Des regards qui créent des murs

mur de berlinEn vivant désormais dans un monde virtuel où les informations nous submergent de toutes parts, tant les vraies que les fausses, les sérieuses que les superficielles, ne nous sentons-nous pas envahis d’un sentiment durable que le monde est plus mal en point que jamais?

Il y a bien matière à acquiescer. Regardons juste à côté de chez nous. Comment comprendre qu’un peuple libre, fier et puissant, ait été jusqu’à élire un être caricatural, à la suite d’une campagne d’injures, de faussetés répétées, suscitant haine et violence tournées vers des minorités? N’est-ce pas la plus grande démocratie qui a donné un tel résultat?

Un monde qui fait peur

Le monde dans lequel nous vivons a changé considérablement. Les politiques néolibérales ont permis la fluidité des échanges internationaux et la concurrence souvent déloyale lorsque les salaires de pays en émergence permettent des coûts de production outrageusement bas. L’ouverture des marchés y contribuant, nos usines locales ferment une à une, victimes de la délocalisation au profit d’actionnaires toujours plus avides et amoraux. Les grandes entreprises qui subsistent font la réingénierie de leurs processus, comptant de plus sur les sous-traitants et leurs emplois précaires. L’austérité ajoute une couche à la morosité. Prédire l’appauvrissement progressif de nos classes ouvrière et moyenne est devenu un truisme.

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Lisée et le religieux instrumentalisé

Au cours de la campagne à la chefferie du Parti québécois (PQ), les croyances religieuses ont encore été l’objet de débats, voire d’attaques, lorsque l’un ou l’autre des candidats ou candidate exprimait une opinion sur le fait religieux dans notre société.

Entre un Alexandre Cloutier qui a semblé retourner sa chemise au lendemain de la défaite du PQ en 2014 et qui a montré de la sympathie envers une minorité religieuse, d’une part, et un Jean-François Lisée qui, d’autre part, a donné l’impression de s’être rapproché des courants nationalistes identitaires, nous avons pu assister encore une fois à l’instrumentalisation des religions au service de la partisannerie.

Vouloir un pays, c’est une chose à laquelle j’adhère facilement. Vouloir un pays qui nie l’évolution des 40 dernières années en croyant que la «souche» canadienne-française serait capable de rallier une majorité de votants sans compter sur l’immigration, en est une autre.

Faire preuve d’ouverture

Les «bons immigrants» sont ceux que nous avons. Ils ne sont rien d’autre que des humains remplis d’espoir ayant choisi de venir habiter un pays accueillant et inclusif. Ils sont venus avec leur culture qui, comme la nôtre, comporte une part de bons coups et une part de trucs étranges.

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Un pape greenpeace ?

La première encyclique du pape François marque bien le lien entre le nom qu’il s’est choisi lors de son élection et le saint du 13e siècle qui inspira un grand renouveau dans l’Église. Nous connaissons d’ailleurs François d’Assise pour son amour de la nature dont chaque élément était pour lui une sœur, un frère, tous appelés à louer Dieu pour tant de merveilles!

Pour François, la terre est « notre maison commune » à tous les humains. C’est d’ailleurs à toute l’humanité qu’il s’adresse plutôt qu’aux seuls catholiques. Et il est fort intéressant d’entendre des scientifiques comme Hubert Reeves et d’autres y voir des éléments convaincants pour alarmer les responsables politiques de la planète et permettre une réflexion accessible. Le philosophe Edgar Morin y a même vu l’acte premier d’un appel pour un changement de civilisation!

L’avenir en question

S’appuyant sur des études scientifiques parmi les plus sérieuses, le pape affirme qu’on ne peut plus douter de la réalité du réchauffement climatique qui provoque déjà des dérèglements notoires ayant pour effet de causer des désastres de plus en plus fréquents et plus destructeurs. De sujet réservé au monde scientifique, le changement climatique relève désormais de l’éthique et de la morale, car il affecte des vies bien réelles, en particulier dans des régions parmi les plus pauvres et les plus vulnérables.

«  Malheureusement, selon François, il y a une indifférence générale face à ces tragédies qui se produisent en ce moment dans diverses parties du monde. » Il pointe notre indifférence à tous, mais il se montre plus dur envers les dirigeants politiques qui « semblent surtout s’évertuer à masquer les problèmes ou à occulter les symptômes, en essayant seulement de réduire certains impacts négatifs du changement climatique. »

Pour nous ici, qui hésitons encore à refuser l’exploitation pétrolière et gazière, l’invitation du pape à « s’engager sans retard sur la voie du remplacement progressif des combustibles fossiles et l’accroissement des sources d’énergie renouvelable » devrait nous inciter à bousculer les partis politiques pour qu’ils modifient substantiellement leurs approches de développement en proposant des mesures réellement écologiques.

« Tout est lié, tout nous est donné, tout est fragile. »

C’est ainsi que l’économiste Elena Lasida résume l’encyclique du pape. Ce dernier appelle à une conversion anthropologique et spirituelle profonde qui concerne chaque être humain. Nous sommes invités à ne plus nous positionner « au-dessus », mais comme « inclus dans la nature ». Cela implique une nouvelle manière de nous comporter, non plus comme des exploitants et des dominants, mais comme partie prenante de la nature. Car c’est à nous-mêmes que nous nous en prenons lorsque nous demeurons indifférents aux conséquences de nos choix consuméristes. Il s’agit en sorte d’une écologie intégrale à mettre en œuvre de manière urgente.

Pour François, les pauvres du monde sont les premiers à souffrir de la détérioration de la planète. Alors que nous poursuivons à un rythme soutenu la consommation effrénée et que nous nous condamnons à la croissance économique inconsidérée, nous perpétuons la dévastation de notre environnement et causons des dommages aux populations qui ne peuvent plus qu’aspirer à la migration pour s’en sortir. Le pape ose affirmer ce que peu de gens veulent entendre : « l’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties. » N’en sommes-nous pas là?

François insiste aussi sur la notion de solidarité intergénérationnelle. Pour un grand nombre d’entre nous, la croissance économique du siècle dernier a permis l’amélioration sensible de nos conditions de vie. Nous savons que les générations nouvelles n’auront pas accès à un tel niveau de vie. Nous leur laissons une planète en sale état et une hypothèque accablante qu’elles devront assumer pour inverser le cours des choses. Le pape croit qu’une juste distribution de la richesse et des ressources est possible et qu’elle constitue la base de toute politique réellement humaine pour que le monde ait un avenir, pour que nos enfants puissent jouir sainement, eux aussi, de notre « maison commune ».

Non, il ne s’agit pas de revendications à la manière de militants écologistes. Le pape réclame une conversion qui doit commencer maintenant. Elle est l’affaire de toutes et de tous, des élus certainement, mais en commençant par vous et moi.

Cet effacement qui nous tourmente

Une femme portant le niqab ou le tchador sur la rue ou encore à l’hôpital (vue récemment) vise essentiellement ne pas laisser paraître ses formes au regard de l’homme. Nous éprouvons généralement un malaise, ici au Québec, à la vue du voile intégral, particulièrement lorsque nous ne fréquentons pas « ce genre de femmes » dans notre voisinage. La surprise est toujours de taille. En tant que personne individuelle, la femme dissimulée parvient à ne pas exister publiquement, alors qu’elles est remarquée plus que les autres qui déambulent vêtues « normalement ». Mais sous ce voile qui la met en retrait du monde, qui est vraiment cette femme? J’aimerais explorer deux pistes me permettant d’induire deux interprétations concurrentes sur le port du voile intégral.

Un effacement socio-politique

Bien des défenseurs d’une laïcité visant à évacuer tout symbole religieux des lieux publics, le font souvent en amalgamant religion et politique. Ils constatent que les chefs religieux ne parviennent pas à s’entendre sur la portée et surtout sur l’obligation ou non de porter des symboles de leur appartenance religieuse. Il va donc de soi que les vêtements et accessoires associés aux religions ne sont pas des symboles religieux en tant que tels, mais socio-culturels et politiques. Ainsi, une personne qui « s’entête » à porter le signe de son appartenance, que ce soit une kippa, un turban ou, pire, un voile, c’est soit qu’elle a des ambitions prosélytes, soit un agenda politique intégriste. C’est moins sur la première des interprétations que l’on s’acharne à propos du voile islamique que sur la seconde. Forcément, la femme voilée ne peut être qu’une intégriste. Et plus elle se dissimule, plus sa « dangerosité » augmente, car elle porte sur elle le signe de cette frange religieuse qui ne supporte pas que la politique et la culture s’épanouissent de manière autonome face à leur religion.

Selon cette vision fondamentaliste, la femme n’a pas d’existence pour elle-même. Sa culture et sa religion fonctionnent de manière inséparable et, selon les coutumes de son ethnie, sa raison d’exister est d’être l’épouse d’un homme et la mère de ses enfants. Rien en dehors de cette double vocation traditionnelle. Rien non plus de très différent de ce que nous avions nous-mêmes comme vision traditionnelle au moins jusqu’à la moitié du siècle dernier. Mais voilà, elle vit ici, cette femme sans corps et presque sans visage. Et ici, l’égalité entre les hommes et les femmes est un combat que nous croyons avoir réglé — au moins dans le monde des idées, car il reste encore bien du chemin à parcourir au niveau du réel. Qu’elle soit consentante ou non au statut qui est le sien, selon sa tradition culturelle, cela importe peu à nos yeux. Nous la voyons esclave de cette pensée et nous estimons qu’elle ne pourra s’émanciper qu’à coup de charte.

Si la charte des valeurs québécoises ne visait que cette femme dénuée de pouvoir et qui a besoin de l’assistance des autres pour s’en sortir, elle pourrait avoir sa justification, dans la mesure, bien entendu, où elle entraînerait une telle libération. Ceci dit, la charte poserait tout de même question quant au mode d’imposition du changement que nous voulons tenir alors que nous sommes en démocratie. En effet, si nous croyons que les femmes, en Occident, se sont émancipées par l’éducation et le travail, pourquoi en serait-il autrement pour celles-là?

Un effacement mystique

À mon avis, la majorité des femmes qui portent le voile le font pour des motifs beaucoup plus personnels. Les femmes que j’ai rencontrées, avec qui j’ai parlé et qui ont, pour certaines, accepté de témoigner face à un public pas particulièrement favorable, me paraissent toutes de cette mouvance plus spirituelle voire mystique. En christianisme, nous connaissons un courant semblable d’effacement que les théologiens appellent la kénose. Plus encore que l’effacement, c’est même de l’anéantissement de soi qu’il faudrait parler! C’est l’interprétation que Paul de Tarse, le premier grand théologien chrétien, donne à l’expérience mystique de Jésus de Nazareth (cf. Philippiens 2, 7). Après sa mort et les témoignages convergents à propos de sa résurrection, il fallut comprendre le sens de la non-violence presque « acharnée » de Jésus qui est allé jusqu’à pardonner à tous ses ennemis alors qu’il était cloué sur une croix. Il y a clairement une voie chrétienne de la kénose qui invite les disciples à cette forme d’humilité surnaturelle. Pour ceux et celles qui s’y adonnent, l’effacement est leur leitmotiv. S’anéantir en Dieu pour être reconnu par lui est une spiritualité difficile à comprendre dans un monde où l’on ne cesse d’élever l’individualité et la performance comme des valeurs suprêmes. À la différence des musulmans, cet effacement est probablement plus de l’ordre de l’intériorité que de l’extériorité. Jésus lui-même a jugé sévèrement ceux qui, de son temps, se montraient trop empressés à afficher leur perfection religieuse en public! Et les premières décisions qui ont conduit à la rupture avec la judaïté étaient du même ordre: la foi est d’abord relation intime avec Dieu, dans un coeur à coeur secret où les signes d’appartenance, qu’ils soient physiques (circoncision), alimentaires (interdiction du porc) ou vestimentaires ne sont pas primordiaux, même s’ils peuvent aussi contribuer à la vie spirituelle.

Les femmes voilées que je connais me paraissent chercher quelque chose dans cet horizon. Elles ont leur propre rapport au divin, à Allah, qui ne passe pas forcément par l’interprétation des hommes, même si elles savent aussi recourir à la sagesse de leur tradition religieuse, très majoritairement masculine. Ne pas montrer son corps, ses cheveux, sa nuque, son visage et parfois ses mains à n’importe quel homme, constitue pour elles une réponse à Dieu lui-même et non pas une quelconque obéissance au mâle dominant. Difficile à comprendre, même pour moi qui aime scruter les Écritures, celles de ma tradition, qui ne sont que rarement limpides en ce qui concerne l’attitude à avoir envers soi-même. Si ces femmes sont conduites à se faire modestes, à s’effacer même du regard des autres, surtout des hommes, c’est qu’elles ont la conviction que cela leur est demandé par Dieu, le seul à qui elles veulent se soumettre.

Il est possible que certaines d’entre elles en viennent un jour à relativiser cette posture et à reconnaître que cela valait peut-être pour une époque, celle où les femmes avaient besoin d’être protégées des hommes rustres et irrespectueux. Mais même dans notre société évoluée, je consens qu’elles peuvent parfois avoir raison de douter du respect de bien des hommes modernes! Pour un croyant comme moi, l’analogie entre la kénose et l’effacement de ces femmes demeure cependant insatisfaisante. À tout le moins, elle m’invite au respect.

Respecter l’effacement

Pour les traditions mystiques, s’effacer n’est pas le contraire de l’estime de soi. Ces femmes, celles que je connais, ont l’estime de soi à la bonne position, parmi les plus élevées que je connaisse. Elles savent ce qu’elles valent et ont la conviction que leur apparence physique ne doit être ni un atout de séduction, ni un objet de jugement de la part des autres. L’une d’entre elles a demandé à ne plus être « amie Facebook » au terme d’une période de collaboration parce qu’elle ne voulait pas avoir une relation « privée » avec un homme qui n’est pas de sa famille rapprochée (je parle de la messagerie privée de ce média social…). J’en ai été peiné, me voyant subir une perte de relation. Bien sûr, son effacement me trouble comme il peut déranger bien des gens autour de moi! Mais je respecte ce choix d’autant qu’il est encore possible de la joindre par courriel par exemple, un outil qui garde une certaine distance.

Si tout était limpide dans le jeu des relations, il est possible qu’il n’y aurait nul besoin d’effacement socio-politique. Il est probable que l’effacement mystique se ferait plus discrètement, sans que cela n’affecte les relations d’amitié. Mais nous ne vivons pas dans un tel monde. Nous vivons dans une relative confusion où il faut parfois respecter des choix qui bouleversent. Par respect pour ces femmes effacées, avec l’espoir qu’elles pourront un jour s’épanouir en pleine lumière, je continue de refuser la solution retenue par le Gouvernement du Québec, tout en reconnaissant que le débat ne fait que commencer sur les moyens à déployer pour s’assurer que chacune d’entre elles en vienne à se sentir pleinement intégrée à notre société.

Combattre l’intégrisme, en commençant par le mien

Intégrismes

Admettons-le tout de go: toute religion, quelle qu’elle soit, comporte un important penchant vers l’intégrisme. En réalité, c’est tout simple. Une religion est un univers de sens qui est complet en lui-même. Un croyant (ou adepte) est poussé intérieurement à embrasser l’intégralité de la religion à laquelle il appartient. Autrement, il n’est pas vraiment croyant… Voilà, c’est dit. Cependant, l’intégrisme n’est pas l’apanage des religions. Il est enfoui quelque part dans notre besoin d’avoir raison, de voir nos idées gagner sur celles des autres, comme dans un combat pour ma vérité plutôt que pour la vérité…

Intégralité vs Intégrisme

Je parlerai de la religion que je connais le mieux, la mienne. Je suis chrétien de tradition catholique romaine. Mon Église compte sur deux sources pour exprimer sa foi : la Bible et la Tradition. Tant pour l’une que pour l’autre, on peut faire simple ou vraiment très compliqué… Lorsqu’on simplifie, on peut en rester à de grandes affirmations générales comme: « Aimez-vous les uns les autres comme Dieu vous a aimés. » Et cela devrait suffire pour cheminer passablement longtemps! Mais si on veut aller dans le détail, on peut soit se perdre soit se sanctifier. La plupart des gens se perdent ou s’égarent. Et lorsqu’ils sont perdus ou dans la confusion, certains ont tendance à développer une soumission servile aux autorités qui leur dictent ce qu’il faut penser et croire et comment ils doivent se comporter. Ou encore, ils en viennent à se prendre eux-mêmes pour des autorités religieuses et s’érigent alors en juges.

La motivation pour laisser aller son libre-arbitre, c’est l’attrait pour la vérité. Et dans une religion, on a la prétention de l’avoir trouvée. Si c’est graduellement que l’on entre dans une religion, tous les convertis en viennent à vouloir adopter l’intégralité de son enseignement et de ses pratiques, pour diverses raisons: on veut plaire à Dieu, suivre Jésus; on veut lui rendre ce qu’on a reçu; on veut être une bonne personne, accéder au paradis à la fin de ses jours; on veut être reconnu comme un bon chrétien ou se faire pardonner des erreurs; etc. Bref, il existe bien des raisons pour approfondir les concepts, les principes et les valeurs de sa religion qui sont tirés de nombreuses sources de sagesse, d’une histoire bien réelle, mais aussi de mythes, de dogmes (formulations qui découlent des sources), de pratiques (rites). Quand un chrétien adhère à tout cela, par exemple aux 2835 articles du Catéchisme actuel de l’Église catholique, et qu’il agit de façon conforme, on peut dire de lui qu’il vit sa religion de manière intégrale. Mais sachez que c’est assez rare… J’en ai bien moi-même encore au moins 2000 à intégrer !

Il arrive plus souvent que la personne croyante se réfugie dans les savoirs interprétés par un magistère (ou autorité compétente) et qu’elle accomplit dans sa vie les rites qui lui sont imposés en étant convaincue que c’est par cette soumission qu’elle est reconnue comme une bonne chrétienne. En se rendant docile à tout cela et en l’accomplissant, la personne croyante parvient rarement à ne pas se comparer avec ce qui se passe autour d’elle. Elle constate que les autres, dans sa propre religion, n’en font pas autant et elle se met à leur reprocher. Cela commence dans sa propre communauté qui peut répondre positivement à son interpellation. En situation minoritaire, cette communauté peut glisser lentement non pas dans l’intégralité de sa foi, mais bien dans l’intégrisme de sa religion. Être intégriste, c’est croire que nous devenons des êtres privilégiés par Dieu de par nos propres efforts, de par la ferveur que nous mettons dans nos croyances, de par l’astreinte que nous déployons pour mettre en pratique toutes les règles et tous les rites. Et nous devenons intraitables envers les autres qui semblent se la couler douce. Par souci d’altruisme (!), nous nous mettons donc à leur imposer notre ferveur et nos pratiques afin qu’ils puissent, eux aussi, accéder aux douceurs de la Terre promise!

Intégrisme vs Solidarité

Une personne qui tente de vivre intégralement sa religion n’en fait pas un absolu! Son absolu, c’est Dieu! Et Dieu est amour et pardon! Cette personne peut se comporter d’une manière très religieuse, mais gardera un respect profond pour les autres membres de sa communauté et tout autant, sinon davantage, pour sa famille humaine. Car l’intégralité de sa religion – de toutes les religions – l’appelle à aimer vraiment les autres, y compris ses ennemis, ceux qui lui veulent ou qui lui font du mal… Si tous les chrétiens vivaient leur foi de manière intégrale, il y a fort à parier que le monde serait meilleur qu’il ne l’est maintenant. C’était d’ailleurs l’une des principales critiques de Gandhi à l’intention des chrétiens.

C’est tout le contraire pour l’intégriste. Celui-ci jugera les autres à partir de son perfectionnisme. En s’élevant au-dessus des autres, l’intégriste se fait juge du devenir des autres. Il impose à force d’arguments religieux (ou quasi-religieux) interprétés d’une manière fondamentaliste une vision uniforme et rigide de sa pensée, d’abord auprès de ses co-religionnaires, mais avec des visées qui les dépassent. L’intégriste voudrait bien que la société dans laquelle il vit finisse par adopter ses propres croyances et ses pratiques, car elles sont les seules, selon lui, à produire la faveur de Dieu.

L’intégriste est donc tout, sauf solidaire! Car une personne solidaire ne va pas d’abord chercher à convaincre l’autre de croire comme elle, de se comporter comme elle. Elle va surtout, par empathie, chercher à connaître les véritables besoins de l’autre en vue de le soutenir, le relever, lui procurer ce qu’il lui faut pour être pleinement dans sa dignité humaine, et entrer en relation d’amitié mutuelle.

Combattre l’intégrisme

L’intégrisme n’est pas exclusivement religieux. Il s’insère sournoisement dans toutes les idées-forces, affirmées comme des vérités. Des politiciens ont parfois (souvent) des attitudes intégristes. Leur motivation est de garder ou de prendre le pouvoir avec des idées qui attisent les divisions. Lorsque son nouveau chef dit que le Parti Libéral ne veut pas interdire les signes religieux, mais combattre l’intégrisme, il dit quelque chose qui me plaît. Mais entre dire et faire, il y a une marge difficile à franchir. Peut-être devrait-il se rappeler du Printemps Érable, une époque où son propre parti flirtait avec l’intégrisme… Il y a aussi des intégristes en économie, en art, en philosophie, dans les associations, chez les militants, etc.

Toute religion comporte une pulsion intégriste. Tout regroupement autour d’idées peut aussi être aux prises avec des influences intégristes. L’intégrisme est actif dans la personne d’un maire obsédé par sa prière tout autant que dans le mouvement qui le combat au prix de devoir engager des sommes faramineuses en frais juridiques, aux dépens des contribuables!

Combattre l’intégrisme, c’est commencer par cesser de tenir à ses idées comme étant La Vérité en acceptant qu’elle nous échappe à tous. Elle est libre comme le boson de Higgs. La capter est une quête de toujours, mais personne ne semble l’avoir « détenue » assez longtemps pour la maîtriser. Quel bonheur qu’il en soit ainsi! La seule manière de ne pas voir nos clans sombrer dans les intégrismes de tout acabit, c’est de renoncer à imposer leur vérité et de chercher sincèrement et de manière urgente comment vivre ensemble. Car notre première famille d’appartenance n’est pas notre culture, ni notre ethnie, nos traditions, notre religion, ni un quelconque parti, mais c’est notre commune humanité.

Pour combattre mon intégrisme, il me faut me désarmer de mes idées-forces et de mes croyances les plus certaines. Non pas pour les abandonner, car elles font partie de mon identité, mais pour renoncer à toute velléité de les imposer. Il me faut entrer dans cette attitude que saint Paul, s’adressant aux chrétiens de la ville de Philippes, eut le génie de synthétiser:

Alors, rendez-moi parfaitement heureux en vous mettant d’accord, en ayant un même amour, en étant unis de cœur et d’intention. Ne faites rien par esprit de rivalité ou par désir inutile de briller, mais, avec humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous-mêmes. Que personne ne recherche son propre intérêt, mais que chacun de vous pense à celui des autres. (Philippiens 2, 2-4)

La seule voie contre l’intégrisme, c’est l’humilité et la recherche du bien commun. Et je compte bien poursuivre dans cette quête, encore et encore.

Mes réflexions sur le thème de la laïcité

Comme il m’arrive souvent de traiter du sujet de la laïcité et que celui-ci est souvent d’actualité, je me suis permis de développer une sorte de table des matières des différents articles qui reviennent sur cette thématique. Il sera plus facile ainsi d’accéder aux différents volets de ma réflexion plutôt que de s’arrêter à l’un ou l’autre de mes billets.

Mes plus récents billets, relatifs au projet de Charte des valeurs québécoises:

Un peu d’empathie pour dénouer l’impasse

Charte: l’utile, le nécessaire, l’inutile…

Voici cinq billets dans lesquels je tente de proposer une vision de la laïcité adaptée à notre situation québécoise:

Pour une laïcité bien de chez nous (1)

Pour une laïcité bien de chez nous (2)

Pour une laïcité bien de chez nous (3)

Pour une laïcité bien de chez nous (4)

Pour une laïcité bien de chez nous (5)

Voici d’autre articles qui traitent généralement d’un sujet d’actualité en lien avec le thème de la laïcité:

Laïcité quand tu nous tiens

Un accommodement qui déraisonne

La bataille des mythes religieux

Choisir l’honneur ou le vivre ensemble

Questions sur un projet de « bureau » (des religions)

Être libre jusqu’à l’être religieusement

Prière, symboles religieux et démocratie