Un miracle, c’est un peu embarrassant…

Lourdes, en France.

Lourdes, en France.   (CNS photo/Jose Navarro, EPA)

Un 70e miracle attribué à la Vierge de Lourdes a été «approuvé» par l’évêque de Beauvais où vit la «miraculée», une religieuse âgée qui offre un témoignage touchant. Pour beaucoup de catholiques ancrés dans la pensée rationnelle contemporaine, un miracle sanctionné par l’Église revêt un caractère troublant, car il se présente comme un fait «inexplicable» renvoyant immédiatement à une cause surnaturelle. Or, l’incursion du surnaturel dans la vie matérielle, la seule que nous connaissons, ne fait pas bon ménage avec l’esprit du temps.

Il faut savoir que le processus de reconnaissance d’un «signe divin» est complexe et bien documenté, que le corps médical et scientifique impliqué fait preuve d’un esprit dubitatif intransigeant avant de se laisser convaincre du caractère «inexpliqué dans l’état actuel de nos connaissances scientifiques». Bien entendu, de telles précisions n’auront que rarement un réel impact sur la plupart des esprits rationnels. Mais alors, que peut donc représenter une telle déclaration de l’Église dans un contexte où toutes sortes de croyances cohabitent?

En effet, qui ne connaît pas un proche, un voisin ou une collègue, quand ce n’est pas soi-même, qui a fréquenté l’un une voyante, l’autre un médium, un autre encore un guérisseur exotique? Si l’Occident est devenu un univers où domine la rationalité, cela n’empêche pas les individus de continuer à s’en remettre à toutes sortes de pratiques en espérant qu’elles apportent un soulagement pour eux-mêmes ou pour un être aimé.

Ce foisonnement de miracles à la petite semaine est très éloigné de la conception que l’Église catholique s’en fait. Il ne s’agit jamais de voir candidement des miracles partout, mais bien de discerner parmi l’ensemble des guérisons annoncées celles qui «font signe» d’une intervention divine et qui ainsi peuvent soutenir la foi des fidèles. Et cela n’est pas si simple!

LIRE LA SUITE SUR PRESENCE-INFO.CA

Advertisements

Où est le véritable miracle ?

18 octobre 2010: On va faire le point sur les « miracles » à 13:30. C’est vraiment nous ramener aux années 50, aux grugeux de balustres, aux aveugles de Dieu. Cette citation est de Benoît Dutrizac lancée sur Twitter.

208339-fideles-recueillent-devant-coeur-frereJ’ai sursauté lorsque je l’ai vue passer sur le fil (oui, je suis un « suiveur » de Dutrizac et de bien d’autres pour saisir ce qui ce passe dans notre monde à partir de ce qu’en perçoivent différents commentateurs). Je comprends très bien qu’on puisse douter, voire s’opposer férocement à la perception des miracles comme tels. Je comprends que des citoyens du Québec en ont eu tellement plein les bras avec l’Église, le clergé, une certaine manière d’avoir été soumis aux dogmes étouffants qu’ils ne puissent même plus en sentir l’odeur, comme après une indigestion alimentaire qui laisse des traces encore des années plus tard au contact de l’aliment qui a rendu malade.

Mais j’ai quelque chose contre ce « on nous ramène aux années 50 » de Dutrizac. Il y a dans ce bout de phrase et le reste de son tweet un mépris qui n’aide en rien au dialogue sur toutes ces questions. Les gens des années 50, ce sont mes parents, mes oncles, mes tantes. Ce sont des personnes qui ont trimé dur et qui ont dû faire des efforts titanesques pour s’adapter aux changements des 50 dernières années du deuxième millénaire ! La chronique de Patrick Lagacé, est d’ailleurs plus respectueuse à ce niveau que la position de son ex-partenaire Dutrizac (voir « Un petit peu de nous autres là-dedans »).

M. Dutrizac a répondu à la réaction que je lui ai faite : « D’abord, expliquez-moi votre version d’un miracle… je nous croyais à une époque scientifique, pas mythologique. » Justement, la science est encore loin de tout expliquer. C’est d’ailleurs même dans la définition du miracle: « fait inexplicable par la raison humaine que l’on suppose d’origine surnaturelle. » (cf. linternaute). Certains diront que c’est inexplicable pour le moment, car la science progresse et finira par trouver des explications rationnelles. C’est ce qui est arrivé à plein de phénomènes autrefois nébuleux, par exemple les convulsions générées par une maladie aujourd’hui bien connue comme l’épilepsie. Jusqu’au siècle dernier, on la décrivait comme une maladie de la possession démoniaque !

Pour moi, les miracles de saint André Bessette ne sont pas à voir à priori du côté des guérisons, qu’elles soient ou non explicables par la raison. Elles sont mystérieuses, bien sûr et leur caractère qui échappe à l’explication scientifique est troublant, rien de moins. Mais le plus important, dans un miracle, est moins la cause que l’effet. Dans l’Évangile, on parle de signes. Les signes sont comme des clins d’oeil de Dieu pour susciter l’adhésion de la foi. Sur une multitude de signes et de miracles accomplis par Jésus, Jean n’en conserve que sept pour imager tout son évangile. Dans les autres évangiles on fait la distinction entre miracle et guérison. Là aussi, comme pour le frère André, il y en aurait eu des milliers… Jésus aurait été un thaumaturge efficace qui attirait, lui aussi, les foules en attente d’une guérison. Mais Jésus accordait peu d’importance à la guérison : il interpellait la foi du miraculé. Le vrai miracle, c’est la reconnexion opérée entre la personne et Dieu, le Père révélé en Jésus, un Dieu d’amour infini, de tendresse, de pardon. Quand, aujourd’hui, je vois de tels fruits suite à une guérison, j’arrive à croire qu’il y a miracle. Mais pour cela, il faut la foi

L’un des premiers miracles de saint frère André fut celui de l’épouse du Docteur Charette du Collège Notre-Dame, hostile au « frère graisseux » et qui ne jurait que par la science. Devant la souffrance de sa femme et la sienne à l’idée de la perdre définitivement, il s’est humilié personnellement en se tournant vers le simplet André qui croyait aux vertus de l’huile de saint Joseph. Que sa femme fusse guérie est déjà extraordinaire, mais que cet homme devienne ensuite un ardent croyant, un défenseur du portier de Montréal et un contributeur à sa cause est pour moi le vrai miracle: dans les effets (la conversion, le changement de vie) et non pas dans la cause (le signe lui-même).

Plus tard, on pourra peut-être expliquer la raison de la maladie de cette dame et considérer qu’elle aurait pu être guérie en 2010 par la science médicale. Cela n’enlèverait rien au fait que ce médecin a consacré une grande partie de sa vie à se dévouer à la cause de Dieu et à faire le bien. Il est probable qu’il ne l’aurait pas fait si le signe ne lui avait pas été donné, d’où le miracle. Et prenez bien notre de ceci : la science trouvera encore de nouvelles explications à des phénomènes qui paraissaient jusqu’alors inexplicables, mais il en restera toujours autant qui seront sources d’interrogation, de dérangements ou d’angoisse pour les habitants de la terre. Ces événements les feront encore se tourner vers le ciel, à la recherche de sens et d’orientation pour leur vie. C’est là, au point tournant, que Dieu les attend le plus souvent et se montre ouvert et accueillant. Cette rencontre est, depuis toujours, le lieu le plus bouleversant qui chavire toute une vie pour la mettre en marche vers plus de vie, plus de fruits.

Oui, je crois aux miracles. Je ne m’intéresse que peu aux guérisons. Si une personne de mon entourage en a fait l’expérience, je m’en réjouis et je veux en rendre grâce. Mais s’arrêter au signe, c’est manquer l’essentiel: Dieu en personne vient nous toucher, nous prendre dans ses bras de père ou mère, nous redire notre dignité de fils ou fille, nous envoyer comme des hommes ou des femmes debout au service de plus d’humanité, à son image et à sa ressemblance. Voilà le miracle qui « vient me chercher », comme on dit.