivaient les règles édictées par Dieu, les problèmes s’effaceraient et tout irait pour le mieux. Le monde croit n’importe quoi et suit n’importe qui au lieu du Dieu tout-puissant. Je me demande comment ça se fait que la sagesse du Prophète n’a jamais été enseignée dans nos écoles, c’est tellement ça! J’en ai parlé à quelques gars que je fréquentais. J’avais sûrement le feu dans les yeux. Ils m’ont écouté. Ils étaient d’accord: c’est le monde qui est fucké, pas nous. Ils sont venus à la mosquée avec moi. Au début, ils trouvaient ça bizarre, mais je les convainquais de continuer, que ça allait allumer dans leur tête, comme moi.

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Plus le temps passait, plus ma colère savait où se diriger. L’Occident, la démocratie, le laxisme, le féminisme, le désordre qui règne… tout ça est le contraire de ce que Dieu veut. Il veut simplement qu’on le reconnaisse pour l’Unique et qu’on se soumette à sa Loi. C’est pas compliqué pourtant ! Moi je dis que la société va aller de plus en plus mal avec tous les infidèles qui ne comprennent rien et qui blasphèment.

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La haine qui s’acharnent contre les musulmans est devenue si forte qu’elle me poigne au coeur. C’est le signe je suis devenu un des leurs, je suis un frère musulman.

Solution

J’ai lu l’histoire de l’islam sur Wikipedia. C’est pas compliqué, il faut que toutes les nations se joignent de gré ou de force dans un même califat. Quand il y a eu des califes après la mort du Prophète, ils faisaient régner la paix, pis la justice fonctionnait dans le bon sens. C’est encore l’Occident, avec ses croisades, qui a foutu le bordel, pis l’ONU avec son État juif. On n’a jamais connu une ère de paix depuis la rébellion des Croisés. Je vois bien que personne ne veut regarder la vérité en face. Un jour, je vais avoir le courage de mes convictions, je frapperai un grand coup. J’aimerais bien aller combattre aux côtés de mes frères du Djihad, mais la GRC a commencé à me suivre et ils m’ont pris mon passeport. Comment puis-je agir au nom de Dieu? Je lui suis redevable pour l’illumination de ma conscience. Je lui dois tout, surtout ma vie! Je dois montrer à ceux d’ici qu’ils font le mal et qu’ils doivent se convertir.

Je ne suis pas un terroriste potentiel comme ils disent. Je suis un fidèle qui mise tout sur la seule réalité essentielle: Dieu. Quand j’ai parlé de mon désir à l’imam, celui-là m’a déconseillé d’agir et m’a dit d’être prudent. C’est un tiède. Il ne mérite même pas d’être suivi par mes frères. Si on fait tous comme lui pis qu’on laisse les gens vivre comme ils veulent, jamais la justice de Dieu ne viendra. Je sens qu’il faut que je fasse quelque chose, ça m’oppresse de plus en plus, mais quoi?

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Le Canada s’est déclaré en guerre contre l’État islamique. Je ne suis plus citoyen de ce pays, j’appartiens désormais au Calife et à tous les vrais musulmans. Ce sont eux qui ont raison, il faut nous battre pour établir le califat et pour repousser les infidèles au prix de notre vie s’il le faut. Plus le temps passe et plus la solution devient claire. Si les gens ne viennent pas à Dieu par eux-mêmes, il faut éliminer ses ennemis et convaincre les autres par la peur. Y a que ça qui marche avec les blasphémateurs.

Je suis pas bien outillé. J’ai même pas d’arme. Comment frapper un grand coup? Il semble bien que mes frères d’ici ne me suivront pas non plus. Ils n’ont pas eu l’air de m’appuyer l’autre jour quand je leur ai parlé de mon projet. Faut pas que je m’effondre, Dieu va me donner le courage. C’est pour lui que je veux le faire. Il me donnera ma récompense au paradis si jamais ça tourne mal.

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Je peux pas attendre plus longtemps sinon je vais décevoir Dieu. C’est aujourd’hui que ça se passe. Il faut que je vise un symbole canadien, pourquoi pas des soldats? Il y en a qui viennent en ville pour faire des achats. Ils sont toujours avec leur uniforme. Je vais aller me placer là, avec mon char, pis je foncerai sur eux. C’est une arme de lâche, j’espère que Dieu m’en voudra pas! Mais après je me dirigerai vers leur tanière pour écraser d’autres soldats si possible. Pis advienne que pourra. J’ai pu rien à perdre et tout à gagner: « toi, le p’tit Jo que tout le monde pointait du doigt comme un inadapté, toi tu vas devenir un martyr pour Dieu! » Ça me fait frémir juste à l’idée. Tant qu’à finir ici, c’est la seule façon d’en finir, en espérant qu’Il me pardonnera pour ma chienne de vie.

J’suis parti. Regardez-moi aller…

* Le phénomène de conversion religieuse et de radicalisation n’est pas exclusif à l’islam… Mais vu le contexte, j’ai voulu montrer que la conversion peut parfois n’être fondée que sur une compréhension partielle de la religion embrassée, avec les excès que cela peut entraîner.

Ben Laden est mort… et après ?

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Ben LadenÇa y est, l’ennemi public numéro 1 du monde occidental a été trouvé au Pakistan et tué par un groupe tactique américain. Tout d’un coup, on voit des foules en liesse près de « Ground Zero » à New York et partout aux États-Unis. Étrangement, ce n’est pas très différent de ce qu’on voit souvent dans le monde arabe lorsque survient une nouvelle semblable qui excite les foules au point où on arrive à se demander si les manifestants continuent d’avoir toute leur tête. Les gens heureux à ce point le manifestent dans un défoulement collectif. Mais est-ce vraiment du bonheur? Peut-on réellement ressentir de la joie authentique à l’annonce d’une opération violente qui a atteint sa cible avec succès? Fait-on la différence entre « justice » et « vengeance »?

Après les réjouissances

Il est évident que la traque amorcée depuis le 11 septembre 2001 contre Al Qaida et son représentant le plus célèbre vient d’être marquée par une étape déterminante dans la lutte contre le terrorisme international. Les représailles des groupes terroristes risquent toutefois de rendre l’euphorie de courte durée. L’histoire montre que la loi du Talion — « oeil pour oeil, dent pour dent » — n’a jamais fait cesser la violence et le désir de vengeance. Une perte subie dans un camp vaudra toujours plus chère que la perte infligée à l’autre camp. C’est une loi universelle. Ainsi donc, la seule suite possible de cette attaque ne peut être que de nouvelles manoeuvres pour perpétuer l’esprit de vengeance… Et il en sera ainsi sans fin.

Quelque chose doit changer. Notre monde doit changer. L’état du monde est inquiétant. Les conflits violents dans le monde ne sont pas en baisse, au contraire. Les activités terroristes partout où elles ont lieu génèrent de la peur, la peur entraîne le besoin de sécurité, l’urgence d’établir la sécurité entraîne la répression et la perte de libertés civiles, s’en suit une réduction de pouvoirs progressive pour le peuple pouvant aller jusqu’à la privation de ses droits fondamentaux… Or, le pouvoir au peuple et le respect des droits fondamentaux comptent actuellement parmi les réclamations les plus fortes des peuples du Moyen-Orient. Lorsqu’il est délégué aux mains d’une petite bande de forts et de protecteurs, le pouvoir s’érige en système totalitaire. Peu à peu, à cause de notre peur, il est possible d’imaginer que nous pourrions nous dépouiller de notre dignité personnelle et collective en acceptant de limiter nos droits humains, de vivre dans une société de non-droits.

Comment changer ce monde ?

Si le discours sécuritaire du Parti Conservateur du Canada a été moins bien reçu au cours de la dernière campagne électorale, je pense qu’il aurait pu en être autrement si l’assassinat de Ben Laden et ses suites inévitables avaient eu lieu quelques jours avant la fin. Just too bad pour Stephen Harper ! Chaque fois que nous réclamons plus de sécurité, la peur nous entraîne à taire le cri de notre conscience qui appelle au souci des autres, surtout des plus pauvres et des exclus, et à plus de solidarité entre nous tous, sans exception. Notre société marchande poursuit ses buts inlassablement : pousser toujours plus à consommer pour produire toujours plus de profits pour procurer toujours plus d’abondance à une minorité de l’humanité à laquelle nous voulons appartenir à tout prix. Cette manière de vivre pointe directement vers le clash des civilisations prédit par tant de prophètes de malheur… Mon amie Sylvie Bernard, qui dépose quotidiennement de petites réflexions ou trouvailles sur sa page Facebook, écrit ceci à propos d’un autre événement, beaucoup plus heureux, mais qui peut aussi, en raison de sa part de rêve et d’illusion, nous détourner de notre devoir de compassion active.

Le coût du mariage prinicier: la somme aurait pu nourrir 168 000 000 d’enfants pour une journée en Afrique. L’indécence dans toute sa splendeur! Ça vous dérange? Vous trouvez ça honteux? Put your money where your mouth is! Au lieu d’acheter le numéro spécial « Mariage princier » de n’importe quel magazine « populaire », remettez cette somme à un organisme d’aide alimentaire.

À sa façon, Sylvie nous dit qu’il faut changer quelque chose dans notre manière de penser et de vivre. Plus nous nous réfugierons dans notre mode de vie qui est un véritable scandale pour la grande majorité des habitants de cette planète, plus nous serons complices de ses vices, des inégalités qu’il génère, des jalousies qui poussent aux actions de dernier recours, y compris les émeutes et la violence tous azimuts.

Jean Vanier écrit ceci à propos de l’époque que nous vivons :

Il nous manque la seule connaissance vraiment nécessaire pour la survie de la race humaine : savoir comment transformer la violence et la haine en tendresse et en pardon. (Vivre une alliance dans les foyers de l’Arche)

Il importe de ne pas nous réjouir trop vite de la mort d’un homme et de ses proches, même si leurs actes passés ont été la cause réelle de souffrances et de deuils, de morts par milliers. La mise à mort d’un meurtrier coupable ne rendra jamais justice à ceux qui souffrent de la perte d’un proche, tout au plus suscitera-t-elle une réjouissance éphémère qui ne laissera après la vengeance que l’amertume et l’assèchement du coeur. Notre monde a besoin de coeurs touchés par la fragilité de l’existence, par la beauté de cette vulnérabilité humaine offerte comme un don pour le rapprochement et le vivre ensemble. J’aimerais compter parmi ces passionnés de tendresse et de compassion. Et vous ?