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Humaniser le travail, humaniser par le travail*

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efbangladeshEn ce mois de septembre où nous « fêtons » le travail, il est bon de nous rappeler l’engagement de chrétiens, dans la foulée de l’enseignement social de l’Église, à rendre le travail plus humain. L’histoire nous éclaire sur les conditions scandaleuses des travailleurs dans les différentes industries avant les unions syndicales et avant le développement d’une certaine conscience collective. Or, malgré les nombreuses améliorations au cours du dernier siècle, il n’en reste pas moins qu’il est de plus en plus difficile de garder l’être humain au premier plan dans ce monde où l’argent domine.

En tant que chef syndical, Michel Chartrand était en phase avec des intuitions de l’Évangile :

Bâtir, parachever la Création, rendre la vie plus humaine aux hommes, voilà le christianisme […] Personnellement, je crois à la valeur du christianisme. […] Ce que je trouve sympathique chez le Christ, c’est l’homme. L’humain est accessible à ma compréhension. Et je suis prêt à servir la cause de l’homme d’une façon active, dynamique. (La colère du juste, pp. 35-36).

En certains milieux catholiques, on a tendance à juger le caractère révolutionnaire de Chartrand et des gens comme lui. Mais le pape François a déclaré, en juin 2013 : « Aujourd’hui, un chrétien s’il n’est pas révolutionnaire n’est pas chrétien ! »

Le pape ne fait que reprendre la doctrine sociale de l’Église tirée des encycliques de ses prédécesseurs. Léon XIII avait plaidé en faveur de la classe ouvrière en 1891. En 1931, Pie XI s’est attaqué au monde financier et à la tyrannie des marchés. Il fut extrêmement sévère à leur égard lors de la crise de 1929 et qui, sans remède, n’a cessé de se répéter. En 1991, Jean-Paul II avait dénoncé la déshumanisation provoquée par les excès du capitalisme. Et Benoît XVI a renouvelé ces avertissements en 2009.

arton7858Michel Chartrand avec son langage coloré, a œuvré en droite ligne avec le prophétisme biblique : « Le système capitaliste est fondé sur la violence et il engendre nécessairement la violence. » (Point de mire, août 1970). Comme lui, le pape François « a fustigé […] le capitalisme sauvage qui a provoqué la crise actuelle. […] [et] qui a introduit la logique du profit coûte que coûte, du donner pour obtenir, de l’exploitation au détriment des personnes. […] Nous devons tous retrouver le sens du don, de la gratuité et de la solidarité. » (Le Point, mars 2013)

Aujourd’hui encore, avec la mondialisation des marchés, nous consommons chaque jour des objets produits dans des conditions inhumaines. Les politiques accordent toujours plus d’avantages aux marchés et aux multinationales aux dépens des travailleurs. Plus que jamais, la révolution de l’Évangile, qui met la dignité de l’être humain à l’avant-plan, doit être mise en œuvre sans attente par tous les croyants.

L’Église est obligée de revenir à l’Évangile. Quand elle le fera, quand elle-même aura connu les difficultés que vivent les gens, elle saura considérer leurs problèmes et aider à les régler. Et alors, les hommes reconnaîtront l’Évangile, alors seulement les gens reconnaîtront aussi l’Église du Christ, le message du Christ. (Michel Chartrand, La colère du juste, p. 35)

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* Ce texte est le 40e article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de septembre 2016 du Messager de Saint-AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle. Les destinataires de cette série sont des gens bien enracinés dans l’Église catholique. 

Quelle foi transmettre?

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baptc3aameVoici le 33e article de la série « En quête de foi » publié dans l’édition de décembre 2015 du magazine Le messager de Saint Antoine

Jésus demande à ses disciples d’annoncer l’Évangile et de faire de nouveaux baptisés. C’est ce que nous appelons la transmission de la foi. Les baptêmes d’enfants ne semblent pas encore être en voie de disparition, mais le contexte dans lequel ces nouveaux membres de l’Église grandiront peut laisser perplexe. S’ils ont reçu le don de la foi au baptême, comment le feront-il croître ? Encore faut-il comprendre ce qu’est la foi…

Une foi en trois dimensions

L’époque dans laquelle nous vivons a mis en valeur tout ce qui a trait au spirituel. On a découvert que les humains ont cette particularité de pouvoir se relier à plus grand qu’eux-mêmes, c’est-à-dire à la création tout entière, là où se trouve l’autre et aussi cet « absolument autre » que nous appelons Dieu. Cette potentialité s’appelle la foi primordiale. Il s’agit d’une confiance naturelle qui nous porte à croire que le monde dans lequel nous naissons est un lieu de bonté qui répondra à nos besoins fondamentaux. Cette confiance est innée, mais pour se développer elle doit s’inscrire dans un milieu porteur. Si un enfant subit très tôt de la négligence ou de la violence, sa foi primordiale peut ne jamais se mettre en action ou être cassée pour toujours. Nous aurons alors affaire à des gens méfiants, souvent paranoïaques. Difficile d’imaginer que la foi puisse grandir chez de tels individus.

Il existe une autre acception de la foi, celle qui s’établit sur la foi primordiale. Elle consiste à faire confiance « en quelqu’un », ou quelqu’un « en qui je crois ». Nous croyons naturellement en nos parents, nos frères, nos sœurs. Même si notre confiance est parfois trompée, cela n’altère pas notre capacité de croire en l’autre. La foi chrétienne s’inscrit dans ce mouvement : des hommes et des femmes ont cru en un prophète de Nazareth et l’ont suivi sur les routes où il enseignait et accomplissait des prodiges. C’est « en lui » qu’ils ont mis leur confiance primordiale et qu’ils sont devenus croyants. Il s’agit avant tout d’une relation. Et c’est cette foi des premiers chrétiens et leur témoignage que nous nous sommes transmis de génération en génération.

Enfin, il y a le volet de la foi « en quoi je crois ». C’est la foi du petit catéchisme et de l’enseignement religieux. Il s’agit de faire confiance en la grande tradition de l’Église et au magistère qui a élaboré avec les années les grands éléments de la doctrine et de la morale chrétiennes. C’est comme lorsqu’on dit « je crois en la résurrection » ou « à la rémission des péchés ».

croix silhouetteQuelle foi transmettons-nous ? Nous-efforçons nous de protéger l’aptitude primordiale à faire confiance ? Développons-nous la dimension relationnelle qui ouvre la voie à la rencontre avec Jésus ? Travaillons-nous à partager nos connaissances et les grandes réflexions de l’Église sur la vie, la mort, l’après-vie ? Si notre transmission ne porte que sur un seul de ces volets, elle risque de négliger les autres dimensions. Tout comme nous avons un Dieu en trois personnes, nous confessons une foi en trois dimensions…

Mais qui donc ce pape est-il?

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Photo: Shoebat.com

Photo: Shoebat.com

Alors que son passage aux États-Unis le consacre comme l’homme le plus populaire de la planète, certains ont perçu dans le ton et sur le visage du pape François un air de lassitude. Est-ce seulement la fatigue d’un voyage si astreignant pour celui qui approche les 80 ans? Est-ce plutôt l’effort qu’il doit consentir pour être toujours joyeux, accueillant, libre et disponible? Est-ce encore le fait que chacune de ses paroles risque de semer des vagues de débats pour et contre sa personne et ses prises de position? Et si c’était seulement parce qu’il porte secrètement une question tout-à-fait légitime, comme celle que Jésus posait à ses disciples : « Qui dit-on que je suis? » (Cf. Marc 8, 27 ss.)  L’effet de la question est augmenté par le contexte. C’est justement suite à un grand succès de foule que Jésus pose cette question, après avoir réuni plus de 4000 hommes et autant de femmes et d’enfants. Ce décompte d’époque vaut peut-être le million de fans réunis Philadelphie, ce 27 septembre! Alors sur ce visage las, j’ai perçu une inquiétude : « Et si les gens ne comprenaient pas ce que je tente de leur dire? » Tout ceci est hypothétique, me direz-vous. Bien sûr! Alors jouons le jeu et répondons simplement à la question hypothétique.

Pape courage

Certains voient dans le pape un nouveau François d’Assise. Aux prises avec une Église endormie par le poids d’une certaine richesse et surtout par une tradition qui fait peser un lourd fardeau aux baptisés, François se lève et appelle au renouvellement, à la conversion et à la réforme. Renouvellement parce que l’Évangile est toujours neuf. Conversion parce que personne ne peut prétendre l’avoir intégré sans tricher sur l’humilité. Réforme parce que même les structures de l’Église ont besoin d’être adaptées pour réaliser le service commandé par le Christ.

Pape rétrograde

Les sociétés sécularisées disent de lui qu’il est de la lignée de ses prédécesseurs et qu’il ne casse rien de neuf en matière de progressisme : la place des femmes (en Église), l’accès à l’avortement, l’homosexualité, le mariage des prêtres, etc. Il pourrait donc s’appeler Pie IX ou Jean-Paul qu’il ne dirait rien de bien différent! François se situe clairement dans la logique de la tradition de l’Église avec un désir de la pousser vers le monde, pour aller à sa rencontre non pas pour le juger, mais pour le comprendre de l’intérieur. En cela, il rappelle davantage Jean XXIII.

Pape fraîcheur

Pour la masse des gens qui le regardent aller, il est un vent de fraîcheur. Il a le bonheur accroché au visage parce qu’il témoignage de plus grand que lui. Il est Hildegarde par sa profondeur spirituelle et la qualité de sa réflexion devant les grands de ce monde. Il est aussi la petite Thérèse par sa candeur comme lorsqu’il lance devant les médias : « Qui suis-je pour juger? »

Prophète d’un monde à l’avenir incertain

Avec sa dernière encyclique, il est solidaire des nouveaux prophètes de notre monde. Les Naomi Klein et David Suzuki, Hubert Reeves et Albert Jacquard, tous ces hommes et toutes ces femmes qui ont pris à bras le corps le combat contre le fatalisme et la résignation devant la toute-puissance de l’argent, la surconsommation, les inégalités et la domination des riches sur les pauvres. Par-delà ces personnes engagées, il semble seul à voir un horizon lumineux, celui d’un Amour qui le pousse à s’inviter sans cesse dans le concert des nations pour l’avenir du monde.

Il y a bien d’autres modèles qui peuvent servir à marquer un trait ou l’autre de la personnalité du pape François. Mais toutes ces réponses feraient-elles changer sa lassitude en satisfaction? Si l’on regarde ce qu’a fait son maître de Palestine, il est fort probable qu’avant de terminer sa mission, il se montera encore plus déterminé et prendra plus de risques au nom de l’amour.

Enfin, si François me posait à moi la question, comme Jésus l’a posée à ses disciples : « Et toi, qui dis-tu que je suis? » Alors je lui répondrais : « Tu es un fils véritable de l’humanité : le fils de Régina Maria et de Mario José, deux migrants italiens débarqués en Argentine en pleine crise pour la survie; le fils de l’Amérique Latine qui a connu corruption, dictature et luttes pour la dignité et l’égalité de tous; le fils d’une Église de pécheurs et pécheresses qui attisent tes élans de compassion; et surtout le fils bien-aimé du Père qui t’accorde toute sa confiance. » Et vous, que répondriez-vous à votre tour ?

Vérité ou miséricorde?

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En ces jours où le Synode sur la famille se met en branle, on pourrait « regarder passer le train » sans trop s’y intéresser. Pourtant, la question posée aux pères synodaux est capitale : « Comment l’Église doit-elle se situer face aux évolutions qui affectent la famille dans les sociétés contemporaines ? » Essayez de poser cette question toute simple lors d’un souper familial. Vous aurez une grande diversité d’opinions! Il en est ainsi parmi les évêques et les cardinaux, mais ceux-ci ont un devoir de formuler une réponse qui convienne le mieux possible partout où l’Église existe. Quel défi!

Des tensions, et alors?

Il y a toujours eu des tensions dans l’Église. Celle qui rassemble les évêques concerne le pôle de la Vérité à tenir au-delà de toute dénaturation possible et celui de la Miséricorde offerte à tous les pécheurs qui se tournent vers Dieu. Les évêques ont le devoir de garder le fort de la doctrine, en communion avec le pape. En tant que successeurs des apôtres, ils ont reçu un « dépôt » qu’ils ne peuvent modifier sans craindre de s’éloigner de la Tradition et de l’Évangile.

Depuis ses tout débuts, l’Église s’est montrée déterminée à réaffirmer sans cesse ce en quoi elle croit et ce qu’il faut faire pour assurer son salut. Tous ces débats et les dogmes qui en ont résulté forment la Tradition vivante que l’Église considère comme « la Vérité ». Une foi si fortement affirmée comporte des conséquences pour la vie des ddisciples, tant au plan de la morale que de la pastorale.

Or, il y a un certain nombre de positions traditionnelles qui choquent le monde actuel. La plupart des baptisés qui vivent dans la mouvance de leur temps se sentent souvent coincés avec les positions morales concernant la contraception, le mariage, les couples de même sexe, etc. Jusqu’à présent, l’Église s’est montrée plus encline à renforcer le pôle vérité pour éviter toute confusion, laissant peut-être aux seuls pasteurs le soin de la miséricorde divine à prodiguer.

S’il est vrai que la Loi reçue de Dieu est immuable, son attitude de compassion envers les gens qui souffrent est tout aussi incontournable. Il faut donc jongler avec les deux. Les moralistes ont développé une approche à partir de la pédagogie divine dans la Bible : la loi de gradualité. Il s’agit de prendre la personne là où elle en est dans sa relation avec Dieu. De nombreux divorcés-remariés, par exemple, ne peuvent pas rompre leur nouveau lien sans causer du mal à leur conjoint actuel et souvent à leurs enfants. L’Église ne peut pas se faire complice du mal, même si c’est pour réparer une situation qu’elle juge immorale.

Le curé d’Ars vivait ainsi cette polarité : pour les habitués du confessionnal, il se montrait sévère et interpellait fortement à la croissance; pour les distants, il manifestait une telle compassion qu’il exerçait sur eux une forte attraction. Peut-être est-il temps de nous modeler sur cette approche et de considérer le prochain pas que la personne peut accomplir plutôt que l’abîme qu’elle devrait franchir pour se « mettre en règle » avec Dieu…

Les repousses de l’Évangile

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Voici le vingt-septième article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition d’avril 2015 du Messager de Saint-AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle. Les destinataires de cette série sont des gens bien enracinés dans l’Église catholique. 


 

L’expression « seconde évangélisation » réfère à l’évangélisation d’un peuple qui a déjà manifesté de manière étendue une adhésion à la foi chrétienne et pratiqué ses rites (sacrements). Tel fut le cas du Canada-français. Nous naissions dans une famille catholique et nous étions baptisés et élevés dans un contexte social où le religieux était partout. Et nous recevions, à même notre éducation scolaire, ce qu’il fallait pour être équipés pour la mission.

Le monde a bien changé

Mais voici que les enfants naissent dans des conditions totalement différentes ! La plupart sont accueillis dans des familles qui n’ont plus de lien significatif avec l’Église, même si une certaine partie d’entre elles continue de requérir les sacrements. Il s’agit, selon bien des agents pastoraux, d’un reliquat de coutumes bien plus que des démarches de foi explicite.

Depuis l’exode des baby-boomers, l’Église a bien changé. La pratique hebdomadaire est devenue une affaire de « résistants » dont la détermination est anachronique pour le reste du monde. Les deux générations qui ont suivi – les X et les Y – ont eu de moins en moins de contacts avec l’Église. L’arrivée des Z (nés après 1995) permet de croire que ceux-ci auront été épargnés massivement de l’hostilité de leurs arrière-grands-parents, par « évaporation progressive » du transfert intergénérationnel.

Deuxième annonce

L’Évangile doit sans cesse être annoncé. Le pape François ne cesse de le rappeler. Or, dans un peuple qui l’a déjà reçu et vécu au point d’imprégner toute sa vie sociale, il faut entrer dans la seconde évangélisation. Spécialiste de la catéchèse, Enzo Biemmi, explique que cette « deuxième première annonce » est beaucoup plus compliquée que la première ! « Elle demande une action d’assainissement du terrain, une aide pour désapprendre avant d’apprendre, pour quitter les résistances qui viennent de fausses représentations de l’Eglise, des visions déformées de Dieu et de tout ce qui concerne la foi chrétienne ».[1]

Les jeunes sont curieux des approches spirituelles

Biemmi cite un proverbe africain : « Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse ». C’est l’impression que nous avons devant la désaffection accélérée de l’Église d’ici. S’il faut encore soutenir d’une main l’arbre qui tombe, « c’est-à-dire de continuer à entretenir la foi de ceux et celles qui l’ont reçue par héritage et qui la vivent par tradition, […] l’autre main doit s’occuper de la forêt qui pousse, de cette multitude de chercheurs et chercheuses de Dieu [hors] des circuits de l’Église. »

Mon espérance repose sur le caractère relativement « vierge » de la nouvelle génération, cette « nouvelle pousse » qui est en quête d’un sens à sa vie. Je vois des jeunes qui approchent la vingtaine et qui font preuve d’une belle curiosité pour le témoignage de croyants comme moi. Je suis convaincu plus que jamais que Jésus est le chemin à leur proposer, sans jamais l’imposer, mais en montrant combien ce chemin est source de croissance et de joie réelle pour ceux et celles qui l’empruntent. Il suffit de peu pour que les yeux s’illuminent et que les cœurs se réchauffent. Mais ce peu repose aussi sur nous, croyants « fidèles », car c’est à nous, guidés par l’Esprit, qu’il revient d’en témoigner dans leurs réseaux.

[1] « La seconde annonce, La grâce de recommencer. » Pédagogie catéchétique 29, Lumen vitae, 2014.

Miséricorde, bien sûr! Mais encore?

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Avec le Synode des évêques sur la famille qui vient de se clore, peut-être n’avons-nous jamais autant lu ou entendu les mots « miséricorde » et « vérité », soit pour les opposer, soit pour les accorder, soit encore pour en privilégier l’un plutôt que l’autre. Depuis quelque temps, je me dis qu’il y a quelque chose qui cloche avec cette perception que les couples divorcés-remariés ou encore les personnes homosexuelles (seules ou en union) ont nécessairement besoin d’être vus comme ayant besoin de miséricorde pour que l’Église leur accorde de l’attention. Et c’est ici que je me dis: « en réalité, pas plus que moi! » En effet, moi qui suis marié comme un bon catholique, qui pratique encore sa religion en assistant à la messe et qui s’occupe plutôt bien de sa famille, oui moi, j’ai pourtant bien besoin de la miséricorde divine tout autant que ceux et celles dont on a discuté (sans eux bien sûr) durant toute une année et dont on parlera encore toute l’année qui vient.

Voir le bonheur et s’en réjouir

Un amour imparfait… comme le mien!

Ce qui me chicote, en fait, c’est l’incapacité de considérer le bien qui se fait en « territoire peccamineux ». Je m’explique, si mon statut par rapport à l’Église est « ok », celui des divorcés-remariés et des personnes homosexuelles « actives » est, selon la « doctrine vraie et immuable »: « vivent dans le péché ». Comme il s’agit de leur statut permanent, leur contexte est donc toujours marqué par la réalité objective du péché. C’est pourquoi l’Église veut leur prodiguer la miséricorde divine, non sans avoir préalablement brandi la vérité sur leur condition d’existence que Dieu ne peut que réprouver.

Or, il se trouve bien des témoins tout aussi crédibles partout autour de nous qui voient les choses différemment en observant la vie au sein d’un grand nombre de familles recomposées et d’autant d’unions homosexuelles. Plusieurs y reconnaissent de belles valeurs. Par exemple, ces couples formés de divorcés qui s’efforcent d’instaurer dans leur foyer une atmosphère de sérénité. Ils tentent de faciliter les choses pour leurs enfants dont certains peuvent être partagés entre un « nid » et l’autre. Ils font en sorte que leur adaptation soient la plus aisée possible et qu’ils ne cessent de se sentir aimés. Ils sont même parfois ouverts à la vie en projetant d’ajouter à leur progéniture. À la suite d’un premier échec conjugal, ils connaissent les chemins risqués ou dangereux pour leur fidélité et sont devenus habiles pour les éviter. L’amour qu’ils dégagent dans leur couple devient rayonnant. Il est bon d’être avec eux et ils font du bien autour d’eux. Si quelque témoin observait tout cela dans ma propre maison, il dirait certes : « Voilà un couple qui accomplit remarquablement bien sa mission chrétienne dans le monde en faisant rayonner l’amour divin dans son foyer ». Mais c’est là que le bât blesse: ces couples se sont écartés de la vraie voie et l’Église dont je suis ne cesse de le leur rabâcher afin qu’ils ne l’oublient jamais. C’est ainsi qu’on les prive officiellement de bénédictions et d’eucharistie pour les maintenir en état de pénitence publique. Comment pourrait-on alors reconnaître que tout ce qu’ils font de bien et de bon, tout ce qu’ils ont réparé à la suite de leur première union, tout ce qu’ils ont mis en oeuvre pour le bien de leurs enfants, tout ce qu’ils font dans la société en gagnant honnêtement leur vie, aurait à voir avec l’Évangile et les commandements du Dieu?

Famille recomposée

Il en est de même pour certains couples homosexuels. À l’Association Emmanuel, nous avons choisi de ne pas refuser les couples gais qui se proposent d’adopter des enfants en grand besoin d’amour en raison de leurs différences. C’est ainsi que nous pouvons voir, année après année, des familles où grandissent ces enfants entourés du même amour que celui qui est prodigué par des familles « ok » comme la mienne. L’amour des parents n’est-il pas nourri par la source de tout amour? Et cet amour pour des enfants qui, pour toutes sortes de raisons, n’ont pas été gardés par leurs parents biologiques lorsqu’ils ont découvert leurs « particularités », peut-il venir d’ailleurs que du coeur du Père céleste et sa préférence pour les plus petits?

Moi je le dis humblement: il y a parmi ces couples certains qui m’édifient et qui m’inspirent. Si c’est là l’oeuvre de leur vie pécheresse, comment se fait-il que je grandisse à les côtoyer? L’amour et le bien peuvent-ils provenir d’autre part que de Dieu lui-même? Le diable se mettrait-il à faire le bien pour confondre les vrais chrétiens? Possible, mais ce n’est pas l’expérience que j’en fais.

Mais oui, il y a aussi la vérité, celle qui confronte chaque personne humaine pour qu’elle devienne plus vraie; mais aussi celle avec un grand V qui nous indique que nos vies ne respectent que rarement la rigueur à laquelle la religion nous interpelle. Que faire de cette Vérité? D’abord la chercher en nous-mêmes car elle y est inscrite. Et voir comment nous pouvons, dans une perspective qui respecte la croissance humaine, nous y conformer peu à peu, avec l’assistance miséricordieuse de l’Église!

Miséricorde pour tous!

La miséricorde ou la compassion qui vient du coeur aimant de Dieu est infiniment plus puissante que celle que nous pouvons nous-mêmes accorder à quiconque. Or, il se trouve que nous sommes tous faillibles et qu’en tellement d’occasions nous « péchons » en ne faisant pas le bien que nous aurions dû faire, en ayant des pensées destructrices, de jugement ou de haine, en disant des choses qui blessent ou qui intimident. Oui, en ce sens nous sommes tous pécheurs et avons tous besoin de nous en remettre à la grâce divine car Dieu seul est juge de nos vies.

Puisque nous sommes tous dans le même bain du « mal » qui nous entoure, devenons davantage solidaires du bien que nous nous efforçons de réaliser dans nos propres vies. Sachons reconnaître le bien partout où il s’accomplit et bénissons toutes les personnes, peu importe leur condition de vie, afin qu’elles poursuivent résolument dans la voie de cette option fondamentale dont Dieu se réjouit, car c’est cette option pour le bien qui rend le monde meilleur et qui peut le mieux honorer notre Créateur.

 L’amour, c’est de trouver sa joie dans le bien; le bien est la seule raison de l’amour. Aimer, c’est vouloir faire du bien à quelqu’un. (saint Thomas d’Aquin, XIIIe siècle)

L’Évangile en mode WIFI (sans-fil)

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L'Évangile file dans le sans-fil

L'Évangile file dans le sans-fil

De nombreux chrétiens, catholiques en tout cas, et parmi eux des responsables et des agents pastoraux, se sont mis sérieusement à déprimer depuis quelques années devant la disparition des fidèles des églises, la désaffection des sacrements ou leur marchandage à rabais pour les enfants qu’on aime encore voir « initiés » à la foi, etc. Cela ne concerne plus seulement les générations nouvelles, mais également celles qui se montraient autrefois « fidèles » à la participation dominicale.

La plus grande déception vient surtout, il me semble, du fait que les disciples de Jésus ont toujours cru avoir une Bonne nouvelle à partager et que là, il ne semble plus y avoir grand monde pour l’entendre…

Une analogie

Je me mets à penser que l’Église est comme un réseau informatique câblé. Vous avez une source d’onde, Dieu, qui passe par un réseau complexe d’ordinateurs et de câbles. On peut imaginer les grands ordinateurs proches physiquement de la source comme le magistère de l’Église. On peut imaginer encore les réseaux locaux comme les Églises diocésaines qui se ramifient encore en paroisses, mouvements, etc.  Tous ces éléments sont reliés entre eux par des câbles. Sans câble, on est coupé de la source. Il faut donc des entrées et des sorties et un système bien « entretenu ». Un câble bi-directionnel transporte l’information dans les deux sens. Ainsi, les fidèles, au bout de tout cet ensemble, sont à même de recevoir dans leur « récepteur » les messages qui proviennent de Dieu par le « routage » qu’accomplit l’Église.

Or, voilà qu’une proportion sans cesse grandissante de « fidèles » se coupent de leur source câblée. Ils décrochent et cessent donc de recevoir le signal provenant de l’Église… et de Dieu? Attention: Dieu est plus subtil qu’il en a l’air (pardon Seigneur!). En fait, il a inventé, bien avant le système filaire — qui l’a d’ailleurs un peu mis à l’étroit — la transmission sans-fil…

L’Esprit Saint dans le sans-fil !

Un système câblé a un avantage certain: tous les récepteurs peuvent recevoir ce qui est émis par un unique émetteur. Si la transmission est parfaitement transparente, le récepteur reçoit un signal clair et limpide. Si les instances intermédiaires font du parasitage (ce que nous appellerons ici « l’hommerie »), il est certain que les récepteurs reçoivent alors un message brouillé et confus. Parfois, il arrive que des pirates détournent le message en infiltrant le système. Mais, comme le dit le pape Benoît XVI lui-même, les pirates les plus dangereux pour le système peuvent aussi venir de l’intérieur !

Dans un système sans-fil, on voit apparaître des « routeurs » un peu partout. On a qu’à circuler avec un portable dans les rues pour prendre conscience qu’ils sont réellement partout. Ces routeurs relaient des informations qui peuvent provenir de différentes sources. Il est donc plus difficile de faire le tri, de se limiter à ce qui est bon, à ce qui répond à nos besoins, à notre capacité de traitement. Mais les routeurs sans-fil ont cet avantage que n’ont pas les routeurs câblés: ils atteignent peu à peu tous les récepteurs disponibles sur tous les terrains. Et les récepteurs d’aujourd’hui sont plus intelligents: ils peuvent choisir parmi une offre de plus en plus grande, enregistrer ce qu’ils désirent conserver, bloquer des chaînes non pertinentes, etc.

Imaginons un instant que Dieu, dont la Parole est source de tout, se montre plus rusé que son Église en ne se limitant pas aux routeurs câblés, mais en partageant sa Vérité sur tous les routeurs sans-fil, à travers une multitude d’autres paroles… Ainsi donc, il est fort probable que tous les humains continuent d’avoir accès et d’entendre sa Parole, sans qu’elle passe forcément par le réseau câblé (l’Église). Cela signifie que tous les humains peuvent donc se faire l’écho de la Parole.

J’aime cette idée que le câble n’est pas le seul vecteur de la Vérité (le fameux « Hors de l’Église, point de salut ») et que les croyants sont appelés à faire confiance que la multiplication des canaux de transmission peut s’avérer plus efficace, à long terme, pour que l’Évangile poursuive son travail d’inculturation, c’est-à-dire de pénétration dans les cultures, partout où il se donne à entendre…

Et vous, comment vous « parle » cette analogie ?