Sous respirateur, l’Église peut-elle renaître au Québec?

Église Saint-Charles-Borromée, à Québec. Photo de 2016.
Église Saint-Charles-Borromée, à Québec. 2016. (Photothèque Présence/P. Vaillancourt)

NDLR : l’auteur évoque un mouvement important qui se passe dans l’Église catholique depuis l’arrivée du pape François. Ce dernier, dans sa première encyclique, publiée en 2013, voulait une Église «en état permanent de mission». Dans la foulée, les évêques du Québec ont publié l’an dernier un document intitulé «Le tournant missionnaire des communautés chrétiennes». Dans la même veine s’est tenu, à l’Université Laval en août 2017, un colloque concernant plus spécifiquement l’application de ce virage à l’initiation et à la formation des croyants.

J’ai participé au colloque intitulé «Au cœur de la foi, la mission! Prendre le tournant missionnaire en formation à la vie chrétienne». Pour l’Église catholique du Québec, il faut reconnaître que d’avoir pu réunir ensemble 400 personnes engagées à plusieurs titres constitue le plus grand happening du genre à survenir depuis longtemps.

Et pourtant, malgré une organisation bien ficelée, il pourrait ne pas donner les fruits attendus.

Virage de bord?

Je travaille moi-même dans ce domaine de formation qui regroupe tout autant l’initiation chrétienne des petits enfants que la catéchèse aux différents âges de la vie. Comme bien des collègues, je tente de pousser ce mouvement chez nos «agents et agentes de terrain» pour modifier considérablement nos approches, notre vision du monde. Mais je dois avouer que les changements sont à peine perceptibles.

Un colloque à ce moment de la vie de l’Église devait frapper dans le mille. Pour donner le ton, les organisateurs avaient fourni aux participants un «Journal de virage de bord», un jeu de mots invitant ces derniers à une véritable conversion, y compris pour les évêques présents.

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L’Évangile en mode WIFI (sans-fil)

L'Évangile file dans le sans-fil

L'Évangile file dans le sans-fil

De nombreux chrétiens, catholiques en tout cas, et parmi eux des responsables et des agents pastoraux, se sont mis sérieusement à déprimer depuis quelques années devant la disparition des fidèles des églises, la désaffection des sacrements ou leur marchandage à rabais pour les enfants qu’on aime encore voir « initiés » à la foi, etc. Cela ne concerne plus seulement les générations nouvelles, mais également celles qui se montraient autrefois « fidèles » à la participation dominicale.

La plus grande déception vient surtout, il me semble, du fait que les disciples de Jésus ont toujours cru avoir une Bonne nouvelle à partager et que là, il ne semble plus y avoir grand monde pour l’entendre…

Une analogie

Je me mets à penser que l’Église est comme un réseau informatique câblé. Vous avez une source d’onde, Dieu, qui passe par un réseau complexe d’ordinateurs et de câbles. On peut imaginer les grands ordinateurs proches physiquement de la source comme le magistère de l’Église. On peut imaginer encore les réseaux locaux comme les Églises diocésaines qui se ramifient encore en paroisses, mouvements, etc.  Tous ces éléments sont reliés entre eux par des câbles. Sans câble, on est coupé de la source. Il faut donc des entrées et des sorties et un système bien « entretenu ». Un câble bi-directionnel transporte l’information dans les deux sens. Ainsi, les fidèles, au bout de tout cet ensemble, sont à même de recevoir dans leur « récepteur » les messages qui proviennent de Dieu par le « routage » qu’accomplit l’Église.

Or, voilà qu’une proportion sans cesse grandissante de « fidèles » se coupent de leur source câblée. Ils décrochent et cessent donc de recevoir le signal provenant de l’Église… et de Dieu? Attention: Dieu est plus subtil qu’il en a l’air (pardon Seigneur!). En fait, il a inventé, bien avant le système filaire — qui l’a d’ailleurs un peu mis à l’étroit — la transmission sans-fil…

L’Esprit Saint dans le sans-fil !

Un système câblé a un avantage certain: tous les récepteurs peuvent recevoir ce qui est émis par un unique émetteur. Si la transmission est parfaitement transparente, le récepteur reçoit un signal clair et limpide. Si les instances intermédiaires font du parasitage (ce que nous appellerons ici « l’hommerie »), il est certain que les récepteurs reçoivent alors un message brouillé et confus. Parfois, il arrive que des pirates détournent le message en infiltrant le système. Mais, comme le dit le pape Benoît XVI lui-même, les pirates les plus dangereux pour le système peuvent aussi venir de l’intérieur !

Dans un système sans-fil, on voit apparaître des « routeurs » un peu partout. On a qu’à circuler avec un portable dans les rues pour prendre conscience qu’ils sont réellement partout. Ces routeurs relaient des informations qui peuvent provenir de différentes sources. Il est donc plus difficile de faire le tri, de se limiter à ce qui est bon, à ce qui répond à nos besoins, à notre capacité de traitement. Mais les routeurs sans-fil ont cet avantage que n’ont pas les routeurs câblés: ils atteignent peu à peu tous les récepteurs disponibles sur tous les terrains. Et les récepteurs d’aujourd’hui sont plus intelligents: ils peuvent choisir parmi une offre de plus en plus grande, enregistrer ce qu’ils désirent conserver, bloquer des chaînes non pertinentes, etc.

Imaginons un instant que Dieu, dont la Parole est source de tout, se montre plus rusé que son Église en ne se limitant pas aux routeurs câblés, mais en partageant sa Vérité sur tous les routeurs sans-fil, à travers une multitude d’autres paroles… Ainsi donc, il est fort probable que tous les humains continuent d’avoir accès et d’entendre sa Parole, sans qu’elle passe forcément par le réseau câblé (l’Église). Cela signifie que tous les humains peuvent donc se faire l’écho de la Parole.

J’aime cette idée que le câble n’est pas le seul vecteur de la Vérité (le fameux « Hors de l’Église, point de salut ») et que les croyants sont appelés à faire confiance que la multiplication des canaux de transmission peut s’avérer plus efficace, à long terme, pour que l’Évangile poursuive son travail d’inculturation, c’est-à-dire de pénétration dans les cultures, partout où il se donne à entendre…

Et vous, comment vous « parle » cette analogie ?