Le renversement de la mission

Cercle-de-parole-768x576.jpgEn tant que chrétien engagé au sein de mon Église, j’ai profondément à cœur, depuis le réveil de ma conscience survenu il y a quelques années, de travailler aux rapprochements entre allochtones et autochtones, à commencer par moi-même. Aussi, marqué par mon expérience de la première rencontre autochtone au sanctuaire Notre-Dame-du-Cap en 2017, il n’était pas question que je rate la deuxième qui s’est tenue les 31 mai et 1er juin 2018.

Le contexte était cependant tout autre. En effet, l’affaire Joveneau, révélée au grand jour l’automne dernier, et une lettre des évêques canadiens annonçant que le Pape n’adresserait pas d’excuses en réponse à la recommandation no 58 de la Commission de vérité et de réconciliation (CVR), rendait cette nouvelle rencontre plus malaisée.

Qu’importe, l’équipe n’a pas renoncé à poursuivre les petits pas sur le sentier de la réconciliation et l’événement a eu lieu malgré tout.

Une parole courageuse

Les rendez-vous comme celui-ci sont rares et il importe de ne pas les manquer. C’est cette pression qui a sans doute poussé le père Luc Tardif à y aller d’une allocution sans détours. Dans la droite ligne de la déclaration de sa congrégation en 1991, répétée en 2013 à l’occasion du passage de la CVR à Montréal, la prise de parole du supérieur provincial des oblats a donné le ton à la rencontre : « Le premier geste à poser est de reconnaître humblement nos responsabilités. Le moins que l’on puisse faire est bien de vous demander pardon, de présenter des excuses, d’exprimer notre douleur et notre solidarité ainsi que notre ferme propos de tout mettre en œuvre pour que plus jamais de telles histoires se reproduisent. »

On ne soupçonne pas toujours le pouvoir guérisseur des mots. C’est à l’occasion du cercle de parole dont le sujet portait sur la lettre des évêques que j’en ai saisi une nouvelle dimension. Après le mot de Mgr Marc Pelchat, évêque auxiliaire à Québec, qui exprimait ses regrets personnels et son désir de ne pas en rester aux effets désastreux de la lettre des évêques canadiens, plusieurs femmes autochtones ont eu leur tour de parole. J’ai alors vu la puissance du pardon.

Deux d’entre elles ont tour à tour exprimé de la reconnaissance pour les excuses du père Tardif, allant jusqu’à dire qu’elles ont fait l’expérience d’une guérison soudaine qui, pour elles, ne pouvait venir que de l’Esprit. En après-midi, lorsque fut venu le temps de cueillir les fruits de la rencontre, d’autres ont exprimé des sentiments similaires.

Un travail spirituel

Ces personnes aussi ont souhaité que les excuses de l’Église, adressées par le Pape, parviennent jusqu’à elles. Leur attente est pleinement légitime. Mais leur témoignage montre que des excuses ne peuvent vraiment atteindre leur but que si elles viennent de cœurs remplis de compassion.

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Comme un présage de réconciliation

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Les Missionnaires oblats de Marie-Immaculée recevaient les Premières Nations au sanctuaire Notre-Dame-du-Cap les 30 et 31 mai 2017. Cette rencontre était espérée depuis 1991, année où la Congrégation formulait ses excuses officielles à propos du rôle que ses membres ont joué « dans l’impérialisme culturel, ethnique et religieux qui a marqué la mentalité avec laquelle les peuples européens ont abordé les peuples autochtones » et en particulier pour leur participation au drame des « pensionnats indiens ». Le provincial de l’époque souhaitait « rencontrer les peuples autochtones et ensemble poser les assises d’une alliance de solidarité renouvelée ».

En réalité, pour la communauté qui a dirigé quatre pensionnats au Québec, ce n’est qu’après les audiences de la Commission de vérité et réconciliation, tenues en 2013 à Montréal, qu’il fut possible d’envisager cette première rencontre entre les religieux et les Premières Nations du Québec.

C’est ainsi que 250 personnes, surtout des aînés, des « grands-mères » et leurs proches, provenant de onze communautés, ont répondu à l’invitation du père Bernard Ménard et de son équipe qui avaient bien raison de se réjouir à la vue de la foule rassemblée, après plus de trois ans de travail pour l’aboutissement de ce projet.

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