TVA et vivre-ensemble: pendant ce temps à l’ONU…

 

Le 8 décembre, l’ONU a instauré la journée internationale du vivre-ensemble en paix. (Pixabay/lores_felipe)

Le Québec était en émoi devant un reportage de TVA indiquant à tort que des responsables musulmans auraient exigé que des femmes travaillant sur un chantier près de deux mosquées de Montréal ne puissent être présentes le vendredi à l’heure de la prière. Cette affaire a provoqué une fois de plus l’inflammation verbale sur les réseaux sociaux.

 

La conclusion de l’enquête de la Commission de la construction du Québec (CCQ) a bien montré que les mosquées et leurs responsables n’avaient jamais formulé une telle demande.

Mais le reportage a provoqué une nouvelle vague de propos haineux contre la communauté musulmane. Malgré les excuses et le démenti, des gens de mauvaise foi y ont vu un complot visant à protéger les islamistes! Et voici que les réseaux s’enflamment de nouveau…

Et s’ils voulaient vraiment la paix?

Pendant que nous déchirions nos chemises à chercher le vrai dans cette affaire, l’ONU venait d’approuver unanimement l’instauration d’une Journée internationale du vivre-ensemble en paix qui se tiendra annuellement le 16 mai. C’est le fruit d’un travail de trois ans de la confrérie soufie alâwiyya, algérienne et musulmane.

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11 novembre: « Garder la foi »

au-champ-dhonneurLe 11 novembre, c’est le jour où nous faisons notre devoir de mémoire un peu partout sur terre. Nous nous souvenons de nos valeureux combattants qui sont tombés en défendant notre pays, nos valeurs, notre mode de vie, par dessus tout notre liberté. Le 11 novembre, c’est le jour de l’année où l’on entend se faire redire partout: « Plus jamais la guerre! » C’est le jour où nous sommes le plus près d’un consensus, en pensée, pour que ce souhait devienne réalité. C’est surtout le jour où nous « gardons la foi avec toutes les personnes décédées » (cf. Moina Michael, instigatrice du coquelicot comme symbole du souvenir lors de la Première guerre mondiale).

Cette année a ceci de particulier que deux soldats sont morts récemment alors qu’ils n’étaient pas en situation de se battre pour notre pays. Ils étaient l’un en pause, l’autre en faction devant le cénotaphe du souvenir à Ottawa. Les deux ont toutefois été visés parce qu’ils étaient soldats, parce qu’ils représentaient l’État canadien engagé récemment dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient. La mort de ces deux soldats a sans doute réveillé le sentiment patriotique des Canadiens en les invitant à réfléchir sur le sens de ces vies enlevées.

« Le goût de vivre en liberté »

Dans le poème de John McCrae, à l’origine du choix du coquelicot comme emblème du souvenir, on trouve cette exhortation: « À vous jeunes désabusés à vous de porter l’oriflamme et de garder au fond de l’âme le goût de vivre en liberté ». Dans le contexte qui est le nôtre actuellement, alors qu’une nouvelle guerre froide est sur le point d’être lancée, que l’État islamique (Daesh) menace l’Occident en exhibant ses décapitations barbares et qu’il s’en prend à tout ce qui n’est pas d’obédience musulmane, comment pourrions-nous interpréter ce message que tout soldat ayant combattu dans une guerre pourrait adresser à notre jeunesse? Comment envisager la lutte pour la liberté?

Après la Grande Guerre, il y en eut une deuxième tout aussi sanglante. Les États du monde se sont réunis en Société des Nations devenue plus tard l’Organisation des Nations unies (ONU). Cette instance a pour but de mettre en commun les défis des peuples du monde, cherchant ensemble à accomplir le bien de l’humanité et à garder la paix. Mais L’ONU n’a pas pu empêcher la Guerre froide et les guerres comme celles de Corée et du Vietnam, ni celles qui se succèdent au Proche-Orient depuis la création de l’État d’Israël, ni celles qui ont cours en Afrique depuis la décolonisation, ni celles du Koweit, d’Irak et d’Afghanistan! Et maintenant, l’ONU paraît démunie pour stopper le régime dictatorial sanguinaire en Syrie ou les ambitions de domination de la Russie dans l’est de l’Europe. Et elle est loin de pouvoir endiguer les revendications de Daesh sur les territoires de la Syrie et de l’Irak. Face à cette impuissance, les États-Unis et d’autres pays ont cherché à utiliser l’OTAN comme deuxième choix pour défendre leurs intérêts. Même de ce côté, le ralliement a failli à quelques reprises de sorte qu’on ne parle plus que de « coalitions » de pays qui vont bombarder sans caution des régions ciblées en vue de réduire la menace terroriste sur leurs propres territoires. Bref, il va de soi que notre monde n’est pas plus en sécurité aujourd’hui qu’à la première commémoration mondiale du Souvenir, le 11 novembre 1921!

« Garder la foi »

Moina Michael était une simple employée de l’American Oversees YMCA en 1915. À la lecture du poème de John McCrae, elle fut convaincue qu’il fallait faire quelque chose. «Dans un moment fort de résolution, j’ai pris l’engagement de garder la foi et de toujours porter un coquelicot rouge des champs de Flandre comme symbole du Souvenir afin de servir d’emblème et de «Garder la foi avec toutes les personnes décédée». (cf. museedelaguerre.ca). Ce fut en quelque sorte sa réponse au cri du soldat mourant dans les champs fleuris de coquelicots, pas tant de porter l’oriflamme de la guerre, mais celui de la foi.

Avoir foi, c’est avoir confiance, c’est nourrir l’espérance! Devant l’état du monde, quelle est votre propre espérance? La mienne est plutôt faible. C’est la raison pour laquelle il faut cesser de répéter les mêmes actions qui conduisent aux mêmes résultats. C’est comme en informatique, on peut bien essayer de cliquer toujours sur le même bouton en espérant un autre résultat, mais celui-ci est programmé pour réaliser une seule action. Or il semble que le coquelicot rouge que l’on arbore chaque année, s’il nous aide à nous souvenir des civils et militaires morts de la guerre, ne nous aide pas à réorienter nos politiques vers de plus grands efforts de paix.

Le mouvement Échec à la guerre tente depuis quelques années de favoriser le port du coquelicot blanc, symbole voulant respecter la mémoire des personnes décédées au cours de guerres, mais plus encore encourager la détermination à accomplir des actions en faveur de la paix. Le Canada, depuis le 11 septembre 2001, a malheureusement pris une orientation plus active en matière de participation aux guerres plutôt que de pacification par les moyens diplomatiques et par des forces de paix qui avaient fait sa réputation. Même si le monde a changé, il est faux de prétendre que seules les bombes peuvent le rendre plus sécuritaire. Le seul souvenir qui pourrait rester dans quelques décennies pourrait être celui de l’échec lamentable des peuples à faire la paix.

Chaque fois que nous créons en nous-mêmes et autour de nous un espace où règne la paix, cela nous montre que c’est possible. Il importe d’agrandir les cercles de paix et d’espérer contre toute attente. « Garder la foi », c’est se battre aux côtés des artisans de paix pour éviter à tout prix les pertes de vies, en faisant cesser les humiliations de toutes sortes qui engendrent la haine. C’est aussi accepter de changer notre mode de vie. Nous sommes tous et toutes les habitants d’une terre qui se montre généreuse et prodigue, mais nous ne pouvons plus vivre comme si un quart de l’humanité avait le droit de s’arroger l’ensemble des ressources destinées à la disposition de tous! Il est urgent de changer de vie pour que  les souvenirs douloureux rappelés le 11 novembre deviennent véritablement sources d’espoir pour tous les humains, sans exception. Plus jamais la guerre? Qu’attendons-nous pour être artisans de paix?

Le Saint-Siège et le blâme de l’ONU

Même les soeurs Magdalene d’Irlande sont évoquées. Photo tirée du film The Magdalene Sisters.

Le Saint-Siège (État du Vatican) a reçu un blâme très sévère de la part de l’Organisation des Nations Unies relativement à la gestion des nombreuses affaires de pédophilie qui ont eu cours et que, souvent, l’institution est jugée pour avoir couvertes. En effet, le Comité sur les droits de l’enfant reproche au Saint-Siège, membre en règle de l’ONU et signataire de la Convention sur les droits de l’enfant, de n’avoir « pas reconnu l’étendue des crimes commis, [ni] pris les mesures nécessaires pour traiter les cas d’abus sexuels sur enfants ». Le comité attaque la loi du silence et le fait que plusieurs pédophiles n’ont jamais été renvoyés vers la justice criminelle. Le Comité va plus loin en réprimandant le Saint-Siège relativement aux traitements violents sur des enfants qu’il n’a pas systématiquement dénoncés et que le droit canon risque même d’encourager en n’établissant pas clairement la primauté des droits de l’enfant sur les lois internes à l’Église. De plus, il en profite pour déclarer que le Saint-Siège ne fait pas ce qu’il faut pour éliminer toute discrimination qu’elle soit basée sur le genre, sur le type de famille dans laquelle vit un enfant (notamment homoparentale) et sur l’orientation sexuelle des enfants et des adolescents. Il y va, enfin, d’un soufflet supplémentaire en dénonçant la rigidité des règles interdisant tout avortement même dans les cas de viol ou de grossesse mettant en danger la vie de la mère mineure, citant notamment l’affaire de la jeune brésilienne de neuf ans. Bref, une bonne fessée pour le Saint-Siège, que le Comité ne s’est pas privé de lui administrer, sa cible étant assurément assez vieille pour être considérée majeure!

Mets ça dans ta pipe

Un de mes profs au secondaire disait souvent, lorsqu’il parvenait à nous clouer le bec: « Tiens, mets ça dans ta pipe! » Malgré les représentations du Saint-Siège devant le Comité, le 16 janvier, le rapport publié aujourd’hui est accablant. Tout en reconnaissant poliment les efforts déjà accomplis par le petit État du Vatican, il estime que ce dernier n’a pas suffisamment pris en compte les recommandations qui lui avaient déjà été adressées en 1995 sur les mêmes sujets. Qu’on soit de l’Église ou non, qu’on l’aime ou non, il faut reconnaître que cette adresse est une véritable gifle à un moment où l’Église tend pourtant à changer ses règles internes.

Il me semble que la question touche plus particulièrement celle de la reconnaissance. Comme les actes qui sont visés se sont généralisés à une époque en plusieurs pays, dont ici même au Canada et au Québec, il importe, selon le Comité, que le Saint-Siège se montre cohérent pour justifier son appui à la Convention sur les droits de l’enfant. La fameuse tentative plus ou moins ratée de Mgr Marc Ouellette, en novembre 2007, de demander pardon pour tout le mal causé par des catholiques et certains membres du clergé avant 1960, au Canada, marquait pourtant un début de cette reconnaissance que l’Église doit pouvoir réaliser afin de retrouver une certaine crédibilité en matière de respect des droits de l’enfant. Là encore, cette insistance à ne pas aller au-delà de 1960 avait été perçue comme un déni des actes postérieurs à cette époque alors que d’autres victimes ont continué d’être abusées et que des prêtres suspectés n’étaient toujours pas conduits devant les tribunaux.

Pour les membres du Comité, le Saint-Siège doit reconnaître qu’au sein de l’Église persistent des situations non réglées que la loi du silence ne permet toujours pas de dénoncer. Les victimes doivent pouvoir être indemnisées et, dans la mesure du possible, trouver réparation des actes commis à leur endroit qui ont laissé des séquelles souvent désastreuses. Il va jusqu’à recommander que le Vatican amende son propre code de droit afin d’établir plus clairement les repères qui garantissent les droits de l’enfant à être reconnu pleinement comme sujet. Ce blâme est certes très grave et difficile à recevoir, mais le Saint-Siège a annoncé qu’il analyserait les « observations conclusives » du Comité avec minutie et qu’il y répondrait le temps venu.

Les choses ont-elles vraiment changé?

Il est vrai que depuis quelques années, l’Église s’est donné des moyens concrets pour combattre la pédophilie. La politique Zéro de Benoît XVI et sa lettre aux évêques d’Irlande ne laissent aucun doute quant à l’intention. Pour l’ex-pape, toujours vivant, la seule conclusion à laquelle il était parvenu était qu’il fallait éradiquer complètement ce mal qui a corrompu l’Église de l’intérieur. Il s’est montré particulièrement exemplaire avec les Légionnaires du Christ, en condamnant les agissements de leur fondateur, le père Maciel, même s’il n’est pas allé jusqu’à lui imposer un procès canonique alors qu’il était mourant. Son successeur François n’y est pas allé de main morte non plus depuis son installation. Les mesures prises au cours des derniers mois, si elles ont été reconnues par le Comité des droits de l’enfant, ne paraissent pas avoir convaincu ses membres.

Il me paraît, humblement, que l’Église est en bonne voie de se réformer sur ces questions où elle s’est montrée autrefois davantage préoccupée de sauver sa réputation et celle du clergé que de compatir sincèrement avec les victimes. Les congrégations religieuses qui ont abrité des pédophiles, une à une, s’y sont résolues par la force des choses et les poursuites intentées contre elles, en indemnisant les victimes à grands frais et en hypothéquant sérieusement leur propre avenir. De nombreux diocèses ont emboîté le pas en assumant leur responsabilité d’avoir caché les actes reprochés en transférant les prêtres visés dès que de nouveaux soupçons commençaient à surgir. Il importe de terminer le grand ménage et de collaborer avec la justice pour montrer clairement que tous ces gestes à l’encontre de personnes mineures et vulnérables ne peuvent demeurer impunis. Il reste donc beaucoup à faire, selon le Comité, pour reconnaître, indemniser et réparer.

Une conversion attendue

En tant que baptisé, membre de cette Église, je m’attends à ce que le pape François et les évêques de mon pays réagissent avec une réelle humilité devant les accusations portées. J’aspire à ce que l’Église devienne pauvre au moins en esprit et c’est ce qui lui arrive de toute façon. Ainsi dépouillée, lorsqu’elle aura à choisir entre sa réputation et la vérité, elle saura trouver la vraie liberté (« La vérité vous rendra libre »). À l’image d’un autre François, d’Assise celui-là, qui dénonçait la grandeur et les richesses de l’Église comme la cause de ses tourments, le pape François devra trouver les moyens d’inciter ses collaborateurs du Saint-Siège à une conversion personnelle et collective, comme à nous, les fidèles. La conversion, celle qui implique l’aveu de ses fautes et l’intention de s’amender, est une condition de la paix de l’esprit. Elle est un préalable à une véritable justice. Elle est la seule voie qui permet à l’amour de reprendre ses droits. J’espère donc en une Église qui saura retrouver la pertinence de ces simples mots qui sont ses points cardinaux: Vérité, Amour, Justice et Paix.

Mise à jour du 13 juillet 2014: Voici le texte de l’homélie prononcée par le pape François à l’occasion d’une messe et de la rencontre avec des victimes d’abus sexuels par des prêtres… Par ce geste, il invite l’Église à suivre la voie qui me paraît la seule possible.