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Et quand ils ne seront plus?*

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Puis-je vous demander un petit service? Si vous êtes déjà grand-parent, veuillez remettre cet article à l’un ou l’autre de vos petits-enfants… C’est fait? Merci, maintenant laissez-moi un peu avec eux.


mains-priantesNous voilà donc entre nous, vous les jeunes et moi le demi-vieux. J’aimerais vous parler de la religion de vos grands-parents. Ils ont, pour la plupart, vécu dans un monde où la foi chrétienne était omniprésente. Plusieurs l’ont gardée vivante tout au long de leur vie. Si c’est le cas de votre grand-mère ou de votre grand-père, il est possible que vous ayez un grand respect pour ses croyances. En même temps, vous vous dites : « Je n’en suis pas là. Pour le moment, je ne me pose pas ces questions-là… de Dieu, de la spiritualité, de la mort et de ce qui vient après… »

Il vous arrive peut-être parfois de sourire lorsque votre grand-maman vous dit qu’elle va prier pour vous, pour telle ou telle difficulté que vous rencontrez, pour que le meilleur arrive. Et vous la remerciez sans trop y croire… Si par contre, vous vous trouvez au cœur d’une épreuve lourde à porter, il peut vous arriver de parler à votre grand-maman en lui demandant de mettre « tous ses saints et tous ses contacts au ciel pour que les choses s’arrangent… Vous ne savez peut-être pas, mais vous vivez votre foi par procuration.

Le principe de l’intercession

Depuis toujours, l’Église reconnaît la prière des croyants en faveur des uns et des autres. Dans les cercles de prière, il est tout à fait normal d’entendre des prières à l’intention de proches, parfois d’étrangers qui sont aux prises avec des situations difficiles, des épreuves lourdes, des deuils éprouvants. Ces priants adressent leurs intentions au Père, au Christ, à l’Esprit-Saint qui ne forment qu’un seul Dieu amoureux des humains. Si vos grands-parents prient ainsi pour vous, vous êtes donc des privilégiés sans même le savoir!

Vous avez peut-être déjà vu dans le journal, des courts textes sous la rubrique « avis ». On y trouve un grand nombre de témoignages de personnes qui laissent une trace en reconnaissance d’une faveur obtenue. Ne croyez pas qu’il s’agit d’un privilège accordé par un personnage politique! 😉  Dans l’esprit de ces publications, il s’agit de gratitude exprimée à Dieu, le plus souvent par l’intercession de la Vierge-Marie ou d’un saint ou une sainte, comme saint Antoine, par exemple.

Prier par soi-même

Puis-je vous poser une question? Quand vos grands-parents ne seront plus de ce monde, qui priera à votre place? N’est-il pas temps pour vous de vous approprier cette foi qui est déjà un peu semée en vous? Car si vous demandez à vos proches d’avoir une pensée positive ou une prière pour vous, n’est-ce pas à cause de cette foi incertaine qui est pourtant bien réelle? La prière est un moyen efficace pour traverser la vie, à tous les âges. Plutôt que de vous en remettre sans cesse aux aînés, prenez le temps de vous mettre en présence de Dieu et de déposer votre vie entre ses mains. Vous connaîtrez alors le secret des vieux croyants…

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Ce texte est le trentième article de ma série “En quête de foi”, publié dans l’édition de juillet-août 2015 du Messager de Saint-Antoine

Un temps pour chaque chose

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Le bon chemin est le sien

Le bon chemin est le sien

Il y a différentes manières de vivre comme il y a divers types de personnalités. Les adultes généralement équilibrés ont ceci de particulier qu’ils n’aiment pas être pris pour d’autres qu’eux-mêmes, ni se voir affubler d’une étiquette de « catégorie ». Un jeune adulte, récemment, me faisait part d’un article diffusé largement sur les réseaux sociaux dans lequel l’auteur décrivait trois types fondamentaux de personnalités selon qu’on arrive dans une famille en étant l’aîné, le cadet ou le benjamin. Il me disait: « C’est frustrant! On pense avoir bâti sa personnalité, ses préférences, sa manière de se comporter et dans un petit paragraphe quelqu’un te décrit comme s’il t’avait fréquenté toute ta vie! » Il n’a vraiment pas aimé…

Le moule des pratiques uniformes

Il n’y a pas si longtemps, l’Église « enseignante », celle des clercs, avait mis des étiquettes sur les fidèles. Cette catégorisation les mettait en permanence du côté de l’Église « enseignée ». La seule passerelle possible était la « vocation ». On était donc soit de l’une, soit de l’autre. Mais, surtout, la première avait assemblé un « kit » de pratiques et de rites identiques pour tous les fidèles sans exception. Il en était ainsi pour le dimanche: un bon catholique se devait d’aller à la messe, non sans avoir d’abord passé par le bain et mis ses habits réservés; en s’assurant que son estomac était vide pour laisser toute la place à l’hostie sacrée. Le fidèle devait aussi être exempt de péché mortel sinon, avant la communion, il devait passer par le confessionnal. De telles pratiques, standardisées à outrance, étaient particulièrement indiquées pour les « temps forts » de l’année, en particulier l’Avent et le Carême. Pour ce dernier, après le mardi-gras où (presque) tous les excès étaient tolérés, le lendemain marquait le temps de la retenue qui allait durer 40 jours. En plus des vendredis, le Mercredi des Cendres était un jour de maigre jeûne: pas de viande ni boissons alcoolisées ni autre plaisir! L’interdit d’alcool valait pour les adultes tout au long du Carême alors que petits et grands se voyaient privés de dessert. Même discipline pour tous! Les fidèles étaient aussi tenus de « faire leurs pâques » qui incluait l’obligation de se confesser. Il est donc facile d’imaginer la fête, le Samedi Saint, à midi, moment où l’on « cassait le Carême ». Nous savions qu’à peu près tout le monde avait plus ou moins manqué à son devoir, mais le plus important c’était d’avoir tenu le coup du mieux possible jusqu’à la fin.

Il y avait beaucoup de pratiques, imposées à tous et à toutes, mais, au terme du Carême, est-ce que les fidèles s’étaient rapprochés de la personne de Jésus, du mystère de sa Passion, du don de sa vie par amour infini? Possible. Mais pas certain.

Faire « son » temps fort

Il existe des cycles dans une relation amoureuse tout comme dans l’amitié. Dans une même année, il y a des temps de rapprochements, des moments de solitude, parfois des tensions génératrices d’ajustements, des reprises, des décisions. Un couple peut se donner un temps ensemble pour faire le point. Pour certains, un simple souper au restaurant suffira, alors que pour d’autres un weekend de détente ou encore une semaine au chaud sur la plage fera l’affaire. J’ai senti le besoin d’une session de huit jours, il y a quelques années. C’était « un temps fort », non pas parce qu’il arrive de manière cyclique, comme la St-Valentin ou notre anniversaire de mariage, mais surtout parce que nous avions décidé, ensemble, qu’il en serait ainsi.

Que Mercredi des Cendres tombe le 5 mars cette année, ce n’est pas cela qui fera de ce jour et des 40 suivants un temps fort. Ce le sera si je veux qu’il en soit ainsi et que j’agis conséquemment. Et cette période sera intense non pas parce que je reproduirai les pratiques traditionnelles qui peuvent être vides si je ne les investis pas de sens, mais parce que je puiserai à même le réservoir des expériences humaines celles qui pourront correspondre avec ce que je vis et ce que je suis. La Bible indique trois pistes générales pour accomplir un temps fort, soit la prière, le jeûne et l’aumône. Ces  grandes sources spirituelles ont démontré leur fécondité dans la vie de milliers de personnes qui nous ont précédés. Je vous soumets une manière toute personnelle de les explorer.

On associe souvent la prière à une seule forme, celle de réciter des formules toutes faites. En réalité, la prière se nourrit du silence et de la pensée (ou de la non-pensée comme dans certaines formes de méditation). Elle est « présence » à soi, à Dieu, de Dieu! Depuis quelque temps, on trouve de plus en plus de gens sur les réseaux sociaux qui font appel à leurs relations pour avoir une pensée positive ou une prière en faveur de telle ou telle personne qui traverse une épreuve. La confiance règne à propos de la compassion qui s’exprimera de diverses manières. En ce qui me concerne, en plus de mes courtes incartades quotidiennes auprès de Dieu, je prévois marcher davantage au cours des six prochaines semaines. Quand ce sera possible, je marcherai vers le lieu de mon travail plutôt que d’utiliser la voiture. Le froid du matin peut être glacial, mais il peut aussi être rempli de l’amour chaleureux de Dieu si je lui en donne l’occasion. En marchant, je verrai les choses différemment sur mon passage et j’aurai le temps de saluer l’un ou l’autre que je croiserai. Ce sera comme un supplément de nourriture spirituelle et écologique en plus!

Pour le jeûne, je n’ai jamais été très bon… Je suis du genre à succomber facilement aux bonnes choses qui se présentent! En février, une maison de thérapie pour les personnes alcooliques a proposé un mois de sobriété solidaire. Juste un mois, alors que pour éviter la descente aux enfers, de nombreux alcooliques doivent s’abstenir toute leur vie! Ma sœur a répondu à cet appel et a jeûné d’alcool pendant tout un mois sans se douter que c’était comme… faire Carême! La privation de plaisir est associée à la maîtrise de soi dans la plupart des spiritualités. Parmi tous les plaisirs que la vie me donne de profiter, j’en ai choisi un dont je me priverai pour que le Carême me soit un temps fort. J’espère ainsi que ma vie n’en sera que plus fructueuse.

Pour l’aumône, il y a tant de causes à soutenir que c’est plutôt simple à mettre en oeuvre! Beaucoup de gens donnent à longueur d’année. Mais peu importe le moment où on le fait, donner du superflu demeure relativement facile. Le vrai sens de l’aumône est le partage qui trouve son sommet dans le don de soi-même. C’est plus « méritoire », comme on disait autrefois, de partager ce qui nous est essentiel. Avec le récent phénomène de la « smartnomination », on a vu plein de gens accepter de faire quelque chose de bien pour répondre au défi lancé par un proche. Si plusieurs ont fait un don en argent à un organisme, d’autres ont choisi de cuisiner un plat ou d’offrir de leur temps. Ces petits gestes ont leur importance non seulement pour ceux et celles à qui ils sont destinés, mais d’abord et surtout pour ceux et celles qui prennent le temps d’ouvrir leur cœur à autrui. Même si je donne déjà du temps et parfois quelques dollars à certaines œuvres, je vais m’assurer de trouver une manière originale et personnelle de donner un peu plus de moi-même, de manière totalement gratuite. D’une façon ou de l’autre, la générosité finit toujours par se retourner en notre faveur, comme dans « donnez au suivant ».

Vous l’aurez compris, je ferai Carême à partir du 5 mars, comme me le demande l’Église. Mais je me fixerai des « pratiques » qui seront, pour moi et peut-être pas pour d’autres, un dépassement de l’habituel et du standard. Et ce ne sera pas pour être plus religieux ou pour me soumettre à une quelconque prescription, mais bien plutôt parce que je sais qu’il y a un temps pour chaque chose. Et le Carême, 40 jours avant de célébrer les jours de la Passion et de la Résurrection de Jésus, peut devenir, sans trop d’effort, un véritable temps fort pour moi, et pour vous aussi, si le cœur vous en dit.

Bonne nouvelle! (même si elle vient des «méchants»)

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Poutine-Pape-ObamaOn assiste à une transformation des positions depuis quelques jours à propos des frappes envisagées contre le régime de Bachar al Assad. Voici que la Russie a lancé cette idée qu’un contrôle international sur les armes chimiques dont dispose l’armée syrienne pourrait convaincre les tenants de la sévère correction de s’abstenir. Cette idée géniale serait à l’avantage de toutes les parties, y compris les États-Unis et la France qui ne savaient plus vraiment où faire tomber leurs bombes… Sans compter que leurs appuis dans leur population respective sont au plus bas.

Le malheur, pour le Prix Nobel de la paix Obama, c’est que la bonne idée ne vient pas de son camp! Elle profite plutôt à la Russie et aux alliés de la Syrie qui parviennent ainsi à prouver que c’est véritablement eux qui cherchaient une solution diplomatique… Gageons donc que les prochaines heures vont voir arriver une série de « conditions », d’abord du côté occidental, et ensuite chez l’autre camp qui va poursuivre le bal, et qu’alors la propagande des deux côtés fera le reste pour nous assurer que « nous » avons été les « bons garçons » et les « bonnes filles » alors qu’« eux » n’ont toujours été que des vilains. Mais qui est dans ce « nous » et qui est dans ces « eux »?

Peu importe! En ce qui me concerne, une bonne idée est une bonne idée. La Russie de M. Poutine va peut-être contribuer à faire diminuer les tensions actuelles. Ce n’est pas encore la fin de la terreur pour le peuple syrien et ceux avoisinants, mais c’est déjà un poids de moins à supporter quant à leur avenir immédiat qui s’était couvert encore davantage de menaces funèbres.

Et le pape, alors ?

Je ne peux  pas m’empêcher de croire, un peu quand même, que les nombreux appels à la paix du pape François depuis une semaine, incluant sa lettre personnelle à Vladimir Poutine et sa vigile mondiale de prière et de jeûne pour la paix, n’y ont pas été pour quelque chose dans l’évolution de la situation. Que voulez-vous, je suis comme ça, moi, croyant, même sans signe ostentatoire! Et je crois surtout que, lorsque les peuples se serrent les coudes pour regarder ensemble dans une direction commune, leurs dirigeants deviennent plus inventifs et se mettent à chercher davantage les solutions au lieu d’aggraver les situations.

Rien n’est encore gagné. Le vent est imprévisible et il peut tourner à tout moment. Quand mes enfants étaient jeunes, ma femme leur avait fait croire qu’elle avait le don de souffler sur les nuages. Une fois, en voiture, elle avait fait mine de souffler très fort et nous avait invités à le faire avec elle. Nous avions soufflé, soufflé et les nuages s’étaient dissipés peu à peu. Nous n’y étions pour rien (je vous rassure)… Mais nos enfants y avaient cru. Nous avions peut-être semé en eux la possibilité de croire qu’on peut changer les choses, avec un peu de foi.

Et ma foi, la voici: il existe un vent que l’on appelle le Souffle Saint et que nul ne contrôle. À l’heure de la paix, ce vent souffle où il veut et il vient d’on ne sait où, peut-être même du côté des méchants! Des témoins de tous les temps ont attesté qu’il peut se laisser fléchir par la prière… Je le prie donc avec ardeur pour qu’il domine tous les vents contraires afin que les efforts de paix se poursuivent, que s’installe peu à peu l’apaisement durable des tensions et que surgissent d’autres solutions constructives pour que le peuple syrien et ses voisins du Moyen Orient voient s’ouvrir des lueurs d’espoir à plus long terme. Et d’ici là, je soufflerai moi-même dans cette direction, comme nous le faisions avec nos enfants, comme si j’y pouvais quelque chose… Voulez-vous souffler, vous aussi, vous là-bas, vous par ici et vous qui lisez ceci? Et si nous soufflions ensemble un air de paix?

Génération de communauté spontanée

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Natalie Villalobos - Google+

Un appel qui a été entendu!

J’entends souvent de vives critiques sur les réseaux sociaux. On dit qu’ils sont virtuels, pas réels. Que les gens s’isolent devant leur écran et ne sont plus présents au monde qui les entoure. Même si cette dernière remarque est parfois bien justifiée, il arrive aussi que des « évènements » réels surviennent sur les réseaux sociaux auxquels on s’en voudrait de n’avoir pu participer. La privation des outils qui permettent d’y accéder aurait pour conséquence de ne jamais être témoin de telles expériences.

C’est arrivé ainsi, hier, 13 novembre 2012. Une community manager de Google+, Natalie Villalobos, s’est épanchée de sa tristesse de savoir que sa cousine australienne de 10 mois, Mia, atteinte d’une maladie très grave, se retrouvait aux soins intensifs. Tous les habitués des réseaux sociaux voient passer des messages de ce type à chaque jour. Natalie a rapporté avoir demandé à sa grand-mère ce qu’elle pouvait faire pour aider sa cousine et sa famille. La grand-maman lui a simplement répondu: « Nous avons mis en place une chaîne de prière dans notre cercle d’amis et nous allons prier à 19h (heure du Pacifique) pour Mia ». Natalie fut si touchée par cette initiative qu’elle l’a simplement relayée sur son compte Google+ en invitant ceux et celles qui le voulaient de se joindre à cette chaîne de prière.

En moins de temps qu’il ne le faut, plus de 1200 internautes ont cliqué sur +1 (équivalent de « J’aime » de Facebook). Plus de 250 ont partagé le post et plus de 450 abonnés à Google+ ont inscrit un commentaire pour indiquer qu’ils prieraient pour Mia à 19h ou à d’autres moments (quelqu’un a écrit « de toute façon, Dieu est à l’écoute 24h sur 24 et 7j sur 7 »). Ce qui m’a épaté, en faisant défiler la liste des commentaires, c’est de prendre conscience que la petite Mia, 10 mois, a attiré vers elle des « prières » ou des pensées ou des ondes positives — appelez ça comme vous voulez — de tous les coins de la planète. En quelques heures, une communauté spontanée s’est réunie autour d’un petit être fragile, peut-être voué à la mort.

Vous en ferez ce que vous voudrez, mais moi, ça me touche que des gens soient capables de se mettre ensemble, sans se connaître ni se fréquenter par la suite, simplement pour soutenir un bébé hospitalisé, une vie pratiquement anonyme, quelque part sur le continent australien.

Cela m’incite à croire en la forte capacité d’appel qui naît de la fragilité. L’humanité est encore capable de répondre à de tels appels. Il y a tant d’autres exemples comme celui-ci que ça ne peut que nourrir notre espoir que ce monde n’est pas seulement un agrégat d’individualistes au coeur endurci…

Merci Natalie, que je ne connais pas, de m’avoir montré l’existence de Mia et d’avoir appelé ma compassion à se manifester au sein d’une communauté qui n’existe déjà plus, mais qui persiste certainement quelque part dans le coeur de chacun de ses « membres » ponctuels.

L’espoir, la prière, la mort et le combat

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La tension est devenue croissante de jour en jour avant l’échéance fatale. Troy Davis, condamné à mort pour meurtres malgré des preuves qui se sont effritées peu à peu, a su rallier à sa cause des dizaines de milliers de sympathisants du monde entier pour implorer la clémence de la Cour suprême de Georgie (USA). Après un suspens interminable de plus de 4 heures après le moment fixé, il a finalement reçu l’injection létale qui mettait fin à ses jours, 22 ans après avoir été jugé.

Je me suis laissé entraîné dans ce mouvement de solidarité au point d’en devenir quasi-obsédé en fin de journée et durant toute la soirée du 21 septembre 2011. Sur le fil Twitter, les tweets défilaient par dizaine. Sur le site de DemocracyNow.org, plus de 35 000 utilisateurs de partout dans le monde sont restés connectés pendant les heures d’attentes, en communion avec les centaines de manifestants qui se tenaient devant la prison de Jackson. Troy Davis a été exécuté, mais pendant des semaines, des jours et aux dernières heures de sa vie, sa cause a réuni une communauté humaine de tous les coins de la planète, de toutes les cultures, de toutes les religions. Cet homme a voulu que sa cause soit plus que la sienne, celle de tous les condamnés à mort, afin que la justice des humains n’ait plus jamais recours à la peine capitale pour punir un crime, quel qu’il soit. Il avait atteint un degré de détachement face à la mort qui faisait de lui un être « spirituellement libre » et prêt à toute éventualité. La mort est survenue, mais sa mémoire demeurera sans doute longtemps comme une tache de sang indélébile sur la feuille de route de l’État de Georgie, des États-Unis d’Amérique et du prix Nobel de la Paix qui est leur Président.

Communauté de prières

J’ai été très touché à un moment par les appels à la prière qui sont montés spontanément par de nombreux utilisateurs des médias sociaux. J’ai moi-même relayé cet appel en implorant le ciel (pour ma part, Jésus le Christ) de toucher le coeur d’une personne ou d’un groupe qui aurait eu un pouvoir d’arrêter l’exécution. Et malgré ces ondes positives, ces doses d’énergies, ces appels au divin et ces appuis provenant de toute la terre, des hommes portent désormais la responsabilité morale de n’avoir pas voulu entendre en autorisant l’injection mortelle.

Ce matin, en me réveillant tôt, j’ai eu une réaction de tristesse intense à la découverte de la fin de cette histoire. J’ai même eu un mouvement de colère envers mon Dieu qui n’a pas trouvé à intervenir pour empêcher la mort. J’ai été inquiet quelques instants pour mon image, car mes appels à la prière ont impliqué le risque que je sois jugé et raillé pour mes croyances devant un résultat si médiocre, en apparence. Mais je suis tombé alors sur les dernières paroles de Troy Davis. Selon des témoins, M. Davis a proclamé à nouveau son innocence aux membres de la famille des victimes: « Je suis désolé pour la perte que vous avez subie, mais je n’ai pas pris leurs vies, ce n’était pas de ma faute, je n’avais pas d’arme », a-t-il déclaré, en les invitant « à fouiller davantage pour trouver la vérité ». « A ceux qui s’apprêtent à m’ôter la vie, que Dieu ait pitié de vos âmes et qu’il vous bénisse », a-t-il ajouté (Cf. Le Figaro et plus complet en anglais sur DemocracyNow).

Et là, je n’ai pu m’empêcher de penser à Jésus, sur la croix, à son dernier souffle, disant « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Jésus non plus n’a pas été secouru par un bras puissant, qu’il soit humain ou divin. Jésus aussi est mort dans des conditions atroces. Et pourtant sa mort a été source de vie nouvelle, de solidarité et d’humanisation au cours des 2000 ans qui ont suivi.

Troy Davis n’est pas Jésus. Il a peut-être, lui seul le sait, tué un père et son fils. Mais comme pour le bon larron près de Jésus sur la croix, il est mort en paix. La solidarité qu’il a formée avec le monde est une bonne nouvelle. Sa soeur a déclaré qu’ « il leur a laissé comme famille le monde entier ». Voilà pour moi les fruits de la prière de milliers d’humains qui a convergé vers Jackson en Georgie.

Non à la peine de mort

Durant la même soirée, nous avons appris qu’un autre condamné à mort avait été exécuté, au Texas, le premier blanc meurtrier d’un noir, pour des motifs racistes. Il semble que la culpabilité de ce dernier était définitive. Je ne me réjouis cependant pas pour sa mort. Une mort contre une mort n’est pas et ne sera jamais la justice. Cette loi du Talion ne devrait plus exister dans une société dite civilisée. Prendre la vie d’autrui est un crime, peu importe la vie dont il est question.

Dans un contexte où l’euthanasie devient un thème récurrent et une tentation réelle pour les peuples occidentaux, où l’avortement est pratiqué massivement parfois avec une orientation eugénique et souvent sans effort pour offrir des solutions plus en accord avec le devoir de protéger toute vie humaine, où des États assassinent par dizaines des citoyens qui manifestent paisiblement, où des coalitions font la guerre sous prétexte de sauver des vies civiles et qui pourtant se font complices de morts injustes, il est plus que jamais urgent de repenser notre rapport à la vie.

Devenir « pro-vie » sans l’étiquette habituelle — intégriste, d’extrême-droite — qu’on y appose, s’engager « en faveur de la vie et de toute vie » est un combat qu’il importe de mener partout. La peine de mort est symbolique en ce qu’elle est contre-nature, c’est un geste qui supprime la vie d’autrui sous l’autorité de juristes et d’élus qui s’arrogent ce droit réservé à Dieu seul. Tant qu’il restera quelque part une seule autorité humaine qui s’auto-justifiera de pouvoir exercer un droit de tuer, alors le combat pour la vie ne sera pas achevé.

Ces messagers de la haine et du mépris

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Discussion

Discours haineux dans les médias sociaux

Je suis souvent tombé sur des commentaires laissés à la suite de billets publiés sur différents blogues qui consistaient simplement à démolir les autres sur des arguments non fondés sur les idées, mais sur le fait que des personnes osent défendre des opinions différentes de la leur. On trouve de tels commentaires sur n’importe quel blogue : ceux de sports, ceux de journalistes d’opinion, ceux de politiciens, ceux de gens d’Église, ceux de mouvements démocratiques, etc. Je ne sais pas pour vous, mais je suis souvent choqué par ce que je lis, car on attaque les personnes en les traitant de noms disgracieux et en utilisant des expressions dégradantes, plutôt que de simplement argumenter contre leurs idées si on n’est pas d’accord.

Lundi, le maire de Saguenay a choisi de réciter la prière interdite avant le début du conseil municipal malgré les menaces qui pèsent sur lui d’outrage au tribunal. Le Collectif citoyens pour la démocratie (contre le « nous » inclusif du maire) s’y est donné rendez-vous pour manifester et dénoncer le maire. C’est un droit en démocratie et il faut le respecter. J’aime la démocratie. J’aime le débat d’idées. Mais j’ai le réflexe de me mettre sur la défensive lorsque je sens que ça devient personnel, qu’on attaque la personne dans sa dignité, d’un côté comme de l’autre. J’ai encore cette sensibilité d’adolescent qui a subi, pas plus que d’autres, les sarcasmes des plus grands qui s’en prenaient à ma taille. Ça fait partie de moi. Mais je ne suis pas seul, je l’ai vérifié tant de fois.

L’anonymat qui permet de dire n’importe quoi

Le mouvement laïque québécois a choisi de publier les commentaires haineux reçus à la suite de son appui à la contestation de la prière et des symboles religieux sur une page web intitulée  Les amis du maire. On peut trouver que c’est justifié de faire savoir ce que les gens écrivent sur les autres, souvent de manière anonyme ou pseudonyme. Mais je vous rassure, la bêtise et l’insolence ne sont pas limitées à ces courriels pro-maire Tremblay. On trouve des commentaires aussi odieux sur différents sites de blogueurs dont celui de Patrick Lagacé par des lecteurs qui ne prennent pas le temps de la distance et qui écrivent comme ça vient, sans trop réfléchir (j’espère !). Il faut les parcourir un peu de temps en temps, pour la curiosité intellectuelle de constater que la haine et l’hostilité sont bien présentes de toutes parts et demandent à s’exprimer. Oui, le mépris et la diffamation se retrouvent en abondance de tous côtés.

Cette semaine, le reportage de Pierre Duchesne à l’émission Les coulisses du pouvoir sur le pouvoir politique des médias sociaux et l’anonymat de certains militants a fait la une. C’est là une autre dimension de cette nouvelle tribune que sont les blogues et le web 2.0. Certaines personnes ne peuvent se permettre de s’exprimer sous leur vrai nom. C’est justifié lorsque ces dernières peuvent être exposées à de la discrimination ou faire l’objet de menaces. En général, c’est surtout parce qu’elles expriment des faits vérifiables. Notre système démocratique a besoin de cet anonymat pour permettre d’orienter les enquêtes de gens compétents. Mais lorsque l’anonymat devient le moyen privilégié d’individus pour émettre des propos haineux et mensongers, pour attaquer des élus sur leurs attitudes ou leur personne, je me dis que les médias sociaux sont aussi des véhicules ambivalents car ils permettent une diffusion à large échelle et, peut-être, un auditoire pas suffisamment mature pour recevoir tout cela avec la bonne distance.

Peut-on aspirer à une société plus adulte ?

Les chicanes d’enfants d’école, comme on disait autrefois, se déportent souvent dans l’âge adulte. Or, en quoi reconnaît-on une personne adulte ? Olivier Reboul en fait cette définition :

La maturité, concept biologique et, par extension, psychologique, signifie l’état d’un organisme qui a atteint son plein développement; le signe le plus clair en est l’aptitude à la reproduction. La majorité, concept d’ordre juridique et social, est l’âge légal où l’on attribue à l’être humain l’entière responsabilité de ses actes, ainsi que les droits qu’elle implique; être majeur, c’est être homme ou femme à part entière, c’est pouvoir exercer les rôles essentiels à la vie sociale, dont les principaux sont le mariage, le métier, la citoyenneté, le plein usage de ses biens. […] L’âge de la maturité n’est pas toujours identique à la majorité; dans nos sociétés industrielles, l’âge où l’on peut exercer un métier, l’âge de la production est nettement postérieur à celui de la reproduction; et Rousseau voyait déjà dans ce décalage une des grandes sources de nos misères. Quant à la maturité psychologique, cette sûreté de jugement qu’on n’acquiert que par une longue expérience, elle n’arrive que fort tard, parfois même jamais.

C’est la dernière phrase qui me frappe. Je la lis et la relis. Je me désole sur le « parfois même jamais ». Et pourtant, cette maturité me paraît si essentielle ! Je pense que pour mériter un système démocratique, il faut développer cette maturité psychologique sans cesse et sans cesse. Cela signifie de pouvoir exercer sa maturité (physique) et sa majorité (ses droits) avec une capacité de percevoir les enjeux des questions de société et de rechercher le bien commun. Pour aujourd’hui, je me désole de constater que, collectivement et à partir de positions exprimées individuellement, le chemin vers la maturité humaine est encore bien long à parcourir…

Prière, symboles religieux et démocratie

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Prière au conseil municipalSujet controversé. L’actualité nous invite à approfondir une question plus fondamentale qu’elle ne paraît. Je veux parler  du conseil municipal de Ville de Saguenay et de son maire Jean Tremblay, et leur décision de porter en appel leur combat juridique pour conserver des symboles religieux dans des salles de délibérations et surtout la prière récitée avant chaque séance.

Je me permets de préciser que cette saga n’est pas d’abord le combat d’un seul homme, Alain Simoneau, qui serait brimé dans sa liberté de conscience. Il faut clairement spécifier qu’il s’agit de la « croisade » du Mouvement laïque québécois contre toute forme de manifestation religieuse dans l’espace public, en particulier depuis une dizaine d’années contre les villes et les instances gouvernementales qui « persistent » à mentionner ou manifester des attitudes ou des références à caractère religieux au moment de leurs séances et dans leurs lieux publics.

Je me suis plu à parcourir le jugement de la juge Michèle Pauzé. On y trouve des informations fort éclairantes. En particulier, le long témoignage de la spécialiste des religions Solange Lefebvre est d’une pertinence capitale pour la compréhension des oppositions ici présentes, quoiqu’il n’est nullement mentionné par aucun observateur ni aucun journaliste (voir Jugement Pauze, pages 23-28) . Elle fait valoir que la référence « théiste » à Dieu et à des symboles religieux demeure très largement répandue au Canada et dans les sociétés démocratiques modernes. On n’a qu’à penser à la Constitution canadienne qui réfère à Dieu, à l’Hymne national qui parle de la croix en français et de Dieu en anglais, de même qu’au drapeau du Québec qui affiche la croix et l’Assemblée nationale son crucifix. Dans d’autres provinces, des jugements ont aussi été favorables au maintien d’une prière qui comporte une dimension inclusive. Le jugement rapporte également qu’en 2008, le conseil municipal de Saguenay a modifié le texte de la prière en le rapprochant davantage d’un texte du conseil municipal d’une ville de l’Ontario (jugement Renfrew en 2004) qui présente un caractère largement inclusif. Enfin, il est à noter que le conseil municipal a procédé à cette occasion à un « accommodement raisonnable » en précisant que la prière précède le début de la réunion du conseil et qu’un délai de deux minutes est laissé pour que les gens qui se sentent brimés par cette manifestation puissent intégrer la salle de délibérations avant que ne commence la séance. Bref, malgré le caractère unique du maire Tremblay, il semble bien que des efforts aient été entrepris afin d’accommoder le plaignant dans cette affaire, mais la victoire attendue n’était visiblement pas dans le compromis.

Une question de démocratie et de tolérance

Mme Lefebvre a montré dans son témoignage qu’il existe au moins quatre niveaux des rapports entre la religion et la sphère publique, allant du militantisme antireligieux à l’approche religieuse intégrale (comme en Iran, par exemple). Le combat du Mouvement laïque québécois est pratiquement unique au monde, car il se situe dans le premier niveau: supprimer toute forme de « religieux » de l’espace public.  Mme Lefebvre a montré à quel point les États modernes souhaitent d’abord et avant tout la paix sociale et permettent la présence plus ou moins grande d’éléments appartement à des religions ou à des traditions au sein de leurs institutions, que ce soit en France, un État complètement laïque, aux États-Unis et ailleurs. Dans ce sens, on pourrait être tenté d’accréditer la thèse que ce mouvement se montre férocement antireligieux, frisant parfois avec l’intégrisme même qu’il prétend combattre. Dans ce cas-ci, il semble bien que ce soit moins les « religieux » qui se montrent fondamentalistes que les « laïques » eux-mêmes.

Je trouve personnellement que ce n’est pas sain qu’un individu seul, soutenu par une association agressive et dont le membership demeure peu significatif dans l’ensemble du Québec, soit capable d’opérer via les tribunaux des changements sur des traditions qui n’ont jamais été mises en cause autrement et dont personne ne songerait à en faire une cause majeure. S’il est arrivé effectivement que la religion, ici disons-le clairement : des représentants autorisés de l’Église catholique, aient pu brimer des individus, agresser sexuellement, imposer une manière de se situer dans le monde, etc. et causer ainsi des torts graves à des individus et à des groupes, ce n’est pas en effaçant toute trace qui nous rappellent leur existence que nous trouverons une libération! Cela relève davantage de la vengeance que du rétablissement. Les règlements de compte doivent se situer au niveau des poursuites contre les personnes et groupes concernés. Étendre un tel combat à toute forme de présence de croyances religieuses traditionnelles au Québec dans les lieux publics devient une expédition à la Don Quichotte qui voyait partout des ennemis alors qu’il n’en était rien.

Sur la dimension spécifiquement religieuse

Un ami écrivait ceci récemment en référence à cette affaire :

Dans le débat sur la prière au conseil municipal, est-ce que quelqu’un a cité la phrase de l’Évangile qui dit : « Mais toi, lorsque tu veux prier, entre dans ta chambre, ferme la porte et prie ton Père qui est là, dans cet endroit secret (Matthieu 6,6) » Just saying. Ça pourrait être dit avec une pointe d’humour! Mais je sais bien que la cause du maire de Saguenay c’est aussi celle de chrétiens qui trouvent qu’ils sont les seuls à faire des compromis.

Comme je n’ai pas demandé son autorisation, je ne citerai pas son nom, mais je pense qu’il pose assez bien le problème religieux lié à ce procès. Les chrétiens, les catholiques en particulier, qui demeurent largement majoritaires au plan de leur identité religieuse, bien que peu visibles dans les manifestations et les cérémonies auxquelles on devrait les croiser, ont depuis longtemps fait le choix d’une pratique religieuse privée, plus discrète. Prier en secret est une invitation de Jésus afin d’éviter le caractère ostentatoire qu’il critiquait des Pharisiens de son époque. Même les évêques ne se prononcent pas vraiment sur cette question, comme on l’a constaté, car il y a tant d’accents différents dans les manifestations de la foi. Il faut respecter à la fois ses aspects plus personnels, intimes, et savoir comment vivre avec ses côtés plus festifs et collectifs.

On peut parfois penser du maire Jean Tremblay qu’il veut afficher sa foi religieuse ouvertement et que cela relève de la prétention. À lui et à son confesseur d’en juger! On peut bien aussi lui reprocher son caractère intempestif et intransigeant. Mais cela n’a rien à voir dans ce qui se passe ici. Sur ce qui concerne strictement le procès et le combat du conseil municipal pour défendre sa position devant les tribunaux, je crois que cette prière ouverte et inclusive avant le début d’une réunion où 20 élus prendront des décisions importantes est à voir comme un court instant où le caractère solennel de cette récitation permet à ceux qui la disent de bien prendre conscience qu’ils travaillent au service de plus grand qu’eux-mêmes.

Je pense donc qu’il faut soutenir le pourvoi en appel de Ville de Saguenay et continuer à lutter pour une société plus tolérante et ouverte. Je ne trouve pas cette attitude de la part du Mouvement laïque québécois. Quant à M. Simoneau, il doit apprendre à vivre dans une société où tout n’est pas réglé sur l’individu. Le prix de la démocratie, c’est de vivre avec la différence, même quand celle-ci peut aller jusqu’à « brimer », un peu, l’être individuel, au service du bien commun.