Le droit de mourir et reposer en paix…

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Photo:  KENZO TRIBOUILLARD, AFP (La Presse)

Le résultat du référendum sur le cimetière musulman à Saint-Apollinaire, tenu le 16 juillet dernier, semble avoir créé plus de divisions que de consensus, même si le processus s’est réalisé de manière démocratique. Le déchaînement de la haine des uns contre les autres devient malheureusement routinier. On s’en passerait bien!

Cet exercice a permis de mettre au jour certains aspects de la problématique. En particulier, on aurait « découvert » qu’une petite minorité seulement de musulmans exige des cimetières exclusifs au lieu d’espaces spécifiés dans des cimetières existants. Cette idée ferait même en sorte de délégitimer la demande de l’Association islamique de Québec, qui serait maintenant pointée comme intégriste.

On meurt comme on vit…

Lorsque la vaste majorité des Québécoises et des Québécois étaient catholiques et pratiquants, leur fin de vie cadrait parfaitement avec leurs valeurs et leurs croyances. Il allait de soi qu’ils devaient être enterrés dans un cimetière à l’enseigne de la seule « vraie » religion. Il n’était pas question pour l’Église d’enterrer avec ses fidèles des défunts athées ou affiliés à une autre religion, y compris d’autres confessions chrétiennes.

Et puis les choses ont changé. On a vu l’Église s’ouvrir à la crémation à partir de 1963 et aux cimetières « chrétiens » dans les années 1980. Aujourd’hui, un grand nombre de catholiques non pratiquants ne voient même plus l’importance de faire enterrer leurs cendres et les conservent parfois dans des conditions douteuses.

L’évolution des coutumes funéraires va avec la manière de vivre et celle-ci est devenue multiforme.

 

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De la mort comme un soin: un passage difficile

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Et si ce n’était pas si simple?

À l’approche de la mise en oeuvre de la Loi 52 sur l’aide médicale à mourir, nous constatons que la controverse demeure vive. En effet, si le libellé de la loi est, dans une proportion très élevée, le reflet du consensus social sur la fin de vie, l’acte singulier de causer volontairement la mort du patient ne fait toujours pas l’unanimité, surtout au sein du corps médical et infirmier. C’est une chose que d’accorder un droit. C’est autre chose que de le mettre en oeuvre d’autant plus s’il requiert l’assistance d’un tiers.

En effet, l’euthanasie sera un droit dès décembre 2015, mais il faut trouver des médecins qui voudront poser le geste de supprimer la vie. Avec le refus des 29 centres de soins palliatifs d’intégrer dans leur offre de soins celui de « donner la mort », il est naturel que le débat revienne dans l’actualité.

Droits et devoirs

La Loi 52 est établie sur les fondements mêmes de notre société canadienne et québécoise: la liberté individuelle. Cette conquête de la liberté du sujet s’est faite peu à peu. Ainsi, pouvoir attenter à sa vie n’est plus un crime, car on considère désormais que sa vie appartient à chacun et que chacun a le droit d’en faire ce qu’il veut. Il n’y a pas si longtemps, on pouvait punir de prison un citoyen lorsqu’il avait raté son suicide! Or, le droit d’user de son corps librement est devenu un droit. Celui de ne pas poursuivre sa vie également, en certaines conditions. La Loi 52 ne fait que pousser à la limite ultime cette valeur fondamentale de la liberté individuelle. Nous en sommes là. C’est une situation de fait et de droit. Bref, si une personne veut en finir et qu’elle répond aux critères définis par la Loi (une personne majeure atteinte de maladie incurable terminale avec souffrances intolérables), alors elle peut demander l’aide médicale à mourir.

Pour injecter le produit qui provoquera la mort de cette personne, il faut que l’acte soit posé par un médecin. Et pour cela, il faut des médecins qui accepteront de le faire. Or, ce que les médecins et le personnel des centres de soins palliatifs ont exprimé récemment, c’est qu’ils ne veulent pas associer leur pratique à celle de l’aide médicale à mourir. Ils veulent continuer de donner des soins de fin de vie, mais, pour ces derniers, l’acte de donner la mort ne peut pas en faire partie.

Et la conscience?

Quoi qu’il en soit, dans la société, il y aura toujours des gens favorables et d’autres défavorables… Comme pour l’avortement! Moi-même, chrétien dont la foi conduit à croire en un Dieu qui a pour chacune de ses créatures un lien d’amour infini, je crois que la vie nous est donnée comme le cadeau le plus précieux qui soit. Je crois que chaque souffle qui nous est donné est une occasion de nous rapprocher de lui, dans le bonheur comme dans la souffrance et que c’est là, bien plus que dans notre liberté, que réside notre dignité.

Bien sûr, je ne suis pas souffrant. Je ne suis pas malade au point où je pourrais croire que de cesser de vivre représenterait un bien supérieur à la vie que je mène. Je ne suis pas dans la situation de ces personnes qui demanderont l’aide médicale à mourir. Aussi il ne m’appartient pas de juger de leur choix, pas plus qu’il ne m’appartient de juger une femme décidant de ne pas poursuivre sa grossesse. Ceci n’a rien d’évident à affirmer pour un croyant, bien au contraire. Car la foi chrétienne donne un sens à toute ma vie. Ce serait bien plus simple si chaque individu sur terre partageait mes convictions les plus intimes! Mais ce n’est pas le cas. Au nom du pluralisme, nous devons donc vivre avec un dispositif juridique qui parfois transgresse les interdits inhérents à la religion. À moins de vivre seul avec quelques croyants comme moi sur une île, nous devons nous résigner sans jamais perdre de vue un seul instant que chaque personne conserve sa dignité jusqu’à son dernier souffle, naturel ou provoqué.