Croire malgré les coups du sort*

mains-perduesIl vous est peut-être déjà arrivé de traverser une période de votre vie où tout vous a semblé trop lourd. Les situations négatives, parfois catastrophiques, s’accumulaient l’une après l’autre. Le sort semblait s’acharner sur vous. Et là, vous pensiez : « Quand est-ce que ça va s’arrêter? Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour que tout ceci m’arrive? » La tentation est grande de se laisser abattre.

Dans la Bible, nous trouvons un exemple extrême. Job aurait été un homme juste, attentif aux autres, généreux, le genre qui fait la fierté de son Dieu! L’auteur du livre le met en scène au cœur d’un pari entre Dieu et diable. Pour ce dernier, il est naturel d’être un bon croyant quand on a tout ce qu’il faut pour vivre et que tout semble facile. Le Seigneur relève le défi et permet qu’une succession d’événements surgissent dans la vie de Job, jusqu’à le priver de tout. Il est abandonné de tous, y compris de sa famille. Il gît sur un tas de fumier. Sa colère est grande et il crie son sentiment d’injustice au Seigneur. Ce dernier lui fait comprendre qu’une simple créature n’a pas grand-chose à opposer à l’infini du Créateur.

Voir la touche divine en toute chose

homme-vieuxCe conte mythique montre bien le caractère souvent injuste de la vie humaine. On nous présente des individus parvenus au sommet, en santé, riches et entourés de gens qui les glorifient. Par opposition, nous connaissons tous des hommes et des femmes qui donnent l’impression d’être la figure de Job! La misère, la maladie, l’exclusion, l’isolement sont le lot de ces personnes qui sont pourtant aussi humaines et aussi dignes que les premières!

Il est si difficile d’apporter une explication à ces injustices. La plupart du temps, on a tendance à rendre ceux qui sont « en bas » de nous responsables de ce qui leur arrive : « On sait bien, quand on les voit vivre, ça ne peut pas tourner autrement! » Et c’est ainsi du haut de la pyramide sociale jusqu’en bas.

La pauvreté, la misère et même la maladie n’ont pourtant pas le pouvoir en elles-mêmes de nous rendre malheureux. Pas plus que la discrimination ou l’exclusion! En effet, il arrive aussi que nous tombions sur des gens qui n’ont rien, qui semblent vivre marginalement et qui pourtant vous paraissent heureux dès que vous commencez à échanger avec eux. J’ai eu cette grâce, un jour d’été, de grand matin. Un homme mal accoutré passait d’une poubelle à l’autre dans un lieu public. Surpris de me voir là si tôt, il le fut d’autant que je lui adressai la parole : « Ce sera une belle journée, n’est-ce pas? » Et puis après une bonne heure d’échange, cet homme qui ne possédait rien m’a transmis son bonheur de vivre, un témoignage de simplicité, une foi vivante en Dieu et en l’humain.

Job n’avait rien et pourtant son témoignage était rempli de foi, tout comme cet ange d’un matin d’été. Un tel souvenir me permet d’envisager le long hiver comme un silence plein d’espérance.

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* Ce texte est le 43e article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de janvier-février 2017 du Messager de Saint-Antoine.

Prêtre égorgé et martyrs de l’humanité

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Photo du père Jacques Hamel dans un mémorial improvisé, à Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen. (CNS photo/Ian Langsdon, EPA)

Le 25 juillet 2016, le prêtre Jacques Hamel a été lâchement assassiné en France, à l’occasion de sa messe quotidienne, en présence de quatre fidèles. Sa mort s’ajoutait ainsi à la longue liste des victimes innocentes de ce mouvement barbare qui se nourrit à même la haine de l’autre, la soif de vengeance, l’intégrisme religieux et le refus de la différence.

Bien entendu, un prêtre égorgé au beau milieu de la messe qu’il célébrait ne peut que conduire l’Église à une canonisation quasi automatique et sans doute bien légitime. On peut comprendre l’empathie que ce meurtre a pu susciter chez les catholiques. J’en ai cependant contre la récupération de l’événement comme le prétexte qu’il manquait pour inciter à une nouvelle croisade. Lorsque je vois des titres comme Le premier martyr de l’islam en terre d’Europe ou encore La France égorgée, là mais pardon, je décroche complètement…

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« Ayez le courage de la résistance » (pape François)

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Voici mon 34e article de la série « En quête de foi » publié dans l’édition de février 2016 du magazine Le messager de Saint Antoine

À l’occasion de sa visite en Afrique, en novembre dernier, le pape François fut touché par la question d’un jeune Centrafricain. Celui-ci exprimait avec une certaine douleur les grandes difficultés rencontrées par les jeunes :

« Dans toutes les crises dans notre pays, nous avons toujours payé de lourds tributs. […] Nous nous laissons facilement emporter par le vent de la violence, de la vengeance, du pillage, de la destruction… Aujourd’hui, les défis auxquels nous sommes confrontés sont nombreux : la réconciliation, la formation adéquate, le chômage, la précarité. Beaucoup d’entre nous sont tentés de quitter notre pays pour aller chercher un avenir meilleur ailleurs ». Dans un tel contexte, conclut-il, comment pouvons-nous devenir des artisans de paix ? (Radio Vatican)  

François a répondu que la route qui leur était proposée, à l’image du bananier, est celle de la résistance, et non de la fuite. « Qui fuit n’a pas le courage de donner la vie ».

La foi fait de nous des résistants !

Si nous ne vivons pas chez nous les mêmes situations qu’en Afrique, nous nous laissons facilement emporter par d’autres vents : la surconsommation, le crédit facile, la corruption, les séparations, l’indifférence au sort des autres, la dépression, la peur des étrangers, le désespoir, l’absence d’un projet de société rassembleur, et j’en passe ! Comment, dans un tel contexte, les jeunes peuvent-ils devenir artisans d’un monde meilleur ?

Résister par l’espérance

La foi procure aux croyants une chose essentielle : la capacité d’espérer ! Le pape le dit souvent : un chrétien qui n’a plus d’espérance n’est pas un vrai chrétien… C’est grâce à l’espérance que nous pouvons devenir des résistants.

bananeLes jeunes bâtissent l’avenir. Pour ce faire, ils doivent croire en leur capacité de le réformer, de le rendre plus conforme à leurs valeurs. Mais ils auront à résister à ce que les générations précédentes leur ont laissé en héritage.

Par exemple, le temps où l’on pouvait se dire qu’il faut d’abord penser à soi avant tout est terminé. Pour qu’un monde pacifique, écologique et solidaire puisse surgir du présent, il faut se tourner vers les autres, surtout les plus fragiles et les inclure dans un projet fabuleux, mais possible : le règne de Dieu !

Les croyants connaissent déjà le plan conçu par l’architecte divin. Il ne reste qu’à le réaliser. En résistant à l’air du temps avec une foi assurée, les jeunes peuvent commencer à propager leur désir de bonheur partagé. Le Seigneur les attend là où d’autres n’ont pas réussi.

Comme pour les générations passées, un tel projet de paix est impossible à accomplir par nos propres moyens. Nous ne cessons de nous buter à nos manquements qui rendent toute action pour le bien caduque ou si peu féconde. Pour mettre en œuvre le plan du Créateur, il nous faut d’abord compter sur lui, en son Fils Jésus, par l’Esprit qui donne la vie, le mouvement et l’être…

Comment pouvons-nous être artisans de paix ? Tout d’abord en cherchant en nous la source de toute paix qui conduit vers l’unique amour du Père.

Après une autre année pourrie…

Les reconstitutions en photos de l’année qui s’achève sont populaires sur les médias sociaux. Je ne sais pas pour vous, mais quand je regarde l’année 2014, je n’y trouve pas grand chose pour me réjouir. J’éprouve au contraire une douleur immense en considérant le mal qui sévit un peu partout sur la planète et je me demande souvent comment Dieu – oui, je suis croyant – peut-il nous regarder vivre sans souffrir lui-même atrocement de notre folie.

Montage espéranceJ’évoque seulement quelques situations qui m’ont laissé les plus grandes impressions. Au Québec, les élections du 7 avril ont ramené un parti au pouvoir qui avait un agenda caché. Heureux de la tournure antireligieuse qu’avait pris le débat sur la laïcité, il a pu capitaliser sur la grande insatisfaction face à l’enjeu principal mis de l’avant par le gouvernement Marois. Si j’ai pu ressentir un soulagement à voir que « cette charte-là » fut sévèrement rejetée, depuis je ne peux que pleurer avec toutes les victimes de l’arrogance de ce nouveau gouvernement qui, sans jamais annoncer ni avouer sa politique d’austérité, met systématiquement la hache dans tout le dispositif des services publics (santé, éducation, solidarité) que nous avions bâti et qui constituait, avec notre langue, une bonne part de ce qui fait de nous une société distincte en Amérique. Austérité rime avec morosité….

Si au moins la commission Charbonneau avait terminé ses audiences publiques autrement qu’en queue de poisson afin de nous permettre un véritable examen de conscience face à la corruption et à la collusion qui gangrènent les lieux de pouvoir, les contrats publics et notre culture démocratique, cela nous aurait permis une petite dose d’espoir. Mais non, une commission d’enquête c’est vraiment juste un gros show de boucane…

Déjà, après l’été dernier, j’exprimais mon dégoût devant l’actualité brutale à laquelle nous étions confrontés, notamment avec cette guerre de 50 jours entre Israël et le Hamas à Gaza, laissant plus de 2100 morts du côté palestinien dont les trois-quarts étaient des civils et parmi eux 500 enfants innocents. Ces morts s’ajoutaient aux dizaines de milliers résultant de la guerre civile en Syrie qui se prolonge désormais à l’abri des caméras occidentales puisque celles-ci se sont tournées vers le « Groupe armé état islamique » qui sévit dans le nord de ce pays et en Irak en décapitant des otages et en massacrant des villages entiers, s’en prenant aux minorités non-musulmanes sans pour autant négliger les musulmans eux-mêmes qui demeurent majoritaires parmi les morts décomptés. Ici encore, ce sont surtout les civils, des familles entières, qui sont tués pour l’intérêt de quelle propagande? À qui, en effet, sert le crime? Ajoutons à cette mouvance le groupe Boko-Haram au Nigéria qui, à la mi-juillet 2014, avait déjà plus de 2000 civils tués à son actif, sans compter les enlèvements de centaines d’étudiantes à qui le droit à l’éducation est refusé, tout comme avec les Talibans en Afghanistan qui n’ont pas hésité, eux, à massacrer 133 enfants dans une école de Peshawar au Pakistan. Dans les faits, le fondamentalisme religieux ne parvient qu’à exacerber le sentiment antireligieux et à légitimer les gestes haineux qui se multiplient, ce qui lui permet… de se justifier lui-même, même chez nous à Ottawa ou à St-Jean-sur-Richelieu! On tourne en rond.

Juste avant les Fêtes, je vois ces reportages photographiques qui nous montrent à chaque année comment sont traités les travailleurs chinois dans les usines d’accessoires de Noël ou encore ces enfants enchaînés dans l’industrie manufacturière au Bangladesh et j’en ai vraiment assez de ce système injuste et immoral. Récemment, un ami me faisait part de son désir d’écrire avec moi un texte sur l’espérance à l’occasion de Noël. En l’espace de trois semaines, je l’ai vu perdre d’abord un ami cher, symbole de la résistance à la morosité, mais plus encore, son enfant que sa conjointe portait fièrement. Lorsqu’on est sensible à la misère qui nous entoure et que le sort semble s’acharner sur nous individuellement, comment arriver à imaginer écrire un billet d’espérance?

Les petits riens qui changent tout

J’ai eu le même effet de recul. Je suis sans doute trop devenu perméable à l’état du monde. Il faut à mon ami et à sa conjointe, ainsi qu’à toute personne en quête de lumière, trouver la même étincelle qu’on a pu apercevoir dans le film La liste de Schindler, tourné en noir et blanc, au moment où une petite fille en robe rouge traverse l’écran. C’est alors que tout bascule. C’est ainsi que, dans ma vie à moi, il arrive des choses qui réactivent ma foi en l’avenir. Je ne citerai que deux de ces exemples. D’abord ma filleule Emma. Après une chirurgie ratée, l’hiver dernier, qui a eu des séquelles importantes pour sa santé, j’ai vu ce petit bout de femme s’accrocher à la vie et à l’amour de ses parents. Je l’ai vue travailler résolument à grandir malgré le handicap forcé par la médecine et peu à peu s’épanouir auprès de son « grand » frère qui l’adore. Son sourire est ravageur et me fait fondre chaque fois qu’il m’est adressé. Ensuite ma petite-fille Aurélie. Née il y a 15 mois avec quatre malformations cardiaques et une grande fatigabilité, elle a profité de chaque instant d’éveil pour accélérer son développement et croquer dans la vie. Soutenue par une communauté virtuelle infatigable, elle vient tout juste d’être opérée à coeur ouvert. Cette opération a été un succès. Et la petite se remet rapidement. Elle s’accroche à la vie et à son bonheur, surtout celui de pouvoir se fondre dans les bras de sa mère.

EmmaAurélieMes deux exemples ont une particularité commune: elles présentent toutes les deux une trisomie 21. Voir la vie comme elles la voient, s’éveiller aux autres, être curieuses de tout, goûter à chaque instant les multiples petits bonheurs quotidiens, se laisser porter par la vie, exiger une réponse à ses besoins réels, faire confiance, voilà le chemin qu’elles me montrent. Elles sont pour moi, en cette proximité de Noël, l’image de l’espérance. Elles sont l’image actuelle de cet enfant tout aussi fragile, né il y a 2015 ans (selon la datation de mon fils de neuf ans), qui a apporté une lumière nouvelle sur l’humanité en lui manifestant l’amour infini de Dieu, créateur et sauveur. Et sauveur de quoi alors? De la morosité et de la désespérance. De l’illusion du pouvoir et de la vérité-à-tout-prix. De la consommation sans autre but que le plaisir égoïste et l’absence de solidarité. Du repliement identitaire et religieux. De toute violence. Du mal en moi et dans les autres… De tout ça à condition que vous et moi y mettions du nôtre!

Emma et Aurélie sont un rappel de tout ce pour quoi Jésus est venu dans le monde: pour y apporter la seule chose qui compte, l’amour donné et reçu. Je vous souhaite donc cette chose unique qui a le pouvoir de vous combler, l’amour renouvelé de vos proches avec la bénédiction de Dieu pour vous-mêmes et pour votre foyer. Pourri Joyeux Noël!

Pourquoi je n’écris plus…

D’une semaine à l’autre, je me dis qu’il faudrait bien que je reprenne le clavier pour alimenter ce blogue. D’une semaine à l’autre, j’ai du mal à trouver quelque chose qui m’inspirerait, qui me porterait à dire du bien (bénir) plutôt que de dire du mal (maudire). J’ai détesté l’été qui se termine aujourd’hui. Rien à voir avec la météo! Même si le mal dans le monde existe depuis sa création, j’ai été sans doute insuffisamment immunisé au cours des derniers mois et je crois que je me suis laissé contaminer au point où j’ai préféré ne rien écrire. Que ce soit à partir de ce qui se passe sur les scènes mondiale, nationale et même locale, je parviens plus difficilement à demeurer un être d’espérance. Et même dans certains commentaires publiés suite à mes billets, l’air ambiant empeste parfois d’une immonde odeur que certains appellent la Vérité, une vérité qui ne semble servir qu’à condamner, renier, démolir pour, à la fin, ne reconnaître que quelques purs qui auraient mérité de la côtoyer.

Je n’écris plus parce qu’il me faut d’abord me ressourcer, m’abreuver à la Source, donc! Et c’est ce que je fais, en toute simplicité. D’ici là, désolé pour celles et ceux qui s’attendent peut-être – ou peut-être pas – à ce que je surgisse de nouveau avec mes mots. Pour que les mots résonnent, il me faut d’abord les alimenter d’un peu de foi et de beaucoup d’amour. C’est au contact de la Parole de Dieu que j’y arrive, et à travers la vie de ma famille, de mes amis et de tous les passionnés d’humanité… comme Dieu! Alors d’ici là, je vous souhaite de trouver, vous aussi, votre dose de bonheur quotidienne!

À bientôt, quand même !

L’amour, malade à en tuer

Image diffusée sur la page Facebook du présumé tueur de Trois-Rivières – février 2014

Est-ce moi ou, ces temps-ci, on n’en finit plus avec les « drames familiaux »? Deux morts par ci, trois autres par là. On s’en étonne encore, on se demande comment cela peut arriver, on s’indigne, on compatit… Et on oublie, jusqu’à la fois suivante. Mais justement, cette autre fois me paraît venir plus vite qu’avant.

La peine, la colère, l’envie de faire mal, c’est bien naturel lorsqu’une histoire d’amour se termine mal (y en a-t-il, hormis celles qui durent, qui se terminent vraiment bien?). Dans l’envie de faire mal, celle de tuer est souvent incluse, au fond de la douleur, comme un désir d’effacer l’autre définitivement. Mais tout comme le jeune garçon en pleine phase d’Œdipe ne tue pas son père pour de vrai, tuer son ex-conjointe ou son ex-petite-amie en emportant éventuellement d’autres innocents ne devrait pas faire partie des options réelles!

Effacer l’autre…

Lorsque la rupture est survenue pour l’un de mes proches, sa colère n’a cessé d’augmenter, de jour en jour. Il aurait pu chanter ce cri du cœur du groupe Zébulon: « Mais ça m’fait mal en d’dans » entendu récemment à La Voix. Autant le besoin de rester proche de son enfant avait été sa raison d’être et de durer aux derniers jours de la relation, autant la rage avait effacé ce désir. Il était devenu incapable d’envisager un lien aussi proche de l’autre alors qu’il avait si mal. Deux semaines on passé, puis trois, puis plus d’un mois. Rien ne s’apaisait, au contraire. À quel moment aurait lieu la cassure, cet instant où dans la tête le déni de l’interdit survient pour laisser place à une conscience « claire » de la seule chose qu’il « faut » faire: supprimer le mal en supprimant l’autre qui en est la cause? L’idée que cela puisse arriver m’a effleuré l’esprit. Mais un jour, quelqu’un lui a parlé. Fort. Il semble que cela a porté puisque la personne s’est remise à penser à l’enfant délaissé et à permettre à son cœur blessé d’entreprendre les approches qui allaient réconcilier, d’abord avec l’idée, ensuite avec le geste. Et là, peu à peu, la rage contre l’ex s’est changée en colère et la colère en peine… C’est dans la peine que le travail du deuil peut se faire, enfin, allant parfois jusqu’à permettre des prises de conscience, parfois aussi un lien transformé.

La peine redonne au cœur son humanité. Le cœur est un organe vulnérable. Et en tant qu’organe vital, il a développé très tôt ses moyens de défense. Lorsqu’on lui fait mal, il se dresse d’un bloc, durci comme la pierre de lave. Le cœur de pierre n’est jamais un bon conseiller. Il lui faut retrouver ce qui en fait un organe de chair, vivant, souple, fragile. Cela n’arrive que si l’être qui a mal demeure dans son humanité. Avoir mal ne tue pas mais peut rendre malade. Devenir malade à en mourir peut tuer.

Réintégrer l’humanité

Lorsque le mal se transforme en maladie et que la psychose permet d’imaginer la solution libératrice, il importe plus que tout de ramener l’être souffrant à l’intérieur d’un cercle d’humanité. Ce n’est pas facile de se faire proche d’une personne enragée. Mais c’est une question de vie… pour éviter que cela en soit une de morts. Un ami doit pouvoir encaisser les coups de gueule, la déprime, l’envie de tuer en laissant dire, tout en ramenant parfois à la réalité: « Non, ça tu ne peux pas… Tu sais bien que ce n’est pas possible, que ça n’arrangera rien. » Lorsque la colère est vidée, l’espace se crée pour que la cicatrisation commence.

Mais nous manquons péniblement de ces amis qui savent écouter sans se compromettre, sans encourager le passage à l’acte tout en demeurant loyaux. On a tous tôt fait de déguerpir devant la souffrance psychique causée par l’amour, c’est trop épuisant. Le vide se fait alors peu à peu autour de l’être abandonné, paumé, choqué. Puisqu’il est déjà mort (already dead), il ne reste plus qu’à faire correspondre ce qui est, « en d’dans », avec ce qui est à faire, là. Une fois lancé, rien ne l’arrêtera plus. Et voilà que le mal est fait, entraînant dans sa foulée d’autres vies et causant plus de douleurs encore, et la colère, et la rage…

Je n’y vois qu’un immense cri de douleur qui n’a pu être contenu. Pour éviter que des gestes tragiques soient posés par des êtres blessés, il n’y a en effet qu’un remède, celui de l’amitié envers et contre tout. Mais où la trouver? Comment pouvoir compter sur quelqu’un qui nous accompagnera sur ce chemin de la souffrance? Bien souvent, les amis humains se désistent car ils ne supportent pas la douleur de l’autre. Cela ne s’invente pas, un tel ami fidèle. Alors, serait-ce une cause perdue? Pour nous, possible.

Pour moi, il reste l’Autre qui est tout autre: Dieu qui, en Jésus, a assumé sa vie humaine jusqu’au bout du mal le plus insensé. Le prier est un moyen réel pour se laisser toucher et parfois être guidé vers celui ou celle qui souffre. Prier pour avoir la force d’être avec. Prier pour que quelqu’un d’autre lui soit envoyé. Ou alors pour trouver la force de « secouer » le paumé pour qu’il regarde vers la lumière. Il ne peut la voir, enfermé qu’il est dans ses ténèbres, mais s’il arrive à l’imaginer, il saura l’espérer. L’espérance est déjà une lumière qui vient aussi d’en d’dans!

Nous sommes dans un monde où la lumière ne luit pas suffisamment pour attirer les mal-aimés, les immatures, les narcissiques. Pour qu’elle brille aux yeux des humains, il faut qu’elle s’alimente à la source. Pour moi, la source, c’est le Christ. Et le Christ est aussi la fin, la Lumière, celui qui accueille à bras ouverts les innocents tués, tout comme il peut aussi redonner son humanité perdue à celui qui aura posé le geste fatal. C’est à la fois un scandale, pour l’esprit humain, et la beauté sublime du pardon divin. Voilà. C’est dit.

Un soir pour que se réinitialise l’espoir

espéranceQu’est-ce donc que l’espérance? Nous avons tous et toutes plus ou moins notre idée sur le sujet. La vôtre vaut bien la mienne. Parfois, je me demande si mon espérance est suffisante, si elle est à la hauteur des attentes de Dieu pour moi. La vraie question devient alors : Qu’est-ce que j’attends de la vie? J’ai envie de vous répondre en recourant à l’histoire de l’alpiniste américain Aron Ralston qui, à vingt-sept ans, fut victime d’un accident lors d’une randonnée en solo dans le Parc national de Canyonlands, en Utah. Le film 127 heures relate son incident au cours duquel l’homme se vide peu à peu de tout espoir d’en sortir vivant. N’ayant pas annoncé à quiconque où il s’en était allé, il tombe dans une crevasse profonde et son bras se retrouve écrasé entre des rochers et il n’a aucun moyen de retirer. Il reste là 127 heures! Dans le film, vers la fin du drame, le célibataire qu’il est se met à voir, « en songe », sa future famille composée d’une femme superbe et d’un fils tout aussi magnifique. Cette prémonition à elle seule lui procure l’énergie pour se défaire de sa prison. Son désir de vivre pour cette famille – qui n’existe pas encore – lui donne le courage de s’amputer le bras droit, à coup de pierres pour les os et d’un petit canif pour les muscles et les tendons. On peut imaginer la douleur qu’il s’est fait subir! Oui, pour moi, ces images fortes sont celles qui me procurent une impression durable de ce qu’est l’espoir, mais plus encore l’espérance, car Ralston a cru en ce qui n’existait pas pour lui et son désir s’est réalisé.

Une espérance contre toute attente

Pour certaines personnes tellement gâtées par l’avoir, ce soir, veille de Noël 2013, se résumera à esquisser un gentil sourire aux gens de leur entourage qui leur auront donné quelque chose qui se retrouvera vite aux oubliettes, tellement elles ont de trop. Pour d’autres, la « classe moyenne », les présents partagés auront semé une vraie joie, la plupart du temps, mais bien éphémère. Pour d’autres encore, parmi les plus appauvries, Noël pourra avoir une saveur de solidarité, à travers les récoltes de la Guignolée ou des Moissons parsemées en chaque région. Ailleurs, là où ça compte grâce à la présence de chrétiennes et de chrétiens, Noël pourra donner l’occasion à une trêve dans un conflit armé. C’est déjà bien que les armes se taisent pour quelques heures! Parfois, l’espoir se réduit à ces petites choses, à défaut d’avoir pu expérimenter de plus grandes joies, plus profondes.

Lorsque j’ai écrit ce que je croyais être mes voeux pour ce Noël, je me suis pris au jeu de réduire mon espérance à ce que les humains puissent accepter de ne pas s’aimer, mais qu’au moins ils le fassent en laissant les autres en paix! Je suis resté insatisfait de ce que j’ai publié. Non pas parce que l’idée n’était pas intéressante, mais parce que le désir qui habite mon coeur est plus intense et plus puissant qu’un simple rêve de coexistence pacifique. Non, il me faut plus. Et je crois que je ne suis pas seul! Le rêve que porte l’humanité en chacun de ses individus que nous sommes va bien au-delà. Tous autant que nous sommes, nous voulons la paix et nous voulons la justice. Certains sont plus fortunés, d’autres mieux entourés. Mais la vie est difficile, même avec de grands moyens, même avec de bonnes familles! À preuve les taux alarmants de suicides dans tous les milieux sociaux. Non, le bonheur n’est pas accessible aussi aisément, même en y mettant le prix! Sauf si notre quête se réduit à faire se succéder des « petits bonheurs », comme si en répétant un peu la magie de Noël chaque jour, on finirait bien par oublier d’être malheureux!

Espérer quoi, alors?

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Une mère et sa fille attaquée à l’acide: quelle espérance pour elles?

Les vraies joies, celles qui ont le pouvoir de catalyser, de mettre en route, sont le plus souvent celles qui viennent après l’épreuve. Quand notre fils François, par exemple, passait quelques jours par mois aux soins intensifs, au cours de sa première année avec nous, chaque fois que nous repartions à la maison, nous en étions venus à attendre la prochaine bronchiolite ou pneumonie comme une fatalité. Lorsque la solution à son problème fut trouvée et que chaque mois se déroulait sans retour à l’hôpital, notre joie est devenue durable*. Quand ce Ralston est sorti de son « abîme », il a fait la vie qu’il avait entrevue possible au coeur de l’épreuve la plus dure de sa vie. Il a trouvé l’âme soeur et ensemble ils ont fait un fils. La joie qu’il éprouve encore aujourd’hui trouve son intensité et sa pérennité dans la douleur qu’il a laissée dans le Canyon. Un certain Joseph, fiancé à une jeune vierge, a dû expérimenter la honte du scandale lorsqu’elle s’est présentée à lui enceinte. Le « songe » qu’il a vu lui a donné ce qu’il faut pour qu’émerge de lui la bonté et ensuite la joie de la paternité. C’est sans doute en connaissant intérieurement cette vérité de l’existence que Mère Teresa disait que la joie véritable ne peut venir qu’à la suite de la souffrance.

Nous souffrons tous et toutes de la vie, à un moment ou à un autre. Certains d’entre nous semblent éprouvés au-delà de tout entendement. Lorsqu’ils se relèvent, leur vie prend une nouvelle dimension. Ce sont des survivants et ils savent apprécier chaque instant de joie qui leur est donné. C’est à leur école que je veux me mettre davantage, car ils sont à l’image de notre Dieu. Oui, Dieu a souffert et souffre encore de notre gestion du monde, de la planète, des relations, des frontières entre les peuples et entre les religions. Il n’a toujours eu qu’un seul désir pour son peuple, l’humanité, qu’elle vive en paix et que la justice soit toujours exercée avec sagesse. Chaque année, je me dis que les choses ne peuvent empirer et que nous devrions être en mesure de changer l’orientation de notre course folle vers la fin du monde, celle que nous sommes en train de réaliser nous-mêmes. N’avons-nous pas déjà suffisamment souffert pour passer enfin à autre chose?

C’est alors que la parole extraite d’une lecture biblique de ce jour me monte à la mémoire: « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi » (Isaïe 9, 1). La lumière au bout du tunnel, il faut la voir de temps en temps pour croire qu’elle existe et pour la poursuivre sans cesse. C’est sans doute ce qui se passe à Noël. En fêtant la naissance de Jésus, le Dieu-qui-sauve, le jour où la lumière reprend le dessus dans son combat contre la nuit, nous remettons à zéro notre espérance épuisée. Comme dans un jeu vidéo, lorsque nous arrivons à un point qui réinitialise l’énergie vitale avant qu’elle ne s’épuise! Parce qu’il en faut de l’espérance pour croire à autre chose que ce que nous voyons….

Ayant expérimenté cette année une belle occasion de rencontre avec des femmes musulmanes affectées par le débat social actuel autour des signes religieux, je me dis que c’est ici et maintenant qu’il faut faire luire la lumière de Noël. Pour chacun, chacune, il y a un ici et maintenant qui lui est propre. Si nous prenions le temps de permettre à la lumière d’éclairer nos propres ténèbres afin que la vérité de ce que nous sommes puisse triompher, notre Noël ne serait-il pas extraordinaire? Cette vérité est si simple : nous sommes tous et toutes des humains de même nature, peu importe nos différences. Et nous avons besoin les uns des autres pour grandir en humanité. Pour cela, la paix et la justice doivent d’abord régner en nous-mêmes et, par nous, autour de nous et plus loin encore, car la lumière n’a pas de limite à sa course tant que l’horizon n’est pas bloqué. Oui, réinitialisons notre espérance ce soir, par la simple vue d’un enfant qui naît. En cet enfant, vous trouverez condensée l’espérance du monde.

Alors je vous le dis, à présent avec toute la force de mon espérance : « Joyeux Noël à tous et à toutes! »

* Mon autre blogue, Le bonheur est dans le oui, relate quelques-unes de nos expériences familiales…

Et un petit cadeau pour raviver votre espérance !