Archives de mot-clé : islam

TRUMP, un aveuglement des chrétiens

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20160923t1111-0443-cns-trump-catholics-advisory_presQue s’est-il donc passé pour que plus de 80% des chrétiens blancs évangéliques, 60% des protestants et 52% des catholiques aient favorisé Donald Trump au moment de voter, le 8 novembre?

Malgré le bras de fer entre le pape François et le candidat républicain au sujet du mur de 1600 km promis par ce dernier à la frontière avec le Mexique, de même que l’expulsion de 11 millions d’immigrants illégaux, malgré les déclarations de la Conférence des évêques américains qui appelaient, bien sûr, à protéger la vie depuis sa conception jusqu’à sa fin naturelle, mais aussi à soutenir les personnes en situation vulnérable sans oublier les migrants et les réfugiés, les catholiques ont tout de même choisi majoritairement l’homme dont les qualificatifs qui le relient à l’immoralité se sont accumulés durant toute la campagne.

Bien sûr, le nouveau président sera dans ligne de mire de tous les observateurs internationaux.

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Lisée et le religieux instrumentalisé

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Au cours de la campagne à la chefferie du Parti québécois (PQ), les croyances religieuses ont encore été l’objet de débats, voire d’attaques, lorsque l’un ou l’autre des candidats ou candidate exprimait une opinion sur le fait religieux dans notre société.

Entre un Alexandre Cloutier qui a semblé retourner sa chemise au lendemain de la défaite du PQ en 2014 et qui a montré de la sympathie envers une minorité religieuse, d’une part, et un Jean-François Lisée qui, d’autre part, a donné l’impression de s’être rapproché des courants nationalistes identitaires, nous avons pu assister encore une fois à l’instrumentalisation des religions au service de la partisannerie.

Vouloir un pays, c’est une chose à laquelle j’adhère facilement. Vouloir un pays qui nie l’évolution des 40 dernières années en croyant que la «souche» canadienne-française serait capable de rallier une majorité de votants sans compter sur l’immigration, en est une autre.

Faire preuve d’ouverture

Les «bons immigrants» sont ceux que nous avons. Ils ne sont rien d’autre que des humains remplis d’espoir ayant choisi de venir habiter un pays accueillant et inclusif. Ils sont venus avec leur culture qui, comme la nôtre, comporte une part de bons coups et une part de trucs étranges.

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Donner sa vie comme Jésus*

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Le martyre d’Etienne

Le 25 juillet 2016, le prêtre Jacques Hamel a été lâchement assassiné en France, à l’occasion de sa messe quotidienne. Son nom s’ajoutait ainsi à la longue liste des victimes innocentes de ce mouvement de haine et de destruction issu, en partie, d’une grave déviation politique de l’islam.

Bien entendu, être égorgé au beau milieu de la messe qu’il célébrait conduira ce prêtre à une canonisation bien légitime. Il en fut toujours ainsi dans l’histoire de l’Église, à commencer par saint Étienne mort par lapidation alors qu’il chantait la gloire de Dieu! Chaque fois qu’un prêtre fut tué dans le cadre de sa mission sacerdotale, l’Église a reconnu dans le symbole de cette vie « offerte » de véritables semences d’Évangile. Il n’est pas rare, en effet, que de tels martyres aient eu pour effet d’engendrer de nouveaux chrétiens.

De quel côté est la folie…

On pourrait regarder la mort de ce prêtre comme une sorte de folie chrétienne. En effet, de nombreux chrétiens ont voulu suivre le Christ de diverses manières allant parfois jusqu’à désirer mourir de la même manière que lui. Je cite un missionnaire en Chine, le père Gabet, qui écrivait ceci à sa sœur : « Je demande à tous les jours à la sainte messe la grâce de mourir martyr. […] Au moins, quand on meurt martyr, on fait un acte agréable à Dieu ». (Annales de la Congrégation de la Mission, tome VI, 1840). Son vœu n’aura pas été exaucé, car il mourut de la fièvre jaune.

Au contraire, Christian de Chergé, le prieur de moines de Tibhirine, n’a jamais cherché cette fin pour lui-même ni pour ses frères. Dans son « testament » il écrit : « Je ne saurais souhaiter une telle mort. Il me paraît important de le professer. Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j’aime soit indistinctement accusé de mon meurtre. C’est trop cher payer ce qu’on appellera, peut-être, la « grâce du martyre » que de la devoir à un Algérien, quel qu’il soit, surtout s’il dit agir en fidélité à ce qu’il croit être l’Islam. » C’est pourtant ce qui survint.

Qu’il soit ou non désiré comme une fin personnelle, le martyre n’est jamais un acte qu’on commet soi-même. Il est toujours le résultat de la perte d’humanité subie par le bourreau. Si nous glorifions le martyre, c’est surtout pour marquer l’innocence de la victime, à l’image de celle de Jésus au cœur de sa Passion. Confesser Jésus comme Christ, porter comme lui sa croix et témoigner de l’Évangile comporteront toujours leur part de risques, même auprès de nos proches!

Si la persécution vient jusqu’à nous, elle peut souvent être comprise comme un mal absolu, puisqu’à travers les chrétiens on s’en prend à leur foi et au Dieu confessé par eux. Mais la mort peut s’avérer remplie de fécondité, lorsqu’elle incite des gens à s’opposer au mal causé par la folie meurtrière, sans répondre à la violence par la violence. Alors elle devient un puissant compost qui permet aux plus belles pousses de l’humanité de faire fleurir l’amour et la paix.

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* Ce texte est le 41e article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition d’octobre 2016 du Messager de Saint-Antoine

Prêtre égorgé et martyrs de l’humanité

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Photo du père Jacques Hamel dans un mémorial improvisé, à Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen. (CNS photo/Ian Langsdon, EPA)

Le 25 juillet 2016, le prêtre Jacques Hamel a été lâchement assassiné en France, à l’occasion de sa messe quotidienne, en présence de quatre fidèles. Sa mort s’ajoutait ainsi à la longue liste des victimes innocentes de ce mouvement barbare qui se nourrit à même la haine de l’autre, la soif de vengeance, l’intégrisme religieux et le refus de la différence.

Bien entendu, un prêtre égorgé au beau milieu de la messe qu’il célébrait ne peut que conduire l’Église à une canonisation quasi automatique et sans doute bien légitime. On peut comprendre l’empathie que ce meurtre a pu susciter chez les catholiques. J’en ai cependant contre la récupération de l’événement comme le prétexte qu’il manquait pour inciter à une nouvelle croisade. Lorsque je vois des titres comme Le premier martyr de l’islam en terre d’Europe ou encore La France égorgée, là mais pardon, je décroche complètement…

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Faut-il empêcher la religion des autres?*

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Photo: diocèse de Montréal

Chaque année nous traversons la longue période liturgique qui va du Carême jusqu’à la fête du Sacré-Cœur, en passant par Pâques, l’Ascension, la Pentecôte et j’en passe. Par les temps qui courent, ces fêtes ne soulèvent guère d’enthousiasme et encore moins de ferveur populaire. Lors d’une procession de la Fête-Dieu, ils ne seront plus que quelques dizaines de courageux à suivre l’ostensoir.

 

Le catholicisme en tant que religion populaire et historique du « Canada français », est désormais le fait d’une minorité. Mais la foi n’est pas morte pour autant. Et la foi n’est pas limitée au christianisme.

Religions en hausse

De tout temps, les religions ont connu des hauts et des bas. Si le catholicisme semble en voie de disparition au Québec, ce n’est pas le cas en Afrique et en Asie. Sur ces deux continents, toutes les religions connaissent une hausse. Il en est ainsi pour l’Islam qui se développe également en Europe et en Amérique du Nord.

Par le fait de nos politiques d’immigration, nous assistons à une arrivée constante de nouveaux citoyens venant de pays musulmans. Ils viennent de plus en plus en familles déjà constituées, mari, femme, enfants. En tant que familles, celles-ci vont davantage reproduire leurs coutumes, traditions et pratiques religieuses et veiller à leur transmission.

Une première réaction serait de craindre ce mouvement, en croyant que les musulmans confessent une religion violente et hostile aux autres croyants. Si cette perception n’est pas toujours erronée, il serait sot de croire que tous les musulmans y souscrivent. Une réaction plus équilibrée consisterait à nous demander en quoi cette religion peut aussi contribuer à la construction d’un monde plus juste.

turkey_pope_rain__2_En réalité, les différences sont surtout liées à des considérations historiques, juridiques et langagières. Car la foi des musulmans n’est rien d’autre que la foi d’Abraham, donc des Juifs. Les deux religions confessent le Très-Haut, le Miséricordieux qui a fait le ciel et la terre et tout ce qu’elle contient. Les Juifs auront davantage développé le caractère engagé de Dieu qui ne se contente pas d’avoir créé le monde et donné ses commandements, mais qui agit dans l’histoire. Quant aux chrétiens, ils voient dans l’image du Père le même Dieu créateur et sauveur.

La foi produit des fruits suscités par l’Esprit de Dieu : la piété, l’humilité, la patience, la compassion, l’amour du prochain, le discernement, la passion pour la justice, etc. Nous trouvons de tels fruits dans toutes les grandes religions. Cela ne les met nullement sur le même pied. Les catholiques n’ont pas à relativiser leur religion comme si elle n’était qu’une parmi d’autres. Mais il serait vain de croire que les autres croyants n’accordent pas la même primauté à leur propre religion! Alors que faire?

Nous sommes à la croisée des chemins pour l’humanité. Quand elles parviennent à exprimer le meilleur d’elles-mêmes, les religions peuvent soutenir la mise en œuvre de politiques qui font progresser la société en aidant chaque personne à devenir un meilleur humain. Comme le pape François nous y invite, prenons le parti du vivre-ensemble dans la paix et la compréhension mutuelle.

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* Ce texte est le 39e article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de juillet-août 2016 du Messager de Saint-AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle. Les destinataires de cette série sont des gens bien enracinés dans l’Église catholique. 

À Orlando, la lettre tue pour vrai

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Vigile à San Francisco le 13 juin en solidarité avec les victimes de la tuerie d'Orlando.

Vigile à San Francisco le 13 juin en solidarité avec les victimes de la tuerie d’Orlando. (CNS photo/John G. Mabanglo, EPA)

Les trois religions monothéistes ont en commun de faire reposer leurs positions dogmatiques et morales sur des écrits considérés comme «saints». Si l’on se pose en croyant ou croyante face aux Écritures de sa propre religion avec la conviction qu’elles doivent être prises «à la lettre» et ne peuvent aucunement être interprétées en fonction de l’évolution des connaissances et de l’esprit humain, il devient alors impossible de réfléchir et de discerner sur des choix éthiques propres à notre époque. Il n’y aurait plus qu’à suivre les prescriptions qui y sont édictées, même si le contexte de leur élaboration ne tient pas compte de la réalité actuelle.

Prenons le cas d’Omar Mateen, le tueur d’Orlando.

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Choisir l’humain, pas l’instinct!

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Photo: Le Progrès-Dimanche

J’ai été étonné de découvrir, dans l’édition du 6 mars du journal Le Progrès-Dimanche, un reportage sur le groupe qui se nomme La Meute. Ce regroupement se donne pour objectifs de « s’opposer à l’immigration massive d’islamistes radicaux et d’être « contre la charia et le projet de loi 59 ». Bien qu’il soit relativement commun d’attirer des adeptes d’une page ou d’un groupe sur un réseau social, le nombre de 25 000 abonnés, dont « environ 300 » originaires de ma région du Saguenay-Lac-St-Jean, a paru suffisamment important pour que l’hebdomadaire régional lui accorde la une et deux pages complètes, malgré l’anonymat de la source qui s’est justifié de vouloir protéger ses enfants.

Quelles motivations?

Il me semble pouvoir identifier deux éléments qui sont à même de nourrir « le loup » qui sommeille en nous et qui pourraient inciter certains d’entre nous à s’affilier à un tel groupe : la peur et le repli.

Les réseaux sociaux nous relaient quotidiennement des situations qui mettent au premier plan des coutumes de certaines régions du monde qui paraissent incompatibles avec notre mode de vie et qui suscitent parfois notre indignation. Les médias de masse s’intéressent hautement aux groupes religieux associés à des franges islamistes aux ambitions guerrières. Toutes ces informations alimentent la peur que de telles pratiques puissent un jour s’imposer à notre culture et que les violences de ces intégristes finissent par nous atteindre. La confusion entretenue permet difficilement de faire la part des choses dans notre esprit entre un musulman qui s’installe ici pour y vivre, travailler, élever sa famille et prier, dans le respect des lois, et l’infime minorité des islamistes qui ont pris le chemin de la force pour imposer une vision tout-à-fait contestable de leur religion par les musulmans eux-mêmes.

Le second élément est conséquent à la peur. De fait, celle-ci peut conduire à une forme de repli identitaire vers un « nous » qui nous semblerait tout-à-coup rassembleur parce qu’il véhiculerait des valeurs supérieures à celles des populations arabo-musulmanes. Un tel groupe nous rallierait, défendrait nos valeurs et nous apporterait un sentiment de sécurité, le tout en nous imposant, en retour, une fermeture à l’autre, cet autre lui-même étranger à ces mouvements violents et dont nous nous priverions pour continuer de croître.

Le mythe de l’invasion

En effet, que l’on approuve ou non les politiques d’immigration ou d’accueil des réfugiés de nos gouvernements, la peur d’une invasion que la Meute qualifie même de « massive » par un courant islamique radical ne trouve aucun fondement. Même les 25 000 réfugiés accueillis récemment dans l’ensemble du Canada représentent moins de 0,7% de la population. On ne peut aucunement parler d’une invasion, et encore moins « au sein de nos gouvernements fédéral et provincial » ! Au contraire, les études démontrent que, partout au Québec, l’intégration des familles arabo-musulmanes est généralement harmonieuse et qu’elles comptent parmi celles qui font le moins de vagues.

De plus, pour assurer notre propre survie démographique, maintenir notre niveau de vie y compris nos retraites, et même améliorer notre situation économique, il est clair que nous devons augmenter l’immigration plutôt que de la limiter.

Une hostilité à peine voilée

Des groupes comme La Meute, même s’ils se présentent comme respectueux des lois et de la démocratie, choisissent des symboles qui, au contraire, témoignent du besoin de se montrer forts en se regroupant autour de symboles hostiles. Pour nous faire une idée assez juste de l’effet que cela peut produire, imaginons un instant faire partie d’un petit groupe d’étrangers se retrouvant au milieu d’une meute de « locaux » inhospitaliers…

Il importe de bien comprendre le phénomène des migrations. Selon des sources compétentes, on estime que la moitié des déplacements forcés se termine en tragédies. Des centaines d’enfants sont morts dans les derniers mois en suivant leurs parents désespérés qui risquent tout dans l’ultime espoir de trouver une terre accueillante. On ne quitte pas tout ce qui fait partie de son histoire, son pays, sa culture, ses biens sans que l’on soit poussé par un élan vital de dernier recours.

Nous pourrions croire que nous sommes nés « du bon bord » et que nous sommes en droit de garantir nos privilèges, nos traditions, notre culture aux dépens de notre devoir d’hospitalité. Jusqu’à présent, l’hospitalité comptait parmi les plus belles valeurs de notre société! Ne devrions-nous pas la protéger aussi? Invitons-nous mutuellement à déployer notre empathie : si un jour nous étions à la place d’un réfugié ou d’un migrant, empêchés de vivre notre vie normale, incapable d’assurer la subsistance de notre famille, courbés sous la répression de plus en plus vive ou vivant sous la menace de bombardements quotidiens, ne serions-nous pas, nous aussi, remplis de gratitude envers un peuple qui ouvrirait ses frontières et nous offrirait son hospitalité?

Choisir l’humain, pas l’instinct

Il n’existe pas deux classes d’êtres humains : nous le sommes tous, ou pas du tout. Notre humanité se mesure à notre capacité d’ouverture à l’autre, au bonheur de partager nos joies et nos richesses. L’hospitalité est la dimension de l’être humain qui témoigne le mieux de la profondeur de son humanité. Sommes-nous capables de faire mieux que de nous regrouper en meutes hostiles pour assouvir un instinct de protection que rien, ici et maintenant, ne justifie?