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Faut-il empêcher la religion des autres?*

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Photo: diocèse de Montréal

Chaque année nous traversons la longue période liturgique qui va du Carême jusqu’à la fête du Sacré-Cœur, en passant par Pâques, l’Ascension, la Pentecôte et j’en passe. Par les temps qui courent, ces fêtes ne soulèvent guère d’enthousiasme et encore moins de ferveur populaire. Lors d’une procession de la Fête-Dieu, ils ne seront plus que quelques dizaines de courageux à suivre l’ostensoir.

 

Le catholicisme en tant que religion populaire et historique du « Canada français », est désormais le fait d’une minorité. Mais la foi n’est pas morte pour autant. Et la foi n’est pas limitée au christianisme.

Religions en hausse

De tout temps, les religions ont connu des hauts et des bas. Si le catholicisme semble en voie de disparition au Québec, ce n’est pas le cas en Afrique et en Asie. Sur ces deux continents, toutes les religions connaissent une hausse. Il en est ainsi pour l’Islam qui se développe également en Europe et en Amérique du Nord.

Par le fait de nos politiques d’immigration, nous assistons à une arrivée constante de nouveaux citoyens venant de pays musulmans. Ils viennent de plus en plus en familles déjà constituées, mari, femme, enfants. En tant que familles, celles-ci vont davantage reproduire leurs coutumes, traditions et pratiques religieuses et veiller à leur transmission.

Une première réaction serait de craindre ce mouvement, en croyant que les musulmans confessent une religion violente et hostile aux autres croyants. Si cette perception n’est pas toujours erronée, il serait sot de croire que tous les musulmans y souscrivent. Une réaction plus équilibrée consisterait à nous demander en quoi cette religion peut aussi contribuer à la construction d’un monde plus juste.

turkey_pope_rain__2_En réalité, les différences sont surtout liées à des considérations historiques, juridiques et langagières. Car la foi des musulmans n’est rien d’autre que la foi d’Abraham, donc des Juifs. Les deux religions confessent le Très-Haut, le Miséricordieux qui a fait le ciel et la terre et tout ce qu’elle contient. Les Juifs auront davantage développé le caractère engagé de Dieu qui ne se contente pas d’avoir créé le monde et donné ses commandements, mais qui agit dans l’histoire. Quant aux chrétiens, ils voient dans l’image du Père le même Dieu créateur et sauveur.

La foi produit des fruits suscités par l’Esprit de Dieu : la piété, l’humilité, la patience, la compassion, l’amour du prochain, le discernement, la passion pour la justice, etc. Nous trouvons de tels fruits dans toutes les grandes religions. Cela ne les met nullement sur le même pied. Les catholiques n’ont pas à relativiser leur religion comme si elle n’était qu’une parmi d’autres. Mais il serait vain de croire que les autres croyants n’accordent pas la même primauté à leur propre religion! Alors que faire?

Nous sommes à la croisée des chemins pour l’humanité. Quand elles parviennent à exprimer le meilleur d’elles-mêmes, les religions peuvent soutenir la mise en œuvre de politiques qui font progresser la société en aidant chaque personne à devenir un meilleur humain. Comme le pape François nous y invite, prenons le parti du vivre-ensemble dans la paix et la compréhension mutuelle.

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* Ce texte est le 39e article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de juillet-août 2016 du Messager de Saint-AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle. Les destinataires de cette série sont des gens bien enracinés dans l’Église catholique. 

Vers une dictature de la majorité?

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Deux reportages visionnés dimanche denier (29 mai) à Ici-Radio-Canada. L’un traite d’un référendum dans l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville, à Montréal, pour décider si un centre communautaire musulman peut devenir une mosquée. L’autre présente des chrétiens chinois persécutés pour leur foi et qui continuent, en sous-terrain, de se rassembler pour prier. Dans les deux cas, le désir de vivre leur foi ouvertement nourrit les membres de ces deux communautés. Là-bas, c’est la dictature communiste qui interdit aux chrétiens non reliés aux églises officielles de se rassembler. Ici, alors que la démocratie nous pousserait à croire qu’elle ferait de nous des êtres plus ouverts, plus inclusifs, se pourrait-il qu’elle devienne le moteur d’une persécution semblable?

Il faut savoir que la démocratie avait déjà parlé lorsque les élus de l’Arrondissement avaient autorisé que le centre communautaire puisse exercer des activités de culte. Les élus s’étaient appuyés sur les études du comité d’urbanisme. Bref, tout allait rondement et rien n’aurait dû se produire. Les musulmans qui fréquentent déjà ce centre et qui y prient régulièrement, sans poser de problème à leur voisinage, auraient simplement poursuivi leur activité de culte, mais avec une reconnaissance formelle et en toute légalité…

Mais des citoyens du quartier ne le voyaient pas ainsi. Un homme dans le reportage de Ici-Radio-Canada n’hésite pas à parler de danger. Une citoyenne engagée dans la campagne du non s’inquiète du sort réservé aux femmes dans l’Islam et milite, en tant que femme, pour ne pas laisser passer ça…

Laisser passer quoi?

Les croyantes et les croyants de toutes les religions ont besoin de lieux pour se rassembler, prier en commun et approfondir les enseignements de leur tradition religieuse. Les non-croyants ne semblent pas toujours comprendre ce besoin intrinsèque à la dynamique religieuse. Renvoyer tous les croyants à la sphère privée – entendre ici: « dans leur cuisine » – reviendrait à les priver d’un droit fondamental qui est inscrit dans les chartes internationale et nationales. Celle du Québec leur accorde ce droit, à l’article 3 :

« Toute personne est titulaire des libertés fondamentales telles la liberté de conscience, la liberté de religion, la liberté d’opinion, la liberté d’expression, la liberté de réunion pacifique et la liberté d’association. »

Empêchés d’exercer leur droit fondamental par leur propre gouvernement, les chrétiens chinois ne se laissent pas pour autant freiner dans leur besoin. Afin de pouvoir user de leur liberté, ils deviennent des illégaux. Certains subissent l’emprisonnement durant de nombreuses années pour avoir osé tenir des rassemblements privés. Et plutôt que de parvenir à réduire le nombre de croyants attachés au catholicisme, les mesures gouvernementales semblent influencer leur croissance importante partout dans ce pays (on parle de 65 à 100 millions)!

Bon voisinage et intégration

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Photo: Ici-Radio-Canada

À Chicoutimi où je vis, un homme eut l’idée bizarre d’attirer l’attention sur l’existence d’une mosquée (parfaitement en règle) en l’aspergeant d’un liquide rouge figurant du sang de porc. La mosquée existait pourtant déjà depuis des années et elle continue de réunir une bonne partie des musulmans vivant au Saguenay. Y a-t-il eu révolte de leur part à la suite de cet incident? Au contraire, ceux-ci ont minimisé le geste de l’individu de même que d’autres actions du même acabit, notamment des tracts haineux ou des affiches racistes. Nous sommes loin de l’islamisme revendicateur et bien plus encore d’une quelconque forme de terrorisme.

Il est tout à fait possible de vivre harmonieusement entre personnes de bonne volonté, que celles-ci soient attachées à une religion ou non, qu’elles la pratiquent ou non, en privé ou collectivement…

Si notre démocratie veut tendre à devenir une dictature de la majorité sur ses minorités religieuses, elle risque davantage d’attiser ce qu’elle craint au lieu de le contrôler. Car la personne engagée au plus intime de sa conviction dans sa foi religieuse la défendra contre toute attaque extérieure. C’est l’histoire de l’humanité qui nous le dit : nous comptons en millions les martyrs persécutés pour leur foi, dans toutes les grandes religions du monde.

Plutôt que la peur et l’hostilité, ne serait-il pas opportun, à Montréal comme dans les régions du Québec, d’encourager à mieux connaître les gens qui s’installent près de nous? Pourquoi ne pas prendre exemple sur ce conseiller municipal qui dit être allé rencontrer les gens du centre communautaire, avoir dialogué avec eux et en avoir été rassuré? N’est-il pas temps de  considérer les Québécois de l’immigration comme des citoyens à part entière, avec des droits semblables à ceux de tous les autres?

Le premier pas consisterait à leur garantir l’exercice de leurs droits fondamentaux, autrement notre démocratie n’aurait rien à envier à la dictature.


Ajout: La majorité a bloqué le projet de mosquée lors du référendum du 5 juin 2016.

« Vous m’avez accueilli »

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Cet article est le vingt-troisième de la série intitulée “En quête de foi” publié dans l’édition d’octobre 2014 du Messager de Saint AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle.

Le banc du quêteux

De nombreuses personnes d’un certain âge ont le souvenir d’une table familiale où il y avait un couvert de plus que le nombre de places prévues pour le repas. On raconte même que c’est souvent le père qui tenait à cette habitude. En effet, on ne savait jamais quand pouvait se présenter le « quêteux » des environs ou n’importe qui, à l’improviste. Cette tradition de charité chrétienne a duré longtemps. Pour plusieurs, c’était une façon de répondre à l’interpellation de Jésus qui invite à accueillir l’étranger. Cet étranger, anonyme ou non, se révèle être Jésus lui-même, car le Seigneur s’invite effectivement à manger chez ceux et celles qui l’entendent frapper à leur porte (cf. Apocalypse 3,20).

Menace ou richesse ?

Lorsqu’un invité surprise s’installait à table, la plupart du temps assez gêné de se retrouver là avec toute la famille, tous les regards pointaient vers lui. Ce soir-là, la conversation allait bon train. Les enfants posaient des questions ou lui faisaient raconter des anecdotes ou bien il donnait des nouvelles d’ailleurs. L’horizon familial s’élargissait grâce au regard de l’étranger sur le monde externe. Rarement a-t-on entendu des expériences qui tournaient mal. L’étranger accueilli avec sa différence savait se comporter correctement et respecter ses hôtes en exprimant sa reconnaissance. Pouvait-il être une menace pour la famille ? Possible, mais exceptionnel.

Si la tradition du repas ouvert à l’étranger s’est plutôt dissipée avec le changement de nos habitudes familiales, il n’en reste pas moins que notre société est demeurée très largement hospitalière. L’immigration par vagues successives en témoigne. Au tournant des années quatre-vingts, par exemple, des réfugiés du sud-est asiatique sont arrivés par milliers au Canada et au Québec et ont pu s’intégrer harmonieusement notamment grâce à l’accueil des communautés chrétiennes. Depuis quelques années, le Québec a choisi de privilégier les immigrants qui parlent français afin de faciliter leur intégration. De ce fait, des migrants d’Afrique et du Maghreb répondent plus massivement.

Nous nous trouvons donc, nous catholiques, avec une situation qui peut s’apparenter à celle du couvert excédentaire dans nos familles. Quelle place pouvons-nous faire à ces étrangers ? Ceux et celles qui désirent s’installer ici, y élever leurs enfants, vivre en harmonie avec les autres tout en conservant les éléments de leur culture, ne peuvent-ils pas contribuer à nous ouvrir sur le monde, élargir notre horizon, nous faire encore davantage appartenir à une humanité riche de ses différences ?

Si l’accueil de l’étranger fait bien partie des valeurs chrétiennes, ne sommes-nous pas invités à l’adapter à notre nouvelle réalité ? Ne devons-nous pas transformer cette tradition en la faisant passer de la table ouverte au « quêteux » à celle qui s’ouvre, par exemple, à cette famille nouvellement établie à proximité et qui n’a pas encore eu la chance de nous connaître ? En posant un geste inclusif à l’endroit d’une personne d’origine étrangère, nous répondons à l’appel de Jésus qui en fait même un « critère » de choix pour faire partie des « bénis de son Père » : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. » (Matthieu 25, 38)

La religion et les valeurs

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Cet article est le vingtième de la série intitulée “En quête de foi” publié dans l’édition de juin 2014 du Messager de Saint AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle.

Jésus

Pardonner…

Au lendemain des élections provinciales du 7 avril 2014, un chroniqueur du Huffington Post Québec regrettait que le vieux fond catholique des Québécois les ait entraînés à pardonner au parti vainqueur son passé de corruption. Il citait même un passage de Matthieu 18 où Jésus demande à ses disciples de pardonner jusqu’à 70 fois sept fois. Mais l’auteur n’était pas d’accord, loin de là, avec ce pardon accordé trop facilement, selon lui, à ceux et celles qui sont dans la mire des enquêteurs.

Valeurs québécoises?

Le parti au pouvoir avait lancé cette campagne en tentant de fédérer les électeurs et électrices autour de certaines valeurs qu’il aurait voulu mettre au-dessus de bien d’autres : la laïcité de l’État, la neutralité de ses représentants et l’égalité entre les hommes et les femmes. Pour bien des gens, ces valeurs font effectivement partie des éléments de notre culture générale, mais elles n’en forment pas toute la substance. Dans sa déveine, le gouvernement sortant avait peut-être oublié que le pardon est encore bien enraciné au sein de sa population!

L’héritage catholique des Québécois est en réalité bien plus riche que ces quelques valeurs identifiées dans l’ex-projet de charte. Il faut ajouter d’autres valeurs tout aussi fondamentales, comme la liberté individuelle, notamment de conscience et de religion, l’hospitalité, l’inclusion, la justice sociale, le partage, la dignité de chaque personne, la tempérance, la bonne entente, l’entraide et la générosité de soi allant même, oui, jusqu’au… pardon! Lorsque nous sondons le vieux fond catholique des gens qui nous entourent, c’est vers l’ensemble de ces valeurs que nous les voyons tendre, même si, concrètement, nous ne les avons pas si souvent incarnées collectivement.

Mieux vivre ensemble

Sans en parler comme des valeurs, les catholiques ont aussi à leur compte quelques attitudes plus éloignées de l’Évangile. Si nous avons su accueillir assez favorablement de nombreux immigrants d’Italie, de Pologne, d’Irlande, de la Grèce et du Liban, c’est peut-être parce qu’ils partageaient la même religion que nous. Mais notre histoire témoigne aussi de grandes difficultés à côtoyer ceux qui, comme les Juifs ou les chrétiens protestants, étaient parfois pointés du doigt, même par le clergé, comme des gens qu’il ne fallait pas fréquenter.

Nous avec les musulmans

Photo : Journal de Montréal

Depuis cette époque, de nouvelles vagues d’immigration ont déferlé. Des asiatiques sont venus s’installer, surtout en métropole. Et puis, plus récemment, des maghrébins parlant français, mais confessant en majorité la foi musulmane, ont commencé à arriver en débordant vers les régions. Il est possible, alors, que notre « vieux fond anti-religion-des-autres » ait été réveillé par le projet d’une charte « des valeurs québécoises » et que le « nous » évoqué par les uns et les autres a pu s’exprimer de façon moins inclusive de la diversité religieuse visible.

Plutôt que de rabâcher sur les valeurs communes d’antan qui récapituleraient notre identité, n’est-il pas temps de nous consacrer à faire advenir les conditions véritables du vivre ensemble auquel nous sommes appelés? L’espérance a toujours fait partie de nos attributs comme peuple. C’est cette « valeur » qui devrait nous amener à nous lancer dans l’avenir, catholiques avec les autres, en devenant un peuple qui plaît à notre Dieu.

La haine n’aura pas le dernier mot

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Ce soir j’ai honte. Depuis que les religions qu’il faudrait mettre à leur place constitue le sujet dont tout le monde parle au Québec, il ne se passe plus un jour sans qu’on entende ou qu’on nous présente des images de personnes liées à l’Islam se faire haranguer par des gens dits de souche. C’est comme si le projet de charte et la consultation menée par le Gouvernement avaient donné à une portion de la population la licence pour laisser s’exprimer la haine, le racisme et la forme du nationalisme le plus détestable qui soit, c’est-à-dire celui d’un peuple qui se ferme sur lui-même.

Des attitudes et des gestes d’intolérance

Comme la plupart d’entre vous, j’ai reçu des messages courriels mensongers à caractère haineux. J’ai vu sur mon mur Facebook des images comportant elles aussi des incitations à l’intolérance. Chaque fois que j’ai pu, j’ai tenté d’apporter de la nuance, parfois des correctifs. Mes amis ne sons pas des gens haineux, mais plusieurs font circuler de tels messages sans trop réfléchir. Lorsqu’ils sont mis devant une autre manière de regarder ce qui est en jeu, ils s’amendent souvent d’avoir contribué à diffuser l’intolérance.

Aujourd’hui, en préparant une activité visant justement le rapprochement entre les communautés musulmanes et catholiques de ma région, j’ai entendu des témoignages qui m’ont jeté à terre. Une enseignante d’une école primaire n’hésiterait pas à dire à des enfants issus de parents maghrébins qu’ils sont malpropres. Du coup, les élèves se mettent à les rejeter et à se payer leur tête. Pourtant, l’amie des parents concernés nous assure que ces enfants sont toujours bien mis et que l’hygiène ne fait pas défaut. Cette même amie nous dit ensuite qu’elle ne pourra plus vivre dans la région, considérant que ses enfants pourraient subir de l’intimidation raciste. Elle partira pour l’Ontario dès qu’elle le pourra. Au centre commercial de Chicoutimi, un homme, dans la trentaine, est passé tout près d’elle en lui disant: « sale race »! Une autre femme prend le relais et ajoute sa propre expérience toute récente: devant la Mosquée de Chicoutimi, un automobiliste a ralenti, ouvert sa fenêtre et imité le son du cochon pour ensuite filer à toute allure. Ces femmes sont toutes musulmanes. Elles portent le voile pour la plupart. Après le geste qu’on croyait être isolé contre la Mosquée, voilà que si l’on se met à les écouter, ces femmes racontent ce dont elles sont victimes. En tant qu’adultes, elles en ont l’habitude, mais lorsque leurs enfants sont des cibles potentielles, cela devient insupportable.

L’imam est établi dans notre région depuis 28 ans. Il est marié à une Saguenéenne et ont deux enfants. Il dit tout bonnement, « Je suis venu ici à Chicoutimi et je n’ai jamais eu aucune raison de partir. » Le président de l’Association islamique enchaîne:

Je suis ici depuis 35 ans. J’ai été marié pendant plus de 25 ans avec une femme d’ici. Nous avons eu deux enfants qui sont aujourd’hui des spécialistes dans leur profession. Nous n’avions jamais connu de problèmes comme ceux qui surgissent maintenant.

Aucun signe d’un Islam politique ici, mais malgré tout la peur et l’hostilité sont bien présentes. Mes collègues et moi, de « bons catholiques » d’ici, nous étions sous le choc et un seul mot nous envahissait : la honte.

Des torts irréparables

Je ne dis pas que le projet de charte du Gouvernement du Québec est responsable de tout cela. Mais il est clair qu’ici comme à Québec ou à Montréal, nous constatons une augmentation importante de ces gestes hostiles. En racontant toutes ces choses à une personne de ma famille qui n’a probablement jamais rencontré de musulmans de toute sa vie à Saguenay, celle-ci a eu cette réaction: « La charte, moi je suis pour. On se fait envahir, faut que ça cesse. » J’ai tenté quelques arguments, mais je n’avais pas le coeur à débattre, j’avais la nausée.

Il faut reconnaître collectivement que nous avons pris un mauvais détour. Au lendemain de la loi promulguant la Charte, croyons-nous vraiment que nous vivrons enfin en paix, après avoir remis tous ces étrangers à leur place? Rien n’est moins sûr.

Nous avons désiré ces immigrants parlant notre langue. Nous les avons séduits par des promesses que nous ne tenons pas, surtout au plan de l’emploi et de la reconnaissance de leurs qualifications. Nous leur avons dit que nous étions une société libre, l’une des plus accueillantes du monde. Et là, bang! Le message que nous leur envoyons est clair: « Nous vous accepterons pleinement seulement si vous cessez d’être différents, ou à tout le moins lorsque vous cesserez de montrer visiblement vos différences. »

Tout le chemin parcouru depuis 40 ans relativement à notre approche de l’intégration est actuellement mis au défi de sa vérité. Si les cultures qui s’intègrent à notre société d’accueil sont réellement considérées comme des richesses, pourquoi faudrait-il se priver de ce qui en constitue le coeur? La croyance religieuse est, pour celles et ceux qui en font le centre de leur vie, ce qui leur permet d’exprimer de la meilleure manière qui soit les valeurs fondamentales inscrites dans notre humanité. Les femmes et les hommes de foi ont construit des civilisations, élaboré des systèmes sociaux, des modèles de gouvernance qui ont marqué et qui demeurent bien ancrés dans nos coutumes, je dirais dans notre génétique socio-politique et culturelle! Rien n’a jamais été parfait, bien sûr, les personnes croyantes sont des humains « normaux » ! Mais leur demander de ne plus exprimer ce qui est soudé définitivement à leur identité revient à leur dire de taire ce qu’ils sont, tout simplement.

J’ai honte de ce que nous sommes en train de montrer de nous-mêmes. Nous, Québécois et Québécoises, sommes capables du meilleur et du pire. Je ne crois pas que ce qui ressort du contexte actuel soit le meilleur. Bien au contraire, ce n’est pas très « montrable ». J’ai toujours hésité à utiliser l’expression d’islamophobie. Je déteste l’impression de victimisation que génèrent tous ces mots finissant par « phobie ». Mais je dois me faire à l’idée, il n’y a pas d’autre mot pour décrire ce que nous sommes à même de constater.

Éduquer, encore et encore, à l’ouverture

Notre rencontre d’aujourd’hui visait justement à organiser un événement qui permettra à la population de chez nous d’entendre des témoignages comme ceux que j’ai cités, mais plus encore pour apprendre à mieux connaître les femmes musulmanes qui vivent ici et qui sont l’objet de paroles et de gestes disgracieux. Si j’ai eu le goût de tout abandonner, considérant le gâchis qui incombe en bonne partie à l’approche rigide de notre gouvernement, je me suis vite ravisé parce que je suis désormais lié à mes nouveaux amis musulmans. Il nous faut donc oeuvrer ensemble à construire une société où les gens cessent d’avoir peur de l’autre ou de subir l’hostilité des autres, en nous donnant de plus en plus d’occasions de nous rapprocher et d’apprendre à nous apprécier… Non, vraiment, nous ne devons pas laisser la haine nous dominer.

Pour une laïcité bien de chez nous (1)

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Au Québec — c’est déjà le cas dans la région de Montréal — nous devenons graduellement et irrémédiablement une société pluri-culturelle. Même si le Québec n’a jamais été parfaitement homogène, comme on a tendance à le croire en se remémorant le temps de la grandeur de l’Église catholique, la diversité qui s’installe résolument avec l’immigration devient de plus en plus visible. Le Québec prend désormais le visage de la diversité culturelle et religieuse, à l’instar de la plupart des États occidentaux.

Livre de J. Grand'maisonCette arrivée de communautés ethniques d’horizons religieux et culturels variés a suscité son lot de questionnements et de réactions. La Commission Taylor-Bouchard sur les accommodements raisonnables a permis d’en refléter une large part. Des penseurs ont pris le relais pour apporter leur contribution au débat. Par exemple, Jacques Grand’maison, à 80 ans, prêtre catholique, théologien, sociologue et militant de toujours pour la justice, a publié l’an dernier Société laïque et christianisme dans lequel il réaffirme son appartenance profonde à l’humanité dans ce qu’elle a de plus universelle, mais également à la foi chrétienne comme véhicule remarquable d’humanisation . Dans une entrevue, il déclare que « c’est dans les pays de souche chrétienne que la laïcité est née et s’est développée; il y a donc une certaine accointance ». Et il ajoute: « On rappelle aussi aux esprits laïques qu’ils doivent beaucoup au christianisme, dont les valeurs ont été laïcisées. »

De son côté, Guy Durand, théologien et juriste, spécialisé en éthique, a publié récemment La Culture religieuse n’est pas la foi. Identité du Québec et laïcité. L’auteur démontre que les origines chrétiennes du Québec sont vitales pour la reconnaissance de son identité propre et pour son avenir. Plus fort encore, il écrit que « Les valeurs chrétiennes sont nécessaires à la vie. » Sans aller aussi loin, le sociologue et blogueur Mathieu Bock-Côté ne veut rien de moins que

réconcilier les grandes sources de notre identité. Réconcilier le Québec moderne, et notamment son indispensable laïcité, avec le Québec de nos ancêtres, qui allait à l’Église. Catholiques ? Nous l’étions, nous le sommes moins. Laïcs ? Nous le sommes, mais nous ne sommes pas que cela. (Source)

Livre de Guy Durand

Plusieurs souhaiteraient que notre laïcité soit désormais à l’abri de toute influence religieuse, reléguée exclusivement dans la sphère du privé, et que l’État se réduise à une neutralité complète envers toute religion en ne permettant à aucune d’elle de se manifester dans l’espace public. Or, le christianisme dont le Québec fut largement tributaire, a pour fondement la vie et la mort violente d’un prophète galiléen qui a notamment exercé une vraie critique anti-religieuse. Jésus a en quelque sorte invité à désacraliser les institutions religieuses par sa critique à l’endroit des chefs religieux de son époque, critique qui a été maintes fois reprise dans l’histoire par des « saints » contre les similarités de ce type de pouvoir religieux que l’Église catholique a tendance à reproduire. Au XXe siècle, les « révisions de vie » à partir de la Bible ont inspiré de nombreux chrétiens engagés dans l’Action catholique, tout en demeurant enracinés dans leur foi, à contribuer positivement à la sécularisation de la société québécoise et à l’inscription des valeurs chrétiennes dans l’identité historique des Québécois.

Il est vrai également qu’on trouve des croyants qui résistent et qui ne peuvent admettre de voir s’effriter la mainmise de leur Église sans craindre que soient détournées ou affadies les valeurs dont elle se faisait la grande promotrice. Les valeurs sans le véhicule qui les a engendrées deviendraient vaines. La société se laisserait alors entraîner invariablement dans la déchéance et le mal. À l’intention de ces religieux-intégristes, un certain Guy Paiement, jésuite très engagé, disait ceci peu de temps avant de décéder :

Nous ne sommes plus dans un monde régi par la religion. Nous sommes dans la longue marche de l’humanité qui cherche à aller au bout d’elle-même. L’essentiel n’est plus, pour l’Église, de sauver un imaginaire religieux. Il est d’apprendre à lire les signes que nous fait le Souffle de Jésus-Christ dans notre histoire et de chercher comment y répondre. (Source)

Une laïcité qui nous ressemble

Est-ce la peur, comme le pense Renart Léveillé, qui fait que les croyants défendent leur attachement à la mention d’origine des valeurs fondamentales de la société québécoise ? Possible, pour certains. Pour d’autres, c’est une question de ne pas séparer notre identité comme peuple, de ce qui en a été l’origine et l’essence. Pour que ces valeurs ne disparaissent pas au profit d’autres qui vont parfois jusqu’à sacraliser l’individu et l’économie, il faut préserver le domaine du spirituel, car c’est de cet espace « sacré » en nous que nous viennent les valeurs les plus fondamentales comme l’amour, la compassion, la solidarité, l’égalité, l’espérance envers et contre tout. Et généralement, au travers de ses misères, le christianisme parvient encore à convier ses adhérents à se mettre en marche dans la quête de sens et la recherche spirituelle.

Pour que la laïcité « à la québécoise » nous ressemble, elle doit, d’une certaine manière, se réconcilier avec son passé, faire le ménage dans ce que l’Église catholique a véhiculé de douloureux et d’asservissant pour en retenir ce qui a été lumineux et qui fait encore la fierté du peuple que nous sommes : ce tissu de solidarité sociale qui nous rend si différents du reste du continent, cette hospitalité qui nous honore, cette vision du corps qui ne permet pas d’en faire un objet qu’un autre peut s’approprier, cette égalité fondamentale entre humains, cette reconnaissance des droits des individus et des minorités, etc.

Pour que le Québec développe sa laïcité, il devrait donc faire comme tout être humain: reconnaître que tout n’était pas parfait de la part de ses parents, mais que l’amour était là le plus souvent, malgré tout, et que ce que nous sommes aujourd’hui, nous leur devons en grande partie. Il y a une forme de parentalité entre l’Église dans son rapport à la société d’antan et les valeurs qui nous restent aujourd’hui. Le reconnaître, comme la personne reconnaît le donné biologique et familial, est déjà un pas vers la maturité et l’autonomie.

Une laïcité qui nous rassemble

La laïcité « pure » comme en rêvent plus d’un, qui ne ferait plus de place au religieux, qu’il soit catholique ou autre, ne peut pas être une solution pour le Québec. Je me permets de citer encore J. Grand’maison:

La laïcité a ses limites. Il y a des ancrages historiques, des visions du monde qui débordent de la simple citoyenneté. La laïcité a besoin d’une éthique à elle. Ce n’est pas tout de critiquer la morale d’hier, il faut qu’elle se donne une profondeur spirituelle. À la fin de ma vie, ce qui me turlupine, c’est que j’ai connu la confessionnalité mur à mur. Est-ce que je vais connaître la même chose avec la laïcité? Il m’arrive de penser qu’il y a des éléments dans le discours laïque qui me rappellent ce qu’il y a de plus détestable dans mon héritage religieux. […] «Si tu n’acceptes pas que les groupes religieux interviennent dans le débat social, tu paves le chemin de l’intégrisme. Et le discours laïciste devient abstrait.» (Source)

Quand il ne serait plus qu’abstraction, le discours laïciste perdrait de sa pertinence. Quand il exclurait toute prise de parole de groupes religieux, il s’exposerait irrémédiablement aux revendications et tout ce qu’elles génèrent d’instabilité et de tensions. À l’occasion d’un discours adressé aux Brésiliens, mais qui s’applique totalement ici, Benoît XVI va dans le même sens.

Une « saine laïcité » ne doit pas considérer la religion comme un simple sentiment individuel à reléguer dans la sphère privée, mais comme une réalité à laquelle reconnaître une dimension communautaire et publique. (Source)

La laïcité que nous allons construire pour le Québec pourrait devenir exemplaire, en reconnaissant notamment la part de religieux qui se perpétue comme une quête intérieure en chacun des êtres humains. Cette quête, loin de se limiter à des manifestations extérieures ou de surface, comme peut parfois le donner à penser le programme Éthique et Culture religieuse (ECR) offert à tous nos élèves du primaire et du secondaire, conduit l’humain à se dépasser lui-même et à atteindre une stature qui le rend fécond et solidaire des autres et de l’univers tout entier.

Notre laïcité devrait donc se réjouir du fait religieux plutôt que de simplement le tolérer en l’accommodant minimalement. Elle devrait créer des espaces de parole pour les groupes religieux sur les débats de société, cadrant ainsi ces prises de paroles publiques en leur prêtant voix au sein même de l’espace démocratique. Les religions, lorsqu’elles n’ont pas à revendiquer leur place ou à se défendre contre des groupes hostiles, ont toujours contribué à la cohésion sociale là où elles sont implantées. Leur participation ne serait-elle pas une façon positive de les rendre partenaires de notre projet « laïque » de société?

Notre laïcité peut-elle être source de ralliement collectif au lieu de nous diviser davantage ? Ce billet est le premier d’une série que je désire publier. Je tenterai d’approfondir mon souhait d’une laïcité unificatrice en apportant quelques exemples et d’autres réflexions. Vous êtes invités à revenir de temps en temps et à entrer en dialogue avec moi sur ces questions vitales pour notre avenir.

Voici les quatre autres billets sur le même thème:

Pour une laïcité bien de chez nous (2)

Pour une laïcité bien de chez nous (3)

Pour une laïcité bien de chez nous (4)

Pour une laïcité bien de chez nous (5)

La blague d’Hérouxville

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Des musulmanes à HérouxvilleLe documentaire fraîchement diffusé de Stefan Nitoslawski montre un André Drouin, auteur du « Code de vie d’Hérouxville », révélant la supercherie de sa démarche. André Drouin aurait écrit ce texte provocateur avec une conscience parfaite de l’absurdité de ses règles pour un petit village de la Mauricie où l’immigration est loin de faire l’actualité dans la vie quotidienne. Blague ou non, avec le recul, cette initiative d’une petite localité en région aura accéléré la plongée de toute la société québécoise dans le débat sur les accommodements raisonnables. Cette nouvelle, en effet, démontrait qu’il existe bel et bien des peurs et une forme de rejet d’une immigration qui ne comporte aucun processus d’intégration au sein de la culture majoritaire.

L’étranger n’est pas seulement l’immigrant

La grande majorité des Québécois pense que notre culture est faite d’ouverture et de tolérance — et c’est vrai –, mais quand on gratte un peu…

Comme tant d’autres familles vivant en région, mes parents sont un exemple d’accueil et d’hospitalité. Notre foyer a toujours été un lieu ouvert à tous. Mes parents avaient l’invitation facile et insistante. Ils ramenaient très souvent des gens de tous horizons. Il y avait la joie des rencontres, l’intérêt mutuel porté par les uns et les autres, et ça se terminait tard dans la nuit. Nous, les enfants, étions souvent témoins de ces fêtes tardives.

Enfant, j’avais le sentiment que mes parents étaient des gens ouverts et sans préjugés. Mais je me rappelle aussi avoir entendu, les lendemains de fêtes, des commentaires pas toujours flatteurs sur les différences de ces gens qui étaient venus. Plus tard, l’introduction de nos amis et surtout de nos conjointes fut un test pour l’ouverture. Je pense que celles-ci ont eu du mal car leur différence fut souvent un facteur de tension. Heureusement, le temps fait bien les choses et la compréhension, ensuite l’amour, emportent le tout. Les belles-soeurs et beaux-frères font désormais partie intégrante de la famille avec leurs différences. Mais nous parlons de différences au sein de la même culture.

Imaginons alors à quel point ces différences peuvent choquer lorsqu’elles proviennent de cultures africaines, asiatiques, arabes, etc. Au Québec, il est vrai que nous aimons bien les étrangers et les voir « nous choisir » ! Nous sommes rapidement familiers, notre simplicité séduit. Mais il faut aussi reconnaître que nous aimons déblatérer contre les voisins africains qui laissent exhaler des odeurs désagréables dans le hall du bloc-appartement; affirmer « s’ils veulent vivre ici comme chez eux, ils n’ont qu’à y retourner! » Ou, plus dur encore: « ces gens sont des batteurs de femmes et des extrémistes religieux, ils ne peuvent que semer le trouble dans notre société paisible ».

La xénophobie est rarement de surface. Elle est profonde. Tant que la rencontre ne risque pas de me faire déplacer de mes valeurs, de mes convictions, elle n’est pas dérangeante. Comme mes parents, on peut accueillir « des tonnes » d’étrangers avec plaisir, tant qu’ils s’intéressent à nous, à notre manière de vivre et qu’ils nous confirment dans le meilleur de nous-mêmes. Mais si leur installation permanente vient à modifier les paramètres de nos habitudes quotidiennes, c’est différent.

Je suis l’ami de quelques personnes d’origines étrangères et parmi elles des Arabes, musulmans ou chrétiens. Autant les uns que les autres, j’ai apprécié les connaître et découvrir leurs valeurs. Je ne deviendrais pas comme eux, car ma culture fait trop partie de mon identité, mais je suis intéressé par le sens qu’ils donnent à la vie, leur sens de la famille, leur foi qui les pousse à l’acceptation sereine de la réalité. Je trouve que leur amitié est une véritable richesse.

Demeurer nous-mêmes pour mieux nous ouvrir

Je crois fermement que nous devons conserver et même entretenir notre ouverture et l’enrichir par des relations authentiques, dans la durée, avec l’étranger quel qu’il soit. Par contre, il est vrai que nous ressentons aussi la peur d’être envahis, de n’être plus respectés pour ce que nous sommes, avec nos valeurs, notre religion. Devant une telle inquiétude, il faut résolument nommer le patrimoine de valeurs qui constitue notre identité collective tout en étant conscients que celle-ci n’est pas fixée pour toujours, au contraire.

Ce n’est pas aux tribunaux de trancher sur ces questions, comme ils devront malheureusement le faire dans le cas de la prière au conseil municipal de Saguenay. Il s’agit du devoir des élus, surtout les députés à l’Assemblée nationale, oui, ceux-là qui n’ont toujours pas pris leurs responsabilités après le rapport de la Commission Taylor-Bouchard.

Accueillir l’autre avec sa différence, se laisser toucher et même déplacer de soi, voilà une belle invitation pour sa propre croissance, en tant qu’individu, bien sûr, mais aussi en tant que nation. Pour que ça fonctionne, il faut avoir la liberté de le choisir. En laissant tout faire, en ne prenant pas d’orientations claires, nous risquons tout simplement de laisser se briser le tissu social et activer les clivages culturels. Si le retour d’André Drouin dans les médias suscite la conscience et la nécessité de nous redresser pour mieux nous tenir debout et nous affirmer dans le respect des autres et de ce que nous sommes, la blague d’Hérouxville pourrait y avoir contribué positivement.