Pape et famille: trop tard pour le Québec?

20160407t1336-2600-cns-pope-apostolic-exhortation_presEn lisant La joie de l’amour, je me suis réjoui qu’un pape démontre une compréhension plus juste de l’amour conjugal. En effet, la parole magistérielle de l’Église sur la famille, l’amour et la sexualité s’est souvent placée à une hauteur doctrinale qui ne rend pas suffisamment compte de la vie des couples qui cherchent à simplement vivre leur amour. Mais le souffle arrive-t-il trop tard?

Dans Amoris laetitia publié vendredi, le pape François a choisi d’exposer l’amour comme un chemin avec sa dynamique propre, soumis à la réalité, vécu au sein de la condition humaine qui est elle-même une lutte incessante pour le bonheur au cœur de la fragilité et de la blessure… Cette vision de l’amour conjugal représente un changement significatif dans la posture de l’Église. Celle-ci ne devrait plus se contenter de plaquer une image idéalisée du couple et du sacrement en s’attendant à ce que les époux y correspondent dès que les consentements sont échangés!

Un chemin, c’est une distance à parcourir, une destination à atteindre. Le point de départ, c’est lorsque le couple évoque pour la première fois le projet de s’engager mutuellement. La ligne d’arrivée, ce n’est rien de moins que l’idéal d’une communion parfaite.

Marié depuis 32 ans, je doute sincèrement que cet idéal ne soit encore atteint, et c’est tant mieux! Car la dynamique interne de l’amour empêche qu’il devienne inerte, statique ou achevé.

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Quelles suites donner à ce synode?

Un des couples invités au synode, avec leur petit. Photo: L'Osservatore Romano

Un des couples au synode et leur petit. Photo: L’Osservatore Romano

Le synode romain sur la famille a pris fin le mois dernier en laissant une impression largement partagée qu’il a ouvert bien peu de choses. On pourrait croire que tout ce branle-bas de combat ne fut qu’un spectacle assez désolant de deux factions, conservatrice et progressiste, s’affrontant dans l’arène synodale. Et qu’au final, ce serait plutôt la frange attachée à la tradition et à la doctrine qui l’a remporté. Mais est-ce vraiment le cas? Entre les attentes déçues et le réalisme pastoral, quel chemin peut-il s’ouvrir pour les baptisés?

La doctrine immuable…

Certaines questions controversées devaient être abordées lors du synode, notamment autour de l’homosexualité et des divorcés-remariés, à la fois pour leur statut dans l’Église mais également pour ce qui est de leur accès à la communion.

Pour ce qui est de l’homosexualité, finalement très peu discutée, les pères synodaux en sont restés à une formule vague encourageant l’accompagnement des familles aux prises avec cette situation et à l’accueil toujours chaleureux à faire aux personnes homosexuelles. Rien cependant sur une forme de reconnaissance d’un « droit » à l’épanouissement affectif et encore moins sur la possibilité , « même de loin », de reconnaître les couples ou les familles avec des parents homosexuels. Il est clair que cette question est encore trop délicate et surtout trop diversement perçue pour susciter un quelconque déplacement doctrinal.

Les divorcés-remariés ont été au cœur de nombreux échanges. La recommandation de faciliter les procédures conduisant à la déclaration de nullité de mariages non valides aura certainement des conséquences positives, bien que, pour la plupart des couples dans cette situation que nous connaissons, cette démarche n’est plus très prisée. Il serait surprenant de voir une augmentation importante en cette matière.

Par contre, la reconnaissance d’une forme d’union reconnue par l’Église dans le cas de divorcés-réengagés est loin d’être sur le point d’aboutir positivement! Même si tous reconnaissent que le retour en arrière (revenir avec l’ex-conjoint-e) est exclus la plupart du temps et que la recomposition des familles modifie de manière permanente la situation des couples, le synode n’a fait aucun pas dans la direction de ces dernières. On en revient toujours avec la situation objective d’adultère incluant comme unique solution pour le couple de vivre en frère et sœur. On tape donc encore sur le clou du tabou de la sexualité.

La seule petite ouverture qui a été faite a consisté en la reconnaissance du « pouvoir » de l’évêque diocésain dans le discernement des situations particulières pouvant aller jusqu’à autoriser, après un « chemin de pénitence », la communion à certains divorcés-remariés. Il s’agit d’une minuscule brèche, mais bien réelle, qui va justement dans le sens de la synodalité et de la collégialité, et qui pourrait faire en sorte que certains évêques avancent dans cette direction alors que d’autres pourraient en rester au statu quo. Ce serait la première fois depuis longtemps que l’Église catholique, fortement centralisatrice, puisse accepter certaines adaptations selon les régions et les cultures.

La responsabilité des baptisés

Durant tout le temps de ce synode, nous avons très peu entendu parler des 18 couples présents dans l’enceinte. Ceux-ci ont eu droit à leur trois minutes de prise de parole, mais n’ont pas participé aux comités linguistiques qui devaient faire remonter les propositions en vue du rapport final. La participation des « fidèles » a donc été réelle, mais plutôt ténue.

Dans mon diocèse, nous avons été très peu nombreux à participer aux deux consultations préalables commandées par le pape François. Pour le synode extraordinaire de 2014, faute de temps pour organiser une telle consultation, les réponses de notre diocèse ont été apportées par un seul répondant. Pour la consultation de 2015, l’équipe diocésaine de pastorale a tant bien que mal invité les gens à répondre à un questionnaire simplifié. Les réponses obtenues se comptent avec les doigts d’une seule main! Se passerait-il, au sein de l’Église, parmi les baptisés engagés que nous sommes, une forme de désengagement, comme en politique?

L’archevêque de Gatineau, Mgr Durocher, affirmait, à la fin des trois semaines de travail, que « le synode est loin d’être fini». Il voulait dire par là qu’il y a matière à réflexion et à agir dans nos diocèses. L’homme d’Église a lui-même repris les 94 recommandations du synode en surlignant les articles qui pouvaient conduire à des actions dans les paroisses. Il a conclu de cet exercice : « Mon texte est maintenant rempli de violet! ». Il y a donc une responsabilité qui est renvoyée aux Églises locales. Qu’en ferons-nous, dans chaque diocèse? Y a-t-il des hommes et des femmes qui désirent approfondir les recommandations et entrer en dialogue avec leur évêque?

Si nous prenons l’invitation du pape François au sérieux, il ne faudrait pas arrêter maintenant ce qui vient d’être commencé, à savoir la possibilité d’une réelle prise de parole par le peuple, en communion avec ses évêques. Je serais le premier à désirer réfléchir avec d’autres aux questions soulevées, aux réponses apportées et surtout à toutes celles qui n’ont même pas été « tentées ».

La famille et les vérités universelles qui ne le sont plus

Le deuxième synode sur la famille s’est ouvert à Rome. Avec la rencontre mondiale des familles qui s’est déroulée tout récemment à Philadelphie et à laquelle le pape lui-même a mis tout le poids de sa présence pour marquer l’importance de l’événement, l’Église catholique semble soudainement se soucier des «problèmes» de la famille contemporaine avec l’intention de lui apporter des solutions.

À quoi peut-on s’attendre réellement? L’Église peut-elle véritablement aller à la rencontre des familles et se faire entendre sur les questions qui la divisent elle-même de l’intérieur?

Les familles sont ailleurs

Chez nous, la famille catholique est devenue largement autonome face au magistère. Si une minorité semble continuer de s’y référer pour sa conduite morale, la majorité lui accorde bien peu de d’importance pour lui dicter sa manière de se comporter, que ce soit au chapitre de la contraception, du divorce ou de l’union homosexuelle, trois des questions qui ont été abordées au synode de l’an dernier.

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Ce que Dieu a uni…

annulment« Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas. » (Marc 10, 9) Avec le récent Synode sur la famille, cette question du divorce et du remariage a surgi de nouveau dans les échanges. Peu de gens de mon entourage arrivent à comprendre cet « endurcissement » face aux couples qui ont vécu un premier échec et qui se retrouvent jugés par l’Église en raison d’un nouvel engagement conjugal.

J’ai moi-même eu « l’honneur » dans ma vie d’être appelé à témoigner au cours de deux mariages dans ma famille. Les deux couples m’avaient demandé de préparer leur mariage avec eux et d’y apporter ma contribution lors de l’homélie. Je dois confesser aujourd’hui que j’ai échoué lamentablement. Non pas que ce que j’ai pu dire à l’époque n’avait aucun sens, bien au contraire! En tant que jeune théologien, j’ai énoncé clairement et avec fierté le rôle et la mission du couple dans le monde: « Être le reflet fidèle de l’amour de Dieu pour l’humanité, du Christ pour l’Église en se nourrissant quotidiennement à même cet amour divin ». Non, mon échec n’est pas théologique, il est plutôt anthropologique!

La très vaste majorité des couples qui s’adressent à l’Église, ici au Québec, pour se marier « religieusement », ont une très vague idée du sens théologique de leur engagement. Ils y viennent pour sceller leur amour et lui conférer une sorte de caractère sacré, ce qui montre bien leur « bonne foi ». Mais même s’ils se montrent patients en écoutant l’énoncé de mission qu’on leur confie, ils sont le plus souvent à des lieues de pouvoir en saisir toute la portée et de prendre un engagement aussi définitif.

Je crois sincèrement que je n’ai pas été digne de la confiance des deux couples qui ont voulu m’associer à leur démarche. J’étais pour eux une personne de confiance face à un univers devenu étranger (l’Église) et des codes de langage qu’ils ne comprenaient pas. En principe, j’aurais dû partir de leur projet, de leur amour, de leur volonté de s’établir comme couple plutôt que de leur imposer une sorte de mission qui ne collait en rien à leur situation. J’aurais dû leur proposer quelque chose d’intermédiaire, une fête de l’amour, une reconnaissance publique d’un projet en marche, mais pas un mariage. Les deux couples ont divorcé. Les quatre personnes se sont réengagées autrement et je n’ai pas été « demandé » pour être au coeur de leur nouvel engagement. Et ça se comprend!

Une mission qu’on embrasse progressivement

un-forum-discussion-lors-rassemblement-national-jeunes-religieux-religieuses-france_1_730_484Faisons un parallèle avec les personnes « consacrées », celles qui font un engagement au sein d’une communauté religieuse catholique. Celles-ci ont à vivre un certain nombre d’étapes avec des temps de discernement et parfois même d’épreuves. Une femme ou un homme se présente à une communauté, elle manifeste un intérêt. La plupart du temps, on lui montrera un certain détachement de manière à éprouver son désir. Elle reviendra et insistera. On lui proposera un temps relativement court pour « voir ». Parfois, on institue même une telle étape en appelant ces personnes des « regardantes » et on leur offre un accompagnement en vue de toujours s’assurer de leur liberté. Au bout de cette période qui peut durer un à deux ans, la personne peut demander à entrer dans la communauté. Si le discernement le confirme, on l’accueillera comme « novice ». Cette nouvelle étape lui permet de vivre entièrement dans la communauté, mais c’est un temps d’apprentissage, d’études, de travail. Le noviciat peut durer trois ans, parfois plus longtemps! La personne est toujours libre de quitter sans rompre un quelconque engagement. Ce n’est qu’après cette période qu’une première forme d’engagement plus formel entre en scène, la « profession temporaire ». La personne s’engage à approfondir sa vocation en étant pleinement membre de la communauté, mais ses « voeux » seront à réviser au terme de l’échéance qui peut durer de deux à trois ans, parfois plus! Enfin, parvenu au terme de ce temps qui vérifie constamment la liberté de l’individu et le discernement de sa vocation, celui-ci peut alors prononcer ses « voeux perpétuels » considérés comme irrévocables. Au total, un tel cheminement peut prendre de 5 à 10 ans avant de se conclure par un « mariage avec l’Époux ». La personne consacrée y reçoit la mission d’être fidèle et de témoigner de l’amour sans partage de Jésus pour elle-même et pour chaque être humain!

Revenons au mariage entre un homme et une femme. Ceux-ci ont passé quelque temps à se fréquenter, de moins en moins d’ailleurs. Ils ont assez souvent déjà vécu quelques mois ensemble, parfois plus. Et ils se présentent à l’Église. On leur donnera un weekend de préparation et on bénira leur alliance par le sacrement. Désormais, ils seront engagés de façon perpétuelle aux yeux de Dieu et personne sur terre n’aura plus le droit de « les séparer » (pas même eux)!

Ne voyez-vous pas, comme moi, une incohérence totale entre ces deux manières de s’engager devant Dieu et devant l’Église? Dans le premier cas, en outre, il s’agit d’une personne seule! Elle n’a qu’elle-même à scruter et à se voir cheminer vers son objectif alors que dans le mariage, il y a deux individus avec tout ce qu’ils sont: histoire personnelle, joies, peines, hésitations, peurs, désirs, etc.

Le sexe, le vrai problème?

La différence entre les deux situations, c’est la sexualisation de l’engagement religieux. Dans le premier cas, c’est la chasteté qui est en jeu. Dans le second, les relations sexuelles feront partie de l’équation tôt ou tard. Et comme il est rarement possible de les reporter de quelques années (!), vaut mieux alors unir les amoureux le plus tôt possible pour leur éviter le péché du « sexe hors mariage » (et bien sûr encadrer aussi l’arrivée d’enfants).

Je suis sans doute bien prétentieux de croire que la gradualité de l’engagement vocationnel devrait s’appliquer de la même manière à un couple chrétien qu’il est de mise pour une personne seule. Mais mon expérience personnelle me démontre que le mariage « religieux » devant Dieu et devant l’Église ne devrait survenir qu’après bien des années de fidélité que le couple aurait vécues et qui l’auraient éprouvé. Une majorité de couples ne survit pas au temps. Ceux qui survivent et qui reconnaissent la présence de Dieu et son amour indéfectible pour eux pourraient être accompagnés et invités à sceller cet amour dans l’alliance du mariage. C’est alors et alors seulement que nous pourrions parler d’un mariage « que Dieu a uni »…

Il est probable qu’ainsi nos tribunaux ecclésiastiques seraient beaucoup moins occupés qu’ils ne le sont actuellement et que les mariages célébrés à l’Église porteraient davantage la marque de la vocation sacramentelle dont nous avons tant besoin pour signifier au monde toute la beauté de l’amour qui s’engage, qui dure et qui se transforme au rythme du temps, à l’image et à la ressemblance de Dieu…