Sainte Greta du climat

Greta Thunberg s'inscrit dans une longue tradition de prophètes qui exhortent à redécouvrir la centralité de l’amour dans l’expérience humaine, explique Jocelyn Girard.
(CNS photo/Kevin Lamarque, Reuters)

Elle est toute jeune et pourtant devenue un symbole planétaire du combat de la nouvelle génération devant l’urgence climatique. Je la verrais assez spontanément poser à côté du bronze de Jeanne d’Arc sur la place du Martroi à Orléans! Cette dernière, présentée comme une conquérante à cheval s’élance avec une armée pour libérer la France des Anglais, non sans avoir suscité la controverse et finir sur le bûcher!

La «pucelle» de Stockholm semble tout autant être investie d’une mission, cette fois-ci planétaire, pour libérer l’humanité d’elle-même! Elle suscite de nombreuses réactions: une armée de jeunes qui désertent leurs classes pour manifester, entraînant même des adultes et des aînés comme on en verra des milliers ce 27 septembre au Québec; mais également des détracteurs, ceux qui nient le dérèglement climatique, les puissants et les riches qui ne peuvent se laisser contraindre à un changement d’état d’esprit – c’est-à-dire une conversion – exigé par une juste lecture du temps présent. Deux figures féminines, deux emblèmes inspirants, chacune à son époque et pour des combats qui, au final, n’ont pas grand-chose en commun.

Derrière le ton agressif de son intervention de lundi à New York, «sainte Greta du climat» n’est pas sans rappeler une longue tradition de prophètes qui exhortent à redécouvrir la centralité de l’amour dans l’expérience humaine, qu’il s’agisse d’un amour pour un dieu, pour la Terre ou pour l’humanité.

S’aimer soi-même

Mais cette histoire d’amour n’est-elle pas d’abord une leçon d’amour envers soi-même? Ne dit-on pas, un peu partout d’ailleurs, qu’aimer vraiment l’autre n’est possible que si nous nous aimons (un peu) nous-mêmes? À ce propos, l’état du monde est plus symptomatique du peu d’amour que nous nous portons à nous-mêmes, en tant qu’individus, que d’un véritable désintéressement pour notre «maison commune», selon l’expression du pape François dans son encyclique Laudato si’!

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Génération de communauté spontanée

Natalie Villalobos - Google+

Un appel qui a été entendu!

J’entends souvent de vives critiques sur les réseaux sociaux. On dit qu’ils sont virtuels, pas réels. Que les gens s’isolent devant leur écran et ne sont plus présents au monde qui les entoure. Même si cette dernière remarque est parfois bien justifiée, il arrive aussi que des « évènements » réels surviennent sur les réseaux sociaux auxquels on s’en voudrait de n’avoir pu participer. La privation des outils qui permettent d’y accéder aurait pour conséquence de ne jamais être témoin de telles expériences.

C’est arrivé ainsi, hier, 13 novembre 2012. Une community manager de Google+, Natalie Villalobos, s’est épanchée de sa tristesse de savoir que sa cousine australienne de 10 mois, Mia, atteinte d’une maladie très grave, se retrouvait aux soins intensifs. Tous les habitués des réseaux sociaux voient passer des messages de ce type à chaque jour. Natalie a rapporté avoir demandé à sa grand-mère ce qu’elle pouvait faire pour aider sa cousine et sa famille. La grand-maman lui a simplement répondu: « Nous avons mis en place une chaîne de prière dans notre cercle d’amis et nous allons prier à 19h (heure du Pacifique) pour Mia ». Natalie fut si touchée par cette initiative qu’elle l’a simplement relayée sur son compte Google+ en invitant ceux et celles qui le voulaient de se joindre à cette chaîne de prière.

En moins de temps qu’il ne le faut, plus de 1200 internautes ont cliqué sur +1 (équivalent de « J’aime » de Facebook). Plus de 250 ont partagé le post et plus de 450 abonnés à Google+ ont inscrit un commentaire pour indiquer qu’ils prieraient pour Mia à 19h ou à d’autres moments (quelqu’un a écrit « de toute façon, Dieu est à l’écoute 24h sur 24 et 7j sur 7 »). Ce qui m’a épaté, en faisant défiler la liste des commentaires, c’est de prendre conscience que la petite Mia, 10 mois, a attiré vers elle des « prières » ou des pensées ou des ondes positives — appelez ça comme vous voulez — de tous les coins de la planète. En quelques heures, une communauté spontanée s’est réunie autour d’un petit être fragile, peut-être voué à la mort.

Vous en ferez ce que vous voudrez, mais moi, ça me touche que des gens soient capables de se mettre ensemble, sans se connaître ni se fréquenter par la suite, simplement pour soutenir un bébé hospitalisé, une vie pratiquement anonyme, quelque part sur le continent australien.

Cela m’incite à croire en la forte capacité d’appel qui naît de la fragilité. L’humanité est encore capable de répondre à de tels appels. Il y a tant d’autres exemples comme celui-ci que ça ne peut que nourrir notre espoir que ce monde n’est pas seulement un agrégat d’individualistes au coeur endurci…

Merci Natalie, que je ne connais pas, de m’avoir montré l’existence de Mia et d’avoir appelé ma compassion à se manifester au sein d’une communauté qui n’existe déjà plus, mais qui persiste certainement quelque part dans le coeur de chacun de ses « membres » ponctuels.