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Héritiers d’une théologie du viol

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Une yézidi de 15 ans, Samia Sleman, a témoigné en avril 2016 à une conférence de l’ONU des viols vécus à l’âge de 13 ans par des membres de Daech.

Une yézidi de 15 ans, Samia Sleman, devant l’ONU pour témoigner des viols de combattants de Daech (CNS photo/Gregory A. Shemitz) 

Plusieurs reportages nous renseignent sur le sort des femmes vivant sur un territoire conquis par une milice appartenant à la mouvance terroriste islamiste. Chaque fois que Daech prend un village ou un territoire, il met systématiquement en marche les mêmes procédés: on se débarrasse des hommes et des adolescents pubères qui ne veulent pas se convertir, on sépare les femmes mariées et les jeunes filles, et on prend ces dernières, aussi jeunes qu’à 10 ans, pour être offertes comme esclaves sexuelles aux combattants ou vendues au marché du trafic humain.

Comment comprendre ce phénomène?

Daech apparaît comme le dernier exemple d’une théologie qui asservit les femmes et qui va jusqu’à justifier le viol dans un contexte de pratique religieuse. Une jeune femme de 15 ans, enlevée et séquestrée par le groupe armé, témoigne: «À chaque fois qu’il venait me violer, il priait»; «Il ne cessait de me dire que c’était ibadah», un mot qui se rapporte au culte (cf. RTBF.be). Il en est ainsi pour la plupart des combattants et de leurs chefs qui justifient leur barbarie à partir d’une lecture douteuse du Coran et de l’islam. Ainsi les femmes qui ne se couvrent pas d’un voile, de préférence intégral, sont perçues comme des tentatrices «appelant» les mâles au viol. Imaginez qu’il s’agisse d’une non-musulmane: dans ces situations, tout est permis.

La religion et le bon sens

Les religions monothéistes ont une longue histoire de rapports de domination sur les femmes. Quand ce n’est pas pour leur imposer un vêtement, cela peut être pour les réduire au silence. Le résultat revient toujours au même: elles sont renvoyées à un statut d’infériorité. Il est même possible de trouver des éléments pouvant légitimer une «culture du viol» dans plusieurs passages de textes sacrés. Or, il est nécessaire de contextualiser ces versets pour éviter qu’ils nous gardent figés dans une conception qui n’a plus de sens à notre époque!

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Choisir l’humain, pas l’instinct!

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Photo: Le Progrès-Dimanche

J’ai été étonné de découvrir, dans l’édition du 6 mars du journal Le Progrès-Dimanche, un reportage sur le groupe qui se nomme La Meute. Ce regroupement se donne pour objectifs de « s’opposer à l’immigration massive d’islamistes radicaux et d’être « contre la charia et le projet de loi 59 ». Bien qu’il soit relativement commun d’attirer des adeptes d’une page ou d’un groupe sur un réseau social, le nombre de 25 000 abonnés, dont « environ 300 » originaires de ma région du Saguenay-Lac-St-Jean, a paru suffisamment important pour que l’hebdomadaire régional lui accorde la une et deux pages complètes, malgré l’anonymat de la source qui s’est justifié de vouloir protéger ses enfants.

Quelles motivations?

Il me semble pouvoir identifier deux éléments qui sont à même de nourrir « le loup » qui sommeille en nous et qui pourraient inciter certains d’entre nous à s’affilier à un tel groupe : la peur et le repli.

Les réseaux sociaux nous relaient quotidiennement des situations qui mettent au premier plan des coutumes de certaines régions du monde qui paraissent incompatibles avec notre mode de vie et qui suscitent parfois notre indignation. Les médias de masse s’intéressent hautement aux groupes religieux associés à des franges islamistes aux ambitions guerrières. Toutes ces informations alimentent la peur que de telles pratiques puissent un jour s’imposer à notre culture et que les violences de ces intégristes finissent par nous atteindre. La confusion entretenue permet difficilement de faire la part des choses dans notre esprit entre un musulman qui s’installe ici pour y vivre, travailler, élever sa famille et prier, dans le respect des lois, et l’infime minorité des islamistes qui ont pris le chemin de la force pour imposer une vision tout-à-fait contestable de leur religion par les musulmans eux-mêmes.

Le second élément est conséquent à la peur. De fait, celle-ci peut conduire à une forme de repli identitaire vers un « nous » qui nous semblerait tout-à-coup rassembleur parce qu’il véhiculerait des valeurs supérieures à celles des populations arabo-musulmanes. Un tel groupe nous rallierait, défendrait nos valeurs et nous apporterait un sentiment de sécurité, le tout en nous imposant, en retour, une fermeture à l’autre, cet autre lui-même étranger à ces mouvements violents et dont nous nous priverions pour continuer de croître.

Le mythe de l’invasion

En effet, que l’on approuve ou non les politiques d’immigration ou d’accueil des réfugiés de nos gouvernements, la peur d’une invasion que la Meute qualifie même de « massive » par un courant islamique radical ne trouve aucun fondement. Même les 25 000 réfugiés accueillis récemment dans l’ensemble du Canada représentent moins de 0,7% de la population. On ne peut aucunement parler d’une invasion, et encore moins « au sein de nos gouvernements fédéral et provincial » ! Au contraire, les études démontrent que, partout au Québec, l’intégration des familles arabo-musulmanes est généralement harmonieuse et qu’elles comptent parmi celles qui font le moins de vagues.

De plus, pour assurer notre propre survie démographique, maintenir notre niveau de vie y compris nos retraites, et même améliorer notre situation économique, il est clair que nous devons augmenter l’immigration plutôt que de la limiter.

Une hostilité à peine voilée

Des groupes comme La Meute, même s’ils se présentent comme respectueux des lois et de la démocratie, choisissent des symboles qui, au contraire, témoignent du besoin de se montrer forts en se regroupant autour de symboles hostiles. Pour nous faire une idée assez juste de l’effet que cela peut produire, imaginons un instant faire partie d’un petit groupe d’étrangers se retrouvant au milieu d’une meute de « locaux » inhospitaliers…

Il importe de bien comprendre le phénomène des migrations. Selon des sources compétentes, on estime que la moitié des déplacements forcés se termine en tragédies. Des centaines d’enfants sont morts dans les derniers mois en suivant leurs parents désespérés qui risquent tout dans l’ultime espoir de trouver une terre accueillante. On ne quitte pas tout ce qui fait partie de son histoire, son pays, sa culture, ses biens sans que l’on soit poussé par un élan vital de dernier recours.

Nous pourrions croire que nous sommes nés « du bon bord » et que nous sommes en droit de garantir nos privilèges, nos traditions, notre culture aux dépens de notre devoir d’hospitalité. Jusqu’à présent, l’hospitalité comptait parmi les plus belles valeurs de notre société! Ne devrions-nous pas la protéger aussi? Invitons-nous mutuellement à déployer notre empathie : si un jour nous étions à la place d’un réfugié ou d’un migrant, empêchés de vivre notre vie normale, incapable d’assurer la subsistance de notre famille, courbés sous la répression de plus en plus vive ou vivant sous la menace de bombardements quotidiens, ne serions-nous pas, nous aussi, remplis de gratitude envers un peuple qui ouvrirait ses frontières et nous offrirait son hospitalité?

Choisir l’humain, pas l’instinct

Il n’existe pas deux classes d’êtres humains : nous le sommes tous, ou pas du tout. Notre humanité se mesure à notre capacité d’ouverture à l’autre, au bonheur de partager nos joies et nos richesses. L’hospitalité est la dimension de l’être humain qui témoigne le mieux de la profondeur de son humanité. Sommes-nous capables de faire mieux que de nous regrouper en meutes hostiles pour assouvir un instinct de protection que rien, ici et maintenant, ne justifie?

Après une autre année pourrie…

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Les reconstitutions en photos de l’année qui s’achève sont populaires sur les médias sociaux. Je ne sais pas pour vous, mais quand je regarde l’année 2014, je n’y trouve pas grand chose pour me réjouir. J’éprouve au contraire une douleur immense en considérant le mal qui sévit un peu partout sur la planète et je me demande souvent comment Dieu – oui, je suis croyant – peut-il nous regarder vivre sans souffrir lui-même atrocement de notre folie.

Montage espéranceJ’évoque seulement quelques situations qui m’ont laissé les plus grandes impressions. Au Québec, les élections du 7 avril ont ramené un parti au pouvoir qui avait un agenda caché. Heureux de la tournure antireligieuse qu’avait pris le débat sur la laïcité, il a pu capitaliser sur la grande insatisfaction face à l’enjeu principal mis de l’avant par le gouvernement Marois. Si j’ai pu ressentir un soulagement à voir que « cette charte-là » fut sévèrement rejetée, depuis je ne peux que pleurer avec toutes les victimes de l’arrogance de ce nouveau gouvernement qui, sans jamais annoncer ni avouer sa politique d’austérité, met systématiquement la hache dans tout le dispositif des services publics (santé, éducation, solidarité) que nous avions bâti et qui constituait, avec notre langue, une bonne part de ce qui fait de nous une société distincte en Amérique. Austérité rime avec morosité….

Si au moins la commission Charbonneau avait terminé ses audiences publiques autrement qu’en queue de poisson afin de nous permettre un véritable examen de conscience face à la corruption et à la collusion qui gangrènent les lieux de pouvoir, les contrats publics et notre culture démocratique, cela nous aurait permis une petite dose d’espoir. Mais non, une commission d’enquête c’est vraiment juste un gros show de boucane…

Déjà, après l’été dernier, j’exprimais mon dégoût devant l’actualité brutale à laquelle nous étions confrontés, notamment avec cette guerre de 50 jours entre Israël et le Hamas à Gaza, laissant plus de 2100 morts du côté palestinien dont les trois-quarts étaient des civils et parmi eux 500 enfants innocents. Ces morts s’ajoutaient aux dizaines de milliers résultant de la guerre civile en Syrie qui se prolonge désormais à l’abri des caméras occidentales puisque celles-ci se sont tournées vers le « Groupe armé état islamique » qui sévit dans le nord de ce pays et en Irak en décapitant des otages et en massacrant des villages entiers, s’en prenant aux minorités non-musulmanes sans pour autant négliger les musulmans eux-mêmes qui demeurent majoritaires parmi les morts décomptés. Ici encore, ce sont surtout les civils, des familles entières, qui sont tués pour l’intérêt de quelle propagande? À qui, en effet, sert le crime? Ajoutons à cette mouvance le groupe Boko-Haram au Nigéria qui, à la mi-juillet 2014, avait déjà plus de 2000 civils tués à son actif, sans compter les enlèvements de centaines d’étudiantes à qui le droit à l’éducation est refusé, tout comme avec les Talibans en Afghanistan qui n’ont pas hésité, eux, à massacrer 133 enfants dans une école de Peshawar au Pakistan. Dans les faits, le fondamentalisme religieux ne parvient qu’à exacerber le sentiment antireligieux et à légitimer les gestes haineux qui se multiplient, ce qui lui permet… de se justifier lui-même, même chez nous à Ottawa ou à St-Jean-sur-Richelieu! On tourne en rond.

Juste avant les Fêtes, je vois ces reportages photographiques qui nous montrent à chaque année comment sont traités les travailleurs chinois dans les usines d’accessoires de Noël ou encore ces enfants enchaînés dans l’industrie manufacturière au Bangladesh et j’en ai vraiment assez de ce système injuste et immoral. Récemment, un ami me faisait part de son désir d’écrire avec moi un texte sur l’espérance à l’occasion de Noël. En l’espace de trois semaines, je l’ai vu perdre d’abord un ami cher, symbole de la résistance à la morosité, mais plus encore, son enfant que sa conjointe portait fièrement. Lorsqu’on est sensible à la misère qui nous entoure et que le sort semble s’acharner sur nous individuellement, comment arriver à imaginer écrire un billet d’espérance?

Les petits riens qui changent tout

J’ai eu le même effet de recul. Je suis sans doute trop devenu perméable à l’état du monde. Il faut à mon ami et à sa conjointe, ainsi qu’à toute personne en quête de lumière, trouver la même étincelle qu’on a pu apercevoir dans le film La liste de Schindler, tourné en noir et blanc, au moment où une petite fille en robe rouge traverse l’écran. C’est alors que tout bascule. C’est ainsi que, dans ma vie à moi, il arrive des choses qui réactivent ma foi en l’avenir. Je ne citerai que deux de ces exemples. D’abord ma filleule Emma. Après une chirurgie ratée, l’hiver dernier, qui a eu des séquelles importantes pour sa santé, j’ai vu ce petit bout de femme s’accrocher à la vie et à l’amour de ses parents. Je l’ai vue travailler résolument à grandir malgré le handicap forcé par la médecine et peu à peu s’épanouir auprès de son « grand » frère qui l’adore. Son sourire est ravageur et me fait fondre chaque fois qu’il m’est adressé. Ensuite ma petite-fille Aurélie. Née il y a 15 mois avec quatre malformations cardiaques et une grande fatigabilité, elle a profité de chaque instant d’éveil pour accélérer son développement et croquer dans la vie. Soutenue par une communauté virtuelle infatigable, elle vient tout juste d’être opérée à coeur ouvert. Cette opération a été un succès. Et la petite se remet rapidement. Elle s’accroche à la vie et à son bonheur, surtout celui de pouvoir se fondre dans les bras de sa mère.

EmmaAurélieMes deux exemples ont une particularité commune: elles présentent toutes les deux une trisomie 21. Voir la vie comme elles la voient, s’éveiller aux autres, être curieuses de tout, goûter à chaque instant les multiples petits bonheurs quotidiens, se laisser porter par la vie, exiger une réponse à ses besoins réels, faire confiance, voilà le chemin qu’elles me montrent. Elles sont pour moi, en cette proximité de Noël, l’image de l’espérance. Elles sont l’image actuelle de cet enfant tout aussi fragile, né il y a 2015 ans (selon la datation de mon fils de neuf ans), qui a apporté une lumière nouvelle sur l’humanité en lui manifestant l’amour infini de Dieu, créateur et sauveur. Et sauveur de quoi alors? De la morosité et de la désespérance. De l’illusion du pouvoir et de la vérité-à-tout-prix. De la consommation sans autre but que le plaisir égoïste et l’absence de solidarité. Du repliement identitaire et religieux. De toute violence. Du mal en moi et dans les autres… De tout ça à condition que vous et moi y mettions du nôtre!

Emma et Aurélie sont un rappel de tout ce pour quoi Jésus est venu dans le monde: pour y apporter la seule chose qui compte, l’amour donné et reçu. Je vous souhaite donc cette chose unique qui a le pouvoir de vous combler, l’amour renouvelé de vos proches avec la bénédiction de Dieu pour vous-mêmes et pour votre foyer. Pourri Joyeux Noël!