Connaître les religions pour mieux vivre ensemble

francoisde-discours-assise_0_730_502Par les temps qui courent, vous vous demandez peut-être où l’on s’en va. Vous avez peut-être le sentiment que les religions sont la cause de tout ce désordre. Regardons de plus près.

Le vide causé par la désaffection de l’Église catholique à partir des années 1970 a vu paraître une multitude de nouveaux mouvements religieux, à commencer par les églises évangéliques qui connaissaient une première vraie poussée chez les Québécois francophones, parallèlement aux Témoins, aux Adventistes et aux Mormons! Pour la plupart d’entre nous, cela n’était qu’une affaire de marginaux, des gens crédules qui se laissaient prendre, des « faibles »!

Pour tant d’autres qui s’étaient retrouvés tout à coup sans ressources spirituelles, l’attrait des groupes New Age apparaissait comme la nouvelle solution miracle à leur mal-être : pensée positive, divin en soi, religion universelle, karma, réincarnation, anges, etc. Tout était sur la table pour un renouveau qui devait conduire les adeptes au vrai bonheur, celui que le christianisme n’avait pas su apporter.

Des auteurs « visionnaires » ayant concocté des sagas de science-fiction allaient peu à peu les transformer en mouvements religieux, embrigadant des adeptes qui poursuivaient une quête d’univers parallèles et le franchissement de stades de surhumanité, comme dans la scientologie, ou encore en jurant que nos dieux étaient des êtres supérieurs provenant de galaxies plus avancées que la nôtre, comme les Raëliens!

Mais les promesses de tous ces mouvements n’ont pas su attirer les masses! Si leur foisonnement avant l’an 2000 a pu inquiéter au point où des parlementaires dressaient des listes à surveiller, il semble qu’aujourd’hui peu de gens s’intéressent vraiment à ces groupes qui n’ont de commun que d’être marginaux.

Puisque les anciennes religions et les nouveaux mouvements religieux ne mènent à rien, l’athéisme deviendrait la voie privilégiée. C’est ainsi que dans le monde des croyances, c’est la croyance « en rien » qui, depuis un moment, reçcoit la plus forte augmentation d’adeptes.

Du Moyen-Orient vient cependant le chambardement. Alors que cette religion n’avait que peu de place dans notre vie publique, l’islam s’y est installé grâce à l’immigration francophone. Sans rien connaître de la foi des musulmans, nous voyons la déferlante « islamiste » terroriser les nations. Comme tant d’autres, nous confondons tout et finissons par condamner quiconque semble apparenté à l’islam, d’où la crise que nous connaissons.

Vous ai-je perdu en chemin?

Récemment, on a beaucoup critiqué la place de la théologie et des sciences religieuses à l’université, prétextant que les religions n’ont rien de scientifique. Mais regardez du côté des jeunes qui, depuis 2008, doivent suivre à chaque année une formation en éthique et culture religieuse. Et demandez-vous comment il se fait que ce n’est pas de leur côté que nous trouvons le plus grand nombre de xénophobes, d’islamophobes ou de « religiophobes »!

Parce qu’ils savent, eux, pourquoi ces gens prient de telle manière, pourquoi ils portent tels symboles, pourquoi certains cherchent à développer une discipline particulière, pourquoi d’autres paraissent étrangers à notre mode de vie. Non pas qu’il faille tout accepter sans rien dire – les religions et l’athéisme peuvent toujours être critiqués – mais le faire en les connaissant davantage nous rend aptes à mieux comprendre et, surtout, à entrer en dialogue.

Nous ne pouvons pas vivre avec la certitude que seules nos croyances sont légitimes en dénigrant toutes les autres. Derrière toute croyance, toute religion, il y a des êtres humains qui cherchent la voie du bonheur. En comprenant mieux leur quête, peut-être arriverons-nous à la chercher ensemble, sans rien corrompre de ce que nous sommes. Irez-vous chercher ces connaissances?

TRUMP, un aveuglement des chrétiens

20160923t1111-0443-cns-trump-catholics-advisory_presQue s’est-il donc passé pour que plus de 80% des chrétiens blancs évangéliques, 60% des protestants et 52% des catholiques aient favorisé Donald Trump au moment de voter, le 8 novembre?

Malgré le bras de fer entre le pape François et le candidat républicain au sujet du mur de 1600 km promis par ce dernier à la frontière avec le Mexique, de même que l’expulsion de 11 millions d’immigrants illégaux, malgré les déclarations de la Conférence des évêques américains qui appelaient, bien sûr, à protéger la vie depuis sa conception jusqu’à sa fin naturelle, mais aussi à soutenir les personnes en situation vulnérable sans oublier les migrants et les réfugiés, les catholiques ont tout de même choisi majoritairement l’homme dont les qualificatifs qui le relient à l’immoralité se sont accumulés durant toute la campagne.

Bien sûr, le nouveau président sera dans ligne de mire de tous les observateurs internationaux.

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Faut-il empêcher la religion des autres?*

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Photo: diocèse de Montréal

Chaque année nous traversons la longue période liturgique qui va du Carême jusqu’à la fête du Sacré-Cœur, en passant par Pâques, l’Ascension, la Pentecôte et j’en passe. Par les temps qui courent, ces fêtes ne soulèvent guère d’enthousiasme et encore moins de ferveur populaire. Lors d’une procession de la Fête-Dieu, ils ne seront plus que quelques dizaines de courageux à suivre l’ostensoir.

 

Le catholicisme en tant que religion populaire et historique du « Canada français », est désormais le fait d’une minorité. Mais la foi n’est pas morte pour autant. Et la foi n’est pas limitée au christianisme.

Religions en hausse

De tout temps, les religions ont connu des hauts et des bas. Si le catholicisme semble en voie de disparition au Québec, ce n’est pas le cas en Afrique et en Asie. Sur ces deux continents, toutes les religions connaissent une hausse. Il en est ainsi pour l’Islam qui se développe également en Europe et en Amérique du Nord.

Par le fait de nos politiques d’immigration, nous assistons à une arrivée constante de nouveaux citoyens venant de pays musulmans. Ils viennent de plus en plus en familles déjà constituées, mari, femme, enfants. En tant que familles, celles-ci vont davantage reproduire leurs coutumes, traditions et pratiques religieuses et veiller à leur transmission.

Une première réaction serait de craindre ce mouvement, en croyant que les musulmans confessent une religion violente et hostile aux autres croyants. Si cette perception n’est pas toujours erronée, il serait sot de croire que tous les musulmans y souscrivent. Une réaction plus équilibrée consisterait à nous demander en quoi cette religion peut aussi contribuer à la construction d’un monde plus juste.

turkey_pope_rain__2_En réalité, les différences sont surtout liées à des considérations historiques, juridiques et langagières. Car la foi des musulmans n’est rien d’autre que la foi d’Abraham, donc des Juifs. Les deux religions confessent le Très-Haut, le Miséricordieux qui a fait le ciel et la terre et tout ce qu’elle contient. Les Juifs auront davantage développé le caractère engagé de Dieu qui ne se contente pas d’avoir créé le monde et donné ses commandements, mais qui agit dans l’histoire. Quant aux chrétiens, ils voient dans l’image du Père le même Dieu créateur et sauveur.

La foi produit des fruits suscités par l’Esprit de Dieu : la piété, l’humilité, la patience, la compassion, l’amour du prochain, le discernement, la passion pour la justice, etc. Nous trouvons de tels fruits dans toutes les grandes religions. Cela ne les met nullement sur le même pied. Les catholiques n’ont pas à relativiser leur religion comme si elle n’était qu’une parmi d’autres. Mais il serait vain de croire que les autres croyants n’accordent pas la même primauté à leur propre religion! Alors que faire?

Nous sommes à la croisée des chemins pour l’humanité. Quand elles parviennent à exprimer le meilleur d’elles-mêmes, les religions peuvent soutenir la mise en œuvre de politiques qui font progresser la société en aidant chaque personne à devenir un meilleur humain. Comme le pape François nous y invite, prenons le parti du vivre-ensemble dans la paix et la compréhension mutuelle.

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* Ce texte est le 39e article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de juillet-août 2016 du Messager de Saint-AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle. Les destinataires de cette série sont des gens bien enracinés dans l’Église catholique. 

La vie en 2016…

24917287-happy-new-year-2016-replace-2015-concept-on-the-sea-beach-stock-photoLa vie en 2016
ne sera pas bien différente
de la vie en 2015 !

Nous rencontrerons des défis semblables,
par exemple :
l’arrivée d’un enfant
et tout le chambardement qu’il provoque;
la maladie de certains proches ou la nôtre;
des accidents de vélo, de voiture,
de sport ou simplement en marchant;
l’échec d’un amour, la négociation
pour la garde partagée;
les tensions avec notre voisinage
ou avec des membres de notre famille;
la perte d’un emploi ou une situation
prolongée de grève ou de lock-out;
un déménagement dans une situation complexe
ou une maison qui ne se vend pas;
la perte d’un être cher et le deuil à faire.

Il y aura aussi
de l’intimidation dans nos écoles;
des overdoses de drogue;
des batailles de gars ivres
ou des abus, viols et meurtres;
des excès de consommation
et de l’endettement qui vient avec;
des détournements de fonds publics,
et la corruption chez certains de nos élites;
du racisme et de la xénophobie;
des positions pour et contre tout
et des coups en bas de la ceinture
en lieu et place de débats rationnels;
des attentats terroristes
et les privations de liberté en hausse;
des manifestations voulues pacifiques,
mais réprimées dans la violence;
des catastrophes naturelles
et d’autres tragédies provoquées
par les humains;
et surtout toutes ces guerres,
des populations prises en otage,
bombardées, déplacées,
n’aspirant plus qu’à trouver refuge,
après avoir abandonné tout espoir.

Il y aura aussi, c’est tout aussi certain :
des retrouvailles et des réconciliations
longtemps attendues;
des élans de solidarité
face à la misère des proches;
des déclarations d’amour
qui ouvrent au bonheur possible;
des familles reconstituées qui redonnent aux enfants
un contexte favorable à leur développement;
des interventions efficaces
pour contrer toute forme d’intimidation;
des coming out libérateurs
au sein de communautés inclusives;
des témoignages vibrants pour dire
qu’autrement est mieux
et qu’essayer en vaut la peine.

Et partout dans le monde,
nous serons témoins de la générosité
et de l’ingéniosité de frères et de sœurs
en humanité pour combattre
les poussées des ténèbres,
dénoncer les injustices,
accueillir les réfugiés,
obtenir des droits
pour celles et ceux qui en sont privés;
et pour laisser surgir le goût de la vie
bonne, juste et paisible pour tous.

En 2016, la vie ne sera pas différente,
mais chacune et chacun de nous
pourra l’être un peu si,
en mettant un peu plus en avant
l’espérance plutôt que le découragement;
la générosité plutôt que le repli sur soi;
l’amour de la différence
plutôt que du semblable exclusivement;
nous nous mettons davantage ensemble,
déterminés à bâtir un avenir
réellement meilleur pour nos enfants
et toutes les générations qui nous suivront.

cultivons-la-paixAlors,
puisque 2016 ne sera pas très différente de 2015,
je vous souhaiterai donc des vœux tout simples :
que la vie vous accorde la force,
le courage et la résilience
pour affronter tous les passages difficiles
qu’elle vous présentera,
en particulier
ceux qui paraîtront sans issue;
quelle vous procure des moments de fierté
pour vos accomplissements personnels
et pour vos réussites de groupe;
qu’elle vous donne d’être entourés
de gens aimants, capables d’attention
tout autant que réceptifs à la mutualité;
qu’elle vous apporte au fond du cœur
la certitude que la paix
est la richesse la plus féconde
et la conviction que votre mission
est d’y travailler sans relâche,
auprès de toutes les artisanes et tous les artisans
de paix qui œuvrent en ce monde.

Oui, en 2016, plus de paix!

Infanticides: la justice n’est pas vengeance

Les ossements de Cédrika Provencher, le procès de Guy Turcotte: le Québec est témoin ces jours-ci des plus récents rebondissements dans ces drames déchirants. Dans ce flot d’émotions baigné parfois de commentaires acerbes, rappelons-nous que la véritable justice est celle qui pacifie les cœurs et non celle qui cherche la vengeance.

Nous voudrions que ces histoires n’aient jamais eu lieu. Quand ça s’est passé si près de nous, ça prend une tournure nettement plus tragique. La proximité a ceci de particulier que l’événement nous atteint plus profondément. Et l’étalage de tous les détails macabres n’a pu que nous entraîner collectivement dans une sorte de délire qui n’en finit plus.

Notre désir de justice peut se confondre alors avec celui de la vengeance. «Il doit payer, l’écœurant!», «pour lui le retour de la peine de mort serait justifié!», ai-je entendu au sujet de Guy Turcotte, dont la sentence pour le meurtre de ses enfants sera connue sous peu.

Le sens de la justice

Le verdict du premier procès de Guy Turcotte avait de quoi étonner. Tant de subtilités juridiques, de terminologies spécialisées faisaient en sorte que nous n’étions pas en mesure d’en saisir la portée exacte. Si un deuxième procès a pu avoir lieu, ce n’est certes pas sur des arguments populistes, pour satisfaire un public revanchard s’exprimant massivement, ni pour le seul soulagement de la mère et ex-conjointe.

Non, notre système de justice permet de réviser les conditions qui ont conduit à un jugement et de considérer que certaines procédures ou «influences» ont pu égarer un jury, d’où la reprise.

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« Malheureuses, les femmes enceintes! »

Ma mère fut enceinte à huit reprises et mit au monde six garçons et deux filles. Chaque fois qu’elle a l’occasion de parler avec un prêtre à propos des évangiles, elle revient sans cesse sur ce passage qui l’a terriblement perturbée (lire l’Évangile selon Matthieu, chapitre 24). Comme elle fréquentait assidûment la messe et que ce texte revient plus ou moins à chaque année, parfois plus d’une fois, elle a donc eu l’occasion de l’entendre proclamé durant pratiquement toutes ses grossesses. Cette annonce par Jésus des signes de la fin des temps allait à l’encontre de sa joie et de son espérance pour ses enfants. Par les temps qui courent, j’ose parfois désespérer de l’humanité jusqu’à avoir la tentation de croire que ce n’est pas bien de concevoir un enfant et le « livrer » à un tel monde… Et voici que ma belle-fille est enceinte. Avec notre fils, ils en sont à leur quatrième! J’ai tendance à les voir un peu naïfs alors qu’ils sont tous les deux heureux de cette perspective. Je me demande s’ils savent vraiment dans quel monde va naître leur petite Aurélie.

Des airs de fin du monde

Au rythme où nous détruisons cette planète, certains chercheurs sérieux commencent à établir des dates d’expiration de nos ressources énergétiques. Cela va de soi pour le pétrole et les énergies fossiles, mais également et de plus en plus pour les ressources alimentaires ainsi que l’eau potable. On ne les croyait pas vraiment lorsqu’ils ont commencé à nous interpeller avec la couche d’ozone et le réchauffement climatique. Aujourd’hui, il n’y a que les politiciens apparemment sous l’emprise des multinationales qui osent encore nier la réalité. Si ce qu’on nous prédit n’est vrai qu’à moitié ou au quart, il y a donc bel et bien une probabilité très forte que le monde dans lequel vivront les enfants qui naissent ces jours-ci sera moins confortable, plus dur, plus inégal encore que celui dans lequel nous évoluons.

Le portrait est clair: augmentation des cataclysmes naturels, des tensions internationales, des clivages sociaux, durcissement des positions des plus riches et des plus pauvres, les uns voulant sauvegarder leurs acquis, les autres n’en pouvant plus de leur arrogance et de leur égoïsme, etc. Bref, il y a en moi un « je ne sais quoi » qui me tire vers la dépression chronique… Si j’étais « enceint », j’ai tendance à croire que ce « je ne sais quoi » m’entraînerait vers une déprime pré-in-post partum! Oui, je le crois sincèrement, il faut être foncièrement optimiste pour mettre au monde des enfants en 2013…

Quelle espérance?

Mais d’où peut bien provenir cette énergie de vivre qui pousse à procréer? Bien sûr, un ventre qui « se grossit » de jour en jour d’une vie distincte est un message contradictoire envoyé à tous les prophètes de malheur. C’est comme si ces mères portaient en elle cette folle espérance que, malgré tout, un autre monde est possible. C’est comme si elles disaient, au-delà des mots, qui seraient de toute façon insuffisants :

Toi, mon enfant, je te prépare un monde parfait, la meilleure des vies possibles. Je te protégerai de toute malveillance. Je te prodiguerai tous les soins nécessaires à ta croissance, tant physique que psychique. Je t’aimerai d’un amour qui te fera traverser toutes les épreuves. Je serai avec toi dans tout ce que tu vivras. Tu seras heureux, je t’en fais la promesse…

Oui, il y a assurément un tel élan d’espoir qui inspire les futures mamans dans leur choix d’accueillir la vie qui pousse en elles. Mais je n’idéalise pas. Je sais bien que pour un grand nombre les conditions qui permettent d’espérer ne sont pas réunies. Certains enfants grandiront dans un ventre qui est la seule protection contre le monde hostile dans lequel leur mère semble se démener pour survivre. Leur sort en sera jeté dès qu’ils évacueront ce sanctuaire naturel. Ils seront appelés à subir tout ce que notre monde sait faire de mal: la pauvreté, la négligence, la violence, etc. Pas besoin de chercher ailleurs pour imaginer le pire, car nous savons qu’il existe aussi dans notre société tenue artificiellement dans un confort dont la fin est de plus en plus prévisible.

Je me demande souvent comment on peut continuer d’espérer sans avoir la foi. L’enfant qui naît vient avec ce don immaculé qu’est la foi, c’est-à-dire une attente intrinsèque qu’il lui sera fait du bien. C’est ce don qui est abîmé le plus souvent dans la tendre enfance, lorsque les parents, l’entourage, les services sociaux, l’emploi, l’argent, bref tout ce que comporte la vie des adultes vient interférer avec la vulnérabilité de l’enfant. Je vois donc dans cette espérance des femmes enceintes, une forme préservée de la foi originelle, celle qui fait confiance, celle qui espère.

Car de l’espoir, il en faut pour faire tourner le moteur de l’amour. Sans espoir, notre être se recroqueville, se ratatine sur lui-même et se met en stand by. Qu’attend-il? Qu’une main lui soit tendue, une main chaleureuse, une main généreuse, une main amoureuse. N’est-ce pas tout ce à quoi aspire notre « enfant intérieur », celui qui dispose d’une foi qui respire encore malgré son enfouissement sous les décombres?

Ma foi se porte bien, soyez rassurés. Car ma foi ne repose pas d’abord sur les humains seuls. Elle repose sur les humains reliés entre eux par cette inspiration de plus en plus partagée qui les pousse à l’urgence de l’inter-connectivité et de l’interdépendance, à une sorte d’écologie humaine. Les signes de cette montée sont bien perceptibles. Et je crois, sincèrement, qu’il faut un Dieu pour que les humains reçoivent leur vie comme un appel, une vocation, une mission de faire régner plus que jamais la justice et la paix. C’est ce Dieu qui a suscité chez tant d’humains l’élan d’aimer leur prochain comme eux-mêmes. C’est lui qui a inspiré l’auteur du Psaume 84 pour cette formule géniale:  « Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent ». Voici donc mon espérance et mon attente: que des hommes et des femmes prennent au mot cette formule et font se rencontrer l’amour et la vérité, s’embrasser la justice et la paix. Le monde à venir ne pourra que s’en porter mieux et les enfants qui naîtront seront aspirés par ce mouvement fraternel et solidaire. Tout ça pour que les femmes enceintes, ma belle-fille surtout, aient raison d’espérer… Êtes-vous du nombre de celles et ceux qui portent ce rêve pour ma future petite-fille Aurélie?

Le combat de Saint-Pierre (pas le pape)

Une violence mise en scène...

Une violence mise en scène…

Avant samedi, je n’avais jamais regardé plus de 10 secondes d’un combat extrême (Ultimate Fighting). Et Dieu sait que sur les chaînes sportives, la programmation est en hausse vertigineuse. J’avoue toutefois m’être laissé emporté par la vague GSP (Georges St-Pierre). Pour les rares dans le monde qui ne le connaissent pas, il s’agit d’un champion du monde d’arts martiaux multiples, mais, surtout, il est d’ici, un noble représentant du Québec…

L’homme inspire le respect. Il est chic, affable, généreux. Son image publique ne peut qu’attirer la sympathie. La marque GSP qu’il a créée ne fait que suivre les qualités de l’homme jusqu’à devenir un produit de niveau mondial. Il ne peut que nous rendre, nous Québécois, fiers du rayonnement qu’il nous procure dans le monde.

Ne voulant pas encourager ce genre de spectacle, je ne me suis pas offert le combat en télé payante. Sur Twitter, un individu avait simplement laissé un lien vers un site web anglais qui en faisait la diffusion gratuite et légale. Je me suis donc laissé gagner. J’ai laissé le stream défiler jusqu’à l’heure du combat. Jusque là, je jetais un oeil furtif aux combats préliminaires en retournant à mes autres occupations. Vraiment aucun intérêt pour moi. Mais tout a changé lorsque Georges St-Pierre et Carlos Condit furent présentés à la foule. Dès le début du combat, mon coeur s’est mis à s’emballer fébrilement. Je suis devenu soudainement comme n’importe lequel des fans de cette violence commanditée, qu’ils aient été dans la foule à 600$ le billet ou bien dans leurs salons abonnés à une chaîne payante. Je me suis mis à vouloir qu’il gagne, qu’il frappe fort, qu’il parvienne au KO, à avoir mal lorsqu’il recevait des coups, bref, je voulais par-dessus tout qu’il écrase son adversaire. Rien de très noble…

Pendant ce temps, à Gaza…

La violence-spectacle génère une véritable folie chez les foules en liesse qui sont prêtes à engouffrer des sommes astronomiques dans ce type de sport. Vivre par champion interposé le stress de la préparation et de l’attente, entrer dans le rythme du combat, sentir l’adrénaline monter au plafond, jubiler de joie lorsque la victoire arrive enfin ou rager de colère si la défaite survient en désirant plus que tout la revanche. Il y a tant d’émotions dans un combat, que je pense qu’on peut en développer une forme d’addiction.

Ceci est de la vraie violence subie

Ceci est la réalité vécue ces jours-ci…

Devenir dépendant de la violence-spectacle, c’est peut-être aussi un peu la conséquence de la voir présentée tous les soirs par les nombreux conflits armés dans le monde, entre une nouvelle nationale et la météo. Par exemple, samedi, c’était sans doute la journée la plus violente depuis des années à Gaza, en Palestine. Bien sûr, il y a des roquettes qui sont lancées régulièrement sur Israël. Bien sûr, il faut réagir, montrer que cela n’est pas acceptable, traquer les coupables et les punir. Le spectacle auquel nous assistons depuis quelques jours n’est pas de cet ordre. Ce n’est pas la simple loi du Talion (oeil pour oeil, dent pour dent) qui se déploie sous nos yeux. C’est du cent pour un. En 2008, en seulement 22 jours, l’opération « Plomb durci » avait causé la mort de 1300 Palestiniens dont 410 enfants et 108 femmes et blessé plus de 5300 personnes. Du côté israélien, on a compté 13 morts dont trois civils et 193 blessés dont 80 civils. Il semble bien que l’opération en cours ne s’arrêtera pas avant d’avoir atteint des sommets semblables, après avoir éliminé des centaines de vies et blessé plusieurs centaines d’hommes, femmes et enfants à qui il ne restera que la rage au coeur et un désir de vengeance semblable aux admirateurs du champion Condit, « abattu » par son adversaire St-Pierre… La différence, c’est qu’eux n’ont jamais souhaité cette violence. Ces gens ne veulent qu’un peu de dignité, de paix et de justice!

Pourquoi toujours plus violents?

Nous vivons dans une société lassée de l’ordinaire. Les nouvelles générations veulent, comme leurs aînés l’ont désiré, aller plus loin, plus fort, plus haut! Les sports extrêmes poussent cette logique aussi loin qu’on puisse l’imaginer et même plus encore. Et de la lutte ou la boxe olympique, nous sommes passés à la professionnalisation des sports de combat autrefois illégaux comme ceux de l’Ultimate Fighting Championship.

Peut-on véritablement vivre paisiblement entre ces deux types de violence, l’une organisée, sponsorisée, promue à grands coups de publicité et de produits dérivés; l’autre étant subie, le plus souvent cachée, silencieuse et causant des pertes humaines réelles et brisant des familles pour des générations? Quand j’ai vu l’état des deux belligérants, à la fin du combat (voir photo ci-haut), j’ai pensé à un artiste des effets spéciaux au cinéma. Rémy Couture est si génial qu’il parvient à recréer des visages déconfits, ensanglantés, des monstres déformés qui ont l’air vrais, des scènes de crimes reconstituées qui sont si vraisemblables qu’il en a même été poursuivi au criminel comme s’il avait commis vraiment les actes mis en scène! Rémy Couture ne frappe personne et ne blesse ni femme ni enfant. Georges St-Pierre frappe réellement pour faire mal jusqu’à obtenir la victoire, si possible par abandon ou KO. Et même s’il redevient gentil après son combat, il a tout de même voulu terrasser un homme qui n’avait rien contre lui sinon qu’il en voulait à son titre… Violence réelle pour des motifs artificiels.

Entre un Rémy Couture qui produit de manière artistique des effets spéciaux représentants ses corps défigurés par la violence et un Georges St-Pierre défigurant pour vrai le corps de ses adversaires, j’avoue que je commence à avoir un faible pour le maquilleur! N’empêche. Mettre en rapport les vraies histoires où des personnes réelles subissent les assauts, les bombardements, qui ont la mort pour compagne quotidienne et ces combats extrêmes qui causent des préjudices graves à certains combattants pour l’argent et la gloire, cela ne me rend pas fier de l’humanité. Quand ici, dans mon petit confort d’Occidental bien content de mon sort, je m’arrête un peu à réfléchir sur tout ceci, je ne peux que devenir triste et déprimé.

Je ferai donc un choix concret. Je ne regarderai plus jamais un combat extrême, que ce soit St-Pierre ou un autre qui en soit la vedette. Je n’encouragerai aucun investissement dans ces spectacles. Ne me donnez surtout pas de billets et ne m’invitez pas à y assister. Chaque fois que j’aurai un petit pécule d’extra, je tenterai de l’investir dans l’humanité, en donnant à des organismes comme la Croix-Rouge, le Croissant-Rouge, Médecins sans frontières, Amnistie internationale, Oxfam Québec, Développement et Paix et tous les autres qui tentent de faire advenir un monde sans violence. Si un petit nombre de ceux qui ont permis à Georges St-Pierre de devenir multi-millionnaire en jouant au gladiateur des temps modernes faisait de même, peut-être qu’on pourrait commencer à inverser le mouvement de décadence qui nous ramène peu à peu aux temps de l’Antiquité où des dictateurs offraient du pain et des jeux violents dans l’arène à des peuples réduits à leurs plus bas instincts. Non, le progrès social n’est certes pas dans cette direction. Parfois, il faut savoir s’arrêter et repartir dans la direction du bon sens et du bien commun. Tant que des vraies bombes tomberont sur des populations civiles, nous en seront très loin. Qui fera les choix qui s’imposent pour changer les choses? Qui s’engagera aujourd’hui sur la voie de la paix et de la justice?