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Est-il possible de diviser davantage?

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Je ne voulais plus écrire sur ce sujet. Le thème de mon blogue concerne les liens entre la culture (au sens très large, incluant des sujets de société) et la foi (dans ses déclinaisons diverses). Il se trouve cependant que la culture actuelle est embourbée par une situation qui ne trouve pas d’issue et que la foi, là aussi au sens très large, s’en trouve bien malmenée…

Diviser pour régner

La démission de la ministre de l’Éducation, Mme Beauchamp, m’est apparue hier comme la chose qui devait arriver pour que des opportunités surgissent en vue d’une résolution à la crise sociale actuelle. La nomination de Mme Courchesne me paraissait jusqu’à ce matin plutôt de bon aloi, à l’exception du discours visiblement énervé hier midi du premier ministre en conférence de presse pour annoncer la démission de sa porteuse de ballon. Mais ce matin, avec la réalité des injonctions qui imposent aux directions des collèges et à leurs profs que les portes de leur institution soient ouvertes et que les cours soient donnés aux minorités d’étudiants qui s’opposent aux positions démocratiquement établies par leur assemblée étudiante; avec les escouades anti-émeutes qui poursuivent les manifestants à Montréal, je ne vois aucun signe de détente ni d’espoir pour la rencontre prévue ce soir avec la nouvelle ministre.

Ce matin, au Cégep Lionel-Groulx, la Sûreté du Québec est venue, comme à Victoriaville le 4 mai, faire place nette. Des parents s’étaient joints aux profs pour se mettre en première ligne devant les policiers, scandant « ne touchez pas à nos enfants »! Comme parent, je ne pouvais m’empêcher d’être solidaire de mes pairs qui risquaient de subir quelques coups de matraque et les effets des gaz irritants, tout ça pour appuyer leurs jeunes qui cherchaient à faire respecter le vote de grève. Tous ont appelé pacifiquement à la levée des cours. Mais ni la direction, ni le gouvernement n’a flanché. La police a fait son travail. Heureusement, pas de casseurs cette fois-ci, ce qui a permis une dispersion relativement efficace de la foule. Comment 53 étudiants pouvaient-ils ensuite entrer dans leur collège et aller s’asseoir tranquillement dans leur classe pour y recevoir leur cours, sans qu’ils aient un peu sur la conscience l’impact de leur procédure en injonction? Je ne sais pas.

Chose certaine, il semble bien que Jean Charest a laissé partir sa ministre parce qu’elle était sur le point de craquer par rapport à la ligne dure de son gouvernement. Après l’annonce de sa démission, je croyais que c’était plutôt un signe d’ouverture, mais je me suis encore bêtement trompé. Je me trompe souvent sur les intentions de ce gouvernement, car à chaque fois, j’espère que la raison finira par revenir à la surface!

Le vrai problème est le suivant: 14 semaines de grèves touchant près de 180 000 étudiants et même plus lors du sommet de mars constitue une situation jamais vue auparavant. Toutes les grèves étudiantes qui se sont déroulées dans le passé ont vu les gouvernements concernés accepter de reprendre le dialogue et considérer des compromis, quand ce ne fut pas carrément de reculer sur le principe même des hausses annoncées. Chaque fois, ça ne dépassait pas quelques jours ou quelques semaines. Jamais 93 jours comme en 2012!

Il y a tant de mensonges et de demi-vérités dans tout ce dont nous sommes témoins qu’il faudra bien du temps pour en dépecer toutes les pièces. J’imagine bien un « Tout le monde en parlait » dans 20 ans (note aux journalistes, gardez vos documents pour cette future enquête!).

Un (ultime) appel

Mme la ministre Courchesne, n’est-il pas venu le temps d’en finir? N’écoutez pas les durs qui veulent en finir par plus de violence! N’écoutez pas les gens qui ne voient dans notre jeunesse militante que des vauriens masqués nombrilistes! Écoutez votre raison et un peu votre coeur. Vous avez participé à une ronde importante de négociations qui avait tout l’air d’être une voie vers un compromis acceptable, en l’état actuel. Annoncez dès ce soir un moratoire jusqu’aux prochaines élections et présentez honnêtement à la population — ce que votre parti n’a pas fait en 2008 — votre projet de hausse et défendez-le au cours d’un combat légitime dont l’issue sera tranchée par les électeurs!

Nous sommes des centaines de milliers à espérer que tout ceci se termine depuis bien trop longtemps. Cela a assez duré. Mais la conclusion peut encore être pacifiante. Il n’en tient qu’à vous, Mme Courchesne, et sans doute un peu beaucoup à votre premier ministre qui a décidé visiblement qu’il jouait toutes ses cartes en vue du prochain scrutin sur le dos des étudiants.

Un carré blanc pour votre rencontre serait de bon augure. N’hésitez pas à l’adopter, vous aussi, pour  être à la hauteur de votre responsabilité.

Mise à jour du 18 mai: À ma propre question en intitulé de ce billet, je dois encore répondre « oui » ! La loi spéciale est sur le point d’être adoptée. Les Québécois seront plus divisés que jamais. Il suffit de changer de chaîne d’informations, télé ou radio, pour entendre des choses complètement extrêmes. Bravo, M. le premier ministre !

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En complément, ce matin du 16 mai, l’excellent texte de Rima Elkouri.

La mauvaise foi jusqu’au bout

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Dans mon dernier billet, j’ai voulu inciter les adversaires de la crise sociale qui sévit depuis trois mois à prendre un peu d’air et à revoir leurs positions en vue d’arriver à une entente pacifique. J’écrivais ceci :

Avant qu’il n’y ait mort d’homme (ou de femme, bien sûr), ne serait-il pas temps de poser un geste ultime et responsable d’apaisement?

J’ai vraiment cru — ou j’ai vraiment voulu croire — que ce geste était venu lorsque la ministre de l’Éducation a convoqué tous ces gens, le 4 mai à Québec. Je constate, trois jours plus tard, que ce n’était encore une fois qu’un exercice digne d’un numéro d’illusionnisme. Et là, je sens bien que le vent ne va pas s’apaiser, au contraire.

Quand on veut on peut…

Il existe un code d’honneur dans le domaine de la guerre ou des conflits entre les peuples. Une parole donnée ne doit jamais être reprise, sinon elle n’a plus de valeur pour le présent et il est bien difficile de lui redonner du crédit dans l’avenir. Le gouvernement de M. Charest, avec sa ministre de l’Éducation en tête, avait tout en main pour clore ce chapitre de notre petite histoire, autour de tensions provoquées par la confusion sur la valeur de l’éducation et les bénéfices qu’une société en retire réellement. Les conditions étaient belles pour en finir: un congrès partisan pour faire sauter l’applaudimètre; un rendez-vous de manifestants de tous âges, grands-mères, petits-enfants, parents, étudiants et étudiantes, bien entendu; et cette convocation à Québec des quatre associations étudiantes élargie à des représentants du monde syndical et des recteurs d’université. J’avais un mince espoir, très mince en fait. Mais l’espoir, c’est grand quand c’est tout ce qui reste.

Mais non. Ce ne fut pas la conclusion que nous voulions tous. Cette vingtaine de « casseurs » s’est faufilée parmi les manifestants comme dans un scénario prévu d’avance, provoquant les premiers rangs de policiers afin de déclencher leur fureur aveugle. Et là, encore une vision de tout ce que nous ne voulons pas voir dans une société tranquille comme la nôtre: bombes lacrymogènes, gaz irritant, balles en plastique dur tirées à distance pour blesser, coups de matraques, réactions de manifestants, et l’emploi de force excessive pour disperser la foule. On peut dire qu’elle a été efficace, l’escouade anti-émeute de la SQ! Mais était-ce nécessaire et, surtout, proportionné? Cela ne semble pas, lorsqu’on entend la porte-parole de la SQ elle-même expliquer que ce déferlement de violence fut allumé par un tout petit groupe qui venait d’on ne sait où (mais certains savent). Des enfants hurlaient de douleur. Des personnes âgées respiraient à peine. Non, je n’ai vu en aucune des personnes qui étaient là pour dire leur opposition au gouvernement Libéral, des criminels qu’il convient de violenter de cette manière. Comme je l’ai déjà écrit, j’ai de plus en plus la certitude que les formations données aux escouades policières relèvent des scénarios de pays totalitaires qui s’y connaissent bien en répression des foules.

L’impasse

On voit, à mesure que la journée progresse, que les associations étudiantes rejettent massivement l’entente forcée. Les étudiants ne sont plus des enfants, contrairement à l’image que je donnais d’eux dans mon dernier billet. Ils ont pris un coup de vieux ce printemps comme on dit. Ils ont pris de l’expérience et savent désormais que les « grands », les adultes responsables, ne sont pas dignes de confiance. Il disent et ne font pas. Il y a bien un mot pour dire cela, c’est un mot qui revient sans cesse sur la bouche des gens lorsqu’on leur demande ce qui les dégoûte le plus chez les autres: l’hypocrisie.

On ne peut simplement laisser aller cette ministre disgracieuse se pavaner à ridiculiser les gains qu’elle a « consentis » et puis repris aux étudiants en changeant le texte à signer à la dernière minute. Ni non plus notre chef d’État qui ne reconnaît aucun tort dans la crise que nous venons de vivre. Il n’hésite pas à mettre les torts sur le dos des autres partis, des syndicats et, évidemment, des associations étudiantes à qui il assure avoir tendu la main à plusieurs reprises… Si au moins il admettait que cette crise s’est étirée par un entêtement à ne pas vouloir la régler!

À chacune des rares occasions de sortir de ce conflit, quand on avait l’impression que le gouvernement faisait un pas vers l’écoute et la conciliation, le désastre fut plus grand encore. À chaque fois, j’y ai cru malgré tout. Je suis naïf au point de me trouver aujourd’hui bien « innocent »*.

Une fois terminés, les votes des étudiants auront une fois de plus cristallisé les oppositions. Un plus grand nombre d’étudiants sera en colère. L’été qui vient verra s’éteindre peu à peu les manifestations d’ampleur, en attendant le retour « à l’école ». C’est sans doute le pari que viennent de prendre les quelques têtes de l’establishment du Parti Libéral. Les élections viendront plus tard, quand une paix qui ne sera qu’apparente se sera installée sur nos nuits et que nous voudrons simplement rester bien relax au fond de nos fauteuils de l’inertie. Nous pourrons peut-être — n’est-ce pas ce que nous espérons? — enfin dormir… aux gaz… inertes.

* Pour mes lecteurs hors-Canada, « innocent » dans ce cas-ci est un jeu de mot qui s’apparente davantage à « stupide ».

C’est la paix que nous voulons

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Je voudrais courir au milieu des belligérants armé d’un drapeau blanc. Avec l’énergie du désespoir, je voudrais les repousser de chaque côté afin d’ouvrir entre eux un espace blanc. Juste assez pour qu’ils puissent inspirer, expirer, prendre du recul et tout reconsidérer, encore une fois, avec l’infime espoir qu’il est toujours possible de changer la fin si prévisible de ce film décidément mauvais…

Avant qu’il n’y ait mort d’homme (ou de femme, bien sûr), ne serait-il pas temps de poser un geste ultime et responsable d’apaisement? Je vois venir le weekend des 4, 5 et 6 mai à Victoriaville avec ce congrès du parti Libéral combiné au mot d’ordre lancé par les étudiants. Pauvre ville! Il va de soi que les signes des temps ne paraissent pas du tout favorables. Quand le numéro deux du gouvernement, ministre des Finances, affirme qu’il n’envisage plus aucune discussion et que seule une élection permettra de mettre un terme à ce conflit, je suis réellement inquiet pour les jours qui viennent. Un ami, père de deux jeunes engagés dans la mouvance de la contestation populaire, faisait le lien avec sa propre expérience. La situation n’est-elle pas, me disait-il, comme si un père furieux contre son fils lui disait « Tu nous donnes ce qu’on te demande et tu rentres dans ton trou ou bien tu dégages ». La tension est telle que le jeune peut décider d’affronter le père ou choisir de lui tourner définitivement le dos. Les parents savent tous que survient, un moment ou l’autre, le temps où ce genre d’arguments ne peut plus tenir s’ils veulent éviter une rupture aux conséquences néfastes. C’est le plus souvent aux parents qu’il revient de se repositionner autrement, non plus selon une ligne strictement autoritaire, mais plutôt comme des partenaires du développement de l’autonomie de leur enfant.

Faire de la jeunesse des ennemis

Ce même ami me disait à quel point il était indigné de voir que notre gouvernement a choisi de considérer notre jeunesse comme l’ennemie du peuple. Lorsqu’un gouvernement, disait-il, montre du mépris à l’endroit d’un groupe organisé de la société comme un syndicat de professeurs ou de fonctionnaires, il s’arrange avec les conséquences de ses choix. Mais un gouvernement peut-il  encourager une partie de la population à traiter la jeunesse comme l’ennemie de la société? Lorsqu’un ministre de la Sécurité publique pointe du doigt un leader, allant jusqu’à insinuer que la police pourrait éventuellement avoir affaire à lui, il pointe à travers lui des dizaines de milliers de jeunes qui ont choisi des moyens de pression dérangeants, certes, mais généralement exemplaires quant à leur déroulement pacifique et non-violent. Quand une ministre de l’Éducation s’acharne à stigmatiser une association pourtant légitime en visant à créer systématiquement la division. Quand un premier ministre se moque de la mobilisation à plusieurs reprises, y compris de la manifestation du Jour de la Terre, comme si la solidarité des foules n’avait aucune importance sur l’ordre normal de ses priorités. Quand tout ceci arrive, la réaction en face ne peut que devenir celle que tous les parents connaissent lorsqu’ils choisissent de ne pas vouloir discuter avec leur grand adolescent. Les moyens de pression ne peuvent que se durcir et en venir là où personne ne voudrait qu’ils aboutissent. C’est là que toutes les éventualités peuvent survenir, une provocation excessive, un geste malheureux, un accident aux conséquences irréversibles.

Pas n’importe quelle paix

Je souhaite comme tout le monde que ce conflit en vienne à une conclusion qui laissera le moins de conséquences négatives possibles. Nous en sommes là, car des séquelles il y en aura. L’histoire se rappellera du printemps 2012 comme l’année où il aura fallu le plus grand nombre de semaines de grèves étudiantes pour arriver à… À quoi en fait? La fin n’est pas encore écrite et c’est là que nous pouvons intervenir, un peu comme les fans des séries à succès qui parviennent à modifier le destin prévu par l’auteur de certains de ses personnages.

Alors comment voulons-nous qu’elle se termine, cette histoire? Plus que jamais, il est temps de nous mettre au service de la paix sociale. Non pas une paix imposée à coup de matraques et de répression. Non pas une paix où l’autorité se serait aplatie en renonçant à toutes ses décisions. Plutôt une paix qui commence par la création d’un espace commun de dialogue. En communication non-violente, c’est la condition préalable à toute médiation. Il n’est pas possible d’envisager un dialogue authentique si les adversaires ne s’engagent pas résolument à chercher une voie pacifique pour dénouer la crise.

L’heure n’est plus à choisir un camp ou l’autre. C’est la troisième voie qu’il faut choisir, la voie de la paix, avec la maturité nécessaire pour entrer dans un tel processus. Le braquage du gouvernement doit être assoupli. Qui pourra l’en persuader, sinon un fléchissement de l’opinion publique? Tant que la majorité semble soutenir le gouvernement qui veut casser le mouvement étudiant, elle le supporte dans son durcissement et dans les conséquences sur le terrain des manifestations. Il faut demander à ce gouvernement de modifier son attitude. Pour cela, il faut une vraie trêve, comme dans une guerre qu’on veut terminer, sans véritable vainqueur, sans véritable perdant.

Souscrivons donc aux pressions de certains « sages » qui se sont déjà exprimés, à savoir qu’il faut un moratoire sur la hausse décidée par le gouvernement. Quelques mois, une année, je ne sais pas. Mais sans cette trêve plus qu’urgente, la paix sociale que nous attendons sera reportée d’autant, jusqu’à une élection, et là, rien n’est assuré non plus.

Je ne veux plus voir des policiers cogner sur des jeunes. Je sais bien qu’ils ne font que répondre à des ordres. Je ne veux plus qu’ils reçoivent l’ordre de dégager la place, quitte à casser des jambes, à brûler des yeux, à embarquer des jeunes qui ne sont pas des criminels, mais des « comme nous » qui rêvions, à une époque, de changer le monde. Ces jeunes, ce sont les miens, les vôtres. Mes neveux et nièces, les vôtres. Vos petits-enfants. Voulons-nous vraiment les mâter ou bien leur ouvrir un avenir où ils pourront, à notre suite, poursuivre la construction d’une société plus humaine? J’ai choisi mon camp. Je porterai désormais le carré blanc, signe de paix. Et je prie l’Esprit Saint d’éclairer toutes les personnes en mesure de poser les gestes qui contribueront à établir cette paix sociale. La paix? Ce serait une belle fin, n’est-ce pas?

Pas de tête, pas de coeur

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Le gouvernement de Jean Charest n’en finit plus d’accumuler les situations de non-écoute et de non-dialogue pour n’en faire qu’à sa tête (qu’il a probablement perdue quelque part). Plus les jours avancent et plus le sentiment d’indignation monte en moi devant la détérioration du climat social engendré par le raidissement injustifié et de plus en plus intolérable de ce gouvernement.

L'État policier à l'oeuvre
Plutôt que le dialogue, la répression…

Dénoncer

Mme la ministre et son Premier ministre exigent que les étudiants « condamnent » les violences qui ont été commises par des manifestants. Ce seul mot est devenu l’objet du litige. Si toutes les associations étudiantes les « dénoncent » comme elles l’ont fait, cela ne suffit pas. Il faut qu’elles utilisent le mot imposé par la Maîtresse sinon elles ne passent pas le test d’admissibilité au dialogue… Faut-il encore se montrer à ce point bornée ou calculatrice, lorsqu’on nage en pleine dérive?

Chaque jour depuis une semaine, les exactions commises vont en augmentant. Chaque jour depuis plusieurs semaines, les interventions policières prennent du muscle et la répression devient de plus en plus la norme. Je ne sais pas où nos services de police ont pris leur formation anti-émeutes, mais il est possible que ce soit du côté de pays prompts à se retourner contre leur peuple! Là-bas, aux jets de pierre, on rétorque par des balles réelles. Ici, aux mains levées et aux slogans scandés, on rétorque par des gaz et des matraques et désormais on exhibe des armes comme sur la photo. Réplique proportionnelle?

S’il faut condamner les exactions et les violences, il faut les dénoncer toutes, y compris celles de nos corps policiers. Je ne comprends pas comment un gouvernement a laissé cette situation s’embourber de cette façon. A-t-il sous-estimé la détermination des étudiants? A-t-il jugé que les appuis ne viendraient pas comme ils surgissent de toute part, jour après jour? Ou a-t-il simplement décidé de jouer avec l’image d’un gouvernement fort qui peut faire plier toute forme de contestation?

Comme tant d’autres, je m’élève une fois encore contre ce que je vois. Je me sens dégoûté par tant de mépris d’un gouvernement et surtout de la part de chacun des élus qui le composent et qui laissent faire. Qui parmi ces députés se lèvera pour dénoncer son propre parti, son gouvernement? Aucun de ceux qui laissent faire ne mérite d’être réélu.

Assez, c’est assez

Si ce gouvernement a perdu la tête, peut-être lui reste-t-il un peu de coeur. Mme la ministre a parlé de courage au début de la crise. Son courage s’est changé en coeur endurci. Il y a un cri du coeur qui est comme une clameur qu’on entend dans la rue, partout au Québec. Nos jeunes ont besoin d’être entendus et reconnus. Une grande part de leur combat est juste et mérite d’être soutenu. Si ce gouvernement n’a pas de coeur, à nous, citoyennes et citoyens de toutes les générations, de lui en greffer un!

Nous voulons un règlement digne à cette crise. Cela relève d’un gouvernement et non pas des tribunaux. Nous sommes un peuple pacifiste et non-violent. Les manifestations de force disproportionnées ne font que provoquer la colère et les débordements. Les dirigeants des trois grandes associations d’étudiants ne peuvent être tenus responsables de ce qui arrive. Ce serait manquer de coeur que de leur imputer cela.

Pour résoudre cette crise, Mme la ministre devra sans doute démissionner. M. le Premier ministre devra s’élever pour une fois à la hauteur du rôle d’un chef d’État. Il y a péril en la demeure. Cette crise a assez duré. Le courage, à ce moment-ci, c’est reconnaître qu’on s’est trompé et qu’il faut s’asseoir avec les étudiants, en tenant compte de tous ceux qui les ont appuyés depuis le début de la crise.

La foi des étudiants

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Pour la justice et l'équité

Crédit photo: La Presse canadienne

Pratiquement tout a été dit ou écrit sur les manifestations des étudiants contre la hausse des « droits » de scolarité au Québec. Tous les arguments peuvent facilement être trouvés, énumérés, expliqués, défendus. Je n’ai rien d’autre à ajouter que mon appui personnel au mouvement qui perdure et qui montre un aspect de la jeunesse jusque là assez peu manifeste, du moins pour un observateur de ma génération, soit sa capacité de s’engager et de se montrer solidaire.

Le sociologue Guy Rocher, considéré par tous les sociologues formés depuis 40 ans comme un grand maître du domaine, a pris la plume pour exprimer clairement ce qui marquera sans doute les consciences dans les prochaines décades, lorsque l’on reviendra sur les événements actuels.

« Je suis très impressionné par le fait qu’il y a en ce moment, dans le milieu étudiant, un assez grand nombre de personnes qui partagent le même point de vue, la même opposition, la même résistance aux politiques actuelles. À cet égard, c’est novateur », a-t-il conclu. « C’est révélateur d’un changement d’attitude dans une partie de la jeunesse, qui voit dans la hausse des droits de scolarité autre chose que seulement la hausse des droits, mais qui voit aussi des politiques sociales et une conception de la société à changer. » Une société qui aurait tout intérêt, selon lui, à être de cette «lutte juste» qui n’est pas celle de la «juste part». (Source, voir à la fin du texte)

Et Lise Payette de renchérir jusqu’à « voter » Guy Rocher:

La hausse des droits de scolarité, imposée par le gouvernement Charest, ne serait acceptable que pour les étudiants issus de milieux aisés. Tous les autres qui risquent de s’endetter encore davantage pour mener à terme des études qu’ils auront choisies, seraient placés devant des choix difficiles qui représentent une injustice dans notre société. Moi, je vote Guy Rocher. (Source)

L’Évangile et la justice

Une autre lettre, sans doute moins relayée par les uns et les autres, publiée dans Le Devoir du 7 avril dernier, nous entraîne à considérer des éléments d’inspiration qui ne sont pas sans rappeler un certain Galiléen:

Ce que nous percevons dans le mouvement étudiant, c’est le surgissement d’un questionnement fondamental sur ce qui nous relie les uns aux autres. Car loin d’être seulement une question d’argent, les demandes des étudiants se réfèrent à la justice sociale, aux valeurs collectives, à la critique de l’individualisme néolibéral. Elles en appellent au bien commun et à l’équité entre les générations. (Source)

Les sept jeunes auteurs n’hésitent pas à établir les liens entre ce qu’ils voient dans le mouvement étudiant et l’inspiration qu’on peut trouver dans l’Évangile. C’est justement cette dimension qui m’apparaît intéressante dans le mouvement actuel. Je sors à peine d’un Forum ouvert réalisé en trois soirées dans ma région autour de la génération Y. Les quelques 70 participants ont généralement reconnu qu’il existe un réel fossé entre les jeunes et les générations plus âgées. Celles-ci ont même exprimé une certaine détresse à constater l’absence apparente d’un besoin chez les plus jeunes de recourir à eux, à leur expérience, à ce qu’ils aimeraient transmettre aux générations nouvelles. Les différentes études montrant les caractéristiques de la génération Y ne pointent pas forcément vers la tendance à l’engagement, à la militance, même si on voit aussi beaucoup de jeunes s’investir dans des activités humanitaires et écologiques.

Ces mêmes personnes issues de générations plus éprouvées par le temps, ont aussi été majoritairement confrontées à l’enseignement de Jésus à travers une fréquentation assidue de la pastorale scolaire, des mouvements d’action catholique, des homélies du dimanche. Pour ces personnes dont je suis, l’Évangile de Jésus-Christ est une bonne nouvelle tout d’abord pour toutes celles et ceux qui luttent pour la justice (voir Matthieu 5,6). Depuis le printemps arabe, les marches des peuples grecs et russes, le mouvement mondial des indignés et maintenant la lutte pacifiste — non sans raté — que mènent les étudiants québécois, il y a quelque chose de frais qui circule, une brise qui fait du bien. Pour les affamés de justice, cette grève a comme un goût de lait et de miel, une saveur de terre promise. Tout n’est pas exempt de failles, de quêtes égoïstes ou de marques d’irrespect. Mais en général, pour un récent cinquantenaire comme moi, cette persistance des jeunes à réclamer la justice, le souci du bien commun, des valeurs sociales qui bâtissent une société et son avenir notamment par un accès pour tous à l’éducation, est une source de joie.

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice ! Heureux, non pas ceux qui sont repus, ceux qui se cramponnent à leurs illusions et à leurs privilèges, ceux qui n’attendent rien des autres, rien de Dieu. Mais heureux ceux dont toute la vie est habitée par la passion que l’homme soit debout et que le monde réussisse. Ceux pour qui le combat de la justice est l’expression de leur fidélité à Dieu. Ceux qui n’ont pas peur de prendre des risques. Ceux qui ne se contentent pas du froid équilibre des droits. Ceux qui livrent la justice à la miséricorde de Dieu. (Source)

Les auteurs contemporains de la lettre du 7 avril disent en mots d’aujourd’hui la même chose:

[À la suite de Jésus], il nous revient donc de mettre en place et de maintenir les conditions d’une solidarité soucieuse des plus pauvres, des plus fragiles et des plus vulnérables. C’est là une des interpellations radicales que nous discernons actuellement au coeur du mouvement étudiant. Un mouvement qui nous convie à remettre en question le fatalisme économique et politique, afin de recommencer à croire en notre capacité de faire des choix collectifs porteurs d’avenir, d’égalité et de liberté pour toutes et tous.

Après avoir discerné moi aussi les signes qui sont perceptibles dans le mouvement actuel, je comprends mieux pourquoi les jeunes peuvent ne pas sentir le besoin de la foi ou de l’expérience des plus anciens. Ils sont capables, par eux-mêmes, d’expérimenter ce qui, dans leur humanité, est de l’ordre des forces de vie qui conduisent à plus de justice. Qui dit plus de justice, dit aussi plus d’amour, en acte. J’ai confiance en cette génération pour ce qu’elle est en train de nous montrer.

Je dis donc bravo aux étudiants et à tous ceux et toutes celles qui les supportent. Il y a de la foi dans l’air! Une foi dans l’avenir, une foi dans la cause, un espoir que le monde peut retrouver un peu de solidarité et d’imagination au service du bien commun dans ce qui se passe ici et maintenant. Et si la foi, dixit Jésus, peut déplacer des montagnes, alors pourquoi ne pourrait-elle pas aussi ébranler une tour d’ivoire où se sont réfugiés des élus, une ministre et un premier ministre… Moi, j’y crois.

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La citation qui suit était dans mes courriels du jour au lendemain de la publication de cet article. Il me semble qu’elle est tout à fait dans le ton. Je vous l’offre simplement.

Je crois que la jeunesse, avec son désir d’authenticité, de générosité et d’accueil, peut apporter des remèdes au désespoir et au matérialisme du présent, à cette recherche de confort et de jouissance. Elle aura le dynamisme et l’appel pour créer des communautés de paix et d’espérance, très profondément unies, qui peu à peu, de l’intérieur, changeront notre société. Jean Vanier, Ouvre mes bras, Fleurus, p.9