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Croire malgré les coups du sort*

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mains-perduesIl vous est peut-être déjà arrivé de traverser une période de votre vie où tout vous a semblé trop lourd. Les situations négatives, parfois catastrophiques, s’accumulaient l’une après l’autre. Le sort semblait s’acharner sur vous. Et là, vous pensiez : « Quand est-ce que ça va s’arrêter? Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour que tout ceci m’arrive? » La tentation est grande de se laisser abattre.

Dans la Bible, nous trouvons un exemple extrême. Job aurait été un homme juste, attentif aux autres, généreux, le genre qui fait la fierté de son Dieu! L’auteur du livre le met en scène au cœur d’un pari entre Dieu et diable. Pour ce dernier, il est naturel d’être un bon croyant quand on a tout ce qu’il faut pour vivre et que tout semble facile. Le Seigneur relève le défi et permet qu’une succession d’événements surgissent dans la vie de Job, jusqu’à le priver de tout. Il est abandonné de tous, y compris de sa famille. Il gît sur un tas de fumier. Sa colère est grande et il crie son sentiment d’injustice au Seigneur. Ce dernier lui fait comprendre qu’une simple créature n’a pas grand-chose à opposer à l’infini du Créateur.

Voir la touche divine en toute chose

homme-vieuxCe conte mythique montre bien le caractère souvent injuste de la vie humaine. On nous présente des individus parvenus au sommet, en santé, riches et entourés de gens qui les glorifient. Par opposition, nous connaissons tous des hommes et des femmes qui donnent l’impression d’être la figure de Job! La misère, la maladie, l’exclusion, l’isolement sont le lot de ces personnes qui sont pourtant aussi humaines et aussi dignes que les premières!

Il est si difficile d’apporter une explication à ces injustices. La plupart du temps, on a tendance à rendre ceux qui sont « en bas » de nous responsables de ce qui leur arrive : « On sait bien, quand on les voit vivre, ça ne peut pas tourner autrement! » Et c’est ainsi du haut de la pyramide sociale jusqu’en bas.

La pauvreté, la misère et même la maladie n’ont pourtant pas le pouvoir en elles-mêmes de nous rendre malheureux. Pas plus que la discrimination ou l’exclusion! En effet, il arrive aussi que nous tombions sur des gens qui n’ont rien, qui semblent vivre marginalement et qui pourtant vous paraissent heureux dès que vous commencez à échanger avec eux. J’ai eu cette grâce, un jour d’été, de grand matin. Un homme mal accoutré passait d’une poubelle à l’autre dans un lieu public. Surpris de me voir là si tôt, il le fut d’autant que je lui adressai la parole : « Ce sera une belle journée, n’est-ce pas? » Et puis après une bonne heure d’échange, cet homme qui ne possédait rien m’a transmis son bonheur de vivre, un témoignage de simplicité, une foi vivante en Dieu et en l’humain.

Job n’avait rien et pourtant son témoignage était rempli de foi, tout comme cet ange d’un matin d’été. Un tel souvenir me permet d’envisager le long hiver comme un silence plein d’espérance.

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* Ce texte est le 43e article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de janvier-février 2017 du Messager de Saint-Antoine.

Espérer le printemps pour tous*

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Le riche et le pauvre (Lazare, cf. Luc 16 ss.)

Il m’arrive de ressentir en même temps la gratitude et l’inquiétude, en particulier lorsqu’il est question de mes biens matériels : maison bien équipée avec plomberie, chauffe-eau, circuits électriques, chauffage, toiture, appareils ménagers, de divertissement, etc. Oui, je me sens dans l’action de grâce pour toutes ces choses.

Mais il m’est fréquent d’avoir des frissons à l’idée d’un éventuel sinistre : canalisation qui éclate ou infiltration d’eau au printemps, congélateur en panne ou encore sécheuse qui prend feu! Une telle avarie m’est arrivée cet hiver, comme pour me convaincre de nourrir ma peur!

La misère des riches

Même avec un revenu familial au plus bas de la classe moyenne, ma situation figure bien au-dessus de la majorité de la planète. Comme la plupart des Canadiens, je fais partie des riches, car les petits soucis qui viennent de ce que nous avons sont l’attribut des gens qui possèdent.

J’ai plusieurs amis qui vivent en Afrique. Nous échangeons via l’internet. Nos vies sont à l’opposé. La plupart d’entre eux ne possèdent à peu près rien. Leurs maisons, qui n’ont pas le huitième de la dimension de la mienne, sont assemblées avec des matériaux que je rejetterais pour mon cabanon! Et ils sont plus nombreux à y habiter. Pourtant, mes amis sont remplis d’action de grâce. Leur inquiétude est de trouver chaque jour le pain qui les nourrira.

Je les vois vivre à leur manière. Ils me voient vivre à la nôtre. Chaque fois, je me dis que cela doit être trop dur pour eux de constater notre vie confortable. Mais ils aiment découvrir notre mode de vie. Ce n’est pas réciproque, car je déteste l’image que leur vie me renvoie. 

La misère, point

Jérémie maisonRécemment, un ami africain a vu sa maison rasée à la suite d’un incendie. Le jeune homme venait tout juste d’emménager après s’être marié. Il formait le projet d’être heureux, comme n’importe quelle famille sur terre. Mais en l’espace d’une nuit le couple a tout perdu, après une succession d’événements plus graves les uns que les autres dont une fausse couche qui a failli emporter la jeune femme, un arbre gigantesque qui s’est abattu sur la plantation voisine, mon ami ayant échappé de justesse à la prison grâce à la médiation des sages. Par nos échanges, je suis à même de constater chaque jour qu’il y a des Lazare, pauvres, malades et victimes des inégalités que nous aggravons par notre mode de vie; et il a les riches « sans nom » comme nous qui, malgré des revenus plusieurs dizaines de fois supérieurs, ont tout engagé dans leurs propriétés, voitures et autres biens de consommation, et se sont endettés plus que ne le permettent leurs moyens. De cette façon, il ne reste plus rien à partager…

Si ma foi me fait me tourner sans cesse vers Dieu, le tout miséricordieux, c’est pour implorer son pardon d’être comme le riche donné en exemple par Jésus. Mon espérance est ébranlée par tant de misère. Le printemps est là, et comme j’aimerais que l’espérance qu’il transporte soit la même pour tous! Mais où trouver la foi pour faire bouger cette montagne d’indifférence?

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* Il s’agit de mon 37e article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de mai 2016 du Messager de Saint-AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle. Les destinataires de cette série sont des gens bien enracinés dans l’Église catholique.