Sans la foi, quelle espérance?

img_8245On déplore que les gens n’aient plus la foi. On se rassure en constatant qu’ils demeurent en quête de sens. Mais lequel d’entre nous peut déclarer ne pas chercher le sens de sa vie, de ce qui lui arrive ou de ce qui se passe dans le monde ?

Chercher du sens peut conduire à des impasses. Par exemple, quel sens donner aux migrations forcées qui contraignent des millions d’êtres humains, de familles décimées, à quitter leur chez soi pour se retrouver dans des camps de réfugiés où ils seront « parqués » durant des générations ?

De nombreux athées critiquent sévèrement les croyances religieuses. Ils les jugent comme des tentatives d’éviter de se frotter à la réalité telle qu’elle est, en projetant dans un au-delà fantasmé ce qui est inadmissible ici-bas. Pour eux, la foi ne repose sur rien d’autre que des chimères. Dieu ne serait qu’une invention humaine. Ainsi plus des trois-quarts de l’humanité seraient de simples naïfs ou, pire, des arriérés.

L’enfant de Nazareth provoque la foi

Nous croyons en « quelque chose » de plus grand que ce qui est donné à voir, entendre et mesurer par les sens. Cette présence mystérieuse nous pousse à la contemplation et instille en nous la conviction que la vérité existe indépendamment de toute personne, idéologie ou religion qui voudrait la posséder. Notre quête spirituelle est incessante.

cristo-superiorNous croyons que ce « quelque chose » a une existence propre, au-delà du temps et de l’espace et qu’il a révélé son nom : « Je suis ». Cet être que nous appelons Dieu, appelant toute chose à la vie, devait nourrir un dessein de beauté, de bonté et d’unité pour ce monde. Ainsi il y insufflait son esprit et sa sagesse pour alimenter le désir des humains à chercher son visage et à co-créer les espaces et le temps pour le bonheur de tous.

Faisant l’expérience de la liberté, les humains ont exploré toutes les directions, ne parvenant jamais à réaliser le dessein du Père : un monde d’amour, de paix, de justice, de partage, d’égalité, de respect, de souci du plus petit. Au contraire, ils ont la plupart du temps saccagé le rêve de Dieu.

Ne renonçant jamais à son alliance, le Dieu libérateur fit surgir dans notre monde un être parfaitement humain, apte à révéler infailliblement le divin. Il eut pour mission d’inspirer l’humanité et de susciter la foi de quelques disciples afin qu’ils et elles reconnaissent et révèlent les semences de beauté, de joie et de solidarité qui sauvent le monde. Jésus-Christ, appelé de toute éternité à venir transformer ce monde de l’intérieur, offrit sa vie comme don ultime d’amour, s’en remettant entièrement à son Père qui, le ressuscitant, ouvrit pour toutes les générations un horizon d’espérance.

Les chrétiennes et les chrétiens sont dans ce monde tout en espérant un autre monde dont ils perçoivent l’existence. C’est ainsi qu’ils œuvrent, avec la force de l’Esprit, à façonner ce monde pour le faire correspondre à celui rêvé par Dieu, manifesté par son Fils. Noël, c’est la naissance de cette foi incarnée qui a le pouvoir de tout changer.

Hollywood ferait-il des convertis?

Je vois avec intérêt, ces derniers temps, le retour de films inspirés de la Bible, notamment « Le Fils de Dieu » (The son of God) et plus récemment « Noé » (Noah). Bien que, sur le plan cinématographique, ces films et d’autres à venir (« L’Exode ») présentent un certain attrait, il n’en demeure pas moins qu’ils suscitent aussi leur lot de réactions, allant des plus positives aux plus corrosives. Mais au-delà de toutes ces critiques, qui a intérêt à ce que ces histoires soient de nouveau portées à l’écran? Quelles seraient les intentions derrière de telles productions? Amener des cinéphiles à mieux connaître la Bible? Convertir massivement des hommes et des femmes de notre temps?

Une longue tradition

Depuis que le cinéma existe, les récits bibliques ont continuellement servi de trames à des productions parmi les plus grandioses. Tant l’Ancien Testament que le Nouveau ont été à la source de scénarios devant servir à mettre en images des histoires qui, prises littéralement, ont souvent procuré bien des maux de tête aux prêcheurs! Et, à ma connaissance, aucun de ces films n’a jamais fait l’unanimité. Tant les athées que les croyants y ont trouvé à redire. Pour les non-croyants, les récits bibliques transposés au grand écran ont le plus souvent le parfum de l’irréel et du sentimentalisme. Pour les chrétiens et les juifs, soit ils sont l’image réaliste de ce qui a pu se produire réellement, soit ils déforment ou interprètent de manière trop libérale les Écritures. Ainsi donc, très peu y croient vraiment. Et pourtant, on reprend encore et encore ces thèmes qu’on offre aux téléspectateurs de toute la planète, un peu comme autrefois, lorsque les missionnaires se rendaient dans des contrées éloignées y porter la foi chrétienne, sans distinction du véhicule civilisationnel dans lequel elle s’était inculturée. C’est d’ailleurs sans doute là qu’est la « réussite » de cette époque missionnaire: d’avoir imposé à plusieurs continents une forme quasi-unique de civilisation aux airs de chrétienté bien plus que de la foi comme telle!

Annoncer le Christ, vraiment?

Malgré tout, les missions chrétiennes ont la plupart du temps été le fait de véritables croyants et croyantes qui voulaient offrir au monde une chance de connaître le Christ Jésus et toute la tradition croyante engendrée à sa suite. Cela ne peut pas être le cas d’un film. Par exemple, Mel Gibson a bel et bien professé la foi chrétienne et son film La Passion du Christ représente le fruit de sa propre recherche spirituelle et de sa méditation des évangiles. Mais sa création n’a pas touché la cible que son auteur visait, à savoir de partager une vision la plus réaliste possible de la Passion de Jésus afin de saisir le spectateur ainsi appelé à prendre position pour ou contre le Fils de Dieu. Dans les faits, je ne connais aucune personne qui ne m’ait jamais dit : « C’est grâce à tel film sur Jésus ou sur la Bible que j’ai été convertie. »

Russell Crowe, qui personnifie Noé, et le réalisateur Darren Aronofsky ont eu beau vouloir rencontrer le pape François afin d’obtenir sa bénédiction pour inciter les croyants à s’entasser dans les salles de cinéma, même un tel soutien ne pourrait conduire à une conversion des masses. Un film, qu’on le veuille ou non, restera toujours une œuvre de fiction! Une succession de films bibliques de qualité ou à grands déploiements n’aboutira à rien d’autre que d’être rangée à côté d’autres trames historiques ou légendaires : c’est bon pour la plongée dans une histoire plus ou moins crédible, c’est édifiant et parfois inspirant, mais ça n’est rien d’autre que des images animées et des acteurs qui font semblant… Venir à la foi par et à travers un film hollywoodien comporte le risque de figer des images et des attitudes qui sont incarnées théâtralement. De plus, l’univers hollywoodien reflète forcément l’esprit de notre époque, dans le filtre d’une civilisation made in USA dont l’auto-promotion ne se dément pas. Quiconque vient à la foi à travers les évangiles et la tradition, ne peut conclure autrement que l’essence même du Jésus historique et de certains autres personnages bibliques ne sera jamais saisissable en « une seule prise » ni à partir d’une seule culture.

En réalité, la seule chose qui ait jamais converti les non-croyants à adhérer à la foi chrétienne, c’est la rencontre personnelle avec le Ressuscité. Celui-ci se donne à voir de multiples manières, mais, le plus souvent, c’est à travers l’humble témoignage de ses disciples qui, dans leur manière amoureuse d’habiter le monde et en tentant de manifester une compassion et une justice qui les transcendent, parviennent à pointer le doigt en direction du Créateur de toutes choses. Et c’est là, alors, que tout devient possible à celui ou celle qui veut croire.