Développement et Paix mérite mieux qu’une révision bâclée

La statue du Christ rédempteur, à Rio de Janeiro, au Brésil. Sept des 52 partenaires de Développement et Paix visés par des allégations de non conformité aux positions de l'Église se trouvent au Brésil.

La statue du Christ rédempteur, à Rio de Janeiro, au Brésil. Sept des 52 partenaires de Développement et Paix visés par des allégations de non conformité aux positions de l’Église se trouvent au Brésil.   (Pixabay/fabiowanderley)

Ainsi, 52 partenaires de l’organisme catholique canadien Développement et Paix (DP) ont été identifiés par le personnel de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) comme ne respectant pas les enseignements sociaux de l’Église. Il s’agit du quart de tous les partenaires de l’organisme de développement international.

La contre-analyse détaillée effectuée récemment par les professionnels de DP ramène ce nombre à quatre partenaires pour lesquels il conviendrait d’effectuer «une vérification ultérieure», ce qui ne signifie pas qu’ils seraient exclus, et un qui poserait effectivement problème.

Ainsi, pour à peine 3% des partenaires de DP sur lesquels reposent certains doutes, 12 diocèses de l’Ontario et des provinces de l’Ouest, ont retenu au printemps dernier la totalité des sommes amassées pendant la campagne du Carême 2018. Ces montants totalisent deux millions de dollars. DP a affirmé qu’il ne verserait rien aux 52 partenaires validés tant que les évêques ne lui en donneraient pas le feu vert.

Inutile de dire à quel point le retard ou, pire, le retrait de ces sommes peut affecter la viabilité de projets qui, pour la majorité, sont orientés vers l’habilitation de femmes qui prennent à bras le corps le développement de leur communauté.

Le prix de la suspicion

Pour les contradicteurs de DP, cette rétention de sommes colossales constitue une victoire que je n’hésite pas à qualifier de petite et sordide. De tels courants traditionalistes et intégristes ne cessent de chercher des poux dans les différentes œuvres de l’Église catholique pour s’empresser de dénoncer toute apparence d’irrégularités par rapport à son enseignement moral. Les évêques n’ont même plus besoin de jouer leur rôle de «surveillants» (épiscopes) puisque d’autres à leur place s’érigent en gardiens du temple avec un plaisir suspect.

… LIRE LA SUITE SUR PRESENCE-INFO.CA

Advertisements

Pensionnats et évêques : un vice structurel

«Nous faisons face à un vice de structure qui engendre un déficit de compassion», écrit le chroniqueur Jocelyn Girard au sujet de la position de la CECC.

Photo: Présence/Philippe Vaillancourt

La colère est bien perceptible parmi les peuples autochtones et au sein des groupes qui leur sont proches face à la demande repoussée ou reportée par les évêques canadiens de demander au pape de venir présenter des excuses officielles pour la participation complice de l’Église catholique au Canada dans la gestion des pensionnats autochtones.

On a vu à deux reprises les hauts responsables de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) chercher à se décharger de ne pas pouvoir présenter des excuses en leur nom et à justifier que le pape n’ait pas à le faire. Leur tentative d’interférer dans le processus parlementaire s’ajoute à leur effort de se disculper face à ce que l’on reconnaît désormais comme un génocide culturel. Pour eux, les excuses relèvent surtout des instances impliquées directement dans cette affaire: des diocèses et des congrégations religieuses, qui ont déjà présenté des excuses formelles.

Ainsi, ni la CECC, ni le Saint-Siège n’auraient eu un rôle à jouer au cours des cent ans d’assimilation forcée des enfants des Premières Nations, des Inuits et des Métis qui sont passés par les pensionnats catholiques.

Décoder la structure de l’Église

Depuis Vatican II, on ne cesse de désigner, soit pour le dénoncer soit pour le légitimer, le modèle d’autorité pyramidal de l’Église catholique. Le précédent concile, en 1870, avait pavé la voie au triomphe de l’ultramontanisme, l’autorité du pape et son infaillibilité étant portées à des sommets historiques inégalés. Cette apogée était particulièrement sentie au Canada où les évêques étaient d’emblée derrière cette vision d’une Église centrale puissante dans un contexte où, localement, ils avaient souvent besoin du soutien du Vatican pour se faire respecter et pour conserver les privilèges accordés par l’État aux Églises.

Des archives semblent montrer que des évêques ont parfois eu maille à partir avec le gouvernement fédéral, notamment pour réclamer un traitement égal entre les pensionnats sous leur responsabilité et ceux des autres Églises. Par ailleurs, des échanges de correspondance traitant de ce sujet entre les pères oblats et leurs autorités à Rome ont bel et bien eu lieu durant les années où le régime des pensionnats était en force. Cela démontre qu’à Rome, on ne pouvait pas ne pas être au courant de cette situation et qu’un silence peut, encore aujourd’hui, être perçu comme une non-intervention complice de politiques assimilatrices.

… POUR LIRE LA SUITE SUR PRESENCE-INFO