Archives de mot-clé : enfants

De qui sommes-nous les frères, les soeurs?

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Après une attaque chimique le 3 avril à Idleb, en Syrie (CNS photo/handout via EPA)

 

Voir une fois de plus des images d’enfants syriens gazés arrache le cœur. Même chose pour la Somalie et le Soudan, encore aux prises avec une famine. De telles visions d’enfer interpellent immédiatement le sens de la famille.

Tous les parents du monde protègent leur progéniture, lui procurent le nécessaire, l’éduquent et lui donnent un milieu familial et social qui permet la croissance, en tentant de lui éviter tout mal. La nature nous a dotés d’un instinct de préservation élémentaire. Nous y répondons en élargissant le cercle familial à l’ethnie, parfois à la patrie.

Mais lorsque la fatalité s’abat sur une famille, comme il arrive pour des milliers en Syrie et ailleurs, c’est l’instinct de survie qui prend le dessus. Nous pouvons assister à cette réalité chaque jour par le biais des médias. Là où la guerre fait rage, les pères et les mères font tout pour protéger leurs enfants des bombardements et de la violence des combats. La fuite devient souvent la seule issue quand elle est encore possible. Nous répugnons à entendre leurs hurlements de douleur. N’avoir jamais vécu un tel drame ne nous épargne pas du devoir de nous y projeter afin de chercher à comprendre et à compatir.

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Pape et famille: trop tard pour le Québec?

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20160407t1336-2600-cns-pope-apostolic-exhortation_presEn lisant La joie de l’amour, je me suis réjoui qu’un pape démontre une compréhension plus juste de l’amour conjugal. En effet, la parole magistérielle de l’Église sur la famille, l’amour et la sexualité s’est souvent placée à une hauteur doctrinale qui ne rend pas suffisamment compte de la vie des couples qui cherchent à simplement vivre leur amour. Mais le souffle arrive-t-il trop tard?

Dans Amoris laetitia publié vendredi, le pape François a choisi d’exposer l’amour comme un chemin avec sa dynamique propre, soumis à la réalité, vécu au sein de la condition humaine qui est elle-même une lutte incessante pour le bonheur au cœur de la fragilité et de la blessure… Cette vision de l’amour conjugal représente un changement significatif dans la posture de l’Église. Celle-ci ne devrait plus se contenter de plaquer une image idéalisée du couple et du sacrement en s’attendant à ce que les époux y correspondent dès que les consentements sont échangés!

Un chemin, c’est une distance à parcourir, une destination à atteindre. Le point de départ, c’est lorsque le couple évoque pour la première fois le projet de s’engager mutuellement. La ligne d’arrivée, ce n’est rien de moins que l’idéal d’une communion parfaite.

Marié depuis 32 ans, je doute sincèrement que cet idéal ne soit encore atteint, et c’est tant mieux! Car la dynamique interne de l’amour empêche qu’il devienne inerte, statique ou achevé.

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La « gagattitude » de Dieu

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Voici le vingt-huitième article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de mai 2015 du Messager de Saint-AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle. Les destinataires de cette série sont des gens bien enracinés dans l’Église catholique. 

Mon épouse et moi, parents de cinq enfants, avons souvent réagi assez négativement face à l’attitude de certains grands-parents à l’endroit de leurs petits-enfants, y compris de mes propres parents! C’est comme si ces pères et mères qui étaient fermes autrefois devenaient complètement « gagas » devant la progéniture de leurs fils ou leur fille! Ils se mettent à les regarder comme si c’étaient les plus beaux d’entre tous, les plus intelligents, les plus débrouillards, les plus parfaits… Bref, pour eux ces petits-enfants trônent au-dessus de tous.

Devenus nous-mêmes grands-parents, nous nous sommes mis, à notre propre insu, à regarder nos petits-enfants exactement de la même manière, nous exclamant devant chaque étape de leur développement, chaque dent qui pousse, chaque nouvelle découverte; nous attristant de chaque rhume, chaque petite blessure! Bref, nous avons contracté la « gagattitude » des grands-parents et nous ne voudrions pour rien au monde qu’elle nous soit retirée!

Enfants et petits-enfants

En regardant nos petits-enfants grandir, nous revoyons nos attitudes envers nos fils lorsqu’ils étaient à cet âge. Nous les surveillions, les éduquions, les corrigions afin d’en faire les meilleurs adultes qui soient. Et lorsque nous les voyons faire de même avec leurs petits, nous prenons conscience que beaucoup de choses se font à partir de l’enfant lui-même : il fait ses propres expériences, prend conscience de ses limites, cherche à les dépasser, veut établir des relations avec les autres, fait des erreurs, se reprend, réalise des petits exploits, etc. Bref, c’est comme si l’enfant avait déjà en lui tout son potentiel et qu’il est simplement appelé à le déployer. Les parents ne seraient alors que des « contenants » servant davantage à apporter l’amour inconditionnel et la sécurité qui permettent la croissance et l’épanouissement.

Les grands-parents le savent bien qu’au final l’éducation des parents ne fait pas tout! C’est l’enfant lui-même qui, en s’ouvrant à l’inconnu, à la nouveauté, à la vie sous tous ses angles, se développe et s’humanise. C’est ainsi qu’ils sont plus libres devant les bêtises et les écarts de leurs petits-enfants qu’ils ne l’ont jamais été devant leurs propres enfants.

Dieu, parent et grand-parent

OLYMPUS DIGITAL CAMERAOn a surtout valorisé la figure de Dieu comme père. Et le rôle du père est perçu traditionnellement comme celui qui donne le cadre, qui fixe le but, qui corrige le tir. On voit de plus en plus la théologie s’intéresser aussi aux qualités maternelles de Dieu, quand il nourrit, qu’il se montre tendre, qu’il console, qu’il donne sans compter ni attendre de retour.

Je verrais d’un bon oeil que nous complétions nos images de Dieu par celle du grand-parent. Je me plais à me rappeler cette parole de Jésus où il dit qu’il nous faut devenir comme des « petits » enfants pour entrer dans le royaume de Dieu. S’il nous veut comme des « petits-enfants », c’est peut-être qu’il sait que son Père est gaga de nous et qu’il peut aussi nous regarder en souriant de nos bêtises, en se réjouissant de nos efforts pour grandir, en ne se lassant jamais de nous prendre tels que nous sommes et en nous aimant plus que tout!

Plus de bonheur, est-ce souhaitable?

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Un autre « massacre des innocents »

Ces jours-ci, l’actualité nous remplit les yeux et les oreilles de meurtres sordides et d’attentats tout aussi abjects. Au Québec, dans la même semaine, une mère tue ses trois enfants; une autre veut faire réviser sa peine de prison à vie pour un crime semblable; et un père tenu non criminellement responsable du meurtre crapuleux de ses deux enfants est libéré. À Newtown aux États-Unis, cet attentat d’un fils vraisemblablement tourné contre sa mère et tout ce qu’elle aimait est encore plus troublant. Lorsqu’on aura tout expliqué, peut-être serons-nous à même de comprendre qu’il s’agit « simplement » d’un autre drame familial atroce qui a emporté dans ses excès de nombreuses vies innocentes. Le point commun à toutes ces tragédies est toujours le même: les victimes ne sont jamais fautives de quoi que ce soit. Elles ne sont que des témoins (c’est le sens du mot « martyre ») du dérèglement maléfique qui se produit parfois dans l’esprit humain.

Est-il possible de participer à l’une ou l’autre des fêtes familiales et sociales organisées en cette période de Noël sans avoir en arrière-pensée ces familles et cette communauté meurtries par la mort violente des leurs? En fait, est-il pensable que nous puissions continuer notre propre vie sans nous soucier de ces gens-là pour qui le seul sentiment réel est que la fin du monde leur est arrivée?

Bonheur ou Compassion ?

Je ne sais pas pour vous, mais je suis abonné à de nombreuses personnes sur les réseaux sociaux. Dans la présentation qu’un grand nombre d’entre elles font d’elles-mêmes, je suis toujours étonné de voir que le mot « épicurien » est si fréquemment utilisé. Ce mot vient souvent avec des expressions comme « j’aime la vie », « je vis le moment présent », « j’aime la légèreté », etc. Notez que je sais apprécier les personnes qui sont agréables de compagnie, qui savent avoir du fun et ne pas trop s’en faire avec les problèmes. Mais, personnellement, je ne vois pas comment ces expressions pourraient me décrire, moi et un grand nombre de personnes que je côtoie. J’ai parfois l’impression que « quête de bonheur » n’est pas synonyme de « quête de sens ». D’ailleurs, lorsque j’ai complété le questionnaire de l’Indice relatif de bonheur, les remarques explicatives concernant mes scores moins élevés m’ont permis de constater que cet outil semble avoir une inclinaison dans la tension entre bonheur et compassion. En effet, les seules questions qui ont fait baissé mon résultat global concernaient les préoccupations pour les enjeux de justice dans le monde. Une personne qui se sent solidaire et qui se laisse indigner par les situations d’injustice de manière trop marquée réduirait ses aptitudes au bonheur… Nous pourrions donc en conclure que si nous voulons plus de bonheur, peut-être faut-il ne pas trop accorder d’attention à ce qui va mal dans le monde.

Une lecture trop stricte de cette interprétation pourrait donc laisser croire qu’en fermant les yeux aux misères du monde nous pourrions mieux « performer » dans notre quête de bonheur. Vous est-il possible à vous de fermer les yeux, ne pas voir la misère, ne pas porter attention aux injustices, à la corruption, aux massacres de populations assoiffées de justice? Si oui, il est probable que votre bonheur est une quête bien solitaire et qu’elle ne finisse par mener qu’au pur égoïsme. C’est peut-être possible à d’autres, mais ça ne m’est pas donné à moi de pouvoir surfer ainsi sur les problématiques psychologiques, éthiques, sociales, économiques, politiques en voulant croire que je ne devrais pas me laisser affecter par tout cela et de vivre ma vie en me tournant uniquement sur ce qui me fait du bien.

C’est ici qu’arrivent des situations universellement troublantes comme un attentat dans une école primaire ou comme un parent tuant froidement ses propres enfants. Car n’importe qui d’humain sur terre est directement frappé par des gestes comme celui du tireur de Newtown. Tous mes amis, tous les membres de ma famille, toutes les personnes participant avec moi à une session, un samedi, ont été touchés autant que moi. C’est plus fort que tout. « Ça vient nous chercher » au plus profond de nous-mêmes. C’est plutôt rassurant sur l’humanité, en fait. Et la question du pourquoi monte alors de la terre entière comme une clameur: Pourquoi?

Lorsqu’il est appelé à répondre à cette question du pourquoi devant des assemblées intéressées par ses propos, Jean Vanier propose parfois cette explication, que je cite de mémoire:

Il y a des personnes dont le handicap est très lourd. On ne sait pas pourquoi elles naissent ainsi ou le deviennent. Beaucoup de gens souffrent de leur situation, à commencer par leurs parents. Nulle explication n’est satisfaisante. Mais ces personnes existent. Et lorsque je vois des jeunes gens venir de partout et se laisser toucher par ces personnes qui n’ont, en apparence, que leur dépendance à offrir, je vois alors ces jeunes montrer le meilleur de ce qu’on peut attendre de l’humain, leur tendresse, leur compassion. Je les vois changer pour toujours. Je saisis alors que les personnes vulnérables sont un cadeau pour l’humanité.

Tout comme ces situations de handicap, les tragédies telles Newtown ne trouvent aucune explication satisfaisante. Elles surviennent. Et dès lors, elles atteignent les êtres humains de partout dans ce qu’ils ont de plus humain en eux, à savoir leur indignation qui n’est rien d’autre que le moteur de la bienveillance. Un grand nombre de commentateurs ont déclaré qu’il est impossible d’assurer la sécurité totale contre de tels gestes désespérés. Il en surviendra donc encore… Ne devrions-nous pas, alors, les regarder autrement, comme des occasions qui nous sont données pour que nous revenions au meilleur de nous-mêmes? Comme Jean Vanier le prétend, l’être humain n’est à son meilleur que lorsqu’il sait se montrer bienveillant, quand il agit avec compassion en ne laissant pas son semblable périr ou dépérir!

Vivons heureux, solidaires!

Revenons au mot épicurien. Ce terme est « relatif à une morale qui propose pour objectif premier la satisfaction de tout ce qui contribue au plaisir » (Larousse). « Jouisseur » est son synonyme. Nous avons tous une part en nous qui recherche la jouissance plutôt que le renoncement, le plaisir plutôt que l’effort.  Cette tension entre la jouissance pour soi-même et la compassion pour autrui a toujours existé. Elle n’est en réalité qu’un reflet du combat qui se déroule depuis toujours à l’intérieur du coeur humain:

  • me donner du plaisir, de la gratification, m’auto-satisfaire ou utiliser autrui comme un objet pour me procurer cette satisfaction;
  • m’oublier moi-même par abnégation et me dévouer à autrui pour soulager, relever, être avec…

En cette période des Fêtes, nous voyons s’exprimer avec plus de contrastes encore ces deux inclinations. Tant de fêtes qui débordent dans les excès; tant de gestes qui démontrent la compassion. L’alcool qui coule à flot dans des banquets exagérément copieux; les dons les plus généreux et les paniers de Noël à profusion. Se faire plaisir; ne pas oublier les autres. Tout ceci est bon, certes, surtout pour la conscience.

Mais ne manquerait-il pas autre chose pour que le monde tourne mieux? Et cette chose, ne serait-ce pas la rencontre? Si nous cessions de jouir entre nous, « épicuriens », et invitions plutôt les familles appauvries à partager notre table? Si la compassion que nous ressentons devant le drame de Newtown nous transformait un peu en êtres solidaires? Ne pourrions-nous pas, alors, repousser les frontières du mal et faire qu’un monde nouveau naisse enfin? Serait-il possible que dans un tel monde, les détresses humaines à l’origine de gestes comme celui du tireur fou de Newtown puissent être prises en compte, accompagnées voire guéries?

Je voudrais que des drames comme Newtown ne se répètent plus jamais. Je constate cependant qu’ils ont le pouvoir de nous recentrer sur notre appartenance à une seule et même humanité. Voilà où je trouve ce qui pourrait se rapprocher d’une certaine « complaisance » au coeur du drame récent, à partager avec tous les épicuriens du monde…

Pas des objets qu’on déménage!

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La semaine dernière, je me sentais romantique, après un beau mariage. Mais le lendemain de noces a tôt fait de me ramener à une dure réalité. Il semble en effet que je fasse partie désormais de la confrérie grandissante des grands-parents qui subissent la rupture de couple de leur enfant. Soutenir son fils ou sa fille qui vit une séparation est un événement qui porte en soi toute sa lourdeur. Que son enfant soit l’initiateur de la fin pour une raison ou l’autre ou bien qu’il subisse le départ, la situation n’est jamais à ce point simple qu’elle le laisserait sans peine.  Même le ras-le-bol, dans ce cas, ne peut que cacher une peine contenue. Rien de simple, rien de facile non plus.

Le pire est à propos des petits-enfants que nous voyons malmenés au coeur de la rupture. Un couple sans enfants se sépare, chacun des partenaires vit sa peine, entraînant avec lui ou elle les sentiments de ses proches, notamment ses parents. Mais lorsque des enfants sont présents, les grands-parents ne peuvent que s’inquiéter davantage, car leur attachement à ces petits vient « les chercher » dans leur élan naturel à les protéger. Papy et Mamie sont donc souvent écartelés entre le souci de leur enfant qui a mal, et celui de leurs petits-enfants qui sont là, impuissants, et voient se déconstruire le seul monde qu’ils ont connu.

Un mode de vie différent

Jeune universitaire, je me rappelle avoir fait un travail dans un cours de morale sur « le mariage à l’essai ». C’était comme ça qu’on appelait encore le fait de se mettre en couple sans être mariés à l’époque. J’avais adopté une position plutôt favorable à l’idée que l’expérimentation faisait partie des valeurs montantes et que le concubinage (« s’accoter » comme on disait chez nous) devenait peu à peu la norme. Le mariage traditionnel après de longues fréquentations où l’on habitait toujours chez papa-maman n’était définitivement plus en vogue. Les couples se formaient, choisissaient très tôt de vivre ensemble pour apprendre à se connaître, à tenter d’harmoniser leurs personnalités à la dure, dans la réalité du quotidien. Le mariage pourrait venir ensuite ou non. Ce choix de l’union de fait est devenu la norme en 2011 : au Québec seulement le tiers des citoyens en viennent à se marier au cours de leur vie et les deux-tiers des enfants naissent désormais au sein d’un couple non marié (Source).

On ne se surprend donc plus quand l’un de nos jeunes vient annoncer, parfois quelques jours seulement après que le ou la partenaire s’est fait connaître : « Bon, on va s’installer en appartement ensemble! » Si l’amour est davantage un projet qu’une réalité statique, faire vie commune est devenu un moyen pour que l’amour se déploie. Certains couples réussissent, mais il semble que ce ne soit plus la majorité. Les ruptures sont devenues, elles aussi, si fréquentes qu’elles en deviennent banales. L’amour n’est qu’un oeuf fragile qu’on laisse se casser avant même qu’on marche dessus!

Dans mon travail d’étudiant, je voyais de manière idéalisée cette conception expérimentale du couple en progression d’amour et j’insistais pour que l’arrivée d’enfants soit repoussée au moment où le couple trouverait sa vitesse de croisière. Mais ce n’est pas ce qui arrive chez une tranche importante de la population des jeunes couples. Malgré les moyens de contraception devenus si normatifs, les couples encore en apprentissage de la vie à deux font des enfants… Plus encore, il arrive que les nouveaux-nés alternent entre rupture-nouveau partenaire-nouvel enfant-nouvelle rupture et on recommence le cycle.

Les enfants ne sont pas des meubles qu’on déménage

Les enfants sont parfois comme des meubles qui font partie du patrimoine commun. Normalement, lors d’une séparation, on se sépare les choses entre les ex. Depuis Salomon, il semble évident qu’on ne tranche plus les enfants en deux pour en donner une part à chacun (c’est une blague :)). Alors ils sont tiraillés entre la maman, pour la plus grande part, et le papa. Les arrangements ne viennent jamais assez vite et rarement dans la sérénité. Alors les enfants vivent au cours de ces ruptures des traumatismes graves qui auront des conséquences sur leur développement et sur leurs propres relations.

On trouvera toujours des psychologues et des travailleurs sociaux qui parleront avec détachement de ces situations en mettant en avant la capacité de résilience des enfants. Mais il serait faux de croire que tous les enfants parviennent à surmonter la séparation de leurs parents et l’adaptation à une nouvelle vie, un nouveau beau-père ou une nouvelle belle-mère, sans y laisser quelques plumes.

Une étude récente a montré que le bonheur de la maman a une influence directe sur celui des enfants… Dans la situation que nous sommes appelés à soutenir, mon épouse et moi, nous avons choisi de prendre soin également du bien-être de la mère de nos petits-enfants. Nous pensons sincèrement que si nous pouvons l’aider à se remettre debout rapidement et favoriser la mise en place d’une relation respectueuse avec notre fils, nos petits-enfants s’en porteront mieux et pourront, avec de la chance et des prières, poursuivre leur développement. Quant à leur blessure, nous ne pouvons qu’espérer qu’elle se cicatrise au mieux.

En Afrique, on dit qu’ « il faut tout un village pour élever un enfant. » C’est peut-être de cette manière, en élargissant le cercle de leurs parents souffrants et en demeurant présents dans leur vie, que les grands-parents pourront contribuer, un peu, au bonheur de leurs petits-enfants.

20 ans de paternité… mon thanksgiving !

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Ma collègue de travail et amie m’interpelle. Elle dit qu’elle aimerait « plus de moi » dans mes billets, peut-être moins de démonstration ou d’enseignement. Elle me propose de parler de mon rôle de père comme je le fais naturellement. Elle sait bien me brancher sur ce qui me fait parler, car me voici déjà au clavier. C’est vrai que j’en parle tous les jours de mes enfants et ce, depuis bientôt 20 ans.

Ça me fait tout drôle, car à peu près à la même période, fin novembre 1990, nous nous étions ouverts, mon épouse et moi, à l’idée d’une adoption. Nous faisions partie des couples infertiles sans explication. Aujourd’hui ils sont devenus si nombreux que les cliniques de fertilité ne peuvent pas fournir! Je vais oser écrire ceci: je pense que c’est heureux que les procédés de fécondation étaient encore complexes et peu performants à la fin des années 1980. C’est en vertu de ces contraintes que nous avons considéré l’adoption. Est-ce que nous aurions fait un choix différent aujourd’hui ? J’ai le regret de dire que c’est possible, compte tenu du désir d’engendrer son propre enfant. Il est d’ailleurs probable que bien des enfants abandonnés, en attente de familles, n’en trouveront plus au Québec car celles-ci ont désormais des moyens, grâce à la science, d’en « fabriquer » des tout nouveaux tout beaux, beaucoup mieux qu’eux, pas « usagés ». (Ouf ! c’est peut-être « trop de moi » ça, non ?). Attention, je ne veux pas juger ceux qui le font. Je veux seulement exprimer mon parti pris pour les enfants vivants qui se retrouvent peut-être coincés dans les centres jeunesse ou les familles d’accueil et qui n’ont pas d’autres perspectives pour leur vie.

Nous avons accueilli des jumeaux de 2 ans et 8 mois en janvier 1991. Temps de préparation et de grossesse: huit jours entre la rencontre de la maman bio et l’arrivée des enfants. Ce fut un choc. Terrible. Je me souviens des premières nuits. Un léger craquement me faisait sursauter, en panique, à l’idée que quelque chose pouvait arriver aux enfants. Je prenais conscience, après le romantisme lié à leur venue, de l’immense responsabilité que cela comportait. Notre vie avait chaviré. Notre univers était devenu centré sur deux petits bonshommes. J’étais devenu papa…

La plupart des parents ont tendance à raconter les difficultés qu’ils rencontrent dans leur rôle. Il n’est pas rare de vivre des moments où l’on raconte tour à tour les bêtises de nos enfants. Moments de rires aux éclats, de décompression. En général, mes histoires suscitent de l’intérêt. Je gagne presque à tout coup au chapitre des pires conneries. J’en profite pour remercier mes deux gars pour le pouvoir d’attraction qu’ils m’ont donné grâce à leurs écarts de conduite ! Il est vrai que ces jumeaux de près de trois ans avaient déjà un bon vécu lorsqu’ils sont arrivés dans notre famille. Ils étaient deux, complices, opposants. Non, non ! Je ne raconterai rien ici. Tant pis si vous n’êtes pas du nombre de mes amis !

Mais je veux surtout affirmer qu’au-delà de toutes les difficultés, toutes les contraintes et tous les jugements des autres parents, des profs, des directeurs d’école et même des maires (!), cette double adoption fut sincèrement et clairement une histoire d’amour.

C’est tellement vrai que nous avons continué avec un autre, et un autre, et encore un autre. Nous aurions poursuivi au-delà de l’âge « raisonnable », mais des travailleurs sociaux bien intentionnés ont fini par nous opposer un « c’est assez! ». J’avoue que leur décision, toute frustrante qu’elle fut, nous fait considérer notre vie actuelle avec un brin de recul. Nous avons encore deux petits de 5 et 8 ans avec nous alors que nous sommes déjà grands-parents trois fois. Nous sommes souvent fatigués le soir. C’est beaucoup d’énergie à dépenser. Nous devons être là pour eux encore longtemps !

Pour la plupart des parents, avec un peu de recul, les difficultés vécues avec nos enfants ne sont jamais des motifs de regretter le choix de les avoir eus. Les parents témoignent le plus souvent du bien qu’ils leur ont fait en les forçant à se déplacer d’eux-mêmes, à se tourner vers des êtres fragiles, à se donner toujours plus. Au bout du compte, les parents n’ont pas le sentiment d’avoir été « vidés », mais, au contraire, « nourris », « remplis » d’amour. Je disais souvent, au cœur des situations que je croyais sans issue, « quand ils auront 25 ans et que nous aurons des réunions de famille avec leurs conjointes et leurs enfants, nous rirons ensemble de tous leurs mauvais coups ». Et c’est exactement ce qui arrive, et bien avant la date annoncée ! Comme quoi…

Mes enfants sont des cadeaux pour l’humanité. Ils sont les cadeaux pour ma propre humanisation. Ils ont été à la source de ma prise de conscience de mes fragilités les plus secrètes, surtout par les échecs et mon impuissance. C’est une thérapie de la réalité qui m’a évité de persister trop longtemps dans mes désirs de toute-puissance et de tout réussir. Je pense qu’ils ont fait de moi un être meilleur et je rends grâce pour leur présence dans ma vie.

François, 8 ans

François, 8 ans

Je vous invite à suivre ce lien pour découvrir une petite association qui fait la promotion de l’adoption au Québec, L’Association Emmanuel, et en France, Emmanuel SOS Adoption. Deux de nos enfants ont été adoptés via ces associations, un troisième par une association apparentée. Il y a encore beaucoup d’enfants en attente qu’une famille les trouve, n’est-ce pas leur droit ? Ne serait-ce pas un cadeau à leur faire et à se faire ? Voilà l’attente que je fais mienne, en cette période de l’Avent qui débute, en ce jour de la Thanksgiving.