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À toi, le faux croyant qui tue l’humanité

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fusillade-historique-a-orlando-les-stars-rendent-hommage-aux-victimes_portrait_w674Toi, oui toi, peu importe où tu es à présent que les balles t’ont enlevé la vie, je dois te parler et tu dois m’entendre, car ce que j’ai à te dire aurait pu changer le sens de ta vie si tu avais ouvert ton esprit au temps opportun. Tu viens de sacrifier ta vie en croyant faussement que tu plairais ainsi à Dieu. Tu as cru un instant que cette action te vaudrait la reconnaissance éternelle d’un dieu sanguinaire. Or je te le déclare, celui par qui tu as tué ces vies innocentes n’a rien à voir avec le vrai Dieu que confessent tes sœurs et tes frères croyants, qu’ils soient juifs, chrétiens ou musulmans*.

Car le Dieu de tes frères, il est le même et unique pour tous : il est l’Amour qui crée le monde; Il est la Vie qui s’insuffle dans les êtres vivants; il est la Vérité qui a inscrit une Loi éternelle au plus intime de chaque âme; il est la Justice qui n’accorde qu’à lui-même le droit de juger; il est la Paix qui sème dans le cœur humain un désir incessant de l’accomplir; il est l’Espérance qui donne à chacun, à chacune, la force de bâtir un monde où toutes ces vertus puissent s’épanouir. Et il est, par-dessus tout, celui qui donne la Foi à qui la demande, pour que le chantier de l’humanisation se réalise selon le plan du Grand Architecte plutôt que par les efforts limités et égocentriques des humains.

Est-ce ce Dieu qui t’a poussé à tuer? Le crois-tu encore, maintenant que tu te retrouves devant lui? Ne vois-tu pas qu’en te pardonnant ton geste insensé, il te prouve que ce que tu as fait ne peut être que l’œuvre de l’Adversaire, celui qui sème le mal, la division, la haine, la violence et la mort? Ne découvres-tu pas que c’est plutôt ce faux dieu que tu as suivi, celui qui résiste au vrai Dieu, l’Unique?

Dieu ne peut justifier la mort d’un homme de la main d’un autre homme. Dieu ne se laisse jamais porter en étendard d’une nation contre une autre, d’une couleur de peau contre une autre, d’une religion contre une autre, d’une manière de concevoir la sexualité contre une autre.

Trop tard, te dis-tu? Non, parce que ce Dieu est le vrai miséricordieux, celui qui sait encore voir dans le fou, le meurtrier, le désaxé, le radicalisé, une ombre d’humanité que seule sa Lumière peut encore purifier.

Maintenant, tu vois et tu es rempli de remords. Tu voudrais réparer, mais pour toi c’est impossible. Il ne te reste que la miséricorde infinie de ce Dieu véritable. Et il n’y a aucun doute qu’il te l’accordera sur un simple repentir.

Ce Dieu, le seul qui soit vrai, est pour moi un scandale. Aujourd’hui, j’ai envie de le détester parce qu’il te pardonne. Je lui hurle ma colère parce qu’il t’a laissé poser ton geste insensé. Je lui crie à quel point nous ne valons rien, nous ne sommes rien, nous n’avons rien qui soit issu de notre humanité pour le convaincre de nous venir en aide et encore moins pour nous garder. Car aujourd’hui, à travers toi et tous les autres guerriers du mal, nous n’avons pu que lui prouver une fois de plus que nous ne méritons rien de sa confiance, ni de son amour, ni de sa patience. Aujourd’hui, j’accueillerais un nouveau déluge comme une bénédiction, car rien de moi ne veut survivre à ton acte meurtrier puisque je suis ton frère.


* Le Coran compte quelque 6300 versets au total, dont 300 contiennent des mots tels que « combattre » ou « tuer ». Cinq versets, en tout, sont une injonction à tuer. La question est de savoir comment lire le texte. Dans certains passages du livre du Deutéronome, Dieu invite à tuer. Pour la majorité des juifs et des chrétiens, il est clair que ces injonctions se réfèrent à une situation historique et ne sont pas valables au pied de la lettre. Il en est de même pour la majorité des musulmans vis-à-vis du Coran. […] (Source: « Dans le Coran, sur 6300 versets, cinq contiennent un appel à tuer ».

Choisir l’humain, pas l’instinct!

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Photo: Le Progrès-Dimanche

J’ai été étonné de découvrir, dans l’édition du 6 mars du journal Le Progrès-Dimanche, un reportage sur le groupe qui se nomme La Meute. Ce regroupement se donne pour objectifs de « s’opposer à l’immigration massive d’islamistes radicaux et d’être « contre la charia et le projet de loi 59 ». Bien qu’il soit relativement commun d’attirer des adeptes d’une page ou d’un groupe sur un réseau social, le nombre de 25 000 abonnés, dont « environ 300 » originaires de ma région du Saguenay-Lac-St-Jean, a paru suffisamment important pour que l’hebdomadaire régional lui accorde la une et deux pages complètes, malgré l’anonymat de la source qui s’est justifié de vouloir protéger ses enfants.

Quelles motivations?

Il me semble pouvoir identifier deux éléments qui sont à même de nourrir « le loup » qui sommeille en nous et qui pourraient inciter certains d’entre nous à s’affilier à un tel groupe : la peur et le repli.

Les réseaux sociaux nous relaient quotidiennement des situations qui mettent au premier plan des coutumes de certaines régions du monde qui paraissent incompatibles avec notre mode de vie et qui suscitent parfois notre indignation. Les médias de masse s’intéressent hautement aux groupes religieux associés à des franges islamistes aux ambitions guerrières. Toutes ces informations alimentent la peur que de telles pratiques puissent un jour s’imposer à notre culture et que les violences de ces intégristes finissent par nous atteindre. La confusion entretenue permet difficilement de faire la part des choses dans notre esprit entre un musulman qui s’installe ici pour y vivre, travailler, élever sa famille et prier, dans le respect des lois, et l’infime minorité des islamistes qui ont pris le chemin de la force pour imposer une vision tout-à-fait contestable de leur religion par les musulmans eux-mêmes.

Le second élément est conséquent à la peur. De fait, celle-ci peut conduire à une forme de repli identitaire vers un « nous » qui nous semblerait tout-à-coup rassembleur parce qu’il véhiculerait des valeurs supérieures à celles des populations arabo-musulmanes. Un tel groupe nous rallierait, défendrait nos valeurs et nous apporterait un sentiment de sécurité, le tout en nous imposant, en retour, une fermeture à l’autre, cet autre lui-même étranger à ces mouvements violents et dont nous nous priverions pour continuer de croître.

Le mythe de l’invasion

En effet, que l’on approuve ou non les politiques d’immigration ou d’accueil des réfugiés de nos gouvernements, la peur d’une invasion que la Meute qualifie même de « massive » par un courant islamique radical ne trouve aucun fondement. Même les 25 000 réfugiés accueillis récemment dans l’ensemble du Canada représentent moins de 0,7% de la population. On ne peut aucunement parler d’une invasion, et encore moins « au sein de nos gouvernements fédéral et provincial » ! Au contraire, les études démontrent que, partout au Québec, l’intégration des familles arabo-musulmanes est généralement harmonieuse et qu’elles comptent parmi celles qui font le moins de vagues.

De plus, pour assurer notre propre survie démographique, maintenir notre niveau de vie y compris nos retraites, et même améliorer notre situation économique, il est clair que nous devons augmenter l’immigration plutôt que de la limiter.

Une hostilité à peine voilée

Des groupes comme La Meute, même s’ils se présentent comme respectueux des lois et de la démocratie, choisissent des symboles qui, au contraire, témoignent du besoin de se montrer forts en se regroupant autour de symboles hostiles. Pour nous faire une idée assez juste de l’effet que cela peut produire, imaginons un instant faire partie d’un petit groupe d’étrangers se retrouvant au milieu d’une meute de « locaux » inhospitaliers…

Il importe de bien comprendre le phénomène des migrations. Selon des sources compétentes, on estime que la moitié des déplacements forcés se termine en tragédies. Des centaines d’enfants sont morts dans les derniers mois en suivant leurs parents désespérés qui risquent tout dans l’ultime espoir de trouver une terre accueillante. On ne quitte pas tout ce qui fait partie de son histoire, son pays, sa culture, ses biens sans que l’on soit poussé par un élan vital de dernier recours.

Nous pourrions croire que nous sommes nés « du bon bord » et que nous sommes en droit de garantir nos privilèges, nos traditions, notre culture aux dépens de notre devoir d’hospitalité. Jusqu’à présent, l’hospitalité comptait parmi les plus belles valeurs de notre société! Ne devrions-nous pas la protéger aussi? Invitons-nous mutuellement à déployer notre empathie : si un jour nous étions à la place d’un réfugié ou d’un migrant, empêchés de vivre notre vie normale, incapable d’assurer la subsistance de notre famille, courbés sous la répression de plus en plus vive ou vivant sous la menace de bombardements quotidiens, ne serions-nous pas, nous aussi, remplis de gratitude envers un peuple qui ouvrirait ses frontières et nous offrirait son hospitalité?

Choisir l’humain, pas l’instinct

Il n’existe pas deux classes d’êtres humains : nous le sommes tous, ou pas du tout. Notre humanité se mesure à notre capacité d’ouverture à l’autre, au bonheur de partager nos joies et nos richesses. L’hospitalité est la dimension de l’être humain qui témoigne le mieux de la profondeur de son humanité. Sommes-nous capables de faire mieux que de nous regrouper en meutes hostiles pour assouvir un instinct de protection que rien, ici et maintenant, ne justifie?

« Vous m’avez accueilli »

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Cet article est le vingt-troisième de la série intitulée “En quête de foi” publié dans l’édition d’octobre 2014 du Messager de Saint AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle.

Le banc du quêteux

De nombreuses personnes d’un certain âge ont le souvenir d’une table familiale où il y avait un couvert de plus que le nombre de places prévues pour le repas. On raconte même que c’est souvent le père qui tenait à cette habitude. En effet, on ne savait jamais quand pouvait se présenter le « quêteux » des environs ou n’importe qui, à l’improviste. Cette tradition de charité chrétienne a duré longtemps. Pour plusieurs, c’était une façon de répondre à l’interpellation de Jésus qui invite à accueillir l’étranger. Cet étranger, anonyme ou non, se révèle être Jésus lui-même, car le Seigneur s’invite effectivement à manger chez ceux et celles qui l’entendent frapper à leur porte (cf. Apocalypse 3,20).

Menace ou richesse ?

Lorsqu’un invité surprise s’installait à table, la plupart du temps assez gêné de se retrouver là avec toute la famille, tous les regards pointaient vers lui. Ce soir-là, la conversation allait bon train. Les enfants posaient des questions ou lui faisaient raconter des anecdotes ou bien il donnait des nouvelles d’ailleurs. L’horizon familial s’élargissait grâce au regard de l’étranger sur le monde externe. Rarement a-t-on entendu des expériences qui tournaient mal. L’étranger accueilli avec sa différence savait se comporter correctement et respecter ses hôtes en exprimant sa reconnaissance. Pouvait-il être une menace pour la famille ? Possible, mais exceptionnel.

Si la tradition du repas ouvert à l’étranger s’est plutôt dissipée avec le changement de nos habitudes familiales, il n’en reste pas moins que notre société est demeurée très largement hospitalière. L’immigration par vagues successives en témoigne. Au tournant des années quatre-vingts, par exemple, des réfugiés du sud-est asiatique sont arrivés par milliers au Canada et au Québec et ont pu s’intégrer harmonieusement notamment grâce à l’accueil des communautés chrétiennes. Depuis quelques années, le Québec a choisi de privilégier les immigrants qui parlent français afin de faciliter leur intégration. De ce fait, des migrants d’Afrique et du Maghreb répondent plus massivement.

Nous nous trouvons donc, nous catholiques, avec une situation qui peut s’apparenter à celle du couvert excédentaire dans nos familles. Quelle place pouvons-nous faire à ces étrangers ? Ceux et celles qui désirent s’installer ici, y élever leurs enfants, vivre en harmonie avec les autres tout en conservant les éléments de leur culture, ne peuvent-ils pas contribuer à nous ouvrir sur le monde, élargir notre horizon, nous faire encore davantage appartenir à une humanité riche de ses différences ?

Si l’accueil de l’étranger fait bien partie des valeurs chrétiennes, ne sommes-nous pas invités à l’adapter à notre nouvelle réalité ? Ne devons-nous pas transformer cette tradition en la faisant passer de la table ouverte au « quêteux » à celle qui s’ouvre, par exemple, à cette famille nouvellement établie à proximité et qui n’a pas encore eu la chance de nous connaître ? En posant un geste inclusif à l’endroit d’une personne d’origine étrangère, nous répondons à l’appel de Jésus qui en fait même un « critère » de choix pour faire partie des « bénis de son Père » : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. » (Matthieu 25, 38)

La violence, héritage religieux?

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Le premier meurtre était-il religieux?

Cet article est le 21e de la série « En quête de foi » du magazine Le messager de Saint-Antoine, parution de juillet-août 2014. Cette série cherche à mettre en relief la dimension de foi qui est présente dans la culture actuelle. 

Beaucoup de personnes autour de nous croient sincèrement que la religion est à la source de plusieurs formes de violence. Dès qu’une nouvelle circule à propos d’un acte terroriste, par exemple, on a tôt fait d’identifier la religion de la personne ou du groupe responsable avec le présupposé qu’il y a cause à effet. Le plus souvent, dans l’actualité récente, ce sont des islamistes qui sont pointés, mais le soupçon antireligieux n’est jamais loin lorsqu’il s’agit de dénoncer des actes associés à la barbarie.

D’où vient la violence?

La Bible raconte que le « premier » acte violent, le meurtre d’Abel par son frère Caïn, avait pour motif la jalousie (cf. Genèse 4). Les offrandes d’Abel, l’éleveur, auraient plu davantage à Yahvé que celles de son frère agriculteur. Si la relation à Dieu fut au cœur de leur dispute, en aucun moment ne pourrait-on imaginer que l’homicide ait été cautionné par le Seigneur! Non, la Bible enseigne plutôt que les humains étaient doués de la conscience du bien et du mal. Et la violence, quelle qu’elle soit, n’a jamais pu être associée au bien, même si parfois, en contexte de légitime défense, elle est qualifiée de moindre mal.

En réalité, dès le début de la Bible, on voit que la violence naît dans le cœur de l’être humain, lorsque ses passions le poussent à des sentiments malsains attisés par le désir de posséder ou de jouir égoïstement d’un bien quelconque. Jésus a refusé d’entrer dans cette logique en renonçant même à se défendre des attaques dont il fut l’objet, jusqu’à sa condamnation à mort et sa crucifixion. « Lui n’a pas commis de péché ; dans sa bouche, on n’a pas trouvé de mensonge. Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice. » (1 Pierre 2, 22-23)

Dieu sanctionnerait le meurtre?

Dans les grandes traditions religieuses, l’appel à la paix et à l’amour universel est plus fort que toute justification de violence. Mais il peut nous arriver de vouloir « convaincre » Dieu de notre bon droit et de vouloir en faire l’étendard de nos velléités nourries à même nos penchants mauvais. Or, Dieu, qu’il soit adoré sous tous les noms possibles, ne peut qu’encourager la justice et la paix. Toute justice obtenue par la violence est un détournement de la religion. Il est impossible d’embrigader Dieu aux côtés de ceux qui commettent le mal.

Puisons à la justice

Dès les premières civilisations, les humains ont élaboré une jurisprudence qui tendait à rendre justice en proportion des préjudices. Si nous cherchons dans notre société des éléments persistants de culture religieuse, nous les trouverons dans le souci de nos tribunaux de juger avec discernement et de sanctionner en fonction du mal commis, sachant parfois se montrer magnanimes lorsque les prévenus donnent des signes qu’ils peuvent s’amender et changer. Oui, toute idée de justice qui fait honneur à Dieu ne peut jamais justifier la violence et encore moins la mort de quiconque. La violence n’est donc pas un héritage de la foi chrétienne, mais la justice, certainement!

Pour aller plus loin, voici un court billet de Jean-Claude Guillebaud qui va dans le même sens: « Protégeons Dieu des fanatiques » 

Et puis cette exhortation du pape François, lors de l’Angélus du 10 août : « On ne fait pas la guerre au nom de Dieu ».

Un peu de culture religieuse ne peut pas nuire

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Des hommes et des dieuxJe suis allé voir le film Des hommes et des dieux en compagnie d’une jeune amie dans la vingtaine. J’ai pris conscience qu’il existe au moins deux manières d’analyser ce film, selon que l’on ait ou non une culture religieuse (ne pas confondre avec être croyant ou non croyant). En effet, mon amie est sortie de cette séance avec un grand nombre de questions sur la vie monastique, la structure hiérarchique, l’organisation du temps. Ses interrogations l’ont peut-être empêchée de se laisser habiter par l’atmosphère, le silence, le rythme. Je mentionne également qu’elle a été agacée par certains aspects techniques du tournage, un domaine dans lequel elle est assurément plus compétente que moi.

Comprendre la vie des moines. Ce fut très différent pour moi. J’ai eu la chance de fréquenter des moines et même de faire quelques séjours dans des monastères. Bien que la pauvreté et l’austérité du monastère de Tibhirine soit aux antipodes de ce qu’on trouve généralement dans les monastères du Québec, je suis entré assez aisément dans les différentes facettes de leur vie quotidienne, entre prières, étude, travail, « récréations », rencontres, etc. Peut-être alors cela m’a-t-il permis d’être saisi par la beauté des paysages, par la qualité du silence et la profondeur des liens et du service de ces Européens au sein de ce village algérien et musulman de l’Atlas.

Comprendre le contexte socio-politique. J’ai aussi beaucoup ressenti la tension vécue par ces moines, coincés par leur loyauté envers ce peuple qu’ils ont adopté, dans le drame de leur cheminement personnel et communautaire vers l’unanimité pour le choix de rester malgré les craintes pour leur propre vie, les tiraillements à maintenir cette attitude « fraternelle »  face aux belligérants armés, tant de la frange islamiste anti-européenne que des représentants du gouvernement en place qu’ils jugeaient injustes et corrompus.

Ce film m’a rappelé quelque peu le non moins célèbre Mission de Oliver Stone. La même crise intérieure vécue par les Jésuites au cœur d’une mission en Amérique latine auprès des indigènes. Les mêmes options : rester ou quitter, choisir un camp et obtenir la protection ou rester neutres et risquer d’être la cible des deux camps à la fois. Pour des religieux catholiques, la position de la non-violence et de la joue tendue demeure toujours un défi, en particulier dans ces situations sans issue.

Comprendre la foi confessée. À plusieurs reprises, on entend dans le film de Xavier Beauvois  l’idée que ces moines ont « déjà donné leur vie » et que l’éventualité d’une mort violente ne devrait pas les inquiéter, comme en témoigne frère Christian dans la lettre qui est devenue son testament.

S’il m’arrivait un jour – et ça pourrait être aujourd’hui – d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays. (déc. 1993)

Mais cette quiétude est loin d’être naturelle. « Le disciple n’est pas plus grand que le maître » dit l’un des frères, celui qui semble le plus troublé à l’idée d’être un martyre. Qui est donc ce maître dont il parle? Il est pourtant présent comme un fil rouge dans le film sans être brandi, hormis dans les prières et en référence à la nuit de Noël. Ce Frère, Jésus, est à la source du choix de vie – et de la vie donnée – de ces frères. Il  a lui-même vécu comme un homme bon et juste et comme le « prince de la paix ». Il est mort assassiné en son temps grâce à des alliances complices: le pouvoir public, le pouvoir religieux et même le peuple… Il est confessé comme le Christ ressuscité. Ne pas être plus grand que son maître signifie donc qu’il y a un risque en tentant de l’imiter dans une vie simple, bonne et « donnée », et que la fin tragique qui fut la sienne est également possible pour ses disciples. N’avoir aucune connaissance de l’Évangile et de la vie de Jésus peut sans doute priver le spectateur de quelques clés essentielles pour comprendre l’extrême dureté du discernement qu’ils ont eu à opérer et qui est si bien exprimé au moment du vote ultime. Les demi-sourires de certains des frères montrent bien l’espace de sérénité qui s’est créé en eux et qui leur vient – c’est ma croyance – de leur relation intime avec le Dieu de Jésus. Il y a encore la clé du pardon, comme dans sa lettre où le prieur pardonne à l’avance à son assassin:

Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’auras pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet « À-DIEU » en-visagé de toi. Et qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux.

Je me dis alors que mon travail, dans une équipe « catéchétique » vise justement à proposer des clés de compréhension pour la foi et son approfondissement. Dans une société où les repères religieux étaient omniprésents, la sécularisation a eu pour conséquence de nous éloigner de ces symboles et référents au point où ils ne signifient plus rien pour les générations nouvelles. Pour d’autres ils ne sont que rappels douloureux. Entre les deux, il y a ceux et celles qui vivent tant bien que mal cette aventure de la foi. Mon expérience m’indique que chaque fois que j’ai pu partager avec l’un ou l’autre quelques-unes des clés qui constituent mon bagage génétique catholique, plutôt que d’effrayer ou de faire reculer, les gens montrent de l’intérêt, de la curiosité. J’ai souvent perçu de l’apaisement, le désir d’aller plus loin, un respect sincère même avec l’indifférence ou l’évitement de ces sujets.

Dans ce contexte où certaines clés semblent manquer, je ne peux que voir dans les cours d’éthique et de culture religieuse à l’école (ECR), par exemple, une espérance dans l’intention qui veut permettre aux futurs citoyens du Québec de s’approprier au moins la connaissance (et le respect?) des traditions et des diverses manifestations du religieux qui perdurent ainsi que celles qui nous viennent d’autres cultures et d’autres religions.

Le film Des hommes et des dieux m’inspire cette réflexion. Et ce n’est que la mienne! Il me semble que ce film est appelé à devenir une base de discussion entre personnes d’horizons divers, croyants et non-croyants, jeunes et moins jeunes. Je constate qu’il y a des initiatives qui se prennent en ce sens, des invitations à des rencontres-échanges. J’ai moi-même lancé une telle invitation dans le cadre de mon travail.

Voici un lien pour voir ou revoir le film en entier.

Voici un lien pour lire le testament spirituel du prieur Christian de Chergé.

Voici un lien vers des invitations à des rencontres de discussion à partir de ce film.

Égypte : l’Histoire s’écrit en direct

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Des chrétiens solidaires à Place Tahrir

Des chrétiens solidaires à Place Tahrir

Depuis le 25 janvier, se déroule devant nos yeux la marche d’un peuple pour sa libération. Les Égyptiens, à la suite d’événements semblables en Tunisie, se sont levés et ont manifesté, dans une attitude pacifique inspirante et quasi-impeccable, pour que le régime autoritaire de Hosni Moubarak, installé depuis 30 ans, se désiste définitivement.

Mais les choses ont basculé, en cette journée historique du 2 février. Combien il était difficile de ne pas rester collé aux médias sociaux, Twitter en particulier, qui ont relayé sans cesse les informations en provenance de la place Tahrir dans la capitale (Le Caire). La foule a été prise d’assaut par des casseurs (thugs) dont une partie aurait été embrigadée par le pouvoir pour attaquer les manifestants et les forcer à quitter la place.

Des journalistes occidentaux ont été pris à partie dont des gens bien connus ici. Certains ont affirmé avoir été ciblés dès le début des attaques pour empêcher tout témoignage sur les affrontements. Mais les réseaux sociaux sont devenus une force réelle pour relayer des informations en direct d’événements semblables. Il semble évident aux yeux de tous que cette attaque avait été planifiée, organisée, à l’aide ou au moins avec la bénédiction du régime et de l’armée qui regardait les gens s’entre-tuer sans bouger le petit doigt. Le nombre des twits qui vont dans le même sens est si imposant qu’un profond sentiment de vérité se dégage de ces informations une fois mises ensemble.

Ici au Québec, nous avons si peu d’expérience de ce genre de manifestations qu’elles nous semblent presque extra-terrestres, hormis les émeutes qui surviennent après une victoire du Canadien en séries de la Coupe Stanley. Avons-nous déjà vu s’entre-tuer des groupes opposés ? Une caricature de Beaudet sur Jean Charest est d’ailleurs assez éloquente : elle présente notre premier ministre sérieusement impopulaire depuis deux ans, assis confortablement dans son salon, regardant les révolutions en Tunisie et en Égypte et qui dit « vive les pétitions en ligne ».

Certains voient dans ces renversements en cours une bonne nouvelle pour la liberté, les droits de la personne, l’éventualité de réformes démocratiques. D’autres y voient l’influence occulte de groupes islamistes qui fomenteraient ces révolutions pour instaurer des sociétés islamiques, comme en Iran après sa révolution. Les uns traitent les autres de naïfs ou de paranos, selon leur position. Il est certain que les deux voies sont possibles. Mais l’effet domino dans tout le Moyen-Orient est si soudain et si rapide, qu’il est difficile d’y voir la marque programmée des groupes intégristes. Par contre, lorsque le champ sera libre  et qu’il faudra mettre de nouveaux gouvernements en place, toutes les influences seront là pour tenter de faire leur place. C’est inévitable.

Je pense qu’il faut garder confiance. C’est un mouvement de foules, un mouvement de jeunes imprégnés de la culture numérique. Ces jeunes sont épris de liberté et d’autonomie bien plus qu’attirés par une quelconque religion totalisante. Il est souhaitable que la sagesse et la raison prennent place au coeur des débats.  Je cite quelques exemples qui montrent bien que tous les musulmans sont loin d’être des extrémistes :

Par contre, le radicalisme inhérent au phénomène religieux est un danger réel. Prenez le temps de visionner cet entretien avec Henri Boulad, un jésuite égyptien qui parle ouvertement du danger islamiste. Voici un homme qui est l’ami de nombreux musulmans et qui en accueillent des dizaines dans son école. Pour lui, ce n’est pas le musulman (la personne) qui présente un danger, mais la conception intégriste qui s’impose aux sociétés arabes depuis une quarantaine d’années. Il est donc important de bien comprendre les distinctions qui existent entre le croyant, d’une part, et la religion lorsque celle-ci est érigée en système politique.

Mon ami Waleed, musulman installé depuis quelques années au Québec, affirme que la relation chrétiens-musulmans s’est pratiquement vécue sans heurts pendant des siècles. Lui-même a été l’ami de chrétiens là-bas. J’ai confiance en lui, en sa vision, en sa spiritualité. Il est de ce peuple qui lutte pour plus de liberté, plus de justice, plus de dignité. Voici ce qu’il dit:

En Égypte, les chrétiens ont vécu là depuis toujours. Toute ma vie, au Moyen-Orient, je n’ai jamais entendu parler de problèmes majeurs jusqu’à cette explosion récemment [dans une église copte]… qui fut un crime terrible, mais je t’assure qu’il n’y a pas d’enseignement dans l’Islam, prêchant de faire de telles choses. Bien sûr, il y aura toujours des individus stupides de chaque côté de la clôture qui pourront causer des dommages et feront le tour du monde, mais il ne faut pas généraliser.

Ma prière, aujourd’hui, est tout entière tournée vers les peuples du Moyen-Orient, peu importe leur appartenance religieuse, pour que peu à peu leurs efforts de libération portent fruit. Et que nous devenions nous-mêmes de plus en plus solidaires, de toutes les manières possibles. Une solidarité réelle va nous forcer à changer certaines choses dans notre mode de vie, c’est inévitable. Souhaitons que cette transition, dans le temps, soit vécue dans la plus grande paix.

Et je conclus en recopiant la prière de mon ami Waleed qu’il a diffusée sur Facebook, sans même comprendre rien de ce qu’il écrit :

دعاء اذا دعوته تمضي سنة ولا تستطيع الملائكه الأنتهاء من كتابة حسناتك ؟؟؟ قال رجل من السلف لا اله الا الله عدد ما كان و عدد ما يكون وعدد الحركات والسكون وبعد مرور سنه كامله قالها مرة أخرى… فقالت الملائكه: اننا لم ننتهي من كتابة حسنات السنة الماضية تخ…

Et il dit : « si vous avez confiance en moi, dites simplement Amen ! »

Amen !