Évêques et œuvres humanitaires: la crise d’une époque

Développement et Paix soutient des projets dans 36 pays. L'an dernier, il a offert un secours d'urgence au Soudan du Sud (photo).

Développement et Paix soutient des projets dans 36 pays. Un secours d’urgence au Soudan du Sud fut offert l’an dernier (photo). (CNS photo/Nancy McNally, Catholic Relief Services)

 Après le tsunami qui a secoué l’organisme catholique Développement et Paix (D&P) au tournant de la décennie et qui a abouti à une révision ultraconservatrice de ses œuvres caritatives, nous voici donc à une nouvelle étape du combat mené par des mouvances intégristes qui se chargent de vouloir décider de la bonne et de la mauvaise solidarité internationale.

Se mêlent ici des enjeux de pouvoir, une conception particulière de la solidarité et un profond décalage entre les conditions de financement exigées par les évêques et les diverses situations des milieux populaires des pays du Sud qui doivent conjuguer avec les affres de la pauvreté, en particulier les femmes, le désengagement des pays riches, l’urgence d’éduquer leur population à tous les niveaux, la lutte contre l’impérialisme économique des multinationales qui vampirisent les ressources locales, etc.

D&P est un joyau de l’Église canadienne. Créé dans la foulée de Vatican II et en droite ligne avec l’enseignement social de l’Église, cet OBNL a soutenu des organismes locaux luttant pour la justice et la solidarité, pour le relèvement des peuples face aux oppressions diverses qu’ils subissent depuis presque toujours.

Des évêques sous pression

Que les évêques défendent d’une même voix la position de l’Église en matière de morale sexuelle et de contraception, personne ne peut leur reprocher, si ce n’est que parfois leurs rappels des lois morales semblent prendre le dessus sur l’évangélisation qui invite à rencontrer l’amour de Dieu avant d’être confronté à ses commandements!

La parole épiscopale s’exprime souvent en réaction à des tendances ou à des décisions qu’elle juge, non sans raison, s’écarter des valeurs morales traditionnelles. Un grand pan de l’épiscopat alimente ainsi l’image d’une Église rigide, plus obsédée par ses principes que par l’amour du prochain, à la manière du Bon Samaritain.

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Donner n’est plus une valeur canadienne

PHOTO DIEU NALIO CHERY, AP (La Presse)

J’ai pris connaissance du rapport du chercheur Paul Cliche relativement à l’aide financière du Canada en faveur d’Haïti suite au tremblement de terre catastrophique survenu il y a quatre ans. Ce rapport a été élaboré à la demande du regroupement Concertation pour Haïti composé de 14 organismes de solidarité internationale du Québec. Si l’argent promis par le Gouvernement canadien a été bel et bien versé, il est surprenant de constater que les deux-tiers de ces sommes entrent dans une catégorie nébuleuse dite « non spécifiée ». On ne sait donc pas, officiellement, à quoi ont servi 555 millions de dollars versés par le Gouvernement du Canada, d’où le constat de manque de transparence. Il y a cependant des indices qui ne mentent pas.

Crise du logement

« Le tremblement de terre meurtrier du 12 janvier 2010 a détruit environ 200 000 maisons en plus de jeter à la rue environ 1,3 million de personnes. » (Le Devoir) Des dizaines de milliers d’Haïtiens sont toujours logés dans des abris temporaires et la situation ne semble plus s’améliorer.

Pour vider les camps de réfugiés, des montants de 500$ ont été donnés directement aux sinistrés afin qu’ils se trouvent une solution par eux-mêmes. Cela a eu pour effet de réduire considérablement leur présence dans les camps, mais leur situation n’a pu être améliorée de manière durable.

Que faisons-nous réellement pour aider ces gens à se loger de manière convenable? N’est-ce pas un droit humain fondamental que de pouvoir être logé?

Crise économique

Selon le chercheur, « Ottawa oriente son aide vers le développement du secteur minier et de zones franches, un modèle économique qui maintiendra les citoyens du pays en situation de pauvreté. » C’est comme si on disait à une personne en situation de pauvreté: « Je veux bien t’aider, mais je veux que mon argent me revienne en retour sur investissement. Tu vas donc travailler pour moi afin de me rembourser et même de faire profiter mon don, tout en acceptant que cela n’améliore pas tes conditions de vie… »

Que faut-il comprendre? Que le Canada veut bien aider les pays sinistrés, à condition que ça rapporte principalement aux entreprises canadiennes… Cela ne ressemble en rien aux valeurs qui m’ont été transmises. Lorsqu’une personne est en situation précaire ou en grand besoin, je me sens responsable de lui apporter l’aide que je peux. Cela peut être par de l’écoute, un transport, de l’hospitalité voire de l’argent. Mais si je donne, j’ai aussi appris que mon don doit être gratuit, c’est-à-dire sans attente d’un quelconque retour, sinon il n’a plus la valeur d’un don, il n’est plus ce qu’il doit être.

Notre générosité de pays riche, si elle en est, ne semble pas répondre aux besoins criants de soutien à l’économie locale. Le taux de chômage dépasse les 40% en Haïti et les emplois perpétuent le plus souvent une situation de pauvreté scandaleuse.

Chaque fois qu’une tragédie survient quelque part dans le monde, je me réjouissais de voir que notre pays s’engageait rapidement à débloquer des sommes pour l’urgence, mais je sais désormais qu’il ne s’agit ni de générosité ni de compassion, mais d’un calcul économique des plus mesquins…

Crise sanitaire

La situation en Haïti n’est pas meilleure qu’elle ne l’était avant le sinistre du 12 janvier 2010. Le pays a été frappé par une épidémie de choléra après les événements de 2010 et celle-ci n’est pas en voie de se résorber. Les gens ont toujours besoin d’aide humanitaire d’urgence, de soins médicaux, de médicaments. Cela ne rapporte rien aux pays donateurs. Mais il s’agit de leur devoir de solidarité parce que nous formons une seule humanité.

Est-ce possible qu’un pays aussi riche que le nôtre se montre vraiment généreux, moins cupide? Pour cela, il faudrait sans doute que ses citoyennes et ses citoyens – que nous sommes – redécouvrent la valeur du don. Et l’horizon ne semble pas si favorable à ce changement de cap…

Et pendant ce temps-là, au Québec, nous nous battons à coups de condamnation réciproque pour ou contre une charte qui ne réglera rien à la situation de notre vivre-ensemble et, surtout, qui nous empêche de poser notre regard sur des problèmes bien plus urgents qui nécessitent la solidarité de la grande famille humaine.