Découvrons-nous d’un fil*

fashion-1979136_960_720.jpg« En avril, ne te découvre pas d’un fil! » Cet adage, nous l’avons entendu depuis si longtemps que nous le répétons de génération en génération. Bien sûr, lorsque le mercure s’approche du point de congélation et qu’un petit air humide s’amène, nous apprécions demeurer au chaud sous nos vêtements adaptés, autrement c’est risqué…

Il est vrai que le vêtement a un rôle utilitaire. S’il convient à la décence, il est essentiel pour nous protéger, que ce soit du soleil accablant des pays chauds, surtout près des déserts, ou comme chez nous lorsque l’hiver se pointe. Mais plus encore, le vêtement, quand nous avons la liberté de le choisir et de le porter au moment approprié, dit quelque chose de nous-même avant même d’ouvrir la bouche. Henri Michaux, écrivain, disait que « le vêtement est une conception de soi qu’on porte sur soi ». Cette manière de voir marque la différence entre ce que nous sommes et l’image que nous dégageons qui se veut prolongement d’un aspect de soi.

Quand il nous est enlevé de force, cela exprime une forme de négation de l’identité et surtout une perte de liberté. En effet, les esclaves, les prisonniers, les aliénés sont dans une situation où on leur impose des vêtements qui expriment le jugement de la société tandis que faire perdre ses vêtements à une personne lui retire sa dignité, son identité. La nudité forcée (prostitution, torture, viol) est un signe d’humiliation qui témoigne de l’inégalité dans les rapports sociaux.

girl-1741936_960_720Dans la Bible, le vêtement a aussi plusieurs sens symboliques. Bien sûr on se rappelle du vêtement de la noce qu’il vaut mieux porter si l’on veut y demeurer (cf. Matthieu 22)! On a vu aussi un grand-prêtre déchirer son vêtement pour exprimer à quel point son être est horrifié par le comportement ou les paroles d’un autre, puissent-elles venir du Fils de Dieu lui-même (cf. Matthieu 26, 65).

Pour les chrétiens, le vêtement qui parle le plus est peut-être celui que nous avons porté à notre baptême. Le vêtement blanc nous rappelle la destination de notre vie qu’est la résurrection, à l’image du Christ glorieux tel que perçu notamment lors de la Transfiguration.

Revêtir le Christ

En avril, plutôt que de demeurer bien attaché à ses vieux vêtements, il est peut-être temps de s’en départir, à l’invitation de saint Paul : « Dépouillez-vous du vieil homme pour revêtir l’homme nouveau. » (Éphésiens 4, 22-23). Si le vêtement a rapport avec notre identité, cette interpellation de l’apôtre nous indique bien qu’il faut quitter ce vieux vêtement, ce vieil être en nous qui n’a pas connu Jésus ou qui en est éloigné, afin de revêtir le Christ ressuscité lui-même.

Nous découvrir pour mieux trouver notre véritable identité, voilà sans doute le chemin que nous sommes appelés à poursuivre dans la foi. Et cette identité, elle est toute simple : nous sommes des êtres appelés par la Lumière à devenir lumière du monde. Le fil qui tisse notre être depuis notre naissance est appelé à être remplacé par le fil de la grâce dont l’Esprit Saint nous revêt. Alors n’hésitons pas à nous laisser détisser!

______________

* Ce texte est le 45e article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition d’avril 2017 du Messager de Saint-Antoine.

Tout en nous aspire à la lumière*

soleilLorsque le mois de mars arrive, en nos pays nordiques, notre lassitude collective de la grisaille s’amplifie avec les derniers soubresauts d’hiver. Même si les journées commencent à allonger, nous n’en avons jamais assez des quelques heures d’ensoleillement qui nous sont données de temps à autre.

Ce n’est pas pour rien que nous avons instauré une « semaine de relâche », pour les parents autant que pour les écoliers. Cette habitude fait désormais partie de nos traditions. De nombreuses familles prennent leur congé durant cette période afin de profiter d’un voyage dans le sud. Certaines profitent de la générosité des grands-parents qui gardent les enfants. Le but est simple : trouver un peu de lumière et de chaleur afin de quitter, pour un moment, l’hiver qui s’étire toujours trop à notre goût.

soleil1C’est aussi en mars que survient le fameux changement d’heure. Nous nous mettons à l’heure avancée, rebaptisée « l’heure d’été » bien avant l’heure ! Nous justifions encore aujourd’hui ce changement pour des motifs liés à la lumière : pour étirer les jours et aussi pour économiser sur l’énergie.

Enfin, en mars toujours, arrive l’équinoxe du printemps. Même si l’hiver nous poursuit de ses derniers élans, le soleil nous offre ses chauds rayons qui permettent à nos cœurs de se réchauffer à leur tour. En démontant leurs abris temporaires, certains voient apparaître leurs voisins qui, comme nous tous, ne sortaient que lorsqu’il le fallait en n’abusant jamais du temps passé à l’extérieur!

La véritable lumière

N’est-il pas inscrit dans notre chair, dans nos rythmes saisonniers et mêmes dans nos rituels sociaux, que nous sommes des êtres faits pour la lumière? N’est-ce pas d’ailleurs à cela que l’Église cherche à répondre par sa liturgie?

Ce temps du Carême peut parfois nous paraître semblable à la grisaille de l’hiver. Il s’inscrit habituellement dans cette même période où tout nous paraît long et durant laquelle nous aspirons à plus de lumière.

C’est dans cette préparation intérieure que nous laisserons surgir le printemps, toujours plus tardif que l’équinoxe, en Boréalie. Nous serons au diapason de la fête que l’Église nous donne à célébrer, la Pâques, qui est un authentique passage des ténèbres de nos tombeaux à la lumière du Christ ressuscité, de la mort à la vie nouvelle.

Ainsi le rythme de nos saisons se présente comme en harmonie avec nos rythmes intérieurs, à moins que ce ne soit le contraire! Ce qui importe, c’est ce besoin semé profondément en nous de tendre vers la lumière.

lumiereUn personnage important dont nous célébrons l’anniversaire le 17 mars, saint Patrick, patron et évangélisateur de l’Irlande, a lui-même bien illustré le désir intérieur qui nous pousse vers la lumière. Ainsi écrivait-il:

Nous […] croyons et adorons le soleil véritable, le Christ, qui jamais ne périra, et quiconque fait sa volonté ne périra pas, mais il demeurera éternellement.

Puissions-nous vivre plus sereinement ces moments où l’obscurité et parfois même l’opacité de la fin de l’hiver concordent avec nos propres expériences de vie. Que toujours nous soyons assurés, tout comme le printemps succède à l’hiver, qu’au bout de la nuit viendra l’aube nouvelle.

______________

* Ce texte est le 44e article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de mars 2017 du Messager de Saint-Antoine.