Archives de mot-clé : immigration

Le droit de mourir et reposer en paix…

Standard
1382255-quebec-compte-deux-cimetieres-musulmans

Photo:  KENZO TRIBOUILLARD, AFP (La Presse)

Le résultat du référendum sur le cimetière musulman à Saint-Apollinaire, tenu le 16 juillet dernier, semble avoir créé plus de divisions que de consensus, même si le processus s’est réalisé de manière démocratique. Le déchaînement de la haine des uns contre les autres devient malheureusement routinier. On s’en passerait bien!

Cet exercice a permis de mettre au jour certains aspects de la problématique. En particulier, on aurait « découvert » qu’une petite minorité seulement de musulmans exige des cimetières exclusifs au lieu d’espaces spécifiés dans des cimetières existants. Cette idée ferait même en sorte de délégitimer la demande de l’Association islamique de Québec, qui serait maintenant pointée comme intégriste.

On meurt comme on vit…

Lorsque la vaste majorité des Québécoises et des Québécois étaient catholiques et pratiquants, leur fin de vie cadrait parfaitement avec leurs valeurs et leurs croyances. Il allait de soi qu’ils devaient être enterrés dans un cimetière à l’enseigne de la seule « vraie » religion. Il n’était pas question pour l’Église d’enterrer avec ses fidèles des défunts athées ou affiliés à une autre religion, y compris d’autres confessions chrétiennes.

Et puis les choses ont changé. On a vu l’Église s’ouvrir à la crémation à partir de 1963 et aux cimetières « chrétiens » dans les années 1980. Aujourd’hui, un grand nombre de catholiques non pratiquants ne voient même plus l’importance de faire enterrer leurs cendres et les conservent parfois dans des conditions douteuses.

L’évolution des coutumes funéraires va avec la manière de vivre et celle-ci est devenue multiforme.

 

… LIRE LA SUITE SUR PRESENCE-INFO.CA

Choisir l’humain, pas l’instinct!

Standard

Photo: Le Progrès-Dimanche

J’ai été étonné de découvrir, dans l’édition du 6 mars du journal Le Progrès-Dimanche, un reportage sur le groupe qui se nomme La Meute. Ce regroupement se donne pour objectifs de « s’opposer à l’immigration massive d’islamistes radicaux et d’être « contre la charia et le projet de loi 59 ». Bien qu’il soit relativement commun d’attirer des adeptes d’une page ou d’un groupe sur un réseau social, le nombre de 25 000 abonnés, dont « environ 300 » originaires de ma région du Saguenay-Lac-St-Jean, a paru suffisamment important pour que l’hebdomadaire régional lui accorde la une et deux pages complètes, malgré l’anonymat de la source qui s’est justifié de vouloir protéger ses enfants.

Quelles motivations?

Il me semble pouvoir identifier deux éléments qui sont à même de nourrir « le loup » qui sommeille en nous et qui pourraient inciter certains d’entre nous à s’affilier à un tel groupe : la peur et le repli.

Les réseaux sociaux nous relaient quotidiennement des situations qui mettent au premier plan des coutumes de certaines régions du monde qui paraissent incompatibles avec notre mode de vie et qui suscitent parfois notre indignation. Les médias de masse s’intéressent hautement aux groupes religieux associés à des franges islamistes aux ambitions guerrières. Toutes ces informations alimentent la peur que de telles pratiques puissent un jour s’imposer à notre culture et que les violences de ces intégristes finissent par nous atteindre. La confusion entretenue permet difficilement de faire la part des choses dans notre esprit entre un musulman qui s’installe ici pour y vivre, travailler, élever sa famille et prier, dans le respect des lois, et l’infime minorité des islamistes qui ont pris le chemin de la force pour imposer une vision tout-à-fait contestable de leur religion par les musulmans eux-mêmes.

Le second élément est conséquent à la peur. De fait, celle-ci peut conduire à une forme de repli identitaire vers un « nous » qui nous semblerait tout-à-coup rassembleur parce qu’il véhiculerait des valeurs supérieures à celles des populations arabo-musulmanes. Un tel groupe nous rallierait, défendrait nos valeurs et nous apporterait un sentiment de sécurité, le tout en nous imposant, en retour, une fermeture à l’autre, cet autre lui-même étranger à ces mouvements violents et dont nous nous priverions pour continuer de croître.

Le mythe de l’invasion

En effet, que l’on approuve ou non les politiques d’immigration ou d’accueil des réfugiés de nos gouvernements, la peur d’une invasion que la Meute qualifie même de « massive » par un courant islamique radical ne trouve aucun fondement. Même les 25 000 réfugiés accueillis récemment dans l’ensemble du Canada représentent moins de 0,7% de la population. On ne peut aucunement parler d’une invasion, et encore moins « au sein de nos gouvernements fédéral et provincial » ! Au contraire, les études démontrent que, partout au Québec, l’intégration des familles arabo-musulmanes est généralement harmonieuse et qu’elles comptent parmi celles qui font le moins de vagues.

De plus, pour assurer notre propre survie démographique, maintenir notre niveau de vie y compris nos retraites, et même améliorer notre situation économique, il est clair que nous devons augmenter l’immigration plutôt que de la limiter.

Une hostilité à peine voilée

Des groupes comme La Meute, même s’ils se présentent comme respectueux des lois et de la démocratie, choisissent des symboles qui, au contraire, témoignent du besoin de se montrer forts en se regroupant autour de symboles hostiles. Pour nous faire une idée assez juste de l’effet que cela peut produire, imaginons un instant faire partie d’un petit groupe d’étrangers se retrouvant au milieu d’une meute de « locaux » inhospitaliers…

Il importe de bien comprendre le phénomène des migrations. Selon des sources compétentes, on estime que la moitié des déplacements forcés se termine en tragédies. Des centaines d’enfants sont morts dans les derniers mois en suivant leurs parents désespérés qui risquent tout dans l’ultime espoir de trouver une terre accueillante. On ne quitte pas tout ce qui fait partie de son histoire, son pays, sa culture, ses biens sans que l’on soit poussé par un élan vital de dernier recours.

Nous pourrions croire que nous sommes nés « du bon bord » et que nous sommes en droit de garantir nos privilèges, nos traditions, notre culture aux dépens de notre devoir d’hospitalité. Jusqu’à présent, l’hospitalité comptait parmi les plus belles valeurs de notre société! Ne devrions-nous pas la protéger aussi? Invitons-nous mutuellement à déployer notre empathie : si un jour nous étions à la place d’un réfugié ou d’un migrant, empêchés de vivre notre vie normale, incapable d’assurer la subsistance de notre famille, courbés sous la répression de plus en plus vive ou vivant sous la menace de bombardements quotidiens, ne serions-nous pas, nous aussi, remplis de gratitude envers un peuple qui ouvrirait ses frontières et nous offrirait son hospitalité?

Choisir l’humain, pas l’instinct

Il n’existe pas deux classes d’êtres humains : nous le sommes tous, ou pas du tout. Notre humanité se mesure à notre capacité d’ouverture à l’autre, au bonheur de partager nos joies et nos richesses. L’hospitalité est la dimension de l’être humain qui témoigne le mieux de la profondeur de son humanité. Sommes-nous capables de faire mieux que de nous regrouper en meutes hostiles pour assouvir un instinct de protection que rien, ici et maintenant, ne justifie?

La tolérance, vertu chrétienne?

Standard

Voici le vingt-neuvième article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de juin 2015 du Messager de Saint-AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle. Les destinataires de cette série sont des gens bien enracinés dans l’Église catholique. 


différentes couleurs courte-pointeNous vivons dans un monde qui se diversifie de telle manière que nous en perdons parfois un peu nos propres repères. Bien sûr, l’immigration contribue beaucoup à cette diversité, grâce à  l’apport de personnes provenant des différents continents. Nous avons parfois le sentiment que ce sont tous ces gens d’ailleurs qui opèrent des changements dans notre société pour ou contre notre gré. Mais nous devons aussi considérer que le Québec de 2015 ne serait pas demeuré celui de 1960 ou de 1980 même si nous avions fermé nos portes à l’immigration.

Changer, c’est le propre de tout être vivant! Notre organisme se transforme chaque jour sans même que nous nous en rendions compte. Et nous nous découvrons une nouvelle ride, quelques cheveux blancs, des rondeurs en plus… Mais les changements ne sont jamais que superficiels. Ils nous atteignent aussi dans notre être profond. C’est à ce niveau que notre résistance est la plus forte. Une grande partie des personnes rencontrées au fil des ans me confient spontanément leurs difficultés avec les changements, tant dans la famille, le travail, les loisirs, la société en général, mais aussi dans l’Église, la pratique religieuse, les catéchèses ou célébrations.

Laisser le bien s’accomplir

Nous pouvons chercher des responsables pour tout ce qui change. Pourtant, lorsque nous les prenons un par un, la plupart des changements que nous vivons nous paraissent positifs. Ils vont généralement dans le sens d’une plus grande liberté, d’une place plus équitable pour tous et toutes, en particulier les femmes, d’une l’hospitalité qui fait la part belle à l’étranger, d’une autonomie du monde politique face aux influences religieuses, d’une meilleure compassion à l’égard d’autrui, de la possibilité de penser aussi à son bonheur plutôt que de vivre dans la complète abnégation, etc. Si nous pouvons apprécier chacun de ces changements, nous sommes souvent déstabilisés devant l’ensemble, car nous voyons nos us et coutumes malmenés. C’est dans ce contexte que la vertu de tolérance est sollicitée.

appel pour la toléranceDans un monde ancien, homogène, encadré par une religion exerçant le monopole sur les consciences, nous n’avions pas trop d’occasions de pratiquer la tolérance. Nous avions même tendance à condamner les différences qui nous étaient le plus souvent enseignées comme des comportements immoraux ou des croyances diaboliques. Pensons aux personnes attirées par d’autres du même sexe, aux non catholiques et aux juifs, aux « Anglais », aux tenanciers de bars ou de salles de danse… Tous étaient objets de condamnation sans concession!

Jésus nous apprend à tolérer la différence. Il n’a pas converti toute la Palestine, loin de là. Il n’a pas condamné les juifs qui le sont restés, ni les païens qui n’ont pas demandé le baptême. Il n’a pas non plus jugé les pécheurs, mais leur a offert le pardon divin en sacrifiant sa propre vie. Il est donc concevable de voir en l’autre – le différent – une personne de bonne volonté qui cherche aussi à accomplir le bien, à sa manière et à son stade de croissance personnelle. Ne nous est-il pas possible, alors, de prendre conscience du bien qui se réalise grâce à eux? Et si c’est le bien qui s’accomplit, ne trouve-t-il pas sa source dans l’unique Dieu vivant?

Si différents et si pareils à la fois

Standard

À Montréal, en 2003, à l’occasion de l’examen médical obligatoire pour l’immigration de mes deux fils ramenés de l’étranger, le médecin accrédité, un homme au regard méprisant, a inscrit sur chacun des deux formulaires, au feutre noir gras et en lettres capitales immenses : « Sévèrement handicapé ». C’était comme si tous les renseignements contenus dans les formulaires n’avaient plus aucune valeur. Le message était clair : pour le fonctionnaire à qui était destiné le rapport, seul ce jugement devait compter. Désormais, mes fils étaient considérés comme des « fardeaux excessifs » pour la société canadienne.

Christian et François, mes joyeux "fardeaux"

Christian et François, mes joyeux « fardeaux »

Il aura fallu plus de quatre ans d’appels et de recherches d’appuis pour qu’enfin ils puissent devenir citoyens canadiens. Si j’en suis toujours aussi reconnaissant, je crois que mes fils n’auraient jamais dû avoir à vivre un tel mépris en raison de leur état. Tous les deux présentent une déficience intellectuelle relativement importante. Ils ont été abandonnés à la naissance dans des circonstances différentes. Ils ont eu la chance d’être confiés à des organismes d’adoption leur assurant dignité et respect. Ceux-ci ont cherché pour eux une famille aimante. Comme n’importe quel enfant, les nôtres ont reçu le meilleur mais ont connu aussi les fragilités de leurs parents adoptifs. Ils ont développé leur potentiel en se sentant en sécurité au sein d’une grande famille. Ils sont heureux, comme la plupart des gens, différents et pareils.

Chaque année, dans le cadre de la Semaine de la déficience intellectuelle, on se plaît à mettre en valeur les réalisations et les histoires heureuses qui concernent ces personnes dont le handicap occasionne généralement des regards inquiets et qui sont, encore aujourd’hui, parfois victimes de discrimination. Lorsqu’elles peuvent naître et évoluer dans un milieu favorable, nous voyons alors se produire des réussites émouvantes. Cette semaine, c’est l’occasion de nous en faire raconter : un groupe punk-rock de trisomiques finlandais en finale de l’Eurovision; des actrices et acteurs dans tel film ou telle série-télé; un autiste de haut niveau ayant permis à un groupe de recherche de faire telle découverte, une chanteuse à la voix d’or, etc. Mais pour le reste de l’année, ceux-ci retomberont dans leur anonymat et leur effacement de la vie sociale. On aura recours aux associations, aux services d’adaptation scolaire et aux centres de réadaptation pour continuer les efforts d’intégration. Comme pour les femmes, les autochtones, les personnes homosexuelles et autres groupes qui font l’objet de discrimination, avouons qu’une journée ou une semaine ne fait que réveiller un peu les consciences. On se dit alors : « Ah oui! C’est vrai, ils existent aussi. » Et puis on retourne à notre vie.

Plutôt que de les considérer comme des fardeaux ou des personnes au potentiel limité, je préfère voir leur force spécifique et ce en quoi ils nous ressemblent. Leur force, c’est de savoir vivre, mieux que nous, en assumant leur unicité, leur différence, car c’est cette image que nous leur renvoyons au quotidien. Notre ressemblance est plus subtile. Il s’agit de notre vulnérabilité. Tous les humains naissent dans une dépendance désarmante. Ils meurent le plus souvent dans une fragilité tout aussi dépouillée. Entre les deux, ils se démènent pour cacher ce caractère vulnérable. C’est dans cet intervalle que se joue le jeu des masques. Les personnes présentant une déficience intellectuelle sont moins performantes que nous pour cacher leur vulnérabilité. C’est pourtant là tout le sens de leur existence, car à leur tour elles sont le miroir de ce que nous sommes, au fond : des êtres dont le cœur est constamment blessé et qui ont besoin des autres pour le réparer… Le mien est en bonne voie de l’être, grâce à mes fils, et je m’efforce de ne pas trop l’emmurer de nouveau.

Comment répondre au terrorisme?

Standard

Réponse à M. Jean-Paul Simard

Cher Jean-Paul, j’ai une grande admiration pour l’homme que vous êtes et je me considère plutôt dans une relation respectueuse et amicale avec vous. C’est dans cet esprit que je me permets une réplique à votre propos publié dans le journal Le Quotidien du 9 janvier 2015 et sur votre mur Facebook.

Vous utilisez l’expression « islamisation par le terrorisme ». Si vous écoutez bien – comme je vous l’ai déjà suggéré en vous fournissant même des références – la forte majorité des voix musulmanes qui se sont exprimées à chacune des occasions où les terroristes islamistes ont frappé (dont voici un exemple local), vous ne pouvez pas avancer cette thèse. Il ne s’agit pas d’une islamisation, mais bien d’une « terrorisation » au nom d’une idéologie de puissance et de peur que les terroristes associent à une certaine acception de l’islam. Il serait donc plus juste de ne pas tomber si facilement dans l’amalgame. Ce n’est pas parce qu’un endoctriné crie « Allah Akbar » (« Dieu est le plus grand ») en assassinant des vies au hasard ou en ciblant ses victimes, qu’il peut sans discernement être associé à l’islam en tant que religion. Et rappelons-nous toujours que ce sont surtout des musulmans qui sont tués par centaines de milliers en Afrique (cf. Boko Haram) et au Moyen-Orient au nom de cette « terrorisation » beaucoup plus proche du nazisme que de la religion. Personnellement, je ne crains pas l’islamisation ni le djihad tel qu’il est compris par l’ensemble des musulmans, à savoir « faire de soi une meilleure personne ». Je crains plutôt la haine sous toutes ses formes qui peut s’exprimer par n’importe quel humain sous couvert de n’importe quelle justification idéologique ou religieuse. C’est la haine qu’il faut combattre et non la religion « des autres », même de ceux et celles que nous accueillons.

Trop accueillants?

Revenons sur ce thème de l’accueil. Vous parlez de « l’idéologie » de la « terre d’accueil ». Vous savez pourtant que cette exigence traverse la Bible et les valeurs chrétiennes auxquelles vous vous associez tout comme moi par ailleurs. Dès la Genèse, avec Abraham, par exemple, l’accueil de l’étranger et l’hospitalité sont élevés au rang de vertus. Abraham montre même qu’il faut voir dans l’étranger la présence de Dieu lui-même. Si vous en faites une idéologie, vous niez par le fait même que ces valeurs sont profondément ancrées dans l’histoire judéo-chrétienne et celle de notre civilisation… Le problème réel avec l’accueil n’est pas d’avoir accueilli des étrangers à une époque ou l’autre. Pour la France, par exemple, on compte encore trop de mauvaises expériences d’intégration. Ce ne sont pas les citoyens de première vague qui prennent les armes contre leur société d’accueil, ce sont ceux de deuxième et de troisième génération! N’y voyez-vous pas un signe que l’accueil a été jusque-là défaillant? Que la déception et la colère ont fini par affecter les enfants et les petits-enfants? Il faut chercher les causes et ne pas s’arrêter aux symptômes. Je vous connais trop brillant pour ne pas chercher à approfondir. Et parmi les causes, il faudra bien un jour que nous fassions notre examen de conscience. La colonisation européenne et l’impérialisme américain auquel le Canada participe allègrement sont, pour l’essentiel, responsables de l’état actuel du monde et de la frustration grandissante des populations dominées par nos ambitions économiques et notre idée d’un « ordre mondial » à notre image. Ce sont nos politiques qui ont écrasé ces populations en conditionnant chez eux un désir de révolte. L’extrémisme actuel trouve sa source dans les inégalités économiques et l’arrogance géopolitique de l’Occident.

Et qui, au Québec et à Ottawa, s’est fait la main meurtrière d’un « islam radical »? Des Algériens ou des Yéménites? Pas du tout… Ce sont des citoyens d’ici, nés ici, devenus perméables à des thèses erronées sur Dieu telles qu’elles s’expriment largement par des aliénés d’une religion sanguinaire qui est autre que l’islam. Il y a là aussi réflexion à mener sur le vide spirituel qui peut conduire des jeunes adultes à des attitudes violentes et meurtrières envers leurs pairs au nom d’une certaine idée de la religion embrassée, quelle qu’elle soit.

L’expansionnisme religieux

Vous prétendez savoir qu’un nombre indéfini de « modérés » rêveraient de voir se réaliser ici l’expansionnisme de l’islam. Scrutez donc au fond de vous-même. N’avez-vous jamais fait ce rêve d’une terre entière devenue chrétienne? Ne l’avez-vous pas chanté dans vos assemblées dominicales? N’avez-vous pas soutenu nos missionnaires à l’étranger? Le prosélytisme est inhérent à la religion. La leur comme la nôtre. Nous nous réjouissons à chaque fois qu’une personne se convertit à la nôtre. Il en est de même pour eux. Et il en est de même également pour un athée qui convainc un croyant de l’absurdité de sa foi! Ce n’est donc pas un argument pour justifier un regard réprobateur adressé aux musulmans. Il y a des attitudes antireligieuses partout dans le monde: d’une religion envers une autre; de laïcs militants envers toutes les religions. Et les chrétiens ne sont pas à l’abri de persécutions. Jésus lui-même en a averti ses disciples! Même en cessant d’être chrétiens, nous ne serions pas à l’abri de « l’humanophobie », car le monde est ainsi fait que la différence de l’autre est potentiellement une agression contre la nôtre, et vice-versa.

Vous craignez le « métissage général ». Mais ne voyez-vous pas que notre pays est déjà une mosaïque culturelle? Sur un plan canadien, en commençant par les premières nations que nous avons spoliées et exploitées, nous retrouvons les européens anglo-saxons et français, ceux de l’est ou du pourtour méditerranéen, et les asiatiques qui arrivent par milliers, etc. Vous ne pouvez pas ne pas les considérer comme des citoyens à part entière. Ils sont Canadiens ou Québécois selon la perspective que nous retenons. Notre société s’est enrichie de ces diverses cultures accueillies puis intégrées le plus souvent en nous changeant nous-mêmes, en nous « améliorant »!

Pour une civilisation de l’amour

Venons-en maintenant à votre solution. Vous n’envisagez que l’amour inconditionnel. C’est le terrain où nous nous rejoignons. Mais l’amour inconditionnel n’attend rien de l’autre. Il n’exige pas la réciprocité, au contraire (cf. le Bon samaritain). Jésus ne demande pas de nous en tenir à l’amour de nos proches. Il demande d’aimer nos ennemis, de les aimer assez pour qu’ils puissent agir librement, au risque de notre propre perte! Si nous voulons vivre en tant que disciples du Christ, il nous faut embrasser le risque de la croix. Croire, espérer, aimer, comme vous dites, peut avoir des conséquences pour notre vie. La solution est effectivement l’amour inconditionnel. Nous faire les « prochains » des musulmans d’ici et leur tendre la main pour une fraternité inclusive est l’unique avenir possible ici comme ailleurs. Ainsi, plutôt que de nous perdre en tant que peuple, nous nous sauverons peut-être en réalisant quelque chose de la civilisation de l’amour…

 

100% xénophobes !

Standard

À la suite d’une nouvelle action haineuse à Chicoutimi où l’on a vu un commerce, propriété d’un Africain sans histoire, affublé d’autocollants à caractère xénophobe (cf. photo), dans un élan spontané j’ai écrit cette « déclaration » que j’ai publiée sur ma page Facebook. Je la reproduis ici afin que d’autres puissent y accéder sans l’intermédiaire du média social. 

La question est posée: Qui est Québécois?

Déclaration: 

Je suis Québécois de souche canadienne-française. Mon ancêtre est venu s’établir au Québec au 17e siècle. Un de ses descendants (peut-être deux) est venu fièrement s’installer dans un vaste royaume qu’on appelle le Saguenay-Lac-St-Jean, partageant parfois difficilement l’espace avec les premiers habitants, mais de manière moins dramatique qu’en certaines régions. De « colon » à agriculteur à fromager à électricien à comptable, mes aïeux ont vécu une vie bonne malgré des conditions difficiles. Ce qu’ils m’ont légué, c’est la valeur du travail, de la famille, de la langue française, de la religion chrétienne qui dit « Fais aux autres ce que tu voudrais qu’ils fassent pour toi ».

Ces dernières années, d’autres familles nous rejoignent en ce Royaume pour tenter de suivre leur rêve, de vivre en harmonie avec les autres, de veiller à donner le meilleur à leurs enfants et leurs petits-enfants. Ils ne sont en rien différents de mes ancêtres. Ils ne sont en rien différents de moi et des miens. 100% Québécois, nous le sommes tous et toutes dès lors que nous partageons le désir de vivre ensemble, de communiquer franchement, d’établir des relations amicales, de nous respecter dans nos différences, de collaborer pour que le meilleur survienne pour nous-mêmes et pour nos propres descendants. C’est dans un tel contexte que je veux vivre. Tous ceux et toutes celles qui voudraient croire qu’ils ont un droit supérieur de vivre ici en empêchant quiconque de s’y établir sont dans l’erreur, soit par ignorance qui engendre une peur irrationnelle, soit par idéologie qui ne peut que produire la haine. Ceux-là n’ont pas leur place dans une société fondée sur l’amour, le travail et l’entraide dont nous avons hérité de nos ancêtres…

C’est ainsi que vous me trouverez toujours aux côtés de ceux et celles dont certains voudraient qu’ils quittent ce Royaume en raison de leur origine, de leur couleur, de leur ethnie ou de leur religion.

Voilà, c’est dit.
Jocelyn Girard, 11 décembre 2014
#100%Québécois

Des néonazis en terre d’ici

Standard
Dernier guerrier

Le groupe Dernier Guerrier

Sur le fil Twitter cette semaine, un de mes contacts a mis un lien vers le site de Dernier Guerrier, un groupe musical qui appartient clairement à la mouvance néonazie. Surpris, parce que je suis toujours assez optimiste sur la nature humaine, je me mets à fouiller quelque peu pour découvrir que cette idéologie est réellement présente au Québec et ce, de manière organisée. Je découvre notamment que le groupe tient un blogue, mais que celui-ci n’est accessible que sur invitation. Vous devinerez que je ne fais pas partie des invités!

Je me permets de citer quelques extraits des chansons de ce groupe:

Le Québec est envahi
Plein de rapaces dans le pays
Prenons les armes dès maintenant (Jeune Guerrier)

Ce sont les juifs qui mènent avec leur argent
Ré-ouvrons les camps de concentration
Faisons d’Israël une grande prison (Accommodements raisonnables)

Fils d’Allah tu verras bien
Toutes les mosquées brûleront demain
Fils d’Allah j’vais égorger
Ta femme, ton fils, toute ta lignée (Fils de bâtard)

Si vous en voulez davantage, allez voir par vous-mêmes, mais je ne crois pas qu’il est souhaitable d’encourager le groupe par des visites sur leur site! Ses membres pourraient croire que l’augmentation du trafic correspond avec une hausse de l’adhésion à leur cause… Un concert secret aurait d’ailleurs été donné récemment dans les environs de Québec, alimentant la perception que ces groupes ont une existence réelle et qu’ils sont en croissance.

Le néonazisme

Comme bien d’autres, j’ai toujours cru que le néonazisme était une problématique surtout européenne. En marge de l’actualité, il y a toujours un groupuscule quelque part qui se manifeste en affichant des convictions racistes de la suprématie des blancs et sur les moyens pour assurer leur domination sur toutes les autres « races », allant jusqu’à prôner leur extermination (pour « achever le travail » commencé par Hitler). La fusillade en Norvège de l’an dernier va un peu dans cette direction.

Heureusement, ces factions sont toujours relativement surveillées et les lois encadrant les discours haineux les empêchent de pouvoir disposer d’un droit la liberté d’expression. La conséquence en est que ces groupes doivent composer avec un mode de vie sous-terrain, mystérieux, secret. Pour une personne déjà un peu marginale, à tendance paranoïde, ce côté underground peut exercer un pouvoir d’attraction. En se regroupant, ces personnes voient leur fiel individuel grandir en haine collective. Pour les repérer, j’ai trouvé un répertoire des symboles néonazis qui se révèle très éclairant, notamment par l’emploi de nombres qui réfèrent explicitement, quand on le sait bien sûr, à des appartenances clairement néonazies.

Au Québec

Pour qu’un site internet comme Québec Fachowatch se mette en ligne afin de démasquer les groupes haineux, il est probable que c’est parce que tels groupes existent réellement sur le sol de notre « nation distincte », à moins que là aussi, ce ne soit qu’une autre forme de paranoïa, je ne sais plus trop! Ce blogue d’opinions et d’informations explique que les néonazis auraient pris un virage majeur dans leur mode de communications afin de semer la confusion. En jouant la carte nationaliste et identitaire, ils véhiculeraient des idées que plusieurs trouvent acceptables, mais qui cachent en réalité leur véritable combat. Québec Fachowatch donne en exemple la Fédération des Québécois de souche qui sèmerait la confusion quant à ses véritables intentions racistes derrière un sentiment identitaire. Il faut dire que de nombreux Québécois d’origine canadienne-française sont sensibles à l’impression de perdre leur statut de majorité culturelle incluant leur héritage religieux, au profit des nouveaux arrivants à qui on concéderait tout avec les fameux accommodements raisonnables.

Dans un échange avec un autre contact sur Twitter, ce dernier affirmait qu’il y avait certainement des sympathisants au Saguenay-Lac-St-Jean de ce genre de dérive identitaire. J’ai douté. Mais je découvre sur une page Youtube un commentaire d’un fan du groupe Dernier Guerrier qui vient bel et bien de ma région :

coliss que c bon tabarnak88!!!!!
si vous faite des chow prevené nous saguenay vous suportes.
khariboux

En passant, le « 88 » est une référence directe au fameux « Heil Hitler », ce qui rend le commentaire encore plus explicite pour ceux qui fréquentent la mouvance néonazie. Je ne connais pas ce khariboux, mais visiblement il apprécie la prose de Dernier Guerrier et semble croire, dans son enthousiasme, que tout le Saguenay est derrière le groupe ! Et voilà que je tombe sur un blogue intitulé « Nationalistes du Saguenay » qui présente un discours très zen contre l’immigration et qui se rattache à des organisations dénoncées par Québec Fachowatch.

Dénoncer l’intolérance

Ils nous en ont déjà assez pris, nous ne les laisserons pas nous en prendre davantage. (Légion Nationale, Discours sur les Plaines d’Abraham)

La peur de perdre est un moteur qui conduit naturellement à la haine. Je ne peux concevoir d’autres motivations primaires que la peur pour m’expliquer les regroupements qui veulent en finir avec l’immigration. Que l’immigration soit mal gérée, que l’intégration ne soit pas une réussite, cela est assez juste. La seule différence entre Montréal et le reste du Québec montre bien à quel point il y a comme une frontière infranchissable aux communautés culturelles qui voudraient s’établir en régions. Pourtant, il existe des cas de réussites exemplaires. Ceci dit, ce n’est pas parce qu’on ne sait pas bien encore gérer l’immigration que celle-ci devrait être proscrite et que les immigrants eux-mêmes devraient être considérés comme des citoyens de seconde zone (ce qui est malheureusement souvent le cas). Intégrer, c’est faire nôtre. Ce n’est pas mettre dans un enclos et n’accorder que des concessions mineures par esprit charitable!

En général, c’est souvent parce que nous n’avons pas eu d’occasion de fréquenter d’autres cultures et groupes ethniques que nous en avons peur, car dès que nous nous mettons en relations avec une véritable intention de connaître et de découvrir les valeurs des uns et des autres, nous en arrivons plutôt à comprendre que nous nous enrichissons mutuellement. C’est mon expérience. Je ne peux donc pas souscrire à l’idée d’un repli identitaire. Mes amis africains, asiatiques, maghrébins ne m’inspirent aucune peur. Au contraire, en les fréquentant, je comprends mieux mes différences et je les assume encore mieux. Je vois d’où me viennent certaines réactions. J’en arrive à plonger dans mon histoire personnelle et collective afin de saisir la logique de mes choix, mes comportements stéréotypés, mes valeurs, mes croyances. En rentrant ainsi dans ma propre culture, je m’ouvre davantage à celle des autres dont j’apprécie tant les ressemblances que les différences. Oh! Il y a bien des choses qui me surprennent, d’autres qui parfois me choquent. Mais si j’ai établi une relation authentique, il m’est alors permis d’en discuter et d’interpeller dans la réciprocité. C’est alors que se produit une chose extraordinaire: je me transforme en un être humain meilleur que celui que j’étais avant ces rencontres. Et l’autre aussi. Pourquoi avoir peur? Pourquoi haïr? Pourquoi vouloir détruire ce qui peut nous humaniser?

Des liens à explorer : 

Fédération des Québécois de souche et une vidéo sur Youtube qui témoigne de son combat.

La Légion Nationale

Altermedia

Nationalistes du Saguenay

– J’ajoute un lien aimablement fourni par Natalia Trouiller : http://www.stormfront.org/forum/f203/