Pédophilie et Église, la question qui tue

 

Le cardinal américain Sean O’Malley, président de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, prenait part à un séminaire sur la protection des enfants à l’Université pontificale grégorienne, à Rome, le 23 mars 2017.

Le cardinal américain Sean O’Malley, président de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, prenait part à un séminaire sur la protection des enfants à l’Université pontifical grégorienne, à Rome, le 23 mars 2017. (CNS photo/Paul Haring)

 

L’accusation revient sans cesse sur le tapis, comme un truc collant dont on essaie de se débarrasser sans y parvenir. Cette semaine en France, par exemple, une équipe de journalistes a mis le doigt sur la situation française. À en croire leur reportage, 25 évêques auraient couvert les actes pédophiles de 32 agresseurs sexuels. Jusque-là épargnée par les nombreux scandales qui sont déterrés dans des pays comme le Canada, les États-Unis et l’Australie, l’Église de France pourrait désormais s’approcher du podium. Quant à la situation mondiale, le pape lui-même a lancé le chiffre de 2% de prêtres abuseurs en 2014, ce qui indique bien qu’il s’agit d’un vrai problème.
Toute forme d’agression contre les enfants est devenue la valeur suprême dans l’échelle d’indignation de nos contemporains. Les lois protégeant l’enfant ont foisonné un peu partout à partir des années 1970. Il est courant pour nous, aujourd’hui, de savoir reconnaître ce qu’est un abus sexuel sur mineur, mais cela n’était pas si évident il y a à peine cinquante ans, y compris pour les gens d’Église.

Église et avortement, une fissure dans l’intransigeance

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Manifestation pro-vie à Ottawa, le 14 mai 2015 (CNS photo/Chris Wattie, Reuters)

 

Le pape François a annoncé dans sa lettre apostolique concluant l’Année de la miséricorde qu’il prolongeait indéfiniment l’autorisation pour tous les prêtres d’accorder l’absolution aux femmes confessant avoir eu recours à l’avortement. La chose était possible pour les évêques et certains confesseurs désignés, mais il n’en fallait pas plus pour que des catholiques y voient une fissure dans l’édifice légal et moral de l’Église.

Le message de François est particulièrement clair: «Je voudrais redire de toutes mes forces que l’avortement est un péché grave, parce qu’il met fin à une vie innocente. Cependant, je peux et je dois affirmer avec la même force qu’il n’existe aucun péché que ne puisse rejoindre et détruire la miséricorde de Dieu quand elle trouve un cœur contrit qui demande à être réconcilié avec le Père.»

L’Église ne change rien à son enseignement moral sur le péché d’avortement.

Cependant…

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Femmes prêtres: « Vraiment? Jamais? »

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Crédit photo: New York Times

Lors de son vol de retour de Suède, où il a pu rencontrer notamment l’archevêque Antje Jackelén, présidente de l’Église luthérienne nationale et bien d’autres femmes prêtres, le pape François a dû répondre à nouveau à la question de l’ordination des femmes dans l’Église catholique. La journaliste, ne se satisfaisant pas de la première réponse, formelle, a insisté : « Vraiment? Jamais? ». Et le pape s’est alors clairement impliqué : «si on lit attentivement la déclaration de saint Jean-Paul, cela va dans cette direction, oui».

Définitive, la déclaration de Jean-Paul II?

Si François a choisi les combats qu’il doit mener pour réformer l’Église, il est clair que celui de l’ordination des femmes ne fait pas partie de sa liste. S’il appelle à revisiter la « théologie de la femme », rien n’indique que le sacerdoce ministériel s’achemine vers une ouverture aux femmes. La lettre de Jean-Paul II semble donc avoir scellé la question aux plus hautes instances de l’Église en prescrivant l’assentiment de tous les fidèles.

En même temps, le fait que François se rende en Suède pour inaugurer le 500e anniversaire de la Réforme luthérienne est tout sauf banal! De plus, aucune contre-indication ne semble avoir été donnée pour les liturgies auxquelles il a participé, en présence de femmes-prêtres et d’une archevêque, vêtues selon la dignité de leur fonction… Ne serait-ce pas déjà une forme de reconnaissance implicite de la validité de leur ordination?

Pourrions-nous, ici, faire une comparaison avec l’accueil de prêtres anglicans mariés dans l’Église catholique? Même si, paradoxalement, ceux-ci sont venus frapper aux portes de l’Église romaine parce qu’ils refusaient l’ordination des femmes dans la communion anglicane, leur ordination a pourtant été parfaitement reconnue par Rome qui leur a accordé une éparchie particulière. Cela a donné lieu à un mouvement de « conversions » de prêtres au catholicisme, emmenant avec eux leurs conjointes !

J’ai connu deux jeunes femmes, il y a quelques années, qui ont choisi d’aller étudier la théologie dans une université anglicane. Au moins l’une d’elle, bien catholique, a demandé à être ordonnée prêtre, ce qui fut fait, en rêvant de pouvoir revenir un jour dans la communion romaine. Si son ordination est valide, comme celles de tous les prêtres transfuges, puisqu’elle a reçu l’imposition des mains par un évêque validement élu, en quoi son sacerdoce différerait-il de celui des hommes qui ont trouvé refuge dans l’Église romaine?

Une dérive théologique?

Le principal motif de l’Église à ne pas vouloir ordonner des femmes réside dans cet argument historique : Jésus n’aurait ordonné que des hommes. Déjà, sur un plan formel, plusieurs questionnent le fait que Jésus ait vraiment « ordonné » des disciples en vue de leur conférer un rôle d’apôtres. Les évangiles confirment bien l’existence des « Douze » qui ont eu, parmi les disciples, à signifier le nouveau peuple de Dieu formé, à l’instar des douze tribus d’Israël, mais dans l’univers symbolique, de douze colonnes (cf. Apocalypse). Par ailleurs, Jésus a souvent privilégié un petit groupe « sélect » de trois disciples, Pierre, Jacques et Jean. Et il aurait bien, selon Matthieu, désigné Pierre comme la pierre de fondation de l’Église. Mais tout cela remonte bien avant toute « structure » ecclésiale et toute « ordination » selon la forme et les rites que lui donneront l’Église bien des années plus tard. Bref, la volonté de Jésus de n’« ordonner » de cette manière que des hommes ne trouve pas de fondement absolu dans la seule lecture des évangiles.

Est-il possible que l’équation « Jésus => homme => apôtres » et « Marie => femme => servantes » soit plus significative pour la Tradition que la seule référence aux évangiles? L’idée étant que pour « représenter » le Christ, il vaut mieux que ce soit un humain du même sexe. Une femme pourrait difficilement être une alter christus (autre christ) en vertu de ses attributs féminins. Celle-ci serait donc plutôt configurée à Marie que son Fils n’a jamais « ordonnée ».

Donc les femmes n’auraient pas, dans leur revendication à l’égalité, à attendre de l’Église qu’elle les appelle à la fonction sacerdotale et encore moins à la succession apostolique. Cela ne paraît-il pas réducteur de la vraie suite du Christ? Suivre le Christ, c’est aimer comme lui, devenir comme lui, agir comme lui. Cela est demandé à tous les disciples, qu’ils soient hommes ou femmes. Imiter Marie, c’est offrir tout son être au projet de Dieu, dire oui à sa volonté, prendre le risque de donner sa vie et de souffrir par amour. En quoi n’y aurait-il que des femmes appelées à un tel fiat? Est-il possible que le sexe du Fils de l’Homme, nécessité inhérente à son incarnation dans notre chair, ait donné lieu à une traditionnelle confusion?

Un grand nombre de chrétiens, y compris des catholiques dont des prêtres et des évêques, ont lu autrement que Jean-Paul II les Écritures et ne sont pas arrivés aux mêmes conclusions irrévocables. Si l’excommunication du moine Luther fut définitive lorsqu’elle fut prononcée, il semble bien que sa « rédemption » soit désormais en voie d’être accomplie avec la complicité du pape actuel. Peut-être bien qu’une lettre d’un saint prédécesseur, malgré la dimension ex cathedra qu’il a clairement voulu lui donner, pourrait un jour être relevée de son caractère définitif?

Malgré l’Église, avec les couples gais

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Un mariage célébré dans une église anglicane.

J’ai eu la tentation, comme premier réflexe, d’intituler ce billet « Je suis homosexuel », à la manière de tous ces « Je suis » qui ont été repris de manière successive à propos de Charlie Hebdo et de tous les lieux attaqués par des fous furieux. Je me suis dit que ce serait mal interprété…

Il faut dire que sur ce sujet de l’homosexualité, j’ai été amené au cours des 30 dernières années à changer graduellement et profondément mon attitude. En effet, lors des premiers cours d’éthique (chrétienne, faut-il le préciser) que j’ai suivis en 1982, le sujet était abordé à la façon dont l’Église catholique a toujours dénoncé ce « désordre intrinsèque » de la nature. Mais je sentais déjà que quelque chose n’allait pas dans ce regard posé sur ces personnes. J’en connaissais déjà quelques-unes qui avaient toutes quitté ma région pour se réfugier dans l’anonymat de la grande ville. Je n’avais pas conscience de ce qu’elles vivaient en lien avec leur identité profonde.

C’est mon jeune frère, le premier, qui m’a éveillé à cette réalité. À ses 18 ans, il a fait son coming out alors que nous étions tous réunis chez nos parents. Je ressens encore la tension que cela nous avait fait vivre. Nous étions tous rivés sur le visage de notre père, car nous redoutions sa réaction. Et elle fut comme nous le craignions! J’étais mal à l’idée que cela arrive dans notre famille, avec des parents très religieux. Comme tous les hommes de mon âge, j’avais moi-même usé de tous ces mots visant à ridiculiser un garçon dès qu’il présentait quelque manifestation de féminité. Mais ce soir-là, j’étais plus choqué par le rejet de mon père (non pas de son fils, en tant que tel, mais de toute possibilité pour lui de vivre ouvertement son homosexualité, y compris l’interdiction d’inviter qui que ce soit qui serait comme lui). Ce fut le début de ma recherche pour comprendre.

Une rencontre au cœur de la souffrance

Ce n’est que des années plus tard que j’ai eu accès à de vrais témoignages de la blessure infligée aux personnes homosexuelles (pour ce qui me concerne c’étaient des hommes), alors que je m’étais inscrit à une série de rencontres au sein d’une église baptiste où je me suis laissé entraîner dans un chemin insoupçonné. Pendant six mois, une fois par semaine, après les temps de prière et les catéchèses (qui, paradoxalement, dénonçaient les unions homosexuelles comme contraires au plan de Dieu), nous nous retrouvions en petits groupes. Le mien était constitué de sept hommes murs dont trois homosexuels. Chaque mardi soir, pendant une heure, nous étions comme dans une bulle protégée. Nous avions le droit de tout dire, de partager tout ce que nous avions à exprimer et nous étions tenus à la confidentialité.

Les personnes homosexuelles de mon groupe ont fait plus pour moi que toutes les lectures que j’ai pu faire sur le sujet. On aura beau chercher le gène de l’homosexualité dans l’ADN humain (et éventuellement le trouver), la science ne permettra jamais l’accès à la profondeur de l’humanité blessée d’une personne homosexuelle. Si je n’arrive toujours pas à déterminer le « début » de l’homosexualité d’un être humain (avant ou pendant la conception, après la naissance), je sais une chose avec certitude : il ne s’agit pas d’un choix. C’est quelque chose qui fait partie (ou qui vient à faire partie) de la structure psychique profonde de la personne. Il ne s’agit pas seulement d’une tendance, mais d’une composante de l’identité réelle de la personne. Et cela ne se déconstruit pas, ou peut-être que dans des cas très exceptionnels si j’en crois certains témoignages que j’ai entendus au cours de ces six mois.

Bref, j’ai beaucoup plus de respect pour la personne qui, pour arriver à s’assumer elle-même, comme premier pas vers un chemin d’épanouissement personnel, doit pouvoir afficher son identité de genre au risque de subir du rejet, de l’intimidation, parfois de la violence physique ou même l’emprisonnement ou la condamnation à mort dans certains pays. Il faut être complètement aveuglé par ses propres préjugés pour croire que ces personnes ont choisi d’être ce qu’elles sont…

Le retard de l’Église catholique

J’en viens donc à ma réflexion en Église. Je suis agent de pastorale, professeur et blogueur. Un jour, en commentaires à l’un de mes billets, un individu m’a longuement interpellé sur l’attitude violente de l’Église catholique à l’égard des personnes homosexuelles. J’avais beau argumenter sur la différence entre la morale que l’Église défendait et les attitudes pastorales des prêtres et du personnel qui se développaient de plus en plus en direction de l’accueil inconditionnel, mon interlocuteur me renvoyait toujours à la blessure causée par la définition de l’homosexualité qui laisse à penser que ces hommes et ces femmes ne pourraient jamais être considérées comme de « vraies » personnes et que le jugement posé sur elles pouvait encore aujourd’hui alimenter la peur et la haine en raison de ce qu’elles sont et pas seulement de leurs « actes intrinsèquement désordonnés ».

Autrefois, on mettait au rang des « passions » la tendance homosexuelle, comme l’alcoolisme, la pyromanie ou la perversion meurtrière. Et, bien entendu, la société devait s’assurer d’empêcher la mise en œuvre de telles passions (pensons à l’époque de la Prohibition). Mais qui peut prétendre encore que l’homosexualité ne serait qu’un penchant mauvais à combattre à tout prix?

Une Église rigide ou l’Évangile libérateur

Je me suis rendu à l’évidence que l’Évangile de Jésus-Christ ne peut pas légitimer une telle violence contre des frères et des sœurs en humanité. La réalité est que ces personnes sont comme elles sont. La foi nous conduit à reconnaître que Dieu nous aime tels que nous sommes, car il nous aime comme une mère ou un père aime ses enfants. Si mon propre père a pu faire le cheminement lui permettant d’accueillir son fils homosexuel et son conjoint dans sa propre maison et même de développer une relation privilégiée avec lui, combien Dieu lui-même ne pouvait-il pas les aimer de manière infinie? S’il les aime d’un tel amour, comme il m’aime et comme il aime tous ses enfants, ne veut-il pas pour eux le même chemin de bonheur et de vie? Ma réflexion m’amène à la conviction que ce chemin passe irrémédiablement par l’expérience de l’amour humain. Aimer son prochain, bien sûr. Mais l’amour conjugal, que l’Église se représente comme le signe sensible de l’amour de Dieu pour les humains, ne devrait-il pas être accessible à tous, sans exception?

Mon frère est en couple depuis de nombreuses années. Comme tous les couples, celui-là a ses petits défauts, ses petites habitudes, ses petites fermetures. Comme tous les couples, les conjoints de même sexe ont leur manière unique de s’aimer et d’aimer les membres de leurs familles. S’ils peuvent vivre sereinement leur amour, ils ont la même capacité de rayonner et d’exercer une réelle fécondité dans la société, là où ils sont suffisamment reconnus pour n’avoir plus besoin de recourir à la pitié ou à la compassion pour vivre leur vie tranquillement.

Mais ce n’est toujours pas le cas dans l’Église. Pourtant, celle-ci se trouve confrontée à sa propre évolution sur le mariage depuis les 50 dernières années. Autrefois considéré uniquement comme un contrat social pour la protection de la femme et la procréation, la définition du mariage a fini par intégrer l’amour mutuel comme la base d’une union fidèle et féconde. L’Église reconnaît aujourd’hui que c’est l’amour qui est le fondement. Si tel est le cas, alors l’amour peut et doit pouvoir s’épanouir également dans un couple homosexuel.

Un combat à mener

J’en viens finalement là où j’aurais peut-être dû commencer. Dans mon diocèse, une équipe pastorale s’est proposé d’inviter les couples qui s’aiment à une fête de l’amour. Se voulant consistante dans sa démarche en lien avec sa manière de concevoir l’amour, cette équipe en était venue à la conviction qu’elle ne pouvait pas refuser l’entrée à des couples qui seraient jugés « objectivement non-conformes » à la morale chrétienne. C’est tout simple : si ces couples ressentent que leur amour est vrai, engagé, durable, fécond, ils ont le même droit que tous les autres à la reconnaissance de l’Église.

La fête de l’amour réalisée par l’Unité pastorale Valin, en avril 2016, fut une initiative qui s’est voulue inclusive de tous les amours conjugaux. À la différence d’une fête de la fidélité, elle ne prenait pas en compte la dimension sacramentelle du mariage, mais seulement l’amour du couple. L’équipe de préparation de cette fête ne voulait pas trier, car cela aurait été un jugement. Elle ne voulait pas exclure, car cela aurait été en contradiction avec sa démarche de reconnaissance. Il s’est ainsi trouvé quelques couples gays dans l’assistance. Mais comme pour tous les autres, il ne leur était pas demandé de s’identifier. Il leur suffisait d’être là, d’accueillir la bonne nouvelle, de ressentir la joie devant la beauté des amours humains et de recevoir la bénédiction du prêtre. Si cette fête a pu scandaliser quelques catholiques scrupuleux, elle aura eu le mérite de mettre la valeur de l’amour au premier rang. N’est-ce pas ce que l’apôtre Paul lui-même recommande dans sa célèbre Hymne à l’amour (Cf. 1Co 13)?

Il est probable que cette fête ait pu semer de la confusion dans certains esprits, mais la sortie regrettable de l’évêque, mon évêque, visant à réprimander publiquement cette équipe jusqu’à contribuer tout récemment à la démission de son prêtre-modérateur, me paraît comme un geste bien plus grave, car il ne pourra que saper les efforts sincères des baptisés qui, comme moi, cherchent encore à demeurer en communion avec une institution déconnectée de la vie des gens. Par l’un de ses évêques, l’Église se sera, une fois de trop, montrée impitoyable en vertu d’une morale figée, empreinte de pharisaïsme, plutôt que miséricordieuse à l’excès, comme l’y invite le pape François*. Elle aura surtout fait la sourde oreille à toute la recherche contemporaine et aux témoignages consensuels qui permettent d’envisager l’homosexualité autrement que comme une perversion ou un désordre de la nature qu’il faudrait guérir ou à tout le moins brimer dans son expression.

Les couples homosexuels constituent un véritable écueil pour l’Église. Même le dernier synode sur la famille n’a pu leur adresser un seul mot, compte tenu des divisions que le sujet suscitait. Les couples de même sexe sont des pierres d’achoppement qui mettent l’Église au défi de sa propre cohérence et de sa véritable mission : exclure ou accueillir; juger ou accompagner; demeurer pure ou descendre dans la boue humaine, au risque de se salir et peut-être même de mourir… par amour. Voilà pourquoi je me range aux côtés des personnes homosexuelles et que je soutiens leur désir de vie conjugale engagée dans la durée et reconnue : pour que mon Église soit ne leur soit plus cause de souffrances, mais qu’elle devienne de plus en plus passionnée par leur libération et par leur inclusion.


* Ce paragraphe de mon article m’a valu un blâme de mon évêque, avec l’appui de ses plus proches collaborateurs. Je le mentionne à l’intention des personnes qui pourraient s’offusquer à l’idée que Mgr Rivest ait pu laisser passer un tel commentaire sans prendre la défense de l’Église, ce qui n’est pas le cas, bien au contraire.

Pape et famille: trop tard pour le Québec?

20160407t1336-2600-cns-pope-apostolic-exhortation_presEn lisant La joie de l’amour, je me suis réjoui qu’un pape démontre une compréhension plus juste de l’amour conjugal. En effet, la parole magistérielle de l’Église sur la famille, l’amour et la sexualité s’est souvent placée à une hauteur doctrinale qui ne rend pas suffisamment compte de la vie des couples qui cherchent à simplement vivre leur amour. Mais le souffle arrive-t-il trop tard?

Dans Amoris laetitia publié vendredi, le pape François a choisi d’exposer l’amour comme un chemin avec sa dynamique propre, soumis à la réalité, vécu au sein de la condition humaine qui est elle-même une lutte incessante pour le bonheur au cœur de la fragilité et de la blessure… Cette vision de l’amour conjugal représente un changement significatif dans la posture de l’Église. Celle-ci ne devrait plus se contenter de plaquer une image idéalisée du couple et du sacrement en s’attendant à ce que les époux y correspondent dès que les consentements sont échangés!

Un chemin, c’est une distance à parcourir, une destination à atteindre. Le point de départ, c’est lorsque le couple évoque pour la première fois le projet de s’engager mutuellement. La ligne d’arrivée, ce n’est rien de moins que l’idéal d’une communion parfaite.

Marié depuis 32 ans, je doute sincèrement que cet idéal ne soit encore atteint, et c’est tant mieux! Car la dynamique interne de l’amour empêche qu’il devienne inerte, statique ou achevé.

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Que dira François aux élus québécois?

Pape-François-Discours-à-lONUNous avons assisté depuis près d’un an à plusieurs représentations auprès du pape François à Rome en vue de le presser de venir faire une visite au Canada, au Québec en particulier et notamment dans le cadre des fêtes du 375e anniversaire de la fondation de Montréal. Alors que notre « nation » est devenue laïque, presque laïciste, la place du religieux dans l’espace public a nettement tendance à être critiquée quand elle ne fait pas clairement l’objet d’appels à empêcher toute visibilité de signes ou d’activités associés.

Dans un tel contexte, que pourrait bien venir faire au Québec un pape, chef d’une organisation religieuse qu’une grande partie des Québécoises et Québécois ont rejetée ? En y réfléchissant bien, j’ai pensé lui proposer un discours inspiré de ses propres paroles prononcées en d’autres circonstances, et qu’il pourrait tenir à l’Assemblée nationale, au siège du président juste au pied du crucifix… Voici donc une humble proposition (les passages en italique sont tirés de vrais discours du pape).

Discours imaginé du pape François à l’Assemblée nationale du Québec, le 20 septembre 2017.

Monsieur le président, Monsieur le Premier ministre, mesdames les députées, messieurs les députés, vous tous et toutes ici rassemblées, je vous remercie pour votre accueil chaleureux et empressé. On m’avait dit qu’un homme d’Église n’aurait pas bonne presse dans votre pays, mais je constate que vous savez être très polis envers vos invités !

Je souhaite vous exprimer mes remerciements personnels pour votre service à la société et la précieuse contribution que vous offrez au développement d’une justice qui respecte la dignité et les droits de la personne humaine, sans discriminations.[1]Le Canada et le Québec font figure de chefs de file en ces matières et votre pays est perçu dans le monde comme un modèle pour le traitement fait aux minorités. Je pourrais vous entretenir longuement pour flatter votre égo de la même manière, mais je sais bien que vous ne m’avez pas invité ici pour faire du badinage! J’aimerais donc vous adresser quelques mots provenant d’un frère lointain, en toute humilité.

siège anqÀ la suite de ma propre expérience en Argentine et lors de mes visites au Brésil, en Centrafrique, au Mexique, en Ouganda, aux Philippines, au Kenya, à l’ONU et même devant mes frères évêques au Vatican, j’ai exprimé l’avis qu’une bonne partie des problèmes de notre monde trouve sa source en peu de choses : la corruption, la nôtre en particulier.

Malgré toute la beauté de votre culture et le progrès réalisé au sein de la belle société distincte du Québec, mes frères évêques rassemblés ici n’ont pas manqué de me parler de la corruption qui règne apparemment chez vous aussi. Ainsi, au lendemain du dépôt du rapport de la Commission Charbonneau, ils se posaient cette question : Ne faut-il pas s’interroger aussi sur les « attitudes intérieures qui alimentent « ce cancer du corps social » qu’est la corruption » ?[2]

Je les ai trouvés bien courageux d’oser questionner leurs concitoyens de cette manière. Mais leur courage ne suffira pas à produire des changements si dès à présent nous ne nous interrogeons pas, chacun et chacune d’entre nous, sur la source de la corruption.

La concentration scandaleuse de la richesse globale est possible en raison de la connivence de responsables de la chose publique avec les puissants. La corruption est elle-même un processus de mort : quand la vie meurt, on trouve la corruption.

Le corrompu traverse la vie en utilisant les échappatoires de l’opportunisme, avec l’air de celui qui dit : «Ce n’est pas moi qui l’ai fait», arrivant à intérioriser son masque d’honnête homme. C’est un processus d’intériorisation.

Le corrompu ne connaît pas la fraternité ou l’amitié, mais la complicité et l’inimitié. Le corrompu ne perçoit pas sa corruption. Il se produit un peu ce qui se passe avec la mauvaise haleine : celui qui en souffre s’en rend difficilement compte ; ce sont les autres qui s’en rendent compte et qui doivent le lui dire. C’est pour cette raison que le corrompu pourra difficilement sortir de son état en ressentant le remords intérieur de sa conscience.

La corruption est un mal plus grand que le péché. Plus que pardonné, ce mal doit être soigné. La corruption est devenue naturelle, au point d’arriver à constituer un état personnel et social lié aux mœurs, une pratique habituelle dans les transactions commerciales et financières, dans les appels d’offre publics, dans chaque négociation à laquelle participent des agents de l’État. C’est la victoire des apparences sur la réalité et de l’impudence sur la discrétion honorable.

Toutefois, le Seigneur ne se lasse pas de frapper à la porte des corrompus. La corruption ne peut rien contre l’espérance.

Que peut faire le droit pénal contre la corruption ? […] (Malheureusement), la sanction pénale est sélective. Elle est comme un filet qui ne capture que les petits poissons, alors qu’elle laisse les gros en liberté dans la mer. Les formes de corruption qu’il faut poursuivre avec la plus grande sévérité sont celles qui causent de graves dommages sociaux, aussi bien en matière économique et sociale — comme par exemple les graves fraudes contre l’administration publique ou l’exercice déloyal de l’administration — que dans toute sorte d’obstacle s’opposant au fonctionnement de la justice avec l’intention de procurer l’impunité pour les propres méfaits ou pour ceux de tiers [3]

Aucun de nous ne peut dire : « Je ne serai jamais corrompu. » Non ! C’est une tentation, c’est un glissement vers les affaires faciles, vers la délinquance, vers la criminalité, vers l’exploitation des personnes. Combien de corruption existe-t-il dans ce monde ! Et c’est un vilain mot, si on y pense. Parce qu’une chose corrompue est une chose sale ! Si nous trouvons un animal mort qui se corrompt, qui est « corrompu », c’est laid et ça pue aussi. La corruption pue ! Une société corrompue pue ! Un chrétien qui laisse entrer la corruption en lui n’est pas chrétien, il pue !

Je vous souhaite d’aller de l’avant à la recherche de sources de travail, pour que tous possèdent la dignité de ramener du pain à la maison, et d’aller de l’avant dans la propreté de leur âme, dans la propreté de la ville, dans la propreté de la société afin que disparaisse cette puanteur de la corruption !

Je vous bénis tous, je bénis vos familles et votre quartier, je bénis les enfants qui sont ici autour de nous. Et vous, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi.[4]

[1] Discours du 23 octobre 2014 à une délégation de l’association de droit pénal.

[2] http://www.eveques.qc.ca/documents/2015/20151126LerapportCharbonneauestdepose.pdf

[3] Extraits tirés du discours du 23 octobre 2014 à une délégation de l’association de droit pénal.

[4] http://www.letemps.ch/opinions/2015/03/24/pape-francois-disparaisse-cette-puanteur-corruption

François et Cyrille, une chance pour la paix

20160212t0840-2113-cns-pope-patriarch-cuba_presCe qui se passe à Cuba ce 12 février est historique. Pour la première fois depuis le grand schisme de 1054, un patriarche de Moscou, à la tête de la plus importante Église orthodoxe du monde avec ses 90 millions d’âmes, rencontre le pape de Rome.

Ce tête à tête entre Cyrille et François se veut sobre, alors que la signature d’une déclaration commune couronnera l’événement.

Pour les deux Églises, il s’agit d’un moment espéré depuis si longtemps que les fidèles s’étaient résignés à l’attendre jusqu’à la fin des temps! Alors il va de soi, pour les chrétiens des deux confessions, qu’il faut y voir un événement absolument extraordinaire.

La déclaration, même si elle ne pourra qu’être vague et polie, marquera l’histoire parce qu’il s’agit du premier document signé par les deux patriarches après des siècles de méfiance réciproque.

Ce rapprochement est certainement dû, pour une bonne part, au travail de fond des émissaires des deux Églises depuis plusieurs années. L’ouverture du concile Vatican II à l’œcuménisme et sa détermination à ce que l’Église contribue à la paix et à la justice entre les peuples y est également pour quelque chose… C’est comme une semence qui surgit enfin après une attente interminable.

Un geste plus que religieux

Si cette nouvelle est bonne pour les deux confessions chrétiennes, elle l’est sans doute davantage encore pour le monde et son avenir. Car lorsque les croyants se divisent et sont poussés à la haine les uns des autres, à l’instar de leurs nations ou de leurs ethnies, ils

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