Faut-il empêcher la religion des autres?*

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Photo: diocèse de Montréal

Chaque année nous traversons la longue période liturgique qui va du Carême jusqu’à la fête du Sacré-Cœur, en passant par Pâques, l’Ascension, la Pentecôte et j’en passe. Par les temps qui courent, ces fêtes ne soulèvent guère d’enthousiasme et encore moins de ferveur populaire. Lors d’une procession de la Fête-Dieu, ils ne seront plus que quelques dizaines de courageux à suivre l’ostensoir.

 

Le catholicisme en tant que religion populaire et historique du « Canada français », est désormais le fait d’une minorité. Mais la foi n’est pas morte pour autant. Et la foi n’est pas limitée au christianisme.

Religions en hausse

De tout temps, les religions ont connu des hauts et des bas. Si le catholicisme semble en voie de disparition au Québec, ce n’est pas le cas en Afrique et en Asie. Sur ces deux continents, toutes les religions connaissent une hausse. Il en est ainsi pour l’Islam qui se développe également en Europe et en Amérique du Nord.

Par le fait de nos politiques d’immigration, nous assistons à une arrivée constante de nouveaux citoyens venant de pays musulmans. Ils viennent de plus en plus en familles déjà constituées, mari, femme, enfants. En tant que familles, celles-ci vont davantage reproduire leurs coutumes, traditions et pratiques religieuses et veiller à leur transmission.

Une première réaction serait de craindre ce mouvement, en croyant que les musulmans confessent une religion violente et hostile aux autres croyants. Si cette perception n’est pas toujours erronée, il serait sot de croire que tous les musulmans y souscrivent. Une réaction plus équilibrée consisterait à nous demander en quoi cette religion peut aussi contribuer à la construction d’un monde plus juste.

turkey_pope_rain__2_En réalité, les différences sont surtout liées à des considérations historiques, juridiques et langagières. Car la foi des musulmans n’est rien d’autre que la foi d’Abraham, donc des Juifs. Les deux religions confessent le Très-Haut, le Miséricordieux qui a fait le ciel et la terre et tout ce qu’elle contient. Les Juifs auront davantage développé le caractère engagé de Dieu qui ne se contente pas d’avoir créé le monde et donné ses commandements, mais qui agit dans l’histoire. Quant aux chrétiens, ils voient dans l’image du Père le même Dieu créateur et sauveur.

La foi produit des fruits suscités par l’Esprit de Dieu : la piété, l’humilité, la patience, la compassion, l’amour du prochain, le discernement, la passion pour la justice, etc. Nous trouvons de tels fruits dans toutes les grandes religions. Cela ne les met nullement sur le même pied. Les catholiques n’ont pas à relativiser leur religion comme si elle n’était qu’une parmi d’autres. Mais il serait vain de croire que les autres croyants n’accordent pas la même primauté à leur propre religion! Alors que faire?

Nous sommes à la croisée des chemins pour l’humanité. Quand elles parviennent à exprimer le meilleur d’elles-mêmes, les religions peuvent soutenir la mise en œuvre de politiques qui font progresser la société en aidant chaque personne à devenir un meilleur humain. Comme le pape François nous y invite, prenons le parti du vivre-ensemble dans la paix et la compréhension mutuelle.

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* Ce texte est le 39e article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de juillet-août 2016 du Messager de Saint-AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle. Les destinataires de cette série sont des gens bien enracinés dans l’Église catholique. 

À Orlando, la lettre tue pour vrai

Vigile à San Francisco le 13 juin en solidarité avec les victimes de la tuerie d'Orlando.

Vigile à San Francisco le 13 juin en solidarité avec les victimes de la tuerie d’Orlando. (CNS photo/John G. Mabanglo, EPA)

Les trois religions monothéistes ont en commun de faire reposer leurs positions dogmatiques et morales sur des écrits considérés comme «saints». Si l’on se pose en croyant ou croyante face aux Écritures de sa propre religion avec la conviction qu’elles doivent être prises «à la lettre» et ne peuvent aucunement être interprétées en fonction de l’évolution des connaissances et de l’esprit humain, il devient alors impossible de réfléchir et de discerner sur des choix éthiques propres à notre époque. Il n’y aurait plus qu’à suivre les prescriptions qui y sont édictées, même si le contexte de leur élaboration ne tient pas compte de la réalité actuelle.

Prenons le cas d’Omar Mateen, le tueur d’Orlando.

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Comment répondre au terrorisme?

Réponse à M. Jean-Paul Simard

Cher Jean-Paul, j’ai une grande admiration pour l’homme que vous êtes et je me considère plutôt dans une relation respectueuse et amicale avec vous. C’est dans cet esprit que je me permets une réplique à votre propos publié dans le journal Le Quotidien du 9 janvier 2015 et sur votre mur Facebook.

Vous utilisez l’expression « islamisation par le terrorisme ». Si vous écoutez bien – comme je vous l’ai déjà suggéré en vous fournissant même des références – la forte majorité des voix musulmanes qui se sont exprimées à chacune des occasions où les terroristes islamistes ont frappé (dont voici un exemple local), vous ne pouvez pas avancer cette thèse. Il ne s’agit pas d’une islamisation, mais bien d’une « terrorisation » au nom d’une idéologie de puissance et de peur que les terroristes associent à une certaine acception de l’islam. Il serait donc plus juste de ne pas tomber si facilement dans l’amalgame. Ce n’est pas parce qu’un endoctriné crie « Allah Akbar » (« Dieu est le plus grand ») en assassinant des vies au hasard ou en ciblant ses victimes, qu’il peut sans discernement être associé à l’islam en tant que religion. Et rappelons-nous toujours que ce sont surtout des musulmans qui sont tués par centaines de milliers en Afrique (cf. Boko Haram) et au Moyen-Orient au nom de cette « terrorisation » beaucoup plus proche du nazisme que de la religion. Personnellement, je ne crains pas l’islamisation ni le djihad tel qu’il est compris par l’ensemble des musulmans, à savoir « faire de soi une meilleure personne ». Je crains plutôt la haine sous toutes ses formes qui peut s’exprimer par n’importe quel humain sous couvert de n’importe quelle justification idéologique ou religieuse. C’est la haine qu’il faut combattre et non la religion « des autres », même de ceux et celles que nous accueillons.

Trop accueillants?

Revenons sur ce thème de l’accueil. Vous parlez de « l’idéologie » de la « terre d’accueil ». Vous savez pourtant que cette exigence traverse la Bible et les valeurs chrétiennes auxquelles vous vous associez tout comme moi par ailleurs. Dès la Genèse, avec Abraham, par exemple, l’accueil de l’étranger et l’hospitalité sont élevés au rang de vertus. Abraham montre même qu’il faut voir dans l’étranger la présence de Dieu lui-même. Si vous en faites une idéologie, vous niez par le fait même que ces valeurs sont profondément ancrées dans l’histoire judéo-chrétienne et celle de notre civilisation… Le problème réel avec l’accueil n’est pas d’avoir accueilli des étrangers à une époque ou l’autre. Pour la France, par exemple, on compte encore trop de mauvaises expériences d’intégration. Ce ne sont pas les citoyens de première vague qui prennent les armes contre leur société d’accueil, ce sont ceux de deuxième et de troisième génération! N’y voyez-vous pas un signe que l’accueil a été jusque-là défaillant? Que la déception et la colère ont fini par affecter les enfants et les petits-enfants? Il faut chercher les causes et ne pas s’arrêter aux symptômes. Je vous connais trop brillant pour ne pas chercher à approfondir. Et parmi les causes, il faudra bien un jour que nous fassions notre examen de conscience. La colonisation européenne et l’impérialisme américain auquel le Canada participe allègrement sont, pour l’essentiel, responsables de l’état actuel du monde et de la frustration grandissante des populations dominées par nos ambitions économiques et notre idée d’un « ordre mondial » à notre image. Ce sont nos politiques qui ont écrasé ces populations en conditionnant chez eux un désir de révolte. L’extrémisme actuel trouve sa source dans les inégalités économiques et l’arrogance géopolitique de l’Occident.

Et qui, au Québec et à Ottawa, s’est fait la main meurtrière d’un « islam radical »? Des Algériens ou des Yéménites? Pas du tout… Ce sont des citoyens d’ici, nés ici, devenus perméables à des thèses erronées sur Dieu telles qu’elles s’expriment largement par des aliénés d’une religion sanguinaire qui est autre que l’islam. Il y a là aussi réflexion à mener sur le vide spirituel qui peut conduire des jeunes adultes à des attitudes violentes et meurtrières envers leurs pairs au nom d’une certaine idée de la religion embrassée, quelle qu’elle soit.

L’expansionnisme religieux

Vous prétendez savoir qu’un nombre indéfini de « modérés » rêveraient de voir se réaliser ici l’expansionnisme de l’islam. Scrutez donc au fond de vous-même. N’avez-vous jamais fait ce rêve d’une terre entière devenue chrétienne? Ne l’avez-vous pas chanté dans vos assemblées dominicales? N’avez-vous pas soutenu nos missionnaires à l’étranger? Le prosélytisme est inhérent à la religion. La leur comme la nôtre. Nous nous réjouissons à chaque fois qu’une personne se convertit à la nôtre. Il en est de même pour eux. Et il en est de même également pour un athée qui convainc un croyant de l’absurdité de sa foi! Ce n’est donc pas un argument pour justifier un regard réprobateur adressé aux musulmans. Il y a des attitudes antireligieuses partout dans le monde: d’une religion envers une autre; de laïcs militants envers toutes les religions. Et les chrétiens ne sont pas à l’abri de persécutions. Jésus lui-même en a averti ses disciples! Même en cessant d’être chrétiens, nous ne serions pas à l’abri de « l’humanophobie », car le monde est ainsi fait que la différence de l’autre est potentiellement une agression contre la nôtre, et vice-versa.

Vous craignez le « métissage général ». Mais ne voyez-vous pas que notre pays est déjà une mosaïque culturelle? Sur un plan canadien, en commençant par les premières nations que nous avons spoliées et exploitées, nous retrouvons les européens anglo-saxons et français, ceux de l’est ou du pourtour méditerranéen, et les asiatiques qui arrivent par milliers, etc. Vous ne pouvez pas ne pas les considérer comme des citoyens à part entière. Ils sont Canadiens ou Québécois selon la perspective que nous retenons. Notre société s’est enrichie de ces diverses cultures accueillies puis intégrées le plus souvent en nous changeant nous-mêmes, en nous « améliorant »!

Pour une civilisation de l’amour

Venons-en maintenant à votre solution. Vous n’envisagez que l’amour inconditionnel. C’est le terrain où nous nous rejoignons. Mais l’amour inconditionnel n’attend rien de l’autre. Il n’exige pas la réciprocité, au contraire (cf. le Bon samaritain). Jésus ne demande pas de nous en tenir à l’amour de nos proches. Il demande d’aimer nos ennemis, de les aimer assez pour qu’ils puissent agir librement, au risque de notre propre perte! Si nous voulons vivre en tant que disciples du Christ, il nous faut embrasser le risque de la croix. Croire, espérer, aimer, comme vous dites, peut avoir des conséquences pour notre vie. La solution est effectivement l’amour inconditionnel. Nous faire les « prochains » des musulmans d’ici et leur tendre la main pour une fraternité inclusive est l’unique avenir possible ici comme ailleurs. Ainsi, plutôt que de nous perdre en tant que peuple, nous nous sauverons peut-être en réalisant quelque chose de la civilisation de l’amour…

 

Cet effacement qui nous tourmente

Une femme portant le niqab ou le tchador sur la rue ou encore à l’hôpital (vue récemment) vise essentiellement ne pas laisser paraître ses formes au regard de l’homme. Nous éprouvons généralement un malaise, ici au Québec, à la vue du voile intégral, particulièrement lorsque nous ne fréquentons pas « ce genre de femmes » dans notre voisinage. La surprise est toujours de taille. En tant que personne individuelle, la femme dissimulée parvient à ne pas exister publiquement, alors qu’elles est remarquée plus que les autres qui déambulent vêtues « normalement ». Mais sous ce voile qui la met en retrait du monde, qui est vraiment cette femme? J’aimerais explorer deux pistes me permettant d’induire deux interprétations concurrentes sur le port du voile intégral.

Un effacement socio-politique

Bien des défenseurs d’une laïcité visant à évacuer tout symbole religieux des lieux publics, le font souvent en amalgamant religion et politique. Ils constatent que les chefs religieux ne parviennent pas à s’entendre sur la portée et surtout sur l’obligation ou non de porter des symboles de leur appartenance religieuse. Il va donc de soi que les vêtements et accessoires associés aux religions ne sont pas des symboles religieux en tant que tels, mais socio-culturels et politiques. Ainsi, une personne qui « s’entête » à porter le signe de son appartenance, que ce soit une kippa, un turban ou, pire, un voile, c’est soit qu’elle a des ambitions prosélytes, soit un agenda politique intégriste. C’est moins sur la première des interprétations que l’on s’acharne à propos du voile islamique que sur la seconde. Forcément, la femme voilée ne peut être qu’une intégriste. Et plus elle se dissimule, plus sa « dangerosité » augmente, car elle porte sur elle le signe de cette frange religieuse qui ne supporte pas que la politique et la culture s’épanouissent de manière autonome face à leur religion.

Selon cette vision fondamentaliste, la femme n’a pas d’existence pour elle-même. Sa culture et sa religion fonctionnent de manière inséparable et, selon les coutumes de son ethnie, sa raison d’exister est d’être l’épouse d’un homme et la mère de ses enfants. Rien en dehors de cette double vocation traditionnelle. Rien non plus de très différent de ce que nous avions nous-mêmes comme vision traditionnelle au moins jusqu’à la moitié du siècle dernier. Mais voilà, elle vit ici, cette femme sans corps et presque sans visage. Et ici, l’égalité entre les hommes et les femmes est un combat que nous croyons avoir réglé — au moins dans le monde des idées, car il reste encore bien du chemin à parcourir au niveau du réel. Qu’elle soit consentante ou non au statut qui est le sien, selon sa tradition culturelle, cela importe peu à nos yeux. Nous la voyons esclave de cette pensée et nous estimons qu’elle ne pourra s’émanciper qu’à coup de charte.

Si la charte des valeurs québécoises ne visait que cette femme dénuée de pouvoir et qui a besoin de l’assistance des autres pour s’en sortir, elle pourrait avoir sa justification, dans la mesure, bien entendu, où elle entraînerait une telle libération. Ceci dit, la charte poserait tout de même question quant au mode d’imposition du changement que nous voulons tenir alors que nous sommes en démocratie. En effet, si nous croyons que les femmes, en Occident, se sont émancipées par l’éducation et le travail, pourquoi en serait-il autrement pour celles-là?

Un effacement mystique

À mon avis, la majorité des femmes qui portent le voile le font pour des motifs beaucoup plus personnels. Les femmes que j’ai rencontrées, avec qui j’ai parlé et qui ont, pour certaines, accepté de témoigner face à un public pas particulièrement favorable, me paraissent toutes de cette mouvance plus spirituelle voire mystique. En christianisme, nous connaissons un courant semblable d’effacement que les théologiens appellent la kénose. Plus encore que l’effacement, c’est même de l’anéantissement de soi qu’il faudrait parler! C’est l’interprétation que Paul de Tarse, le premier grand théologien chrétien, donne à l’expérience mystique de Jésus de Nazareth (cf. Philippiens 2, 7). Après sa mort et les témoignages convergents à propos de sa résurrection, il fallut comprendre le sens de la non-violence presque « acharnée » de Jésus qui est allé jusqu’à pardonner à tous ses ennemis alors qu’il était cloué sur une croix. Il y a clairement une voie chrétienne de la kénose qui invite les disciples à cette forme d’humilité surnaturelle. Pour ceux et celles qui s’y adonnent, l’effacement est leur leitmotiv. S’anéantir en Dieu pour être reconnu par lui est une spiritualité difficile à comprendre dans un monde où l’on ne cesse d’élever l’individualité et la performance comme des valeurs suprêmes. À la différence des musulmans, cet effacement est probablement plus de l’ordre de l’intériorité que de l’extériorité. Jésus lui-même a jugé sévèrement ceux qui, de son temps, se montraient trop empressés à afficher leur perfection religieuse en public! Et les premières décisions qui ont conduit à la rupture avec la judaïté étaient du même ordre: la foi est d’abord relation intime avec Dieu, dans un coeur à coeur secret où les signes d’appartenance, qu’ils soient physiques (circoncision), alimentaires (interdiction du porc) ou vestimentaires ne sont pas primordiaux, même s’ils peuvent aussi contribuer à la vie spirituelle.

Les femmes voilées que je connais me paraissent chercher quelque chose dans cet horizon. Elles ont leur propre rapport au divin, à Allah, qui ne passe pas forcément par l’interprétation des hommes, même si elles savent aussi recourir à la sagesse de leur tradition religieuse, très majoritairement masculine. Ne pas montrer son corps, ses cheveux, sa nuque, son visage et parfois ses mains à n’importe quel homme, constitue pour elles une réponse à Dieu lui-même et non pas une quelconque obéissance au mâle dominant. Difficile à comprendre, même pour moi qui aime scruter les Écritures, celles de ma tradition, qui ne sont que rarement limpides en ce qui concerne l’attitude à avoir envers soi-même. Si ces femmes sont conduites à se faire modestes, à s’effacer même du regard des autres, surtout des hommes, c’est qu’elles ont la conviction que cela leur est demandé par Dieu, le seul à qui elles veulent se soumettre.

Il est possible que certaines d’entre elles en viennent un jour à relativiser cette posture et à reconnaître que cela valait peut-être pour une époque, celle où les femmes avaient besoin d’être protégées des hommes rustres et irrespectueux. Mais même dans notre société évoluée, je consens qu’elles peuvent parfois avoir raison de douter du respect de bien des hommes modernes! Pour un croyant comme moi, l’analogie entre la kénose et l’effacement de ces femmes demeure cependant insatisfaisante. À tout le moins, elle m’invite au respect.

Respecter l’effacement

Pour les traditions mystiques, s’effacer n’est pas le contraire de l’estime de soi. Ces femmes, celles que je connais, ont l’estime de soi à la bonne position, parmi les plus élevées que je connaisse. Elles savent ce qu’elles valent et ont la conviction que leur apparence physique ne doit être ni un atout de séduction, ni un objet de jugement de la part des autres. L’une d’entre elles a demandé à ne plus être « amie Facebook » au terme d’une période de collaboration parce qu’elle ne voulait pas avoir une relation « privée » avec un homme qui n’est pas de sa famille rapprochée (je parle de la messagerie privée de ce média social…). J’en ai été peiné, me voyant subir une perte de relation. Bien sûr, son effacement me trouble comme il peut déranger bien des gens autour de moi! Mais je respecte ce choix d’autant qu’il est encore possible de la joindre par courriel par exemple, un outil qui garde une certaine distance.

Si tout était limpide dans le jeu des relations, il est possible qu’il n’y aurait nul besoin d’effacement socio-politique. Il est probable que l’effacement mystique se ferait plus discrètement, sans que cela n’affecte les relations d’amitié. Mais nous ne vivons pas dans un tel monde. Nous vivons dans une relative confusion où il faut parfois respecter des choix qui bouleversent. Par respect pour ces femmes effacées, avec l’espoir qu’elles pourront un jour s’épanouir en pleine lumière, je continue de refuser la solution retenue par le Gouvernement du Québec, tout en reconnaissant que le débat ne fait que commencer sur les moyens à déployer pour s’assurer que chacune d’entre elles en vienne à se sentir pleinement intégrée à notre société.

Combattre l’intégrisme, en commençant par le mien

Intégrismes

Admettons-le tout de go: toute religion, quelle qu’elle soit, comporte un important penchant vers l’intégrisme. En réalité, c’est tout simple. Une religion est un univers de sens qui est complet en lui-même. Un croyant (ou adepte) est poussé intérieurement à embrasser l’intégralité de la religion à laquelle il appartient. Autrement, il n’est pas vraiment croyant… Voilà, c’est dit. Cependant, l’intégrisme n’est pas l’apanage des religions. Il est enfoui quelque part dans notre besoin d’avoir raison, de voir nos idées gagner sur celles des autres, comme dans un combat pour ma vérité plutôt que pour la vérité…

Intégralité vs Intégrisme

Je parlerai de la religion que je connais le mieux, la mienne. Je suis chrétien de tradition catholique romaine. Mon Église compte sur deux sources pour exprimer sa foi : la Bible et la Tradition. Tant pour l’une que pour l’autre, on peut faire simple ou vraiment très compliqué… Lorsqu’on simplifie, on peut en rester à de grandes affirmations générales comme: « Aimez-vous les uns les autres comme Dieu vous a aimés. » Et cela devrait suffire pour cheminer passablement longtemps! Mais si on veut aller dans le détail, on peut soit se perdre soit se sanctifier. La plupart des gens se perdent ou s’égarent. Et lorsqu’ils sont perdus ou dans la confusion, certains ont tendance à développer une soumission servile aux autorités qui leur dictent ce qu’il faut penser et croire et comment ils doivent se comporter. Ou encore, ils en viennent à se prendre eux-mêmes pour des autorités religieuses et s’érigent alors en juges.

La motivation pour laisser aller son libre-arbitre, c’est l’attrait pour la vérité. Et dans une religion, on a la prétention de l’avoir trouvée. Si c’est graduellement que l’on entre dans une religion, tous les convertis en viennent à vouloir adopter l’intégralité de son enseignement et de ses pratiques, pour diverses raisons: on veut plaire à Dieu, suivre Jésus; on veut lui rendre ce qu’on a reçu; on veut être une bonne personne, accéder au paradis à la fin de ses jours; on veut être reconnu comme un bon chrétien ou se faire pardonner des erreurs; etc. Bref, il existe bien des raisons pour approfondir les concepts, les principes et les valeurs de sa religion qui sont tirés de nombreuses sources de sagesse, d’une histoire bien réelle, mais aussi de mythes, de dogmes (formulations qui découlent des sources), de pratiques (rites). Quand un chrétien adhère à tout cela, par exemple aux 2835 articles du Catéchisme actuel de l’Église catholique, et qu’il agit de façon conforme, on peut dire de lui qu’il vit sa religion de manière intégrale. Mais sachez que c’est assez rare… J’en ai bien moi-même encore au moins 2000 à intégrer !

Il arrive plus souvent que la personne croyante se réfugie dans les savoirs interprétés par un magistère (ou autorité compétente) et qu’elle accomplit dans sa vie les rites qui lui sont imposés en étant convaincue que c’est par cette soumission qu’elle est reconnue comme une bonne chrétienne. En se rendant docile à tout cela et en l’accomplissant, la personne croyante parvient rarement à ne pas se comparer avec ce qui se passe autour d’elle. Elle constate que les autres, dans sa propre religion, n’en font pas autant et elle se met à leur reprocher. Cela commence dans sa propre communauté qui peut répondre positivement à son interpellation. En situation minoritaire, cette communauté peut glisser lentement non pas dans l’intégralité de sa foi, mais bien dans l’intégrisme de sa religion. Être intégriste, c’est croire que nous devenons des êtres privilégiés par Dieu de par nos propres efforts, de par la ferveur que nous mettons dans nos croyances, de par l’astreinte que nous déployons pour mettre en pratique toutes les règles et tous les rites. Et nous devenons intraitables envers les autres qui semblent se la couler douce. Par souci d’altruisme (!), nous nous mettons donc à leur imposer notre ferveur et nos pratiques afin qu’ils puissent, eux aussi, accéder aux douceurs de la Terre promise!

Intégrisme vs Solidarité

Une personne qui tente de vivre intégralement sa religion n’en fait pas un absolu! Son absolu, c’est Dieu! Et Dieu est amour et pardon! Cette personne peut se comporter d’une manière très religieuse, mais gardera un respect profond pour les autres membres de sa communauté et tout autant, sinon davantage, pour sa famille humaine. Car l’intégralité de sa religion – de toutes les religions – l’appelle à aimer vraiment les autres, y compris ses ennemis, ceux qui lui veulent ou qui lui font du mal… Si tous les chrétiens vivaient leur foi de manière intégrale, il y a fort à parier que le monde serait meilleur qu’il ne l’est maintenant. C’était d’ailleurs l’une des principales critiques de Gandhi à l’intention des chrétiens.

C’est tout le contraire pour l’intégriste. Celui-ci jugera les autres à partir de son perfectionnisme. En s’élevant au-dessus des autres, l’intégriste se fait juge du devenir des autres. Il impose à force d’arguments religieux (ou quasi-religieux) interprétés d’une manière fondamentaliste une vision uniforme et rigide de sa pensée, d’abord auprès de ses co-religionnaires, mais avec des visées qui les dépassent. L’intégriste voudrait bien que la société dans laquelle il vit finisse par adopter ses propres croyances et ses pratiques, car elles sont les seules, selon lui, à produire la faveur de Dieu.

L’intégriste est donc tout, sauf solidaire! Car une personne solidaire ne va pas d’abord chercher à convaincre l’autre de croire comme elle, de se comporter comme elle. Elle va surtout, par empathie, chercher à connaître les véritables besoins de l’autre en vue de le soutenir, le relever, lui procurer ce qu’il lui faut pour être pleinement dans sa dignité humaine, et entrer en relation d’amitié mutuelle.

Combattre l’intégrisme

L’intégrisme n’est pas exclusivement religieux. Il s’insère sournoisement dans toutes les idées-forces, affirmées comme des vérités. Des politiciens ont parfois (souvent) des attitudes intégristes. Leur motivation est de garder ou de prendre le pouvoir avec des idées qui attisent les divisions. Lorsque son nouveau chef dit que le Parti Libéral ne veut pas interdire les signes religieux, mais combattre l’intégrisme, il dit quelque chose qui me plaît. Mais entre dire et faire, il y a une marge difficile à franchir. Peut-être devrait-il se rappeler du Printemps Érable, une époque où son propre parti flirtait avec l’intégrisme… Il y a aussi des intégristes en économie, en art, en philosophie, dans les associations, chez les militants, etc.

Toute religion comporte une pulsion intégriste. Tout regroupement autour d’idées peut aussi être aux prises avec des influences intégristes. L’intégrisme est actif dans la personne d’un maire obsédé par sa prière tout autant que dans le mouvement qui le combat au prix de devoir engager des sommes faramineuses en frais juridiques, aux dépens des contribuables!

Combattre l’intégrisme, c’est commencer par cesser de tenir à ses idées comme étant La Vérité en acceptant qu’elle nous échappe à tous. Elle est libre comme le boson de Higgs. La capter est une quête de toujours, mais personne ne semble l’avoir « détenue » assez longtemps pour la maîtriser. Quel bonheur qu’il en soit ainsi! La seule manière de ne pas voir nos clans sombrer dans les intégrismes de tout acabit, c’est de renoncer à imposer leur vérité et de chercher sincèrement et de manière urgente comment vivre ensemble. Car notre première famille d’appartenance n’est pas notre culture, ni notre ethnie, nos traditions, notre religion, ni un quelconque parti, mais c’est notre commune humanité.

Pour combattre mon intégrisme, il me faut me désarmer de mes idées-forces et de mes croyances les plus certaines. Non pas pour les abandonner, car elles font partie de mon identité, mais pour renoncer à toute velléité de les imposer. Il me faut entrer dans cette attitude que saint Paul, s’adressant aux chrétiens de la ville de Philippes, eut le génie de synthétiser:

Alors, rendez-moi parfaitement heureux en vous mettant d’accord, en ayant un même amour, en étant unis de cœur et d’intention. Ne faites rien par esprit de rivalité ou par désir inutile de briller, mais, avec humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous-mêmes. Que personne ne recherche son propre intérêt, mais que chacun de vous pense à celui des autres. (Philippiens 2, 2-4)

La seule voie contre l’intégrisme, c’est l’humilité et la recherche du bien commun. Et je compte bien poursuivre dans cette quête, encore et encore.

Laïcité, quand tu nous tiens !

Source : Mediapart

Renart Léveillé, blogueur, a publié récemment un billet dans lequel il se lève contre toute forme de laïcité ouverte.  » En y accolant l’adjectif « ouverte », dit-il, elle perd tout son sens. » La laïcité dite « ouverte », poursuit-il :

C’est une manière comme une autre d’instrumentaliser un concept pourtant clair : séparation de l’État et de la religion, avec tout ce que cela implique au niveau des institutions, particulièrement au niveau de l’éducation.

Et il conclut son billet ainsi:

La laïcité devrait servir à faire table rase des différences ethno-religio-culturelles, afin de mettre l’emphase sur le respect global.

Je veux réagir surtout à partir du « faire table rase des différences » qui, pour moi, est un objectif non seulement irréaliste, mais à la limite insensé.

Il y a au moins trois formes de réactions au concept de laïcité:

  1. Le citoyen qui voudrait que toutes références au religieux soient exclues de la sphère publique. « Croyez, priez, faites tout ce que votre religion vous commande, tant que ça reste invisible et que ça n’implique pas qu’on vous accorde des privilèges ». Laïcité pure et dure.
  2. La personne consciente que la religion fait partie de la vie humaine (l’immense majorité des terriens appartient à une religion et la pratique plus ou moins ouvertement). Elle veut s’épanouir librement et en sécurité dans sa foi religieuse et souhaite que la société se montre accommodante, dans la mesure du possible. Laïcité ouverte.
  3. La personne pour qui la religion, la sienne et pas celle des autres, est l’unique facteur déterminant pour tous les aspects de sa vie, incluant le boire, le manger, le vêtir, le logement, le travail, les fêtes, etc. Toutes les formes « autres » de penser sont des affronts à ses croyances et il veut donc imposer un fonctionnement à partir de sa religion. Pas de laïcité du tout, vers un État religieux.

Je comprends qu’on puisse viser théoriquement une laïcité qui exclurait toute référence au religieux dans l’espace public et la gouvernance. Mais, dans les faits, cette forme de laïcité est inopérante. Je vais tenter une argumentation simple , peut-être difficile à recevoir pour une personne athée ou capable de dissocier sa foi religieuse et sa vie en société (cela donne généralement des croyants plutôt tièdes).

Ce que fait la foi religieuse

Les grandes religions du monde interpellent les croyants à entrer toujours plus profondément dans la compréhension et l’intégration des éléments de leur foi qui constituent ainsi le fondement de leur vie quotidienne. Ces éléments sont relativement simples : l’intimité avec le divin au lieu d’une suffisance humaine, l’amour au lieu de la haine, l’entraide au lieu de l’égoïsme, une proposition de sens qui inclut une explication de la présence du mal dans le monde et un prolongement de la vie actuelle dans une forme de vie future… Les croyants ne sont pas d’abord des intégristes, mais leur foi se veut une invitation à l’intégrité, à une cohérence entre leurs valeurs et leur agir ou leur mode de présence au monde. En clair, vous ne pourrez jamais séparer les croyances religieuses de la personne croyante. Quand j’adhère à une foi religieuse, ma vie en est changée pour le mieux. J’épouse des concepts, un univers de sens qui imprègnent peu à peu toute ma vie. Ce ne peut pas n’être qu’une affaire intime ou privée, car mes attitudes et mes comportements ne sont jamais « que » privés. Ils sont ce qu’ils sont et se donnent à voir en public, d’où les manifestations religieuses qu’on trouve partout dans le monde et qui ont, le plus souvent, donné naissance à une grande partie des jours fériés nationaux.

Il y a cependant une différence majeure entre l’intégriste et l’être religieux

  • L’intégriste religieux militera pour que sa religion, les valeurs qu’elle défend et ses principes moraux deviennent la norme dans le monde public afin de le conformer à son système de croyances, cela pouvant aller jusqu’à prendre des moyens d’imposer cette vision au reste de la société. Il existe dans toutes les religions des mouvances intégristes qui ne supportent pas que les « infidèles » vivent autrement, pavant ainsi la voie à l’utilisation de moyens comme la menace, et, quand ça ne suffit pas, différentes formes de répression.
  • L’être religieux (l’anthropologie moderne a démontré plus d’une fois que la dimension religieuse fait partie intégrante de l’être humain) désire partager la voie de bonheur qu’il a trouvée et cherchera à rendre le monde autour de lui plus en harmonie avec ce qu’il croit. Ces croyants veulent aussi « changer le monde », non pas par une révolution qui s’imposerait à tous, mais plutôt par le moyen de la persuasion, allant d’un dialogue serein au prosélytisme plus affirmé.

Bref, l’être religieux et l’intégriste ne peuvent pas dissocier leurs croyances de leur mode d’agir en société. Les religieux voudront, au minimum, pouvoir vivre leur foi dans la paix et le respect, et accueillir de nouveaux membres venus librement à leurs croyances. Les intégristes, quant à eux, voudront soumettre les autres citoyens aux prescriptions de leur religion, en employant toutes les possibilités qu’offrent les institutions démocratiques et notamment, au Canada, la charte des droits et libertés qui garantit constitutionnellement le droit de pratiquer librement une religion.

Société ouverte ou qui a perdu son identité ?

Il faut lutter contre les intégrismes et les fondamentalismes de tout acabit, y compris l’intégrisme laïque (on n’a qu’à voir comment l’ancienne Union soviétique laïque a souvent réprimé avec force la religion pour constater qu’il s’agit bien d’une idéologie qui peut s’apparenter aussi à l’intégrisme religieux). La meilleure manière de faire, afin d’éviter que les conflits sociaux trouvent leurs fondements dans les croyances religieuses, c’est encore de chercher constamment les voies de la paix sociale. La seule issue est une forme de laïcité ouverte. Elle permet des accommodements raisonnables, en faveur de toutes les religions reconnues.

Jusqu’à présent, le Québec catholique francophone, en raison sans doute de son propre conflit interne avec ses origines religieuses et sa quête d’identité non résolue, a permis l’introduction massive de l’interculturalité et de l’interreligieux avec l’apport des nouveaux immigrants. C’est peut-être une chance ! Il y a bien sûr des actions qu’il faut poser, entre autres au plan législatif, pour recadrer la place du religieux afin d’éviter que ce soit les tribunaux qui façonnent peu à peu le paysage de notre laïcité. Le résultat serait que notre société deviendrait forcément trop conciliante, compte tenu de nos chartes qui donnent pratiquement toujours raison aux minorités et aux droits individuels.

L’évacuation complète du religieux de la sphère publique m’apparaît un objectif irréaliste. Cela ne peut que mener à une sombre impasse où les croyants, alors étouffés dans leur potentiel d’épanouissement religieux, développeraient indubitablement une revendication qui tournerait peu à peu vers l’intégrisme, avec ses manifestations passionnées…

Pour compléter votre réflexion :

– Laïcité et intimité de la vie de foi, par Jean-Baptiste Balleyguier.

Les origines de la laïcité (un concept qui est issu du christianisme), article Wikipedia.

Être libre jusqu’à l’être religieusement !

Attentats en Irak
Quand cesserons-nous de voir de telles scènes ?

Rêver d’un monde où plus personne ne sera contraint d’être comme tout le monde, où chacun pourra être lui-même. N’est-ce pas un rêve partagé ? Être vraiment libre, libre pour aimer, libre pour respecter, libre pour être heureux.

A l’occasion de son message pour la Journée mondiale de la Paix, le 1er janvier, le pape Benoît XVI adresse une invitation courageuse à dénoncer toutes les formes d’intolérance et d’extrémismes qui conduisent à mépriser, emprisonner, condamner, extrader, torturer ou assassiner toute personne du simple fait qu’elle confesse une foi religieuse différente de la majorité.

L’un des passages de son texte est particulièrement bien tourné : « La liberté religieuse est une arme authentique de la paix, et elle a une mission historique et prophétique. » La liberté est toujours scandée comme l’exercice le plus élevé de l’autonomie individuelle. Dans notre société très occidentalisée, la liberté est une valeur incontournable. Devant la montée des intégrismes et du fanatisme, qui n’ont rien à voir avec l’enseignement réel et profond des religions, la réaction est souvent de vouloir effacer toute trace du religieux dans l’espace public. On a eu les débats ici sur les accommodements raisonnables. On voit même cette semaine le règlement qui interdit toute forme de transmission de foi religieuse dans les garderies, pour éviter quoi ? De corrompre les enfants avec des valeurs religieuses ? Ce genre d’intégrisme laïc n’est pas mieux que le fanatisme religieux. L’un engendre l’autre et vice versa.

Benoît XVI discerne deux obstacles à la liberté religieuse, en pointant implicitement non seulement les États islamiques, mais aussi les démocraties occidentales :

Le fondamentalisme religieux et le laïcisme sont des formes spéculaires et extrêmes du refus du légitime pluralisme et du principe de laïcité. Tous deux, en effet, absolutisent une vision réductrice et partiale de la personne humaine, favorisant dans le premier cas, des formes d’intégralisme religieux, et dans le second, de rationalisme.

La liberté religieuse est particulièrement menacée dans les pays qui se durcissent dans l’intransigeance religieuse, comme en Irak et au Pakistan, par exemple. En Irak, les chrétiens sont de plus en plus la cible de fanatiques qui cherchent à les faire mourir. Rappelons cet attentat dans une église :

« Ca suffit, ça suffit », a crié un petit enfant de 3 ans avant d’être tué à son tour le 31 octobre 2010, lors de l’attentat qui, pour la première fois dans l’histoire des persécutions chrétiennes en Irak, s’est passé à l’intérieur d’une église, celle de Notre Dame du Perpétuel Secours à Bagdad. Bilan : 2 prêtres et 44 fidèles ont trouvé la mort (chiffres variables selon les sources), sans oublier les innombrables blessés. Source

Même dans certains pays européens, les réfugiés chrétiens d’Irak sont menacés (La Suède a renvoyé en Irak des réfugiés dont des chrétiens suite à l’attentat du 31 octobre). Rappelons aussi cette femme au Pakistan, Asia Bibi, qui a osé affirmé qu’elle était chrétienne et qui, pour cela, a été condamnée à mort par la justice pour blasphème. Cette femme et un nombre inquiétant d’autres personnes dans certains pays islamistes (intégristes) sont en danger en raison de leur différence religieuse.

Dans notre pays, a-t-on déjà traité des croyants de religions minoritaires de cette façon ? On pourrait se rappeler ces camps pour les Japonais durant la Deuxième Guerre Mondiale, moins pour leur appartenance religieuse qu’ethnique, mais cela revient au même, car c’est la peur de l’autre qui règne dans ce type de mesures extraordinaires. Devant l’intégrisme laïque qui force tout le monde à se dépouiller des éléments culturels de leur foi, y compris parfois de leurs symboles religieux authentiques, il est probable que nous commencions à voir ici aussi se développer de plus en plus une forme de réaction violente.

Chaque fois qu’une personne est maltraitée au nom d’une différence, quelle qu’elle soit, et plus encore si elle est religieuse, les autres devraient se lever pour condamner les gestes malveillants. Ce n’est qu’en assurant une réelle liberté religieuse, respectueuse des lois et des coutumes de la société, vécue dans l’harmonie, que la paix se construira en vérité. On ne peut pas simplement laisser faire les choses parce qu’elles concernent des gens qui ne sont pas des nôtres…

 Un pasteur protestant, Martin Niemöller (1892-1984), arrêté en 1937, a été envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen parce qu’il avait contesté ouvertement le régime nazi. Il fut transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau et libéré par la chute du régime nazi, en 1945. Il a écrit un texte largement cité qui sonne comme une hymne à la défense de ces « autres » qui ne sont pas de notre camp :

Quand  ils sont venus chercher les communistes,
je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas communiste.
Quand  ils sont venus chercher les Juifs,
je n’ai pas protesté parce que je ne suis  pas Juif.
Quand  ils sont venus chercher les syndicalistes,
je n’ai pas protesté parce que je  ne suis pas syndicaliste.
Quand  ils sont venus chercher les catholiques,
je n’ai pas protesté parce que j’étais un protestant.
Et  lorsqu’ils sont venus me chercher,
il n’y avait plus personne pour protester.

La chapelle de L'Arche Kolkata

L'Arche Kolkata (Inde) : un lieu où chacun peut être soi-même, incluant sa religion (Photo Ivan Miral)

Si nous comprenons bien Benoît XVI, « le fondamentalisme religieux est un effet miroir du rationalisme ». Le rationalisme est présent dans notre esprit laïque qui frise de plus en plus l’intégrisme. Si nous ne nous soucions pas des Asia Bibi de ce monde, chrétienne dans un pays musulman, ni des musulmans et autres croyants chez nous qui veulent tranquillement vivre leur vie et leur appartenance religieuse dans la paix et le respect de nos lois, si nous consentons trop docilement à des arrestations douteuses sous prétexte de soupçons basés sur l’appartenance à une religion plutôt qu’à des faits, nous tombons dans le piège du laisser-faire et de la complicité… Y aura-t-il, à la fin, comme l’a regretté Martin Niemöller, personne pour protester lorsque ce sera le tour d’un de nos proches ou de nous-mêmes ? 

Noël sera là dans une semaine. Le message de Noël est la « paix sur la terre aux hommes et aux femmes de bonne volonté ». Ce ne sera peut-être pas encore pour cette année, mais les chrétiens attendent cette paix depuis 2000 ans, ils vont l’espérer encore et encore jusqu’à sa réalisation. Minuit Chrétiens : il faut changer un coeur à la fois, en commençant par le sien…