Lisée et le religieux instrumentalisé

Au cours de la campagne à la chefferie du Parti québécois (PQ), les croyances religieuses ont encore été l’objet de débats, voire d’attaques, lorsque l’un ou l’autre des candidats ou candidate exprimait une opinion sur le fait religieux dans notre société.

Entre un Alexandre Cloutier qui a semblé retourner sa chemise au lendemain de la défaite du PQ en 2014 et qui a montré de la sympathie envers une minorité religieuse, d’une part, et un Jean-François Lisée qui, d’autre part, a donné l’impression de s’être rapproché des courants nationalistes identitaires, nous avons pu assister encore une fois à l’instrumentalisation des religions au service de la partisannerie.

Vouloir un pays, c’est une chose à laquelle j’adhère facilement. Vouloir un pays qui nie l’évolution des 40 dernières années en croyant que la «souche» canadienne-française serait capable de rallier une majorité de votants sans compter sur l’immigration, en est une autre.

Faire preuve d’ouverture

Les «bons immigrants» sont ceux que nous avons. Ils ne sont rien d’autre que des humains remplis d’espoir ayant choisi de venir habiter un pays accueillant et inclusif. Ils sont venus avec leur culture qui, comme la nôtre, comporte une part de bons coups et une part de trucs étranges.

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Pourquoi ne les entendons-nous pas?

Faire équipe ensemble, c’est bâtir des ponts…

Reportons-nous en Afrique du Sud, en 1990. Depuis 1948, l’État répartit ses citoyens en quatre catégories d’humains: les blancs, les « colorés », les noirs et les asiatiques. Des droits leur sont reconnus de manière échelonnée selon que les citoyens appartiennent à l’une ou l’autre catégorie, en privilégiant complètement ceux de « race blanche », les seuls à bénéficier des garanties d’un régime démocratique. L’État prive ainsi constitutionnellement les personnes de « race noire », au bas de l’échelle, de plusieurs droits fondamentaux et leur impose des mesures affectant leur habitat, l’enseignement qu’ils reçoivent, leur liberté de mouvement à l’intérieur du pays, leur accès à l’emploi ainsi que tout ce qui a trait à la vie sociale. On dit de cette politique d’apartheid qu’elle fut le « résultat de l’anxiété historique des Afrikaners obsédés par leur peur d’être engloutis par la masse des peuples noirs environnants ». Les lois rigides qui en résultèrent étaient donc édictées par une minorité blanche obsédée par sa survie en tant que nation distincte. (Source: Wikipedia)

Lorsqu’il quitte la prison le 11 février 1990, Nelson Mandela ne reproche rien à ses bourreaux ni au gouvernement en place. Il propose la réconciliation nationale et une nouvelle manière de concevoir le pays, non plus basée sur la séparation des différences, mais les incluant toutes au sein d’une nation riche de toutes ses ethnies. Faisant front commun, le Canada, gouverné par Brian Mulroney, et le Québec applaudissent à cette libération et à ce nouveau projet de société. Notre fierté est grande, aujourd’hui, de voir à quel point nos élus ont contribué à faire reconnaître cet homme exceptionnel dans sa détermination à changer l’histoire…

Pendant plus de trois siècles, la ségrégation raciale avait cours légal en Afrique du Sud, comme partout ailleurs, y compris au Canada avec nos propres « indigènes ». Pendant toutes ces années, personne ne semblait vouloir prêter l’oreille à ces peuples soumis, rendus esclaves en leur propre pays. Aujourd’hui, au Canada, on ne pourrait plus penser l’histoire et l’avenir du pays sans trouver des moyens d’inclure les Premières nations en traitant avec elles comme avec des êtres humains « complets » ayant les mêmes droits fondamentaux que les « blancs ». Ces droits leur sont reconnus dans notre constitution et nos chartes, mais le chemin est encore long jusqu’à ce que leurs réelles opportunités commencent à être équitables en face des nôtres.

Ne vous arrêtez pas ici… Je vais finir par conclure!

Les mêmes droits pour tous et toutes?

La leçon de cette belle histoire qui prend un nouveau départ avec la mort de Mandela, c’est qu’au lieu de brimer des droits fondamentaux, il vaut mieux au contraire les accorder également à toutes et à tous. Il en va de la qualité de vie de tous les citoyens et, surtout, de l’assurance que la justice est vraiment équitable et qu’ainsi une société peut s’accomplir dans le cadre d’un vivre-ensemble harmonieux. Accorder des droits à tous, non pas les en brimer…

Le gouvernement du Parti Québécois a mis à l’étude son projet de charte qui s’ajouterait à la Charte québécoise des droits et libertés de la personne en vue de garantir les valeurs communes comme la neutralité de l’État et l’égalité entre les hommes et les femmes. Ces deux valeurs – qui sont plutôt des principes – sont déjà amplement reconnus à travers les documents actuels et dans la jurisprudence tant québécoise que canadienne. Seuls les accommodements raisonnables demanderaient à être mieux balisés. Cela pourrait se faire dans le cadre d’une simple loi…

Qu’ils soient pour ou contre, à peu près tous s’entendent pour voir dans les mesures proposées par le ministre Drainville une atteinte à des droits reconnus comme fondamentaux, ceux de la liberté de conscience et la liberté de religion. Certains sont d’accord pour contraindre les personnes croyantes à retirer du champ de vision des autres ce qui les distingue ou qui montre leur appartenance à une famille religieuse, à tout le moins, pour le moment, dans le cadre d’un emploi dans l’appareil public. Ce serait donc le dernier geste de laïcisation de l’État qui manquerait pour que nous devenions des premiers de classe mondiaux en matière de laïcité… Mais ce faisant, ne serions-nous pas, à l’instar des États qui ont choisi de supprimer des droits, en train de suivre une pente glissante?

Et que pourrait-il se produire alors? Laissons aller notre imagination… Tout comme on a vu s’élever des Européens contre le traitement injuste que nous avons fait aux Premières nations, il est possible que bientôt le Québec apparaisse sur la scène internationale comme une terre où tous et toutes ne disposent pas de droits égaux. Les personnes qui, en conscience, croient sincèrement que leurs pratiques religieuses font partie de leur identité, autant ce qui en paraît à l’extérieur que ce qu’elles vivent intérieurement, devraient donc faire l’effort « social » de se délester de leur apparence « religieuse » au bénéfice d’une apparence de parfaite neutralité que leur patron, l’État, leur imposerait. Leur droit à la liberté de conscience et de religion s’en trouverait affecté, mais elles n’auraient plus le droit d’être entendues, la majorité ayant tranché.

Allons plus loin encore. Si nous persistons à aller dans cette direction, les personnes croyantes des diverses traditions religieuses se lèveront et manifesteront de plus en plus bruyamment, affectant la paix sociale et appelant, une fois de plus, à des lois plus sévères pour réprimer les manifestants. Nous en avons déjà vu des bribes au cours des derniers mois et cela ne fera que s’accentuer. Ces personnes et celles qui les soutiennent se battront devant les tribunaux de toute juridiction pour faire valoir que leurs droits sont bafoués. Elles gagneront la plupart de ces combats juridiques et le gouvernement (nous?) engloutira des sommes faramineuses à défendre sa charte. Sur la scène internationale, des groupes militants appuieront leurs demandes. Peut-être qu’un jour des sympathisants d’Amnistie Internationale, par exemple, signeront de partout des pétitions pour pointer le scandale des droits bafoués par une démocratie occidentale avec l’intention de faire plier notre gouvernement. Imaginons que des pays arabes s’en mêlent et se mettent à faire des représailles diplomatiques et même économiques. Imaginons même l’État d’Israël, l’allié indéfectible du Canada, s’opposer au nom de toutes les kippas abandonnées de force par les hommes qui travaillent dans le secteur public. Voyons encore l’Inde s’épouvanter du mauvais traitement causé à ses expatriés, hindous ou sikhs, qui ne pourront plus porter leurs signes vestimentaires particulier. Les États-Unis et le Royaume-Uni, champions des libertés individuelles, se mettraient soudainement à prêter l’oreille à ce tourbillon d’anathèmes contre le Québec et s’en étonneraient auprès de nos ambassadeurs, causant par le fait même des tensions nouvelles. Tout d’un coup, en ayant cru à une mesure de justice pour les femmes, nous nous verrions pris dans un véritable cauchemar juridique et diplomatique.

En exigeant de ses employés une tenue excluant tout signe religieux facilement visible, le principal employeur du Québec prétend régler les rares situations de tensions qui ont existé et qui ont toujours trouvé des solutions raisonnables. Il néglige ainsi le fait qu’il générera un plus grand nombre de problèmes dont la portée sera plus grave socialement. C’est ce qu’on appelle vouloir « tuer une mouche avec un bazooka »! La disproportion entre les moyens et la fin est si importante qu’au lendemain de la charte, loin d’avoir réglé leur cas aux religieux qui subsistent encore chez nous, nous les aurons simplement réveillés comme le géant qu’on aurait peut-être dû laisser dormir…

Écouter, s’écouter, échanger et se comprendre

Hier soir, avec le collectif Coexister au Saguenay-Lac-St-Jean, nous avons réuni quelques dizaines de personnes pour écouter cinq femmes parler du voile, dont trois musulmanes. Les questions en provenance des participants ont bien montré qu’il y a de grandes incompréhensions, des interprétations concurrentes, des tensions dans le regard que l’on se porte mutuellement. Mais c’est le dialogue qui a triomphé malgré tout. De voir tous ces gens rester après la partie publique pour déguster une bouchée et échanger avec les uns et les autres, c’était… beau!

Rien que pour ça, le débat actuel autour de la fameuse charte pourrait permettre que nous nous parlions enfin plutôt que de nous épier à distance. Mais il faudrait multiplier par cent les initiatives visant les rapprochements et à bâtir des ponts plutôt que de laisser s’égosiller les uns contre les autres jusqu’à nausée.

C’est d’ailleurs peut-être ce qui a manqué le plus tragiquement jusqu’à présent au Québec: l’esprit de dialogue. Une publicité de notre grande entreprise hydro-électrique nationale dans les années 1970 scandait: « On est six millions, faut se parler. » Avant d’atteindre les huit millions, grâce notamment à tous ces immigrants que nous avons encouragés à venir vivre chez nous, ce serait bien si nous parvenions à réaliser enfin ce dont nous rêvions à cette époque: nous parler et surtout nous entendre pour bâtir des ponts. C’est de cette manière que nous pourrons permettre les échanges entre deux rives, la mienne, la vôtre, la nôtre, la leur… Moi, je suis prêt à écouter et à construire, à croire en l’autre et en sa perception pour ainsi, comme Mandela, « créer des ponts, abattre des murs et révéler notre humanité commune » (texte du président du Comité international olympique (CIO) Thomas Bach, à l’occasion du décès de Mandela). Et vous?

Un autre texte qui pourrait vous intéresser si vous avez de l’empathie : La haine n’aura pas le dernier mot

La seule réponse qui a le pouvoir d’unifier


En ce 4 septembre 2012, peu après minuit, la première femme première ministre du Québec partage sa joie d’assumer cette place dans notre histoire. Malgré les résultats mitigés de son parti, c’est une grande victoire pour les femmes, pour tous les Québécois, pour la démocratie. Et puis soudain, les gardes du corps surgissent et poussent la première dame dans un endroit sûr. Par la suite c’est la confusion, tant pour les commentateurs à la télé que dans la salle. On nous montre plus tard l’arrestation d’un homme armé. On apprend alors qu’il a pénétré dans la salle et se serait approché suffisamment de Mme Marois pour éventuellement la prendre pour cible. Malheureusement, deux hommes ont été atteints d’une balle, l’un est décédé, l’autre dans un état critique. Tout ça dans une société qui venait de traverser une campagne électorale acrimonieuse et dont le terme montre des divisions de plus en plus fortes au sein de la population.

Tous perdants

Chaque fois qu’une telle violence se déploie injustement contre un être humain, quel qu’il soit, tout le monde y perd. La personne visée ne sera plus la même, car « cela » aurait pu arriver. Ses proches, son mari, ses enfants, sa propre mère étaient là, tout près d’elle. Ils auraient pu assister à sa mort en direct. Tous les partisans réunis pour acclamer leur cheffe ont vu leur fête se terminer abruptement, passant de l’exultation à l’hébètement et au chaos. Tous les citoyens comme moi, postés devant leur écran, se demandaient ce qui arrivait. J’imagine même que les chefs des autres partis et tous les adversaires politiques ne pouvaient plus nourrir leur rancoeur. Et même les membres de la communauté culturelle du tireur ne pouvaient plus exprimer un soupir de soulagement devant la courte victoire du parti indépendantiste. Il n’y avait plus aucun gagnant, la nuit dernière, que des perdants avec leur honte, leur stupéfaction et leur deuil.

Quand une portion d’humanité, quelle qu’elle soit, se nourrit de colère et de haine à ce point, elle engendre souvent des fous prêts à tout. Il leur suffit de se rendre disponibles intérieurement à poser au nom d’une cause ou d’un groupe des actions d’éclat. On connaît mieux ces mouvements depuis l’existence d’Al Qaida. Toutefois, plutôt que de changer les choses pour le mieux, toutes ces actions n’ont jamais qu’un seul résultat: la déshumanisation.

Lorsqu’une personne est visée par un attentat, tous et toutes devraient s’unir pour faire face à une telle violence. Les réseaux sociaux n’ont eu de cesse de diffuser des commentaires divers. Certains ont glissé vers le mépris et la haine. On a déjà vu nombre d’accusations portées et de coupables pointés du doigts dans une réciprocité troublante. Il faut opposer un stop bien ferme à tout ceci.

Il me semble que nous devrions tous avoir un « curseur » intérieur dans de telles situations. Pour accompagner mes enfants différents, des éducateurs ont produit des outils pour identifier les émotions, variant de la colère (rouge) à la sérénité (vert), en passant par le ressentiment (jaune). Je pense que ce serait utile pour nous-mêmes lorsque nous sommes confrontés à des scènes comme cette nuit. Quand mon curseur a tendance à aller vers  l’amertume, la rancoeur, la colère ou, à l’extrême, la haine dévastatrice, il me faut trouver les ressources pour le ramener vers le centre et ensuite vers l’apaisement, la sérénité, et même la joie de faire partie d’un peuple au sein duquel il y a du respect, de la tolérance face aux idées opposées, des espaces pour débattre, des moyens pour manifester pacifiquement.

Faire silence

Après la nuit que nous venons de vivre, j’oserais espérer que la mort de ce technicien de scène et la blessure grave de l’autre malchanceux nous ouvrent un espace intérieur de réflexion pour chercher du sens avec d’autres. Mme Marois a échappé à la mort hier. Mais il y a eu mort d’homme. Tout cela, peut-être, parce qu’un être humain, un citoyen du Québec, a vu son niveau de frustration et de colère s’emporter violemment vers la haine destructrice.

Nous avons désormais nos histoires sordides. Depuis les Lortie, Fabrikant, Lépine, Gill et plus récemment Rocco Magnota, nous ne pouvons plus prétendre que nous sommes une société sans violence. Nous produisons ici même nos propres déséquilibrés qui nourrissent dans l’ombre leurs instincts vengeurs. Il est temps de prendre ces situations pour ce qu’elles sont, des appels à reconnaître la misère des uns, l’isolement des autres ou cette folie qui appelle des êtres humains blessés à se transformer en tueurs justiciers.

Nous avons besoin de trouver du sens à tout ceci. Rien d’évident dans la cacophonie des mots ne risque de surgir au point de susciter l’adhésion de tous. Au contraire, la parole dans ce cas risque d’apporter plus de confusion et de non sens. Pour quelque temps, pour aujourd’hui et demain encore, il me semble qu’il n’y a que le silence qui puisse être signifiant et réconfortant. Un silence de mort. Car la haine a montré son visage. Un silence de vie. Car la vie, quoi qu’on pense, est plus forte que la mort.

Pour ne jamais manger halal

Mario Dumont a encore sévi. Il a remis sur la table les accommodements raisonnables. Au Parti Québécois, ils appellent cela un accommodement déraisonnable. Visiblement, le Parti de Pauline se cherche une identité qu’il tente de calquer sur la campagne présidentielle française! Comme si nous venions de découvrir que les Juifs (kasher) et les Musulmans (halal) avaient des pratiques très strictes quant à la manière d’apprêter les aliments, surtout la viande pour ce qui est des points communs entre ces deux religions…

C’est drôle, mais j’ai toujours vu des produits halal dans mon épicerie et je n’en ai jamais été choqué. J’en ai même achetés et consommés! Peut-être vais-je être contaminé par l’Islam et me convertir!

Qu’un abattoir, pour satisfaire aux conditions de ses clients, décide d’apprêter les poulets en respectant les prescriptions de l’Islam ne devrait pas trop nous inquiéter. Que deux poulets de la même chaîne se retrouvent l’un étiqueté halal et l’autre pas, en quoi cela devrait me déranger? Celui qui a l’étiquette halal coûtera plus cher sans doute et pas le mien, pourtant halal. Tuer la bête en direction de la Mecque et la vider de son sang ne change en rien ce que je retrouve dans le comptoir des viandes. Ai-je besoin qu’on me dise que mon poulet était halal maintenant que je sais qu’il l’est? Pour moi, qu’il soit halal ou kasher ou juste tué, ça ne dérange en rien tant qu’il est apprêté conformément aux pratiques de sécurité alimentaire. Mon poulet sera le même qu’hier.

Mais si on ne veut surtout pas se laisser contaminer par une quelconque pratique rituelle venant de ces deux traditions religieuses, il y a un truc infaillible: mangez du porc! Vous serez assuré qu’aucun Musulman et aucun Juif ne l’auront touché… Ah là là, quelle perte de temps!

Pour compléter votre réflexion :

http://blogues.cyberpresse.ca/voixdelest/2012/03/15/viande-et-intolerance/

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2012/03/15/004-viande-halal-veterinaires-politique-etiquetage.shtml