Archives de mot-clé : intégration

Le droit de mourir et reposer en paix…

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Photo:  KENZO TRIBOUILLARD, AFP (La Presse)

Le résultat du référendum sur le cimetière musulman à Saint-Apollinaire, tenu le 16 juillet dernier, semble avoir créé plus de divisions que de consensus, même si le processus s’est réalisé de manière démocratique. Le déchaînement de la haine des uns contre les autres devient malheureusement routinier. On s’en passerait bien!

Cet exercice a permis de mettre au jour certains aspects de la problématique. En particulier, on aurait « découvert » qu’une petite minorité seulement de musulmans exige des cimetières exclusifs au lieu d’espaces spécifiés dans des cimetières existants. Cette idée ferait même en sorte de délégitimer la demande de l’Association islamique de Québec, qui serait maintenant pointée comme intégriste.

On meurt comme on vit…

Lorsque la vaste majorité des Québécoises et des Québécois étaient catholiques et pratiquants, leur fin de vie cadrait parfaitement avec leurs valeurs et leurs croyances. Il allait de soi qu’ils devaient être enterrés dans un cimetière à l’enseigne de la seule « vraie » religion. Il n’était pas question pour l’Église d’enterrer avec ses fidèles des défunts athées ou affiliés à une autre religion, y compris d’autres confessions chrétiennes.

Et puis les choses ont changé. On a vu l’Église s’ouvrir à la crémation à partir de 1963 et aux cimetières « chrétiens » dans les années 1980. Aujourd’hui, un grand nombre de catholiques non pratiquants ne voient même plus l’importance de faire enterrer leurs cendres et les conservent parfois dans des conditions douteuses.

L’évolution des coutumes funéraires va avec la manière de vivre et celle-ci est devenue multiforme.

 

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Une « DPJ » musulmane, un rêve?

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(Pixabay/Madalinlonut)

La présence de Gabriel Nadeau-Dubois à un souper-bénéfice d’un OBNL œuvrant auprès des familles musulmanes, notamment dans le cas des enfants qui ont fait l’objet de signalements à la direction de la Protection de la Jeunesse (DPJ), a suscité son lot de réactions depuis une semaine.

Il serait devenu suspect pour n’importe quelle personnalité publique de se présenter à un événement apparenté à l’islam. Une photo officielle en présence de quelques femmes portant le voile devient vite l’objet de dénonciations appuyées. Des politiciens sont vite étiquetés de sympathisants islamiques, favorables à la charia voire à l’islamisation du Québec! Désignés du doigt, ils sont acculés à une posture défensive au point où plusieurs choisissent de ne plus accepter de telles invitations.

L’absence d’élus ou de personnalités auprès des milieux communautaires est généralement à déplorer, mais plus encore si ceux-ci excluent de leur agenda toute rencontre formelle avec des groupes confessionnels, comme si ces derniers étaient des lépreux modernes.

Vers plus d’accommodements confessionnels?

Le rêve, exprimé candidement puis démenti par Soraya Zaidi, directrice de l’organisme Défi-lles et des ailes, de créer une «DPJ musulmane», serait-il si incompatible avec une société laïque? N’avons-nous pas déjà des écoles confessionnelles privées qui inculquent à des élèves juifs, chrétiens ou musulmans des valeurs soi-disant plus conformes aux religions qui les soutiennent? Une certaine mouvance multiculturaliste s’en ferait aisément le porte-étendard.

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« Rien que nous » ou le retour de Babel

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Tour de Babel par Grimmer (1604)

Un grand nombre de personnes sortent de plus en plus des placards et commencent à exprimer leur ras-le-bol à propos de la transformation de notre culture, la perte de nos repères traditionnels, etc. Tout cela serait à mettre sur le compte de l’immigration massive. On ne compte plus les courriels haineux qui circulent comme cette histoire insensée d’une invasion islamique à Rimouski, les sites web nationalistes vindicatifs, les tribunes téléphoniques, les conversations à voix haute, etc. qui donnent à des Québécois « de souche » des occasions de s’élever contre ces étrangers qui viendraient nous imposer leur mode de vie, avec tous ces soi-disant accommodements que nous devons faire pour eux alors que nous ne les pratiquons même pas pour nous!

Le choc des cultures a ceci de bon qu’il nous ramène à nous-mêmes. Quand je me suis retrouvé avec ma famille « résident permanent » en France, mes premiers réflexes étaient de comparer tout ce que j’observais de coutumes, de traditions, de manières de faire dans les petits détails.  Je me plaisais à écrire chaque jour mes découvertes à mes amis du Québec. Je voyais la multitude de différences qui nous séparent bien plus que tout ce que nous avons en commun. Il y avait chaque semaine un rassemblement de Québécois dans un bar de Paris et tous les « nouveaux arrivants » s’y regroupaient naturellement. Je ne vous dis pas tout ce qu’on pouvait raconter sur les Français! C’est un réflexe identitaire: dans un monde qui nous semble étranger, on se replie sur ce qui fait notre unicité. J’étais l’étranger dans un ailleurs et je devais trouver les clés pour m’adapter.

Les différentes ethnies qui viennent s’installer au Québec, dans une société radicalement différente de la leur, ont pour premier réflexe de se protéger en se campant dans ce qu’ils ont de plus traditionnel, de plus culturel. Ils combattent le sentiment d’isolement en se regroupant le plus souvent avec des gens de leur famille, de leur culture. Partez quelques mois n’importe où ailleurs dans le monde et il est fort probable que vous aurez le même réflexe!

Nous retrouver entre semblables

L’immigrant qui se montre visible et qui se regroupe avec ses pairs donne une fausse impression d’un mouvement de masse. C’est le propre des minorités. Lorsqu’elles se mettent ensemble, elles ont une plus grande visibilité et provoquent davantage de réactions positives ou négatives. C’est ainsi qu’elles arrivent à conduire des responsables politiques à modifier les lois et à rendre la société plus tolérante à la différence. Les succès du lobby gai en sont un exemple éloquent. Mais la prise de conscience par les Québécois, surtout des régions, de la vague plus récente d’immigration, en particulier celle en provenance des pays d’Afrique du Nord, majoritairement arabe et musulmane, active soudainement notre besoin de nous retrouver nous-mêmes dans ce qui fait notre identité. Après avoir fait éclater tous les grands éléments de nos traditions culturelles et religieuses, après avoir fait surgir nos individualités et chercher à nous différencier de la masse, nous voici un peu perdus, isolés, cherchant nos repères, fouillant dans notre passé.

La tentation, en nous retrouvant entre pairs, sera toujours de nous isoler par ce qui nous constitue semblables par opposition à ceux qui sont différents. Nous voici donc de retour au fameux mythe de Babel. Nous voulons faire de notre ethnie (les Québécois de souche), une nation d’une seule ville, avec une tour qui transperce le ciel et qui nous rend aussi fort que le divin!

Comme au temps de la tour de Babel (Cf. Genèse 11, 1-9), les humains sont souvent tentés de fusionner. Ils cherchent à imposer leurs cultures personnelles, leurs mentalités, leurs habitudes. Ils résistent devant ce qui leur est étranger. Ils ont peur ou ils cèdent au mépris. (Denis Gagnon, source)

Remplaçons dans cette citation le mot « humains » par « Québécois de souche » et vous verrez poindre un nouveau sens, une vérité qui nous frappe en plein coeur.

La relation, condition de l’intégration

Le message de Babel est relativement simple: la diversité est un trait spécifique de l’humanité. La recherche de l’unicité conduit forcément à la réduction de notre espèce, à nous diminuer en faisant de nous des êtres uniformes. Ceci dit, je comprends la peur de l’autre, car sa seule présence est une question perpétuelle qui confronte ma différence. Pourquoi se comporte-t-il ainsi? Pourquoi réagit-il de cette façon? Ces pourquoi me rentrent dans le corps! Ils rebondissent vers moi et m’obligent à revoir mes attitudes, à saisir leur genèse, à décrypter les mécanismes culturels et les réflexes identitaires. Le repli est une réaction naturelle positive tant qu’il ne mène pas à la peur, au mépris et à la haine.

Tous les chantres de l’intégration culturelle (dont je suis) voudraient que les immigrants arrivent sagement chez nous, prennent quelques cours sur la façon de se comporter ici, sur la culture qu’ils doivent emprunter en abandonnant des morceaux entiers de la leur. Ce serait si simple: « À Rome, on se comporte comme les Romains ». Oui, on peut y arriver quand on est en vacances, quelques jours, mais jamais sur une base permanente, car on a besoin de retrouver notre identité. Étouffée, celle-ci ne peut, comme un ballon qu’on retient dans l’eau, que chercher à surgir désespérément pour exister.

Pour moi, l’intégration est d’abord affaire de relation. C’est ce que j’ai appris à L’Arche où je me suis trouvé engagé pendant quelques années. L’Arche accueille chaque année un nombre impressionnant d’étrangers dans ses communautés réparties à travers le monde. L’intégration se mesure d’abord à la manière que nous avons d’accueillir le nouvel arrivant. Accueillir, ce n’est pas installer l’autre à l’écart et lui demander de ne pas trop faire de vague. Les personnes présentant une déficience intellectuelle sont nos maîtres dans l’art d’accueillir. Voici ce qu’elles m’ont appris: accueillir, c’est aller à la rencontre de l’autre avec la curiosité de le connaître pour ce qu’il est, sans jugement. Cet accueil donne à l’autre la confiance d’exister et de s’épanouir à partir du meilleur de ce qu’il est. Peu à peu, le nouveau apprend nos coutumes, nos traditions et les fait siennes, en ajoutant sa couleur qui enrichit la culture du groupe.

L’intégration, avant d’être « fusion » à notre groupe d’appartenance, est d’abord écoute de l’autre, ouverture à sa diversité. Le groupe qui accueille a donc plus de travail à faire que la personne accueillie! À L’Arche, les accueils réussis ont toujours été ceux qui avaient été le mieux préparés. Lorsque nous étions tous surchargés par nos soucis et le travail à faire, davantage tournés vers nous-mêmes et nos problèmes, le nouvel arrivant devait de lui-même trouver sa place, se faire petit, attendre qu’on vienne vers lui. La plupart du temps, il commençait par téléphoner le soir-même à ses parents dans son pays d’origine en se demandant, dans les larmes et les regrets, ce qu’il était venu faire là, dans ce milieu inhospitalier…

Sommes-nous, au Québec, dans cette dynamique d’intégration? Voulons-nous vraiment l’intégration plutôt que la mosaïque canadienne du multiculturalisme (on laisse les gens venir et se regrouper entre eux)? Si nous voulons que les immigrants s’intègrent, nous avons du pain sur la planche et des croûtes à manger… Nous sommes loin de savoir accueillir de cette façon:

À Babel, Dieu a inventé la diversité. Car un seul être humain ne peut contenir toute la richesse de l’humanité. Une seule race et une seule culture ne peuvent à elles seules tout dire de ce qui habite les personnes humaines. Il faut plus qu’une race pour libérer le potentiel de l’être humain. Il faut plus qu’une langue pour dire l’être humain. Et dire Dieu aussi. Il n’existe pas de grammaire et de vocabulaire assez vaste pour tout dire. C’est dans la diversité des peuples que l’être humain peut être l’image et la ressemblance de Dieu. (Denis Gagnon, source)