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Un printemps pour la liberté religieuse?*

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cross-952347_960_720Les questions religieuses font de plus en plus l’actualité. On se rappelle cette affaire du crucifix retiré d’un hôpital de Québec, sur la plainte d’un patient, et qui aurait porté préjudice aux catholiques. Et cette marche dans plusieurs villes « pour la liberté, la paix et la justice » qui, lorsqu’on gratte un peu, s’attaquait à l’islam. Christianophobie? Islamophobie? Faisons la part des choses.

Les persécutions en hausse

Nous vivons une époque difficile pour les croyants et les croyantes de toutes les religions. Dans la plupart des régions du monde, la persécution religieuse ne cesse d’augmenter, selon les différents rapports publiés comme celui de l’Aide à l’Église en Détresse (AED).

En général, il s’agit de groupuscules issus de la majorité qui s’en prennent aux minorités. Au Moyen-Orient, il est fréquent que des chrétiens et d’autres groupes soient ciblés alors que les musulmans le sont davantage en Inde ou en Asie et qu’en Corée du Nord toutes les religions sont formellement interdites!

Au Canada, pays de libertés protégées par ses chartes fédérale et provinciales, la paix sociale a été maintenue de manière plutôt exemplaire. Ainsi, des immigrants de toutes les régions du monde ont pu venir y vivre en paix. Néanmoins, cela ne signifie pas qu’il n’y ait eu aucune forme de discrimination religieuse ou de racisme chez nous.

Avec les événements violents qui surviennent sur la scène internationale et même au Québec, nous voyons s’exprimer de plus en plus d’intolérance et même de l’hostilité envers les musulmans en tant que groupe. Par un jeu d’amalgame abusif, on identifie à tort ces citoyens vivant paisiblement ici à la mouvance « hyper-extrémiste islamiste » (AED). Il pourrait être tentant de banaliser ce « profilage » religieux sous prétexte qu’ailleurs les chrétiens sont persécutés ou qu’ici on retire nos traditions.

kid-1077793_960_720 (1)Reconnaissons qu’il y a une grande différence entre le retrait par une institution d’un crucifix appartenant au patrimoine religieux et le fait que des manifestants de partout au pays se dressent pour cibler des personnes en chair et en os, en les rendant responsables de nos problèmes sociaux ou, pire, que certains aillent jusqu’à vandaliser leurs lieux de culte et proférer des menaces de mort. Si les chrétiens forment la religion la plus persécutée dans le monde, au Canada, en 2017, ce sont les musulmans qui sont de plus en plus la cible d’actes et de discours haineux. L’islamophobie est bien réelle, comme l’était l’antisémitisme au XXe siècle.

La liberté de conscience et de religion est un droit fondamental constamment rappelé par le Vatican. Nous devons sans cesse militer pour que les fidèles de toutes les religions, partout dans le monde, puissent en disposer en toute quiétude, en respect des lois nationales, lorsque celles-ci sont cohérentes avec la Déclaration universelle des droits humains.

Lorsque des citoyens de chez nous s’en prennent à d’autres, en raison de leur appartenance religieuse, les catholiques d’ici, inspirés par l’Évangile, devraient être les premiers à se lever pour condamner cette intolérance. En effet, le combat mené contre les persécutions des chrétiens à l’étranger commence par l’exemple que nous donnons à vivre harmonieusement avec nos propres minorités religieuses.

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* Ce texte est le 46e article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de mai 2017 du Messager de Saint-Antoine.

Rions ensemble… de ma religion

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Dans le cadre de la commission parlementaire qui étudie le projet de loi 59 sur le discours haineux, des citoyens se sont massivement élevés contre la proposition d’un leader musulman de contraindre la liberté de parole pour empêcher que des citoyens puissent se moquer publiquement de la religion et de ses chefs. Selon ce dernier, on pourrait se moquer du croyant ou de la croyante, car c’est un choix personnel, mais pas de ses croyances ni de la religion qui les institue, car celles-ci revêtent implicitement un caractère sacré.

Les religions valent-elles une risée?

On a bien vu avec l’histoire du Charlie Hebdo que du fond de chacune des religions se cache (de moins en moins d’ailleurs) un courant intégriste qui voudrait que l’absolu de leurs croyances, qu’elles soient partagées ou non par les autres citoyens, fassent l’objet d’un respect disons… religieux!

On dit parfois que parce qu’on est dans une société démocratique, la liberté de religion est « sacrée ». Moi je crois que ce principe ne se limite pas à la démocratie, mais bien au seul fait d’être intrinsèquement humain. Toute société qui se constitue sur le mode de la répression ne vise qu’à faire régner la loi du plus fort. La liberté d’expression a eu fort à faire dans les temps dominés par la religion au Québec, pourtant gouverné par une démocratie parlementaire. De même, au temps du communisme, combien ont payé de leur vie leur résistance et leur prise de parole. Je passe sous silence des exemples que l’on trouve actuellement dans un grand nombre de pays soi-disant démocratiques qui briment la liberté d’expression sur leur territoire, notamment le nôtre. Bref, ce n’est pas tant le fait de vivre en démocratie qui donne des droits, mais le fait que des humains ont milité pour qu’ils soient reconnus et maintenus.

L’évolution a justement démontré que l’humanité est capable d’autre chose que de répondre bêtement à des instincts de survie ou de domination. Nous avons tant vu de grandes réalisations basées sur l’entraide et la coopération que cela va de soi qu’il s’agit d’une sorte de fondement de notre caractère distinct. Et la liberté vient avec cette évolution de la conscience humaine : liberté de conscience et de religion, liberté d’expression et toutes les autres libertés fondamentales. Ces libertés sont au cœur du consensus qui s’est formé depuis Les Lumières et il serait tout à fait regrettable que les religions arrivent à entraver cet état de fait.

En vertu de la liberté d’expression, la moquerie, la dérision en paroles comme en arts visuels, la critique, l’interpellation acrimonieuse ne peuvent pas être interdites tout simplement parce que le principe fondamental de la liberté s’en trouverait écorché. La nature même des religions, fondées spécifiquement sur des croyances partagées surtout et parfois exclusivement par leurs adeptes, fait en sorte que tous les autres doivent jouir d’un droit de les critiquer et de s’en moquer.

Est-il correct de se moquer?

La loi prévoit des sanctions lorsque les critiques ou les moqueries portent atteinte à la dignité et à la réputation de la personne sur la base de propos non fondés, erronés ou mensongers. Les individus sont donc protégés par nos chartes, mais pas les religions instituées, autrement que comme expressions de la foi (et donc de la liberté) de leurs adeptes.

Ceci dit, est-ce toujours acceptable de se moquer? Certainement pas. Au-delà du droit reconnu, le jugement personnel pourrait être mieux éduqué pour que le respect s’installe davantage à l’endroit des croyants. C’est un des objectifs du cours Éthique et culture religieuse. Mais il demeure que ma foi chrétienne fait partie du choix que j’ai fait en poursuivant dans la voie de mon baptême, en approfondissement les intuitions développées par sa tradition et en demeurant dans l’appartenance à la religion catholique. Que l’on rit d’un cardinal aux tendances folichonnes, qu’on traite les catholiques de moyenâgeux ou qu’on dise que Dieu est une invention pour écraser les humains fait partie des sarcasmes que je dois m’attendre à croiser dans ma vie de croyant, au risque d’en être blessé.

Mais cela ne m’empêche pas de vivre ma foi. Cela ne m’empêche pas non plus d’être critique de ma propre religion et de celles des autres. Tenez, par exemple, lorsque je vois un jeune prêtre formé dans la fraternité Saint-Pie X annoncer une conférence où il viendra dire aux femmes catholiques en quoi consiste le vrai rôle de la femme, je ne peux pas m’empêcher de laisser partir une expression de gêne, à défaut de pouvoir en rire. Alors que les femmes ont trimé dur pour obtenir les droits qu’elles ont gagnés, un curé qui provient – de manière éloignée – de mon horizon religieux, à l’image de ceux d’autrefois, viendrait leur apporter l’unique vérité qu’elles doivent croire et comprendre sans que je puisse m’esclaffer? Non, franchement, je ris, mais je ris jaune!

Que les intégristes de tout acabit décident aujourd’hui de se ruer sur les places publiques pour nous rappeler combien nous nous sommes écartés du droit chemin est une chose, mais qu’ils se montrent incapables d’encaisser qu’on se paie leur tête, c’est tout simplement qu’ils n’assument pas eux-mêmes les croyances qu’ils tiennent pour vraies au point où il leur faut demander « au bras séculier » de contenir ceux qui les rejettent. Admettez qu’on serait alors bien loin de l’esprit de la laïcité

Moi je crois que la vérité s’établit par elle-même, car elle finit par s’imposer dans les cœurs qui la cherchent. Je ne suis pas certain qu’elle habite vraiment dans les esprits qui croient l’avoir déjà trouvée en l’imposant par la force de la répression plutôt que par la patience de la conviction qui découle du témoignage d’une vie engagée au service de son prochain.

Et si on avait l’euthanasie comme on a l’avortement?

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Photo: La Presse

Pendant que tous et toutes s’époumonent sur le projet de charte des valeurs québécoises, un autre enjeu de société, tout aussi fondamental, est en train de se jouer dans l’arrière-cour de notre Assemblée nationale. Le projet de loi 52 est bien plus avancé dans son processus législatif que celui de la charte. Il risque même de passer comme lettre à la poste puisque si peu de citoyennes et de citoyens semblent lui accorder de l’attention. Il me paraît donc nécessaire d’y revenir quelque peu, d’autant plus que je prépare une série de conférences sur le sujet…

Les véritables enjeux

Notre société a changé, pour le pire ou pour le mieux, c’est selon! Notre degré d’acceptation de situations autrefois inconcevables s’est beaucoup « élevé ». Il y a 40 ans, par exemple, l’avortement était encore illégal et une majorité de la population s’y objectait avec force. Les combats menés par des défenseures du droit des femmes à disposer librement de leur corps ont fini par faire admettre que le libre choix de laisser vivre un fœtus ou non appartenait, au final, à la mère. Et à part les groupes chrétiens pro-vie, peu de gens prendraient la rue aujourd’hui pour manifester contre cet état de fait. Surtout, c’est entré dans les tabous: on n’en parle plus, c’est privé. On pourrait mentionner d’autres questions devenues banales tellement qu’elles sont passées dans les mœurs: le divorce, les familles recomposées, parfois en plusieurs couches. Si parfois on entend, dans le dos des conjoints, quelques regrets pour les enfants, on reste surtout coi devant eux. Après tout c’est leur choix. On le respecte. Et plus récemment, on a vu l’ouverture aux mariages de même sexe. C’est devenu comme ça, maintenant et on ne fait plus de vagues. Alors l’euthanasie, bof! Ça finira par passer, comme tout le reste.

Parmi les raisons qui me poussent à le croire, il y a d’abord l’allongement de l’espérance de vie et ses conséquences sur la qualité de vie. On se réjouit qu’il y ait de plus en plus de centenaires et c’est bien ainsi. Mais pour quelques-uns qui continuent à jouir d’une qualité de vie exceptionnelle, un grand nombre se voit diminuer peu à peu, vivre des pertes les unes après les autres, voir de moins en moins de proches les visiter… Il y a dans l’air une forme de résignation passive face au vieillissement qui se traduit souvent par le placement de nos aînés dans ces centres de soin longue durée. « Eux », ils vont bien s’occuper des papys et des mamies, c’est leur boulot après tout. Pendant ce temps, nous avons une vie à vivre dont il faut profiter pleinement, car un jour nous deviendrons comme eux et nous savons ce qui nous attend…

Je vois également une autre raison dans la banalisation du suicide accentuée par sa fréquence particulièrement élevée au Québec. Nos statistiques sont impressionnantes. Nous arrivons juste après le Japon qui est une société déclarée « mourante » en raison de la démographie négative. Non seulement les Japonais ne font plus d’enfants, mais ils s’enlèvent la vie plus que partout ailleurs! Bref, après le Japon, c’est nous, les Québécois qui fréquentons le plus souvent les situations de suicide. Qui, dans sa propre famille, n’a pas connu ce malaise de se retrouver au salon funéraire ou aux funérailles dans une telle occasion? En catimini, les langues se délient pour regretter le geste, la détresse, la désespérance. Mais à la famille on ne dit rien. Il n’y a rien à dire devant la vie qui s’est ainsi arrêtée.

Je trouve encore une autre source de l’acceptation résignée de l’euthanasie dans une sorte d’état d’esprit qui se répand par rapport au « droit » de chacun sur sa propre vie. L’incroyable développement, depuis plus d’un demi siècle, de la liberté individuelle a pour conséquence que nous sommes de moins en moins portés à interpeller nos proches sur les choix qu’ils font et qui peuvent — nous le savons par expérience — les conduire à plus de malheur. Cette liberté a été gagnée à l’encontre des institutions qui martelaient les règles sociales et qui ne s’empêchaient pas de réguler aussi la vie privée. L’Église catholique, par exemple, a, malheureusement, utilisé bien maladroitement son emprise sur les fidèles, au point où désormais elle ne jouit plus sur eux d’aucune crédibilité ni d’aucun droit de parole publique sur les questions éthiques dans notre société.

J’en viens aux aspects plus proches de l’euthanasie comme telle. Il y a ces « rumeurs » que déjà les choses se font, en secret. Des médecins procéderaient discrètement, avec l’assentiment des malades et/ou de leurs proches, au surdosage de morphine qui entraînerait la mort rapide. Même si ceci est formellement démenti, la rumeur est persistante. Cela rend encore plus difficile de voir une personne proche souffrir quand on sait que la fin est imminente et qu’on est impuissant, quand « on sait » que des moyens existent pour y mettre un terme…

Il y a aussi, bien sûr, le fait que les soins palliatifs ne sont accessibles actuellement qu’à une faible proportion de personnes en fin de vie, seulement 15%, selon les chiffres avancés. Curieusement, c’est moins de ce côté que les demandes d’euthanasie proviendraient que du côté des chambres d’hôpitaux classiques. Mais comme les soins palliatifs sont hors de prix, qu’ils exigent un grand nombre de professionnels pour des actes médicaux à long terme et moins productifs, il paraît plus « rationnel » de commencer par proposer l’alternative entre laisser la mort arriver ou la devancer. De là à faire comprendre aux « vieux » dont les jours sont comptés qu’ils seraient plus raisonnables s’ils acceptaient d’en finir plus vite, pour cesser d’être un poids pour la société, mais plus encore pour leurs enfants, il n’y a qu’un pas.

Enfin ne négligeons pas les apparences de dérives qui sont documentées sur des situations en Belgique et aux Pays-Bas où la généralisation de l’euthanasie permet même à une certaine opinion publique de souhaiter l’étendre aux malades mentaux, aux détenus, aux mineurs handicapés…

Ignorance ou indifférence?

Selon un sondage publié par Radio-Canada en 2010, 83% des Québécois étaient favorables à l’euthanasie et 16% seulement contre. Ça en fait des pour! Tellement plus simple que la charte qui divise le Québec! Mais dans un sondage plus récent, il est démontré que 61% seulement des mêmes Québécois connaissent la définition exacte de l’euthanasie. Et lorsque le langage utilisé est celui, plus « soft », du projet de loi, c’est-à-dire lorsqu’on appelle l’euthanasie de « l’aide médicale à mourir », seulement 33% des gens l’associent clairement à l’euthanasie, alors que 27% croient qu’il s’agit de soulager la douleur par des soins palliatifs, 22% croient qu’il s’agit de cesser l’acharnement thérapeutique et 16% pensent qu’il s’agit de donner au patient les conseils et la substance mortelle à s’injecter par lui-même… Ignorance? Certainement. Indifférence? Celle-ci est sans doute la raison de cela. Pourtant, quand on cherche, même si peu, on voit bien que les choses sont dites clairement. Même le secrétaire du Collège des médecins du Québec, le Dr Yves Robert, favorable à la loi, déclare ceci:

« Appelons un chat un chat. L’aide médicale à mourir, c’est de l’euthanasie. » (L’Actualité médicale, 29 janvier 2013, cité par Lysiane Gagnon dans La Presse de qui j’ai aussi tiré les statistiques du récent sondage Ipsos).

Quand le Gouvernement, supposé protéger ses citoyens, plus spécifiquement les plus faibles, veut que l’euthanasie, devenue l’aide médicale à mourir, fasse partie des options de soins de fin de vie, il est clair que la définition même du mot soigner en est modifiée. Nulle part, ni le mot soigner ni prendre soin n’inclut le fait de tuer. Les groupes opposés à l’euthanasie en ont même fait leur slogan: « Tuer n’est pas un soin ». En effet, pouvons-nous croire, sincèrement, que « tuer » ou « aider à se tuer » peut être associé à « soigner »? Lorsque votre médecin vous accueillera à l’occasion d’une maladie grave, incurable et qui vous fait souffrir de manière intolérable (qui en est juge?), et vous dira : « Ne vous en faites pas, si c’est trop dur, on a les moyens d’y mettre fin », ne croyez-vous pas que le rapport de confiance en des soins de qualité en « souffrira »?

Malgré tout, anticipons…

Étant donné l’appui confirmé des sondages et le peu de résistance de la population, il est fort à parier que ce projet de loi sera adopté incessamment, probablement avant les prochaines élections. Bref, préparons-nous donc à vivre, comme en Belgique et aux Pays-Bas, avec l’euthanasie et toutes ses conséquences, notamment de nombreux cas de détresse psychologique au sein des équipes médicales qui doivent porter la responsabilité de la fin de vie de certains de leurs patients. J’aimerais alors ouvrir un espace de dialogue et de questionnement avec vous, « les gens ».

Il y a d’abord la question du droit criminel. C’est de compétence fédérale. Le Gouvernement du Québec prévoit utiliser le même stratagème que pour l’avortement, en « interdisant » au procureur du Québec de poursuivre les médecins qui auront euthanasié leurs patients dans le cadre de la future loi. Il va de soi que cette loi sera contestée devant les Tribunaux et que la Cour Suprême du Canada aura à trancher à un moment ou l’autre. Supposons que le Gouvernement du Québec sera battu, cette fois-ci, et que le droit criminel demeure pleinement en force. Que se passera-t-il dans la conscience de ces médecins que nous aurons encouragé à donner la mort et qui se retrouveraient du jour au lendemain des meurtriers au sens de la loi? Notre société est-elle si différente du reste du Canada que nous pourrions avancer sur cette voie sans nous assurer que les autres provinces iront dans la même direction? Est-ce une autre stratégie politique pour opposer de nouveau le Québec, « progressiste et distinct », du Canada, « conservateur et rétrograde », qui nous empêche de nous épanouir?

Restons sur le plan de la conscience. Nous le voyons actuellement, un grand nombre de médecins, même s’ils semblent minoritaires, s’opposent à devenir des agents de la mort. Auront-ils tous et toutes un droit de retrait des situations qui poussent vers l’euthanasie? Protégerons-nous leur doit d’objection de conscience? Mais seront-ils écoutés lorsqu’ils le feront aussi au nom de leurs patients, en vertu de la relation de confiance qu’ils avaient avec eux avant qu’un conseil n’opte pour l’euthanasie, quand ces mêmes patients seront privés de leur capacité à décider par eux-mêmes? Le fait qu’ils sont contre l’euthanasie aura-t-il une influence dans la crédibilité qu’on leur accordera en de telles situations?

Enfin, j’en viens à une dernière question, qui me transporte sur l’autre versant du dialogue, celui des promoteurs. Tout comme nous avons appris, plus ou moins amèrement pour certains dont je suis, à vivre avec le fait que nous supprimons systématiquement, année après année, plus de 25 000 fœtus qui n’avaient pas demandé à vivre et encore moins à mourir, au nom du droit fondamental, soutenu par nos chartes et toutes les organisations internationales, des femmes à disposer librement de leur corps, bref, saurions-nous vivre avec la liberté exercée légalement par les demandeurs d’euthanasie? Je suis sensible à cette aspiration universelle des humains à la liberté. Même pour des chrétiens, il devrait aller de soi que l’être humain n’est vraiment humain que lorsqu’il est totalement libre de ses choix, libre ET responsable. Est-ce que cela pourrait aller jusqu’à protéger cette liberté dans le choix de mourir au moment où il le décide?

Alors, tout comme je suis contre l’avortement, en général, et que je dois, en conscience, accepter que l’État soutienne les femmes qui y ont recours librement par choix, peut-être aurai-je à assumer que des proches en viennent à faire librement le choix du moment et du comment de leur fin de vie, tout en les laissant assumer cette responsabilité devant Dieu…

La plus grande concession divine

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Voici le huitième article de ma série “En quête de foi” publié dans l’édition de mars du magazine Le messager de Saint Antoine. L’objectif de cette série est d’explorer les origines chrétiennes des éléments patrimoniaux dans la culture actuelle.

Devant les situations flagrantes d’injustice ou les actes ignobles de violence, une question revient sans cesse : pourquoi? Pourquoi Dieu laisse-t-il faire cela? Quel est donc ce Dieu qui regarde tout ceci sans rien faire? Et, depuis toujours, les réponses n’ont jamais satisfait complètement l’esprit humain qui cherche à comprendre.

Or, s’il est habilité à réfléchir, l’être humain est aussi doué d’un privilège extraordinaire qui en fait presque un égal de Dieu (cf. Psaume 8). Il s’agit de sa liberté. Dès qu’il s’est mis debout et qu’il a commencé à réfléchir de manière autonome, l’être humain a pris conscience que la vie lui proposait constamment des choix à faire. Chacun de ces choix met en œuvre un processus sélectif impliquant des renoncements.

Le meilleur et le pire

L’être humain a usé de sa liberté pour construire des civilisations grandioses. Pensons aux différents empires que l’histoire nous permet de connaître et d’apprécier. Mais l’accès à la liberté a rarement été équitable dans l’histoire. Certains en ont usé davantage que d’autres, ou plutôt sur le dos des autres! Des individus l’ont espérée, des peuples l’ont réclamée, parfois à coups de révolutions. La liberté fait partie des quêtes les plus constantes de l’humanité.

Or, en Occident, surtout depuis quelques siècles, nous pouvons croire que la liberté s’est rendue plus accessible, notamment grâce à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Même si rien n’est parfait, nous constatons que notre société parvient à faire respecter ce droit tel qu’il se matérialise dans la liberté d’expression, de conscience, de religion et d’association. Il est probable que la liberté est devenue un attribut de notre civilisation actuelle, au point où parfois il est à se demander si nous savons toujours en faire bon usage…

Assez tôt, dans l’histoire d’Israël, les patriarches ont eu conscience que les choix qu’ils faisaient pouvaient comporter des conséquences non seulement pour eux-mêmes et leur entourage, mais pour le peuple tout entier!

Je place devant vous la vie et la bénédiction d’une part, la mort et la malédiction d’autre part. Choisissez donc la vie, afin que vous puissiez vivre. Deutéronome 30,19

Dans la Bible, Dieu s’en remet au peuple qui peut donc le choisir ou le rejeter. Plus récemment, nos papes nous ont éduqués à une culture de vie, qui construit résolument une civilisation de l’amour, plutôt qu’une culture de mort, qui entraîne forcément vers un déficit d’humanité.

En nous donnant l’intelligence pour anticiper les conséquences de nos choix, Dieu nous a fait le cadeau du libre-arbitre. Il ne peut donc qu’en éprouver une grande fierté lorsque nous en faisons un usage pour la vie. Lorsque la créativité humaine est encouragée, elle produit des structures et des cadres qui favorisent l’égalité, l’inclusion, l’interdépendance et la fraternité.

Saint Irénée le disait autrement : « La gloire de Dieu c’est l’homme vivant! » Et la vie de l’être humain ne va pas sans la liberté qui le met debout! Voilà donc un héritage du judéo-christianisme qui transparaît encore aujourd’hui dans nos institutions démocratiques et dans notre culture. Sachons donc en profiter pour le meilleur… et pour la vie!

Entre deux papes, un temps pour la parole libre

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Émission du dimanche 17 février 2013 - Tout le monde en parle - Radio-Canada.ca(1)J’écris ce billet à la suite d’un échange avec mon épouse inspirante… Chez les Hindous, la fin d’un cycle est l’occasion du chaos qui détruit tout pour faire place nette au renouveau. Chez les catholiques, peut-être que la fin d’un pape (on ne peut plus dire la mort) peut présenter un désordre semblable préparant la place à du changement. J’ai été étonné de voir à quel point le petit quart-d’heure d’entrevue avec Alain Crevier, animateur de l’émission Second Regard, invité à la tellement plus célèbre émission Tout le monde en parle du 17 février, a suscité un intérêt manifeste. « Que l’on en parle en bien ou en mal, dit le dicton, pourvu qu’on en parle! » Il se trouve que cette entrevue a touché des questions de fond adressées à l’Église, elle qui, habituellement, est plutôt celle qui pose les questions et interpelle le monde jusqu’à, faut-il le dire, le condamner parfois (souvent)…

Cela m’a ramené à la vision prophétique de Vatican II sur l’Église, non pas d’abord affirmée comme une caste cléricale, mais plutôt comme un peuple, celui que Dieu s’est choisi pour étendre la justice et la paix, au service duquel est érigée une gouvernance qu’on appelle généralement la hiérarchie avec ses prêtres, ses évêques et son pape. Et je vois dans la vacance du siège de l’évêque de Rome, qui est aussi le pape, un temps pour que des entrevues comme celle de l’émission de dimanche dernier pullulent partout dans le monde, non seulement dans les médias de masse, mais aussi et surtout dans les cuisines, les salons, les cantines, les réfectoires, les salles de conférence, les parcs et les bistros! Plus on parle de l’Église, de sa mission, de ses erreurs, des scandales qu’elle subit et ceux auxquels ses représentants ont contribué, de ses grandeurs aussi, de sa culture, de son patrimoine, de ses influences, de ses inspirations édifiantes, etc., et plus on libère la parole, et plus la parole libère les coeurs entravés.

Libérer le trésor

Michel Rivard a écrit une chanson superbe intitulée « Libérer le trésor ». Voici son refrain :

Il existe un trésor, une richesse qui dort
Dans le coeur des enfants mal aimés
Sous le poids du silence et de l’indifférence
Trop souvent le trésor reste caché

La souffrance des humains cache généralement un trésor, celui-là même qui fait leur humanité. Il s’agit de leur fragilité, leur totale vulnérabilité. On la camoufle par des constructions intellectuelles, sentimentales, émotionnelles, par des gestes de fermeture ou des jugements sur autrui, par des actions impulsives ou des dépendances envahissantes. Lorsque la parole est libérée, le mal peut enfin être nommé et prendre la forme de l’ennemi qu’on peut abattre, non sans l’avoir aussi aimé! Car cet ennemi il est en nous, il est parfois nous-même. Jésus a eu un jour cette réflexion inouïe: « Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. » (Marc 7, 14). On pourrait voir l’impureté dont il est question comme « ce qui est improprement humain », car l’homme et la femme ont été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, donc « purement » humains! Ce qui est inhumain, ce serait ce que nous produisons à partir de nos blessures, nos maladies spirituelles, nos enfermements, les murs que nous érigeons pour nous protéger et qui devient le mal que nous projetons sur les autres, sur le monde, sur l’Église, bien sûr, et sur Dieu lui-même!

Beaucoup de catholiques dans le monde, surtout en Occident et ici même au Québec, ont souffert « du poids du silence et de l’indifférence » d’une Église « institution » plus prompte à se protéger qu’à défendre les plus petits. Je considère que la plus grande part des critiques faites à l’Église catholique romaine proviennent de cette zone en nous qui est souffrante et qui a besoin de se dire pour que nous puissions goûter à l’authentique liberté. Pour libérer le trésor, il faut donc libérer la parole. En judéo-christianisme, la parole a un réel pouvoir: dès le commencement, c’est par sa parole que Dieu crée le monde — en sept jours ou en quelques milliards d’années, on n’en est pas à quelques détails près ! 🙂 Les thérapies modernes ont toutes plus ou moins mis en valeur la parole pour favoriser la libération des entraves qui nous empêchent d’être heureux. Il est cependant moins impérieux que la parole serve à dire ce que nous pensons qu’à dire ce que nous sommes, vraiment…

Dire, bien dire, médire, maudire…

Ce qui rend l’être humain pur, c’est quand ce qu’il dit correspond à ce qu’il est. Une personne ne se réduit pas à sa blessure, à son histoire, aux abus qu’il a subis, au manque de considération ou à l’expression de sa colère. Une personne humaine est toujours plus que ce qu’elle laisse entrevoir d’elle-même, plus également que ce qu’elle croit être. Chaque personne est une créature unique dont la vie repose dans le coeur aimant du Dieu fou d’amour pour elle! Ce Dieu fait de chaque être humain son fils, sa fille préférée et bien-aimée. Et c’est d’ailleurs après avoir dit cela de Jésus qu’il commande à tous: « Écoutez-le! » (cf. Luc 9, 35) Ceci me rappelle une autre chanson, du groupe Harmonium:

On a mis quelqu’un au monde,
On devrait peut-être l’écouter!

La parole a un pouvoir réel dans le monde. Mais la parole est mutilée, étouffée, altérée. Dès qu’une personne exprime une opinion contraire à la nôtre, on se ferme ou on se braque, on réplique ou on se tait. Dans tous les cas, on enfouit davantage le trésor, celui de l’autre et celui en nous, au lieu de le rendre accessible en l’exposant tel qu’il est.

Il existe en christianisme une conviction théologique qui a traversé les siècles et qu’on appelle le sensus fidei qu’on pourrait traduire comme « le sens inné de la foi » qui opère en chaque baptisé. Chaque fois qu’il a été « entendu », ce sensus fidei a produit des changements et des conversions dans l’Église jusqu’à son sommet. Mais pour que ce sens de la foi puisse s’exprimer, il faut soit des prophètes de feu qui envoient des flèches « parlantes » là où ça compte, soit que le peuple ait un espace pour parler et être consulté. La deuxième manière est relativement simple à mettre en oeuvre. L’Église catholique romaine vit des opportunités qui surviennent généralement à chaque intervalle entre deux papes ou, sur un plan local, entre deux évêques. C’est très peu de temps: quelques jours, quelques semaines. Dès que le prochain pape sera en place, le système curial romain reprendra ses prérogatives et remettra la parole sous clefs afin de faire front commun derrière le nouveau pape. Les fidèles seront de nouveau appelés à être « en communion » avec leurs pasteurs, les dissidents à rentrer dans les rangs. Mais il est possible que des clameurs qui montent, certaines soient entendues comme des brises légères transportant en elles un esprit de renouveau.

Je suis reconnaissant pour ce temps qui nous est donné avec la renonciation de Benoît XVI et la liberté qu’il s’est lui-même accordée. C’est un temps pour espérer du neuf. Je n’hésite pas à encourager quiconque à exprimer honnêtement tout ce qui entrave sa liberté dans son lien avec l’Église pour que peu à peu le trésor caché dans son être profond se découvre et révèle sa beauté. Ce serait un cadeau à faire à l’Église, c’est-à-dire à ceux et celles qui forment le peuple de Dieu et à celles et (surtout) ceux qui sont appelés à le servir comme Jésus le leur a montré, le soir du Jeudi Saint (Cf. Jean 13, 1-15). Et je prie l’Esprit Saint d’amener à la conscience des uns et des autres ce qui conviendra pour la suite des choses.

Pour une laïcité bien de chez nous (2)

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Cet article est une suite à un premier et sera suivi par d’autres…

Dans son livre La laïcité, Micheline Milot* présente au lecteur cinq formes de laïcité qui ont cours dans le monde. Elle tranche ainsi avec la bipolarité habituelle qui se limite à qualifier la laïcité de  dure ou ouverte. L’auteur explique également que les cinq types peuvent parfois se se superposer l’un sur l’autre dans une même société au cours d’une même période. Les quatre premiers types peuvent cependant être classés dans la catégorie d’une laïcité sans compromis. La cinquième s’apparente davantage à la laïcité ouverte. Ces nuances à elles seules devraient justifier la plus grande prudence lorsque vient le temps de prendre position entre deux approches dichotomiques.

Dans les faits, les quatre premières approches présentent des différences de tonalité quant aux concepts de la laïcité qu’elles représentent. Une laïcité séparatiste voudra marquer de manière tangible la frontière entre l’État et la religion, au point où il n’existera aucun point de rencontre. Une laïcité antireligieuse ou anticléricale se montrera, comme on peut le deviner, assez agressive contre toute influence de la part de responsables religieux dans la vie publique. Une laïcité autoritaire imposera aux religions de se délester de quelques pratiques ou valeurs qu’elles défendent, au prix d’une confrontation au plan des consciences. Enfin, une laïcité de foi civique pourrait aller jusqu’à imposer une sorte de crédo laïque visant à élever des valeurs sociétales au-dessus de toutes croyances religieuses. Toutes ces formes de laïcité procèdent davantage de la mise en retrait partielle ou totale des croyances ou de l’encadrement restrictif du religieux.

La cinquième forme de laïcité, Micheline Milot l’appelle la laïcité de reconnaissance. Elle procède d’une vision positive de la religion dans sa fonction sociale régulatrice en reconnaissant que les croyances religieuses font partie des valeurs fondamentales auxquelles une majorité d’êtres humains vont consacrer une forte adhésion, au point d’orienter leurs choix et leurs comportements. Cette forme de laïcité veut tenir compte du caractère irrépressible des croyances individuelles et de leur diversité. En transportant l’adhésion des individus aux croyances d’un groupe religieux, celui-ci opère une hiérarchisation des valeurs et des pratiques qui peuvent ou non favoriser l’intégration dans une société spécifique.

Ainsi donc, la laïcité de reconnaissance, tout en s’avérant la plus difficile à mettre en oeuvre, peut permettre une intégration plus harmonieuse des différences ethniques et religieuses, car elle ne prend pas seulement en compte les individus dans leurs croyances variées, mais également les groupes auxquels ils appartiennent. J’en viens donc à développer sur cette forme de laïcité ma proposition pour favoriser la reconnaissance des religions présentes au Québec et leur contribution possible dans le maintien des valeurs de respect mutuel et d’ouverture à la différence.

Un comité consultatif des religions

Plutôt que de souhaiter l’élimination complète des religions de l’espace public, comme le voudraient certains tenants d’une laïcité pure, l’État devrait indirectement contribuer à leur développement en assurant pleinement sa neutralité à l’endroit de toutes les religions, mais en constituant un cadre propice au dialogue sur un ensemble de questions notamment éthiques où des enjeux de conscience religieuse se mêlent à des choix sociaux.

Le principe de séparation de l’État et des religions ne devrait jamais être entaché par cette reconnaissance. Les religions, considérées également par l’État, ne pourraient qu’apporter leur éclairage à l’occasion de forum communs. Aucune religion ne devrait être favorisée par rapport aux autres, y compris celle de la majorité, catholique et francophone.

Des interlocuteurs politiques devraient être désignés par l’Assemblée nationale pour s’intéresser aux questions religieuses. Le comité consultatif, formé de représentants des principales religions présentes au Québec, pourrait parfois interroger les différents ministères par la voie de missives quant aux conséquences de certains projets de loi ou de l’application de lois courantes. Une petite structure administrative devrait soutenir le comité pour tout ce qui a trait aux communications, comptes-rendus, etc.

Cette manière de vivre notre laïcité favoriserait le sentiment de faire partie de notre société pour tous les citoyens et toutes les citoyennes, qui verraient ainsi leur groupe d’appartenance religieuse détenir un droit de parole dans un lieu publique reconnu comme tel.

Les difficultés et les écueils

Je ne suis pas complètement naïf en pensant que cette proposition réglerait définitivement les problèmes liés au phénomène religieux. Entre n’avoir aucune reconnaissance et ressentir une certaine hostilité comme actuellement et la possibilité d’être entendue comme religion au sein d’une société ouverte, je pense que la proposition apporterait davantage de fécondité que de difficultés.

Cependant, il est probable que certains groupes religieux voient leurs propositions entendues, mais pas retenues, ce qui pourrait apporter son lot de frustrations. Par exemple, un cas-type avec l’avortement qui rallie un certain consensus au sein des religions : même si tous les groupes religieux membres du comité consultatif, de manière unanime, en arrivaient à souhaiter une loi encadrant les pratiques d’avortement pour les limiter aux situations de danger extrême pour la santé de la mère, rien n’est moins sûr que l’État irait dans le sens de leurs demandes, car ce n’est pas non plus la somme des religions qui doit orienter les décisions de l’État ! Cela reviendrait à une non-séparation du religieux (devenu collectif) et de l’État… Cela dit, l’État pourrait se montrer attentif aux propositions visant à trouver un équilibre différent entre le droit des femmes à disposer de leur corps et le droit à la vie d’un être humain en développement.

Une autre limite : qui peut définir ce qu’est une religion ? En France, une liste des groupes religieux reconnus comme sectes a été dressée en 1995 par une commission d’enquête parlementaire. Cette liste, bien qu’elle ne fasse pas l’unanimité, est un effort louable pour tenter de distinguer les religions des sectes. Dans une société démocratique comme la nôtre, le principe de liberté de conscience doit être entièrement respecté. Dès que les pratiques d’un groupe vont dans le sens d’une imposition de comportements ou d’attitudes à l’encontre des choix individuels, cette religion devrait être mise en devoir de corriger ses vues. Prenons le cas du voile intégral pour les femmes. De nombreux musulmans affirment qu’il ne s’agit pas d’un précepte de l’Islam. La plupart des femmes voilées au Québec confirment qu’il s’agit d’un acte libre et personnel. Tant qu’elles peuvent cesser cette pratique sans être importunées par leur groupe religieux d’appartenance, le voile devrait pouvoir être autorisé. Dès qu’un groupe serait suspecté de l’imposer à l’encontre de la liberté de conscience, il ne pourrait plus faire partie du comité consultatif…

Compliqué, certes, mais je pense que de se donner quelques critères rationnels comme celui-ci devrait permettre aux groupes religieux de réviser leurs pratiques, car la majorité souhaiterait, à mon avis, être reconnue. Les autres, surtout ceux qui orientent résolument leurs adeptes vers une séparation totale d’avec la société, jugée mauvaise ou impure, se verraient assez rapidement isolés et étiquetés de sectaires…

Voilà, c’est un début de proposition pour une laïcité bien de chez nous. Qu’en pensez-vous ? Que souhaitez-vous modifier ou bonifier ? La discussion est lancée…

Voici les quatre autres billets sur le même thème:

Pour une laïcité bien de chez nous (1)

Pour une laïcité bien de chez nous (3)

Pour une laïcité bien de chez nous (4)

Pour une laïcité bien de chez nous (5)

* La laïcité, collection 25 questions, Ottawa, Novalis, 2008.

Authenticité: un avant-goût du bonheur

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Projet authenticité

L'authenticité, une attente pressante des jeunes (cliquer sur l'image)

J’étais en réunion ce matin avec l’équipe chargée de la pastorale jeunesse dans mon diocèse. Nous avions à vivre ensemble une étape de la Démarche appréciative (Appreciative Inquiry) visant à développer un projet qui rassemble les forces positives d’une équipe en nous projetant dans le futur avec « le meilleur de nous-mêmes ». Vivre ce genre de rencontres en tant qu’accompagnateur est toujours un véritable privilège, car les participants acceptent de livrer une certaine intimité, toujours offerte comme un présent fragile.

Ce groupe est surtout constitué de jeunes au début de la trentaine. Les entendre parler de leurs valeurs et des rêves qu’ils portent fut pour moi un vrai souffle d’air frais. Dans leurs désirs de s’engager avec les jeunes de notre région, un grand nombre de valeurs positives ont été nommées. J’aimerais simplement honorer cet effort d’expression en reprenant quelques-unes des valeurs qui ont été partagées.

Des valeurs inspirantes

L’authenticité a été le mot qui est revenu le plus souvent. Les jeunes ont soif de rencontrer des personnes authentiques. Dans un monde marqué par le cynisme et le désenchantement, où les institutions sont le plus souvent accusées de manquer de transparence et d’écoute, où les adultes d’un certain âge semblent parfois nourrir l’indifférence, l’aspiration à vivre dans une atmosphère qui permet d’être authentique me touche particulièrement. L’authenticité requiert la sincérité et l’intégrité… Autrefois, on aurait dit « le vrai ». En cherchant le vrai, l’authentique, n’atteindrons-nous pas ces zones en nous qui nous parlent de bonheur possible en étant d’abord nous-mêmes?

La liberté est un autre mot qui a été nommé par les participants. Dans leur travail, ils sont souvent confrontés à des salles remplies de chaises vides… Dans les paroisses, pourtant, on s’attend à ce que l’action de la pastorale jeunesse produise des résultats quantitatifs, c’est-à-dire plus de jeunes à la messe, plus de jeunes engagés dans les comités variés, etc. Mais ce n’est pas ce qui se arrive. Cette équipe me confiait : « Les anciens ont connu ce que c’était l’époque des salles remplies de fidèles, mais nous n’avons jamais vécu cela. Pour nous, il n’y a toujours eu que peu de gens, mais nous aimons rencontrer ceux qui viennent librement. » La liberté est nécessaire pour faire des choix personnels. Parmi ces choix possibles, celui de chercher du sens à sa vie, au sein d’un groupe lui-même en recherche et non pas en possession de la vérité, peut s’avérer source de bonheur à partager.

Le groupe a aussi identifié le sens de la famille comme une valeur importante. Les jeunes familles ont choisi massivement de bâtir leur cellule malgré le défaitisme de leurs aînés. Nous voyons de plus en plus de jeunes couples désirant affronter ensemble les aléas de la vie avec un souhait de fidélité plus prononcé qu’il y a quelques années, quand on se disait « Si ça ne marche pas, on se séparera. » Je constate, moi aussi, que les petits accrochages ne semblent plus fragiliser autant les jeunes couples, surtout lorsqu’ils ont des enfants à aimer ensemble. Le sens de la famille serait-il en résurgence? Je l’espère, car pour moi c’est le premier lieu du bonheur possible.

J’ai aimé également l’insistance sur le relationnel. Des mots comme: écoute, échange, accueil, soutien, équipe, alliance, empathie, respect, confiance… Vous me direz, ce sont des valeurs que toutes les générations ont cherchées ! Je vous répondrai alors qu’il est réconfortant que les jeunes les choisissent de nouveau. Aimer et être aimé, n’y revient-on pas toujours ? N’y a-t-il pas là des mots qui disent encore aujourd’hui l’essentiel du coeur humain ?

Le dernier mot parmi tant d’autres que j’aimerais évoquer est « cheminement ». Une participante a proposé l’image d’une affiche « en construction », comme on en retrouve tant sur nos routes et sur l’autoroute de l’information. Une personne humaine est toujours en construction, toujours en projet, jamais achevée. J’ai trouvé cette image inspirante, car c’est aussi ma plus grande espérance: cette personne que je rencontre là, sur mon chemin de vie, tout comme moi, est en cheminement, elle se transforme, aujourd’hui. Si personne n’est définitivement bloqué à un stade quelconque, n’y a-t-il pas de l’espoir pour le futur?

Ces quelques mots qui expriment des valeurs, des désirs, m’ont entraîné à nouveau dans mon espérance la plus profonde. Le monde est appelé au bonheur. Les jeunes que j’ai rencontrés ce matin y aspirent au moins autant que moi. Nous pourrons donc tenter, encore et encore, de le bâtir ensemble. Voulez-vous rejoindre ces nouvelles générations et croire en leur potentiel pour créer du bonheur ? Moi, j’en suis.