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Comment mesurer la valeur de notre monde devant les champions de la haine?

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Un homme et sa fille fuient un quartier de Mossoul, contrôlé par l'État islamique, durant les combats, le 4 mars 2017.

Un homme et sa fille fuient un quartier de Mossoul, contrôlé par l’État islamique, durant les combats, le 4 mars 2017.   (CNS photo/Goran Tomasevic, Reuters)

Mon plus jeune fils me demande souvent, à propos de ce qu’il fait ou observe: «est-ce un record du monde, papa?» Comme bien de nos contemporains, il a besoin de mesurer la valeur des performances pour leur accorder l’attention qu’elles méritent.

Depuis toujours, les représentants des grandes religions témoignent à leur manière d’un mécanisme semblable à propos des persécutions religieuses. C’est comme si, à l’image de ce qui se passe dans le sport de compétition, il existait un besoin impérieux d’établir une hiérarchie des champions et des perdants.

Notre époque aurait-elle atteint un sommet en matière de persécution religieuse? Les attentats dans deux églises coptes en Égypte, en plein dimanche des Rameaux, ont rappelé aux chrétiens qu’ils demeurent les plus persécutés dans le monde. Il y a quelques années, Le livre noir de la condition des chrétiens dans le monde notait que jusqu’à 200 millions de chrétiens étaient discriminés dans près de 140 pays, faisant du christianisme la religion la plus persécutée au monde, une réalité que de nouveaux rapports confirment chaque année. Voilà pour les «champions» du supplice!

Malheureusement, il n’existe pas d’époque sans persécution religieuse. Il suffit de revoir l’histoire de l’humanité pour se rendre compte qu’elle en fait partie intégrante.

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Questions sur un projet de « bureau »

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Liberté de religion

Source: Claire Lesegretain - La Croix

Je croyais avoir fait un peu le tour de la maison avec mes cinq billets « Pour une laïcité bien de chez nous ». Je me préparais à faire une sorte de synthèse de mes propositions. Mais voici qu’en ce début de 2012,  le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, annonce la création imminente d’un « Bureau de la liberté de religion » dont la mission principale serait de « faire la promotion de la liberté religieuse ». Il est vrai que ce projet faisait déjà partie de la plateforme conservatrice aux dernières élections. La concrétisation de cette promesse peut donc paraître une bonne chose. Mais des questions sont soulevées.

Ici et ailleurs

Selon le programme conservateur, le bureau de la liberté de religion sera rattaché au ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, d’où sa promotion par le ministre en titre, John Baird. Ce « bureau » sera chargé  de surveiller la liberté de religion dans le monde entier, de la promouvoir par des politiques et des programmes; de veiller à ce que le Canada offre une protection aux minorités religieuses vulnérables par le biais du programme de réfugiés; et d’assurer que l’Agence canadienne de développement international (ACDI) travaille avec des groupes soutenant ces minorités vulnérables (cf. la plateforme conservatrice p. 46).

Le Canada a perdu des plumes au chapitre des politiques internationales depuis quelques années, en modifiant substantiellement son approche relativement indépendante, axée sur un certain leadership dans le maintien de la paix et l’engagement humanitaire, vers un alignement pratiquement total sur la politique étasunienne. Est-il possible d’imaginer ces jours-ci que le Canada puisse jouer un rôle de chien de garde mondial quant au respect du droit fondamental à la liberté religieuse? Quelle légitimité aurions-nous pour agir ainsi?

Plus fondamentalement, en quoi pouvons-nous espérer qu’un tel « bureau » puisse servir réellement à la cause de la liberté religieuse? Jean-Claude Leclerc pose de bonnes questions dans son éditorial du 4 janvier. Celui-ci apporte quelques données à la question du mauvais traitement que subissent des humains en raison de leur appartenance religieuse:

Selon une étude du Pew Forum on Religion and Public Life, une maison réputée des États-Unis, les chrétiens sont victimes de harcèlement de la part des autorités ou de la société dans 130 pays; c’est le cas des musulmans dans 117 pays; et aussi des juifs dans 75. Ces dernières années, le tiers des habitants de la planète ont vu reculer leur liberté religieuse. La tendance est même à de plus graves restrictions et à une dangereuse polarisation.

Cette affirmation à elle seule serait à même de justifier la création du Bureau de la liberté de religion par un gouvernement qui a la charge de faire respecter une Charte des droits et libertés élevant le droit à la liberté religieuse et de religion au même niveau que les droits de pensée, de croyance, d’opinion et d’expression, y compris la liberté de la presse et des autres moyens de communication; de liberté de réunion pacifique; de liberté d’association (Cf. la  Charte). Mais Jean-Claude Leclerc dénonce l’attitude du ministre qui, au moment de consulter les religions établies au Canada, en octobre dernier, a limité essentiellement ses invitations à des représentants de confessions judéo-chrétiennes et quelques minorités musulmanes, mais pas les chiites et sunnites ni les sikhs, les hindous et les bouddhistes ni aucune autre.

Après avoir aligné d’autres faits et des interrogations pertinentes, M. Leclerc conclut :

Bref, les religieux canadiens et les politiciens conservateurs qui veulent défendre la liberté de religion dans le monde seraient bien avisés de vérifier aussi quelle liberté ils pratiquent eux-mêmes au Canada.

Si le gouvernement de M. Harper s’impose une limite dans la représentativité des religions lorsqu’il les consulte, accordera-t-il une neutralité effective à l’endroit de toutes les religions, comme le veut la règle de la laïcité? Ou verra-t-on, comme la Hongrie vient tout juste de le faire en adoptant une nouvelle Constitution, un nombre « autorisé » de religions reconnues (14) alors qu’elles se dénombrent par centaines sur un plan planétaire?

Difficile par ailleurs de trancher définitivement ce qui est religieux de ce qui ne l’est pas… Le voile islamique est un bon exemple: symbole de la foi religieuse musulmane ou signe infâme de domination sur les femmes? De même, comment distinguer entre une religion établie depuis des centaines d’années et les nouveautés plus récentes, comme la scientologie ou le mouvement raélien, quand elles réclament et obtiennent la même reconnaissance et le même traitement? Ainsi, quand un dirigeant scientologue demandera le statut de réfugié parce qu’il est poursuivi dans un pays pour escroquerie et détournement de fonds, le Canada prêtera-t-il l’oreille à ses arguments religieux? Quand un médecin raélien sera poursuivi pour avoir détruit des foetus et, pourquoi pas, des êtres vivants difformes résultant des tentatives manquées de clonage humain, pourra-t-il invoquer son appartenance religieuse pour être admis au Canada dans le programme de réfugiés? En posant ces questions, on voit tout de suite à quel point il est complexe d’évaluer les religions. On peut imaginer les enquêtes à n’en plus finir pour vérifier comment celles-ci respectent également les autres droits fondamentaux. Comment un Bureau de la liberté de religion pourrait-il y parvenir? En consultant les autres religions? Bonjour les tensions et les conflits quand vous demanderez à des responsables religieux d’évaluer le caractère religieux des autres!

Restons-en à l’essentiel

Nos frontières sont déjà ouvertes aux personnes qui seraient menacées en raison de leur appartenance religieuse et qui peuvent ainsi obtenir un statut de réfugié. Il est important de former les agents des programmes de réfugiés à la connaissance des religions, mais plus encore à ce qui constitue une menace, du harcèlement ou une atteinte à l’intégrité et aux droits de la personne. Ces situations peuvent ou non être causées par l’intolérance à l’égard de la religion, mais ce n’est pas le facteur religieux qui devrait être mis en valeur pour déterminer la validité d’une demande d’asile. Je m’amuse un peu, en paraphrasant Jésus. Ce serait comme si le responsable du Bureau de la liberté de religion disait ceci: « Venez à moi vous tous qui peinez et ployez sous le joug d’une majorité à cause de votre foi minoritaire, et moi, je ferai de vous des Canadiens libres et heureux ».

M. Harper, comme bien des Canadiens, a été choqué par l’assassinat, en mars 2011, de Shahbaz Bhatti, seul ministre catholique du cabinet du Pakistan, et aurait bien voulu qu’il se réfugie au Canada avant d’être tué. Des centaines de milliers d’autres sont ainsi persécutés à cause de leur foi religieuse, sans oublier les personnes homosexuelles, les femmes, parfois les enfants, les personnes en situation de handicap, etc. Le Canada ne peut accueillir tous ces gens. Mais il peut interpeller les nations quant à leurs devoirs de protéger leurs citoyens, toutes différences confondues, tant qu’ils se conforment aux lois, tant que celles-ci sont justes et équitables…

Bref, je pense qu’il est préférable de développer une approche en politique étrangère visant à défendre le principe de la liberté de religion dans les pays où il est malmené, y compris le nôtre parfois. Le Bureau de la liberté de religion pourra être, dans cette optique, une initiative intéressante, comme un lieu de compétence et d’ouverture à la diversité religieuse.

Ceci dit, le Canada sera surveillé par les autres nations quant au traitement qu’il donne à ses propres minorités, religieuses ou non. Comme d’autres, je suis plutôt circonspect devant l’engagement du gouvernement actuel dans cette voie. Qu’en dites-vous?

PS: lire également cet éditorial de Mario Roy dans La Presse, qui parle notamment de l’expérience d’un tel bureau aux États-Unis et les écueils à prévoir ici.