Archives de mot-clé : Solidarité

Une Église appelée à innover*

Standard

ruined-church-2102232_640L’être humain ne peut vivre sans des rituels qui rythment ses jours, ses semaines, ses années. C’est ce que les religions ont compris en mettant en œuvre des rites qui encadrent la plupart des passages traversant la vie humaine. Ainsi le baptême du nourrisson marque son entrée dans le monde des vivants, au sein de sa famille et de la société qui l’entoure, sans oublier la communauté de foi. Il en est ainsi pour les grandes fêtes qui jalonnent l’année, que ce soit autour des saisons ou aux occasions qui marquent comme les mariages, les décès, etc.

Plusieurs catholiques d’un certain âge s’inquiètent, non sans raison, du délaissement de la « pratique religieuse » par les générations qui leur succèdent. Il va de soi que les statistiques de fréquentation des offices religieux ont de quoi nous rendre soucieux. Mais si nous posons un regard attentif aux nouvelles manières de « pratiquer » de nos jeunes familles et même des gens qui se disent non croyants, nous pouvons alors saisir qu’il se passe encore des choses dans le domaine de la foi.

Une ritualité naturelle

Prenons l’exemple de l’attentat survenu à Québec le 29 janvier dernier. Dès que l’information fut diffusée, nous avons assisté à une suite ininterrompue de prises de parole signifiantes de la part de personnalités, d’élus, de responsables religieux, de citoyens ordinaires. Cette « parole de sens » fut vite accompagnée d’un geste collectif, à preuve cet impressionnant rassemblement devant l’église Notre-Dame-de-Foy et toutes ces autres vigiles organisées en solidarité tant à Montréal, Gatineau que Chicoutimi et ailleurs! Partout dans le monde, des mots et des gestes étaient posés pour exprimer la communion dans la peine. Les funérailles qui ont été célébrées dans le rite musulman ont pris le relais de cette grande chaîne de solidarité.

vigile_montrc3a9al_parcNous pouvons dire qu’il y a eu une belle manifestation de foi en ces occasions : foi en l’être humain capable de se relever, foi en l’humanité qui refuse de se laisser dominer par la haine, foi en Dieu qui se met aux côtés de ceux et celles qui souffrent. Or, ce n’est pas dans une église ni selon les rites catholiques qu’une telle foi s’est manifestée, mais dans un rituel autre, celui que des humains ont mis spontanément en acte devant la violence meurtrière.

La ritualité fait tellement partie de notre nature que même lorsque des parents ne veulent plus d’un baptême traditionnel, ils vont chercher une autre manière de célébrer. Ils le font en faisant appel à des « célébrants de la vie » pour animer des célébrations non confessionnelles permettant aux parents de pouvoir désigner les parrain et marraine.

La foi n’est pas morte, bien au contraire. Mais elle ne semble plus trouver à s’épanouir dans les formes traditionnelles de l’Église catholique. Nous avons, comme membres de cette Église, à mieux saisir ce qui se passe et à tenter d’y répondre avec des formes nouvelles que l’Esprit Saint est à insuffler. Qui sait? Peut-être nous invite-t-il à regarder en direction de ces « nouveaux rites » qui nous sont donnés à vivre hors de nos murs familiers.

______________

* Ce texte est le 47e article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de juin 2017 du Messager de Saint-Antoine.

Pourquoi je ne démissionne pas…

Standard

Je suis catholique. Je suis diplômé en théologie. J’enseigne la théologie. Je suis agent « laïque » de pastorale au service de l’Église diocésaine de Chicoutimi. J’y suis revenu après plusieurs années comme travailleur dans le monde ordinaire et ensuite dans les milieux communautaires. J’étais heureux de me retrouver de nouveau à servir l’Église dans un rôle qui comporte bien des avantages et aussi quelques soucis.

dc3a9mission

Démission de Benoît XVI – Le Monde, 11 février 2013

J’affirme sans hésitation que je suis parfois scandalisé par mon Église, autant par des comportements déviants de certains de ses représentants que par ceux de certains autres qui sont en autorité et qui font partie de ce qu’on appelle « le magistère »… Pas tant par sa manière d’interpréter le message de Jésus-Christ — après tout il est constitué des « successeurs des apôtres » et il faut bien qu’un groupe de leaders soit autorisé à donner son éclairage et à fixer la norme — que par son intransigeance face aux situations qui seraient en marge ou à l’écart de la norme.

Il m’arrive très fréquemment de me sentir outré par les remises à l’ordre qui découlent de positions autoritaires des évêques, le mien comme tant d’autres, tout autant que celles qui viennent de Rome, là où vivent ceux qui doivent certainement avoir atteint « le sommet de la perfection du croire ». Tant que j’étais « simple laïc », vivant ma foi dans un milieu ordinaire, je me contentais de voir passer toutes ces déclarations avec un certain détachement. Dans la réalité, ça ne changeait rien à mon rapport à Jésus-Christ ni même à l’Église que je fréquentais et qui me permettait de rencontrer de nombreux prêtres et autres membres actifs tous plus accueillants et ouverts à la différence les uns que les autres.

Mais en tant que « personne mandatée » par un évêque, ma situation est désormais bien différente. Je dois parfois assumer des positions qui sont loin d’être miennes. J’ai toujours l’option intérieure de ne le faire qu’en surface, de ne pas adhérer complètement et ainsi de demeurer en communion, en apparence… Mais en réalité, je me sens alors comme un hypocrite, comme ceux qui sont dénoncés par tant de mes coreligionnaires qui ont pris leurs distances avec l’institution. Rester ou partir, c’est une alternative qui me trotte souvent dans la tête. Aujourd’hui, je vous donne mes raisons de ne pas partir…

Je ne démissionne pas parce que…

  • J’aime l’Église. Elle a marché durant deux millénaires sur les pas du Fils de l’Homme en tentant, tant bien que mal, de vivre l’Évangile. Elle est imparfaite, formée de femmes et d’hommes qui se savent pécheurs, d’une majorité de gens humbles qui cherchent sincèrement à plaire à Dieu, à faire sa volonté en la cherchant dans la vie présente, en s’exerçant à l’amour fraternel sans jamais s’approcher de l’idéal, mais en demeurant « en marche ».
  • L’Église n’appartient pas aux évêques ni au pape. Au contraire, ce sont eux, tout comme l’ensemble des baptisés dont ils ont charge de sollicitude, qui appartiennent à l’Église. Elle est le « nous » de tous les baptisés qui se sont reconnus fils et filles de Dieu et appelés à suivre Jésus.
  • Si des prises de position du magistère briment ma conscience individuelle (que je tente du mieux que je peux d’éclairer, d’éduquer, de confronter à la vérité, en particulier celle énoncée par la Tradition ecclésiale), elles ne peuvent donc pas entraîner mon adhésion forcée. Je suis créé libre et ma liberté de pensée est un droit fondamental que même Dieu respecte, y compris lorsque j’exerce ma dissidence.
  • Je peux travailler en Église, en communion avec l’évêque, sans pour autant devoir assumer toutes ses positions ni ses attitudes. Par contre, il est l’évêque et pas moi et pour cela je lui dois respect et loyauté dans la mission pastorale, une loyauté réelle mais seulement consentie, jamais inconditionnelle.
  • Mon travail auprès de mes collègues et de toutes les équipes pastorales de la région me donne à croire que je suis privilégié de connaître et parfois d’accompagner ces personnes engagées sincèrement et avec enthousiasme au service de l’Évangile dans une volonté commune de rendre possible une rencontre qui change tout avec le Christ vivant… Les quitter reviendrait à les abandonner.
  • Partir causerait un (petit) coup d’éclat sans lendemain. Rester me permet d’apporter ma contribution et d’exprimer respectueusement ma dissidence.
  • Et aussi, oui, il faut bien le dire, en ayant pour longtemps encore des personnes à charge, j’ai besoin du revenu attaché à cet emploi…

Je ne vais donc pas démissionner. Mais je vais déclarer mon soutien le plus entier à mes collègues qui tentent, avec discernement et audace, parfois maladroitement tout comme moi, de favoriser la rencontre de l’Église avec le monde tel qu’il est, sans volonté de le changer, le convertir ou le guérir de quelque mal que ce soit, mais plutôt pour y célébrer la vie, l’amour, la joie et la fierté d’appartenir à cette humanité créée diversement, appelée à accomplir le bien, à éviter le mal et à se tenir debout…

Lorsque l’Église va à la rencontre du monde sans le juger, elle réalise sa mission qui est de marcher avec tous les humains dans leurs chemins divers et particuliers, les accompagnant vers leur propre destinée. Il se pourrait bien, un jour ou l’autre, que cette Église soit invitée à faire part de ce que sa Tradition enseigne comme étant la Vérité, mais au temps opportun, lorsque la confiance sera rétablie, au moins partiellement, et toujours dans un esprit de dialogue. C’est à cette tâche que je veux m’attacher, parce qu’elle est une vraie bonne nouvelle à partager.

Pitié pour les gens, pas pour leur ville

Standard

incendie-de-fort-mcmurray-ca-lair-dune-zone-de-guerre_1Comme tout le monde, j’ai été choqué par les images des incendies qui ont détruit une partie de la ville de Fort McMurray en Alberta. Comme tant d’autres, j’ai répondu à la demande de la Croix-Rouge pour soutenir l’aide d’urgence. Comme la majorité des gens qui possèdent un minimum de compassion, je suis peiné pour tout ce que les habitants de cette ville et de cette région ont subi et continueront de subir dans les prochains mois. Je ne fais que m’imaginer dans ce bourbier avec ma famille pour saisir à quel point rien ne sera plus jamais pareil pour ces sinistrés. Gens de Fort McMurray, vous avez toute ma sympathie.

Oui, mais…

yukon-4275802-oJ’ai déjà visité Dawson City, au Yukon. Cette ville qui n’en est plus une avait déjà compté 40 000 habitants en 1898, au plus fort de la ruée vers l’or. Elle n’en compte plus qu’un petit millier, principalement en attente des touristes qui y passent durant l’été. Curieusement, plus de la moitié de la ville a été détruite par un incendie catastrophique, en 1899. Cette année-là, la ville a vu partir 32 000 habitants et il n’en restait que 5 000, deux ans plus tard. L’incendie avait ruiné la quête de l’or jaune. Après le départ des miniers, des marchands, des saloons et des prostituées, les graves dégâts environnementaux avaient modifié le paysage de manière définitive et laissé la ville elle-même dans un état lamentable. Fort McMurray, c’est la répétition, en des centaines de fois plus polluant, de Dawson City.

J’ai entendu que pour aider à rebâtir la ville, il faudrait rapidement dire oui au fameux pipeline Énergie Est. De cette manière, on enverrait un signal de solidarité à toutes ces familles qui se sont ruées dans cette région depuis 10, 20 ou 30 ans, afin de se sortir de leur endettement ou du manque de travail dans leur région d’origine. Faut-il vraiment reconstruire Fort McMurray et dire oui au pipeline?

Des choix pour sortir du pétrole

Je ne suis pas spécialiste, mais on dit que le cours du pétrole ne remontera pas à des prix planchers qui assureraient la rentabilité de son extraction des sables bitumineux. Il est fort probable que les choix économiques affecteront cette région d’ici peu. Par ailleurs, tous les gens qui ont visité cette région – je pense entre autres à Nancy Huston, albertaine – se disent horrifiés par la vision d’enfer que cette exploitation honteuse cause à l’environnement, voyant même des conséquences sur le comportement des habitants.

De tous les lieux que j’ai visités sur Terre – et j’ai été dans tous les continents -, c’est l’endroit du monde où je me suis sentie le plus mal à l’aise. C’est comme si je voyais l’avènement d’une humanité… inhumaine. Une humanité qui n’est là que par rapport à une sorte de survie physiologique. (Nancy Huston)

La ville fonctionnait déjà au ralenti en raison du marché anémique du pétrole. Reconstruire ces maisons à grands frais dans une région destinée à se vider de toute façon d’ici 30 ans, lorsqu’on y aurait épuisé toutes les ressources du sous-sol, est-ce une vraie vision d’avenir? Il me vient en tête la fermeture de Shefferville et la chanson de Michel Rivard…

4915438_6_3ad1_pres-de-88-000-personnes-ont-ete-evacuees_1787aee326a8f1cb16d6ea758e98d2eeJe pense alors aux enfants des ouvriers de Fort McMurray. Ceux-ci sont déjà condamnés à quitter cette ville pour étudier et travailler obligatoirement dans un autre domaine que leurs parents. Ces derniers, vieillis, comme à Shefferville, quitteront peu à peu leur ville avec leurs pickups usés parce que l’argent n’aura plus afflué depuis trop longtemps.

J’ai vu une famille de ma rue avec laquelle nous avions des liens par nos enfants respectifs être divisée longtemps par le travail du père en Alberta. La famille a choisi de partir le retrouver il y a quelques mois. J’avais déjà de nombreuses questions face à ce choix, dans un contexte où la chute des cours du pétrole paraissait déjà alarmante. J’ai eu de la compassion pour les enfants qui partaient de leur chez-soi avec le cœur lourd. Et maintenant qu’ils font peut-être partie des familles sinistrées, quel choix ces parents feront-ils pour l’avenir de leurs enfants?

Je sais bien à quel point les difficultés économiques d’une famille sont déterminantes pour son choix d’habitat. Mais pour rien au monde je choisirais, aujourd’hui, de retourner vivre à Fort McMurray, une ville dont on connaît déjà la date de péremption. Et pour rien au monde je voudrais que nos taxes et impôts y contribuent. Qu’ils servent plutôt à relocaliser et à développer d’autres secteurs d’emploi.

Je me dis que nous sommes si nombreux à croire qu’il faut sortir du carcan pétrolier que nous ne pouvons pas ne pas estimer que la tragédie actuelle constitue une réelle occasion de penser et faire autrement.

Reconstruire ou pas ces quartiers dévastés? Voilà la question. Pour moi, il est plus que temps que nos gouvernements, nos entreprises et les ménages se tournent vers les énergies vertes. Si la nature s’est chargée de donner un signal très fort, peut-être faut-il simplement saisir ensemble le moment favorable pour repartir sur de nouvelles bases en soutenant dès à présent l’exil des familles de Fort McMurray pour l’amour de leurs enfants et leur avenir autrement que joué d’avance.

 

Espérer le printemps pour tous*

Standard
richman_lasaruslg

Le riche et le pauvre (Lazare, cf. Luc 16 ss.)

Il m’arrive de ressentir en même temps la gratitude et l’inquiétude, en particulier lorsqu’il est question de mes biens matériels : maison bien équipée avec plomberie, chauffe-eau, circuits électriques, chauffage, toiture, appareils ménagers, de divertissement, etc. Oui, je me sens dans l’action de grâce pour toutes ces choses.

Mais il m’est fréquent d’avoir des frissons à l’idée d’un éventuel sinistre : canalisation qui éclate ou infiltration d’eau au printemps, congélateur en panne ou encore sécheuse qui prend feu! Une telle avarie m’est arrivée cet hiver, comme pour me convaincre de nourrir ma peur!

La misère des riches

Même avec un revenu familial au plus bas de la classe moyenne, ma situation figure bien au-dessus de la majorité de la planète. Comme la plupart des Canadiens, je fais partie des riches, car les petits soucis qui viennent de ce que nous avons sont l’attribut des gens qui possèdent.

J’ai plusieurs amis qui vivent en Afrique. Nous échangeons via l’internet. Nos vies sont à l’opposé. La plupart d’entre eux ne possèdent à peu près rien. Leurs maisons, qui n’ont pas le huitième de la dimension de la mienne, sont assemblées avec des matériaux que je rejetterais pour mon cabanon! Et ils sont plus nombreux à y habiter. Pourtant, mes amis sont remplis d’action de grâce. Leur inquiétude est de trouver chaque jour le pain qui les nourrira.

Je les vois vivre à leur manière. Ils me voient vivre à la nôtre. Chaque fois, je me dis que cela doit être trop dur pour eux de constater notre vie confortable. Mais ils aiment découvrir notre mode de vie. Ce n’est pas réciproque, car je déteste l’image que leur vie me renvoie. 

La misère, point

Jérémie maisonRécemment, un ami africain a vu sa maison rasée à la suite d’un incendie. Le jeune homme venait tout juste d’emménager après s’être marié. Il formait le projet d’être heureux, comme n’importe quelle famille sur terre. Mais en l’espace d’une nuit le couple a tout perdu, après une succession d’événements plus graves les uns que les autres dont une fausse couche qui a failli emporter la jeune femme, un arbre gigantesque qui s’est abattu sur la plantation voisine, mon ami ayant échappé de justesse à la prison grâce à la médiation des sages. Par nos échanges, je suis à même de constater chaque jour qu’il y a des Lazare, pauvres, malades et victimes des inégalités que nous aggravons par notre mode de vie; et il a les riches « sans nom » comme nous qui, malgré des revenus plusieurs dizaines de fois supérieurs, ont tout engagé dans leurs propriétés, voitures et autres biens de consommation, et se sont endettés plus que ne le permettent leurs moyens. De cette façon, il ne reste plus rien à partager…

Si ma foi me fait me tourner sans cesse vers Dieu, le tout miséricordieux, c’est pour implorer son pardon d’être comme le riche donné en exemple par Jésus. Mon espérance est ébranlée par tant de misère. Le printemps est là, et comme j’aimerais que l’espérance qu’il transporte soit la même pour tous! Mais où trouver la foi pour faire bouger cette montagne d’indifférence?

_______

* Il s’agit de mon 37e article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de mai 2016 du Messager de Saint-AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle. Les destinataires de cette série sont des gens bien enracinés dans l’Église catholique. 

« Ayez le courage de la résistance » (pape François)

Standard

afp4769199_articolo

Voici mon 34e article de la série « En quête de foi » publié dans l’édition de février 2016 du magazine Le messager de Saint Antoine

À l’occasion de sa visite en Afrique, en novembre dernier, le pape François fut touché par la question d’un jeune Centrafricain. Celui-ci exprimait avec une certaine douleur les grandes difficultés rencontrées par les jeunes :

« Dans toutes les crises dans notre pays, nous avons toujours payé de lourds tributs. […] Nous nous laissons facilement emporter par le vent de la violence, de la vengeance, du pillage, de la destruction… Aujourd’hui, les défis auxquels nous sommes confrontés sont nombreux : la réconciliation, la formation adéquate, le chômage, la précarité. Beaucoup d’entre nous sont tentés de quitter notre pays pour aller chercher un avenir meilleur ailleurs ». Dans un tel contexte, conclut-il, comment pouvons-nous devenir des artisans de paix ? (Radio Vatican)  

François a répondu que la route qui leur était proposée, à l’image du bananier, est celle de la résistance, et non de la fuite. « Qui fuit n’a pas le courage de donner la vie ».

La foi fait de nous des résistants !

Si nous ne vivons pas chez nous les mêmes situations qu’en Afrique, nous nous laissons facilement emporter par d’autres vents : la surconsommation, le crédit facile, la corruption, les séparations, l’indifférence au sort des autres, la dépression, la peur des étrangers, le désespoir, l’absence d’un projet de société rassembleur, et j’en passe ! Comment, dans un tel contexte, les jeunes peuvent-ils devenir artisans d’un monde meilleur ?

Résister par l’espérance

La foi procure aux croyants une chose essentielle : la capacité d’espérer ! Le pape le dit souvent : un chrétien qui n’a plus d’espérance n’est pas un vrai chrétien… C’est grâce à l’espérance que nous pouvons devenir des résistants.

bananeLes jeunes bâtissent l’avenir. Pour ce faire, ils doivent croire en leur capacité de le réformer, de le rendre plus conforme à leurs valeurs. Mais ils auront à résister à ce que les générations précédentes leur ont laissé en héritage.

Par exemple, le temps où l’on pouvait se dire qu’il faut d’abord penser à soi avant tout est terminé. Pour qu’un monde pacifique, écologique et solidaire puisse surgir du présent, il faut se tourner vers les autres, surtout les plus fragiles et les inclure dans un projet fabuleux, mais possible : le règne de Dieu !

Les croyants connaissent déjà le plan conçu par l’architecte divin. Il ne reste qu’à le réaliser. En résistant à l’air du temps avec une foi assurée, les jeunes peuvent commencer à propager leur désir de bonheur partagé. Le Seigneur les attend là où d’autres n’ont pas réussi.

Comme pour les générations passées, un tel projet de paix est impossible à accomplir par nos propres moyens. Nous ne cessons de nous buter à nos manquements qui rendent toute action pour le bien caduque ou si peu féconde. Pour mettre en œuvre le plan du Créateur, il nous faut d’abord compter sur lui, en son Fils Jésus, par l’Esprit qui donne la vie, le mouvement et l’être…

Comment pouvons-nous être artisans de paix ? Tout d’abord en cherchant en nous la source de toute paix qui conduit vers l’unique amour du Père.

Après, tout le monde savait…

Standard

Photo: Itä-Savo

Au lendemain de chaque tragédie comme cet incendie qui a fait plusieurs morts et disparus dans une résidence de personnes âgées, il est habituel de voir les uns et les autres s’exprimer comme des experts qu’on aurait dû consulter avant que les choses n’arrivent. L’un comme l’autre, ils savent tous ce qu’il aurait fallu faire: plus de normes, plus de sécurité, plus de contrôles, plus d’argent!

Je veux exprimer mes sincères sympathies aux familles des victimes du drame de L’Isle-Verte qui a vu mourir possiblement près d’une quarantaine de ses personnes vulnérables, diminuées par la vieillesse et les pertes d’autonomie. Cette tragédie s’ajoute à toutes celles qui l’ont précédées au cours des dernières années. Et chaque fois, les uns et les autres se mettent à la chasse aux coupables, en poussant des hauts cris, en dénonçant les gouvernements, les propriétaires, les fonctionnaires, le manque de contrôle, etc. Pourtant, cette maison avait passé tous les tests de conformité et un examen récent n’avait relevé aucun risque.

La fatalité

Ces choses-là arrivent. Que nous rendions nos normes encore plus sévères, les mesures de sécurité plus serrées, les exercices plus fréquents, les contrôles plus efficaces, nous ne parviendrons pas à empêcher qu’une autre catastrophe survienne, car la prévention totale est un combat perdu d’avance. J’ai été directeur d’établissements au sein d’une Fédération internationale, en France et à Montréal. Dans le cas de mon expérience française, il allait de soi que si le gouvernement imposait des normes plus sévères, il était le premier responsable de les financer. Cela n’a quand même pas empêché la mort de deux adultes handicapés au sein d’un foyer de notre association au nord de Paris à l’occasion d’un incendie. Au Québec, les normes ne sont pas moins élevées, mais pour toute tentative de s’y conformer, le financement est la plupart du temps introuvable. Pour des maisons d’hébergement sans but lucratif, c’est souvent à la charité qu’il revient de contribuer pour ces travaux. Mais les sollicitations de ce type opèrent bien peu d’attraits sur les éventuels donateurs. Le plus souvent, on retarde les modifications qui pourraient, dans l’éventualité d’un incendie, peut-être sauver quelques vies. Mais une telle tragédie, c’est comme la loterie, on finit par croire ça n’arrive jamais, jusqu’à…

En tant que directeur, j’étais souvent déchiré entre l’exigence des normes de prévention et la capacité d’assumer leur financement. Il fallait assurer le quotidien, loger convenablement, nourrir, « animer » les adultes handicapés dont j’avais la charge. Mais pour élever leur niveau de protection contre les sinistres, personne ne souhaitait vraiment nous aider. C’était donc un risque à prendre, un risque certes calculé, mais pas tant que cela, puisque ce genre de chose arrive.

Je me suis imaginé plus d’une fois au lendemain d’un incendie emportant des vies dont j’avais la charge, à devoir répondre de ce qui n’était pas encore aux normes dans les maisons où vivaient mes amis. Mais j’ai croisé les doigts, j’ai espéré qu’il n’arrive rien et j’ai peut-être été entendu par une quelconque providence.

La responsabilité

Aujourd’hui, mon propre fils est hébergé dans une ressource intermédiaire. Il s’agit d’un petit foyer accueillant quatre adultes à mobilité réduite et présentant une déficience intellectuelle. Parce que ces ressources sont de petite taille et qu’elles sont sous contrat avec l’État (sous-traitance), les normes de bâtiments institutionnels ne s’appliquent pas. Pas de gicleurs, pas de porte coupe-feu, pas de système d’alarme, pas de refuge en attendant les secours. Si un incendie survient dans cette ressource, je n’ose imaginer les pertes! Mais qui donc est responsable? L’État a pris en charge les personnes vulnérables de notre société dont les familles ne peuvent ou ne veulent pas s’occuper. En se retrouvant devant ces besoins croissants, l’État ne peut assumer cette responsabilité sans en répartir les coûts sur l’ensemble de la société. Cela signifie qu’il faudrait lever plus d’impôts, plus de taxes, et susciter plus de solidarité de la part des citoyens. Or, dans l’individualisme ambiant, nous ne sommes pas prêts à assumer davantage pour ce qui, en apparence, ne nous concerne pas.

À L’Isle-Verte, la chasse aux coupables est commencée. Les uns et les autres viennent s’expliquer dans les médias en rejetant le blâme sur d’autres, sur des manquements probables, sur des choix de société que nous ne faisons pas. Ils ont tous raison! Mais pouvons-nous, en toute honnêteté, prévenir toutes les situations qui risquent de survenir? Devons-nous atteindre un niveau de sécurité garantie à toute épreuve? La sécurité était pourtant au premier plan de la publicité de la résidence de l’Isle-Verte, mais cela ne s’est pas avéré adéquat. La sécurité totale est une illusion, rien de plus.

Cela ne signifie pas qu’il faille cesser de trouver les explications, chercher les carences, améliorer les mesures de prévention. Mais il importe de ne pas se mettre la tête dans le sable. Tant que nous chercherons ailleurs les coupables, nous aurons tout faux. C’est nous, en tant que société, en tant que fils et filles de ces personnes âgées que nous « plaçons » en maisons de retraite, « parce que c’est mieux pour elles »; en tant que parents de fils et filles handicapés ou aux prises avec des problèmes de santé mentale ou de comportements déviants et que nous confions aux professionnels de l’État; en tant que citoyennes et citoyens préoccupés davantage de notre confort et de notre propre sécurité que de solidarité avec les plus faibles; oui, c’est bien nous tous qui sommes responsables de tels gâchis.

Il est peut-être temps de nous laisser interpeller sur notre style de vie. Nous voulons vivre sans contrainte, sans nous sentir responsables des plus vulnérables, sans les inclure dans notre quotidien. Alors c’est là que notre vie nous conduit: à la tragédie de l’abandon et de la déresponsabilisation. Quand je me suis laissé illusionner en croyant que mon fils habite là où c’est le mieux pour lui, je me suis dessaisi du droit d’exiger pour lui des conditions meilleures, car il est devenu pour ma société un « fardeau excessif ». C’est d’ailleurs pour cette raison que je cherche comment reprendre ma responsabilité en travaillant à lui bâtir un chez-soi qui ferait que je ne puisse plus me désengager. Il en est de même pour mes parents. Puissé-je dans l’avenir contribuer à ce qu’ils se rendent au bout de leur vie dans des conditions qui ne me laisseront jamais leur donner le sentiment que je ne suis plus responsable de ce qui leur arrive. Certes un grand défi, mais si je ne m’y mets pas, qui le fera à ma place?

Qui donc est responsable? Commençons par nous regarder dans un miroir.

Donner n’est plus une valeur canadienne

Standard

PHOTO DIEU NALIO CHERY, AP (La Presse)

J’ai pris connaissance du rapport du chercheur Paul Cliche relativement à l’aide financière du Canada en faveur d’Haïti suite au tremblement de terre catastrophique survenu il y a quatre ans. Ce rapport a été élaboré à la demande du regroupement Concertation pour Haïti composé de 14 organismes de solidarité internationale du Québec. Si l’argent promis par le Gouvernement canadien a été bel et bien versé, il est surprenant de constater que les deux-tiers de ces sommes entrent dans une catégorie nébuleuse dite « non spécifiée ». On ne sait donc pas, officiellement, à quoi ont servi 555 millions de dollars versés par le Gouvernement du Canada, d’où le constat de manque de transparence. Il y a cependant des indices qui ne mentent pas.

Crise du logement

« Le tremblement de terre meurtrier du 12 janvier 2010 a détruit environ 200 000 maisons en plus de jeter à la rue environ 1,3 million de personnes. » (Le Devoir) Des dizaines de milliers d’Haïtiens sont toujours logés dans des abris temporaires et la situation ne semble plus s’améliorer.

Pour vider les camps de réfugiés, des montants de 500$ ont été donnés directement aux sinistrés afin qu’ils se trouvent une solution par eux-mêmes. Cela a eu pour effet de réduire considérablement leur présence dans les camps, mais leur situation n’a pu être améliorée de manière durable.

Que faisons-nous réellement pour aider ces gens à se loger de manière convenable? N’est-ce pas un droit humain fondamental que de pouvoir être logé?

Crise économique

Selon le chercheur, « Ottawa oriente son aide vers le développement du secteur minier et de zones franches, un modèle économique qui maintiendra les citoyens du pays en situation de pauvreté. » C’est comme si on disait à une personne en situation de pauvreté: « Je veux bien t’aider, mais je veux que mon argent me revienne en retour sur investissement. Tu vas donc travailler pour moi afin de me rembourser et même de faire profiter mon don, tout en acceptant que cela n’améliore pas tes conditions de vie… »

Que faut-il comprendre? Que le Canada veut bien aider les pays sinistrés, à condition que ça rapporte principalement aux entreprises canadiennes… Cela ne ressemble en rien aux valeurs qui m’ont été transmises. Lorsqu’une personne est en situation précaire ou en grand besoin, je me sens responsable de lui apporter l’aide que je peux. Cela peut être par de l’écoute, un transport, de l’hospitalité voire de l’argent. Mais si je donne, j’ai aussi appris que mon don doit être gratuit, c’est-à-dire sans attente d’un quelconque retour, sinon il n’a plus la valeur d’un don, il n’est plus ce qu’il doit être.

Notre générosité de pays riche, si elle en est, ne semble pas répondre aux besoins criants de soutien à l’économie locale. Le taux de chômage dépasse les 40% en Haïti et les emplois perpétuent le plus souvent une situation de pauvreté scandaleuse.

Chaque fois qu’une tragédie survient quelque part dans le monde, je me réjouissais de voir que notre pays s’engageait rapidement à débloquer des sommes pour l’urgence, mais je sais désormais qu’il ne s’agit ni de générosité ni de compassion, mais d’un calcul économique des plus mesquins…

Crise sanitaire

La situation en Haïti n’est pas meilleure qu’elle ne l’était avant le sinistre du 12 janvier 2010. Le pays a été frappé par une épidémie de choléra après les événements de 2010 et celle-ci n’est pas en voie de se résorber. Les gens ont toujours besoin d’aide humanitaire d’urgence, de soins médicaux, de médicaments. Cela ne rapporte rien aux pays donateurs. Mais il s’agit de leur devoir de solidarité parce que nous formons une seule humanité.

Est-ce possible qu’un pays aussi riche que le nôtre se montre vraiment généreux, moins cupide? Pour cela, il faudrait sans doute que ses citoyennes et ses citoyens – que nous sommes – redécouvrent la valeur du don. Et l’horizon ne semble pas si favorable à ce changement de cap…

Et pendant ce temps-là, au Québec, nous nous battons à coups de condamnation réciproque pour ou contre une charte qui ne réglera rien à la situation de notre vivre-ensemble et, surtout, qui nous empêche de poser notre regard sur des problèmes bien plus urgents qui nécessitent la solidarité de la grande famille humaine.