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Charlie et le grand méchant Dieu

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4841109_6_22d3_2016-01-04-8854d6f-6317-13nvr84_805b451e8e4cb916641decfe3126f108Un an après l’attentat terroriste contre les artisans du Charlie Hebdo, le magazine publiait en une cette semaine l’image d’un dieu assassin que les forces policières n’auraient toujours pas réussi à attraper.

Pour Riss, l’auteur de cette caricature, Dieu, ultimement, serait le véritable responsable de toute cette violence terroriste.

Pour un grand nombre de nos contemporains, cette idée fait son chemin que si la religion n’existait pas, une grande partie des actes de violence sur terre serait par le fait même éliminée.

Mais ne s’agit-il pas d’une vision simpliste?

Peut-on, honnêtement, croire que la violence vient des religions? Ou, au contraire, que les religions, lorsqu’elles demeurent centrées sur leurs fondations et non sur les déviations historiques sont porteuses d’une éthique invitant à dépasser la violence qui est présente en chaque être humain.

Dieu, à l’image des croyants?

C’est la thèse que défend, au même moment, une autre revue, Le monde des religions, certainement plus sérieuse que la première. La question qui se pose est, au fond, la même: peut-on faire le mal au nom de Dieu?

Bien sûr, à en croire les hurlements du nom de Dieu faits par certains terroristes au moment de passer à l’acte, il est clair que, pour eux, Dieu est la caution de leur haine et de leur «justice».

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La « gagattitude » de Dieu

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Voici le vingt-huitième article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de mai 2015 du Messager de Saint-AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle. Les destinataires de cette série sont des gens bien enracinés dans l’Église catholique. 

Mon épouse et moi, parents de cinq enfants, avons souvent réagi assez négativement face à l’attitude de certains grands-parents à l’endroit de leurs petits-enfants, y compris de mes propres parents! C’est comme si ces pères et mères qui étaient fermes autrefois devenaient complètement « gagas » devant la progéniture de leurs fils ou leur fille! Ils se mettent à les regarder comme si c’étaient les plus beaux d’entre tous, les plus intelligents, les plus débrouillards, les plus parfaits… Bref, pour eux ces petits-enfants trônent au-dessus de tous.

Devenus nous-mêmes grands-parents, nous nous sommes mis, à notre propre insu, à regarder nos petits-enfants exactement de la même manière, nous exclamant devant chaque étape de leur développement, chaque dent qui pousse, chaque nouvelle découverte; nous attristant de chaque rhume, chaque petite blessure! Bref, nous avons contracté la « gagattitude » des grands-parents et nous ne voudrions pour rien au monde qu’elle nous soit retirée!

Enfants et petits-enfants

En regardant nos petits-enfants grandir, nous revoyons nos attitudes envers nos fils lorsqu’ils étaient à cet âge. Nous les surveillions, les éduquions, les corrigions afin d’en faire les meilleurs adultes qui soient. Et lorsque nous les voyons faire de même avec leurs petits, nous prenons conscience que beaucoup de choses se font à partir de l’enfant lui-même : il fait ses propres expériences, prend conscience de ses limites, cherche à les dépasser, veut établir des relations avec les autres, fait des erreurs, se reprend, réalise des petits exploits, etc. Bref, c’est comme si l’enfant avait déjà en lui tout son potentiel et qu’il est simplement appelé à le déployer. Les parents ne seraient alors que des « contenants » servant davantage à apporter l’amour inconditionnel et la sécurité qui permettent la croissance et l’épanouissement.

Les grands-parents le savent bien qu’au final l’éducation des parents ne fait pas tout! C’est l’enfant lui-même qui, en s’ouvrant à l’inconnu, à la nouveauté, à la vie sous tous ses angles, se développe et s’humanise. C’est ainsi qu’ils sont plus libres devant les bêtises et les écarts de leurs petits-enfants qu’ils ne l’ont jamais été devant leurs propres enfants.

Dieu, parent et grand-parent

OLYMPUS DIGITAL CAMERAOn a surtout valorisé la figure de Dieu comme père. Et le rôle du père est perçu traditionnellement comme celui qui donne le cadre, qui fixe le but, qui corrige le tir. On voit de plus en plus la théologie s’intéresser aussi aux qualités maternelles de Dieu, quand il nourrit, qu’il se montre tendre, qu’il console, qu’il donne sans compter ni attendre de retour.

Je verrais d’un bon oeil que nous complétions nos images de Dieu par celle du grand-parent. Je me plais à me rappeler cette parole de Jésus où il dit qu’il nous faut devenir comme des « petits » enfants pour entrer dans le royaume de Dieu. S’il nous veut comme des « petits-enfants », c’est peut-être qu’il sait que son Père est gaga de nous et qu’il peut aussi nous regarder en souriant de nos bêtises, en se réjouissant de nos efforts pour grandir, en ne se lassant jamais de nous prendre tels que nous sommes et en nous aimant plus que tout!

Ce que Dieu a uni…

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annulment« Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas. » (Marc 10, 9) Avec le récent Synode sur la famille, cette question du divorce et du remariage a surgi de nouveau dans les échanges. Peu de gens de mon entourage arrivent à comprendre cet « endurcissement » face aux couples qui ont vécu un premier échec et qui se retrouvent jugés par l’Église en raison d’un nouvel engagement conjugal.

J’ai moi-même eu « l’honneur » dans ma vie d’être appelé à témoigner au cours de deux mariages dans ma famille. Les deux couples m’avaient demandé de préparer leur mariage avec eux et d’y apporter ma contribution lors de l’homélie. Je dois confesser aujourd’hui que j’ai échoué lamentablement. Non pas que ce que j’ai pu dire à l’époque n’avait aucun sens, bien au contraire! En tant que jeune théologien, j’ai énoncé clairement et avec fierté le rôle et la mission du couple dans le monde: « Être le reflet fidèle de l’amour de Dieu pour l’humanité, du Christ pour l’Église en se nourrissant quotidiennement à même cet amour divin ». Non, mon échec n’est pas théologique, il est plutôt anthropologique!

La très vaste majorité des couples qui s’adressent à l’Église, ici au Québec, pour se marier « religieusement », ont une très vague idée du sens théologique de leur engagement. Ils y viennent pour sceller leur amour et lui conférer une sorte de caractère sacré, ce qui montre bien leur « bonne foi ». Mais même s’ils se montrent patients en écoutant l’énoncé de mission qu’on leur confie, ils sont le plus souvent à des lieues de pouvoir en saisir toute la portée et de prendre un engagement aussi définitif.

Je crois sincèrement que je n’ai pas été digne de la confiance des deux couples qui ont voulu m’associer à leur démarche. J’étais pour eux une personne de confiance face à un univers devenu étranger (l’Église) et des codes de langage qu’ils ne comprenaient pas. En principe, j’aurais dû partir de leur projet, de leur amour, de leur volonté de s’établir comme couple plutôt que de leur imposer une sorte de mission qui ne collait en rien à leur situation. J’aurais dû leur proposer quelque chose d’intermédiaire, une fête de l’amour, une reconnaissance publique d’un projet en marche, mais pas un mariage. Les deux couples ont divorcé. Les quatre personnes se sont réengagées autrement et je n’ai pas été « demandé » pour être au coeur de leur nouvel engagement. Et ça se comprend!

Une mission qu’on embrasse progressivement

un-forum-discussion-lors-rassemblement-national-jeunes-religieux-religieuses-france_1_730_484Faisons un parallèle avec les personnes « consacrées », celles qui font un engagement au sein d’une communauté religieuse catholique. Celles-ci ont à vivre un certain nombre d’étapes avec des temps de discernement et parfois même d’épreuves. Une femme ou un homme se présente à une communauté, elle manifeste un intérêt. La plupart du temps, on lui montrera un certain détachement de manière à éprouver son désir. Elle reviendra et insistera. On lui proposera un temps relativement court pour « voir ». Parfois, on institue même une telle étape en appelant ces personnes des « regardantes » et on leur offre un accompagnement en vue de toujours s’assurer de leur liberté. Au bout de cette période qui peut durer un à deux ans, la personne peut demander à entrer dans la communauté. Si le discernement le confirme, on l’accueillera comme « novice ». Cette nouvelle étape lui permet de vivre entièrement dans la communauté, mais c’est un temps d’apprentissage, d’études, de travail. Le noviciat peut durer trois ans, parfois plus longtemps! La personne est toujours libre de quitter sans rompre un quelconque engagement. Ce n’est qu’après cette période qu’une première forme d’engagement plus formel entre en scène, la « profession temporaire ». La personne s’engage à approfondir sa vocation en étant pleinement membre de la communauté, mais ses « voeux » seront à réviser au terme de l’échéance qui peut durer de deux à trois ans, parfois plus! Enfin, parvenu au terme de ce temps qui vérifie constamment la liberté de l’individu et le discernement de sa vocation, celui-ci peut alors prononcer ses « voeux perpétuels » considérés comme irrévocables. Au total, un tel cheminement peut prendre de 5 à 10 ans avant de se conclure par un « mariage avec l’Époux ». La personne consacrée y reçoit la mission d’être fidèle et de témoigner de l’amour sans partage de Jésus pour elle-même et pour chaque être humain!

Revenons au mariage entre un homme et une femme. Ceux-ci ont passé quelque temps à se fréquenter, de moins en moins d’ailleurs. Ils ont assez souvent déjà vécu quelques mois ensemble, parfois plus. Et ils se présentent à l’Église. On leur donnera un weekend de préparation et on bénira leur alliance par le sacrement. Désormais, ils seront engagés de façon perpétuelle aux yeux de Dieu et personne sur terre n’aura plus le droit de « les séparer » (pas même eux)!

Ne voyez-vous pas, comme moi, une incohérence totale entre ces deux manières de s’engager devant Dieu et devant l’Église? Dans le premier cas, en outre, il s’agit d’une personne seule! Elle n’a qu’elle-même à scruter et à se voir cheminer vers son objectif alors que dans le mariage, il y a deux individus avec tout ce qu’ils sont: histoire personnelle, joies, peines, hésitations, peurs, désirs, etc.

Le sexe, le vrai problème?

La différence entre les deux situations, c’est la sexualisation de l’engagement religieux. Dans le premier cas, c’est la chasteté qui est en jeu. Dans le second, les relations sexuelles feront partie de l’équation tôt ou tard. Et comme il est rarement possible de les reporter de quelques années (!), vaut mieux alors unir les amoureux le plus tôt possible pour leur éviter le péché du « sexe hors mariage » (et bien sûr encadrer aussi l’arrivée d’enfants).

Je suis sans doute bien prétentieux de croire que la gradualité de l’engagement vocationnel devrait s’appliquer de la même manière à un couple chrétien qu’il est de mise pour une personne seule. Mais mon expérience personnelle me démontre que le mariage « religieux » devant Dieu et devant l’Église ne devrait survenir qu’après bien des années de fidélité que le couple aurait vécues et qui l’auraient éprouvé. Une majorité de couples ne survit pas au temps. Ceux qui survivent et qui reconnaissent la présence de Dieu et son amour indéfectible pour eux pourraient être accompagnés et invités à sceller cet amour dans l’alliance du mariage. C’est alors et alors seulement que nous pourrions parler d’un mariage « que Dieu a uni »…

Il est probable qu’ainsi nos tribunaux ecclésiastiques seraient beaucoup moins occupés qu’ils ne le sont actuellement et que les mariages célébrés à l’Église porteraient davantage la marque de la vocation sacramentelle dont nous avons tant besoin pour signifier au monde toute la beauté de l’amour qui s’engage, qui dure et qui se transforme au rythme du temps, à l’image et à la ressemblance de Dieu…

La violence, héritage religieux?

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Le premier meurtre était-il religieux?

Cet article est le 21e de la série « En quête de foi » du magazine Le messager de Saint-Antoine, parution de juillet-août 2014. Cette série cherche à mettre en relief la dimension de foi qui est présente dans la culture actuelle. 

Beaucoup de personnes autour de nous croient sincèrement que la religion est à la source de plusieurs formes de violence. Dès qu’une nouvelle circule à propos d’un acte terroriste, par exemple, on a tôt fait d’identifier la religion de la personne ou du groupe responsable avec le présupposé qu’il y a cause à effet. Le plus souvent, dans l’actualité récente, ce sont des islamistes qui sont pointés, mais le soupçon antireligieux n’est jamais loin lorsqu’il s’agit de dénoncer des actes associés à la barbarie.

D’où vient la violence?

La Bible raconte que le « premier » acte violent, le meurtre d’Abel par son frère Caïn, avait pour motif la jalousie (cf. Genèse 4). Les offrandes d’Abel, l’éleveur, auraient plu davantage à Yahvé que celles de son frère agriculteur. Si la relation à Dieu fut au cœur de leur dispute, en aucun moment ne pourrait-on imaginer que l’homicide ait été cautionné par le Seigneur! Non, la Bible enseigne plutôt que les humains étaient doués de la conscience du bien et du mal. Et la violence, quelle qu’elle soit, n’a jamais pu être associée au bien, même si parfois, en contexte de légitime défense, elle est qualifiée de moindre mal.

En réalité, dès le début de la Bible, on voit que la violence naît dans le cœur de l’être humain, lorsque ses passions le poussent à des sentiments malsains attisés par le désir de posséder ou de jouir égoïstement d’un bien quelconque. Jésus a refusé d’entrer dans cette logique en renonçant même à se défendre des attaques dont il fut l’objet, jusqu’à sa condamnation à mort et sa crucifixion. « Lui n’a pas commis de péché ; dans sa bouche, on n’a pas trouvé de mensonge. Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice. » (1 Pierre 2, 22-23)

Dieu sanctionnerait le meurtre?

Dans les grandes traditions religieuses, l’appel à la paix et à l’amour universel est plus fort que toute justification de violence. Mais il peut nous arriver de vouloir « convaincre » Dieu de notre bon droit et de vouloir en faire l’étendard de nos velléités nourries à même nos penchants mauvais. Or, Dieu, qu’il soit adoré sous tous les noms possibles, ne peut qu’encourager la justice et la paix. Toute justice obtenue par la violence est un détournement de la religion. Il est impossible d’embrigader Dieu aux côtés de ceux qui commettent le mal.

Puisons à la justice

Dès les premières civilisations, les humains ont élaboré une jurisprudence qui tendait à rendre justice en proportion des préjudices. Si nous cherchons dans notre société des éléments persistants de culture religieuse, nous les trouverons dans le souci de nos tribunaux de juger avec discernement et de sanctionner en fonction du mal commis, sachant parfois se montrer magnanimes lorsque les prévenus donnent des signes qu’ils peuvent s’amender et changer. Oui, toute idée de justice qui fait honneur à Dieu ne peut jamais justifier la violence et encore moins la mort de quiconque. La violence n’est donc pas un héritage de la foi chrétienne, mais la justice, certainement!

Pour aller plus loin, voici un court billet de Jean-Claude Guillebaud qui va dans le même sens: « Protégeons Dieu des fanatiques » 

Et puis cette exhortation du pape François, lors de l’Angélus du 10 août : « On ne fait pas la guerre au nom de Dieu ».

Dieu censuré, l’espace public délavé

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Un titre de roman qu'il faudra modifier?

Autrefois, on censurait au nom de Dieu. Mal lui en prit, car maintenant c’est Dieu lui-même qui subit la censure! En effet, ces jours-ci, à Sorel-Tracy, on censure Dieu à l’école tout comme autrefois on y censurait le sexe. Un prof de musique a beaucoup fait parler de lui en supprimant la dernière phrase de l’Hymne à l’amour d’Édith Piaf dans le cadre d’un concert qui sera donné par des jeunes de son école.  Le professeur de musique « ne voulait pas avoir à répondre à des questions liées à la religion de la part de ses élèves. » (Source)

Stéphane Laporte, qui est en voie de devenir peu à peu le pourfendeur de la bêtise humaine, en particulier lorsque celle-ci s’attaque au patrimoine religieux et à nos coutumes, a écrit sur son blogue : « Le métier de professeur, ce n’est pas de faire disparaître les mots, c’est de leur donner un sens. » Et pour s’assurer que l’enseignant n’aura pas à chercher longtemps, il lui donne en mille la signification de la phrase tronquée : « Ça veut dire que l’amour est plus fort que tout. Et qu’il unit à jamais ceux qui s’aiment pour vrai. » Alors que vient faire Dieu, là-dedans? Qu’on y croit ou non, il est le symbole par excellence de l’amour. Pas si compliqué, finalement…

Le député de Richelieu, Sylvain Simard, a lui aussi réagi vivement en demandant à la commission scolaire de corriger le tir. Il a surtout soulevé la question qui est probablement la plus sensée :

Imaginez un instant l’hécatombe culturelle à laquelle il faudrait se livrer si nous avions l’idée saugrenue d’éliminer toutes les références à la religion dans les romans, les livres d’histoires, la peinture, le cinéma… »

Il y a quelques mois, une autre chanson classique, du groupe Dire Straits, avait fait elle aussi l’objet de censure, cette fois-là pour des raisons de discrimination: « La chanson Money for nothing est jugée homophobe par le Canada, qui interdit la diffusion de la version non modifiée. » (Source) Le Canada (et le Québec), pays de la liberté d’expression, serait-il sur le point de devenir le champion de la réécriture de l’histoire et des textes pour s’assurer qu’ils correspondent à une certaine vision du politiquement correct en matières de droits des minorités et de laïcité?

Nous faudra-t-il tout revisiter, tout réécrire, pour que ce qui a été légué autrefois par nos prédécesseurs soit revu afin de ne pas troubler nos consciences modernes si peu préparées à lire ou à entendre de telles choses? Imaginez tout ce travail négationniste!

« Ils nous enlèvent notre religion »

Cela m’amène à un autre aspect de la réflexion. Dans mes échanges avec les gens, j’entends régulièrement l’expression de la peur que les immigrants apportent avec eux des coutumes et des religions différentes et réclament, une fois en place, que nous rejetions nos traditions et nos références religieuses. Je trouve ça injuste, car il est beaucoup plus fréquent de voir les nouveaux arrivants se réjouir de nos habitudes culturelles, de nos symboles saisonniers, de nos monuments religieux! D’ailleurs, à ce que je sache, ce n’est pas un groupe de juifs qui a demandé le retrait de la prière au conseil municipal de Saguenay; ce n’est pas un groupe de sikhs qui a exigé le retrait des décorations de Noël des bureaux de Service Canada; ce n’est pas plus des musulmans qui ont souhaité le retrait de la crèche de Noël et de la ménorah devant l’Hôtel de Ville de Mont-Royal!

La plupart des décisions de retirer des symboles visibles de notre héritage culturel et religieux sont conséquentes à l’action de personnes bien installées au Québec depuis des générations et qui le font au nom d’une certaine idée de la laïcité. Ils procèdent davantage d’un sentiment anti-religieux que de laïcité véritable. Ceux-là disent que la religion n’a sa place que dans le domaine privé: « C’est mieux vu si ça ne se voit pas! ». D’autres affirment que nous plions mollement et que nous ne savons pas nous tenir debout pour faire respecter ce que nous sommes et ce qui nous représente. Il n’en demeure pas moins que ce n’est généralement pas suite aux initiatives des nouveaux Québécois qu’il nous faut faire le vide de tout ce qui témoigne de notre passé. Au contraire, toute cette censure, tout cet anéantissement de notre culture religieuse est plutôt le fruit d’une minorité athée radicale qui s’en prend à tous les symboles religieux et qui veille à ce qu’ils disparaissent de l’espace public…

Grâce à ces stratégies radicales et parfois agressives, nous en viendrons peu à peu à une situation de facto où plus aucune religion ne pourra s’afficher d’une quelconque manière dans l’espace public. Nous pourrions donc voir arriver un temps où il ne restera plus rien pour rappeler que nous avons été et que nous sommes encore, envers et contre tout, pour au moins 90% d’entre nous, des êtres pour lesquels la dimension de la foi et des croyances religieuses demeure une réalité essentielle à notre identité profonde. Et ainsi, privés d’une part importante de notre identité, nous déambulerons laïcisés, neutralisés, dans un espace public dépouillé de toutes les couleurs de la diversité.

Avant la mort, n’y a-t-il pas la vie ?

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Image by elbfoto via Flickr

Mon dernier article traitait de la mort dans le contexte du débat sur l’euthanasie et le suicide assisté. Depuis quelques semaines, ce thème revient constamment dans l’actualité et c’est tant mieux. J’ai participé à plusieurs discussions de couloir, durant des pauses et même à une journée complète de formation sur le sujet à Alma récemment. Ça fait beaucoup de temps passé sur la mort. Il m’est venu à l’idée que nous ne réfléchissons peut-être pas tant que ça sur la vie, cette période de notre existence qui est la seule réelle sur laquelle nous ayons prise… Je suis tombé, par hasard, sur cette citation du Père Marcel Provost, décédé en août dernier, et qui s’étonnait ainsi:

« Ne pensez-vous pas qu’il serait autrement plus urgent de nous demander quel genre de vie nous allons mener avant notre mort? La vie de beaucoup d’entre nous est un énorme bâillement avant de rendre l’âme. Avant de s’interroger sur la mort et ce qui la suivra, il est capital et incontournable de prêter la plus grande attention à notre vie de tous les jours. » (Le Messager de Saint Antoine, nov. 2003).

Un énorme bâillement: quelle tristesse ! Les bouddhistes tibétains voient la chose de manière intéressante : en fait, penser à la mort, ils ne font que ça… jamais pour la mort en elle-même, mais comme un passage à un autre état de conscience. Et la seule manière de faire un transfert de conscience positif, c’est de s’y préparer par une vie bonne, une vie de qualité. C’est ainsi qu’on influence son karma de manière positive et qu’on peut aspirer à une vie future meilleure que la précédente. Bien entendu, on parle ici de réincarnation.

En ce qui me concerne, je ne crois pas en la réincarnation. J’aime plutôt l’idée de la résurrection où, en toute confiance, je me laisse accueillir dans les bras d’un Dieu d’amour infini qui me donnera de vivre auprès de lui dans un horizon éternel. Mais tant dans le bouddhisme que dans le christianisme, la qualité de ma vie présente est vitale pour m’aider à « finir en beauté ».

Ainsi donc, en vivant et en agissant sur cette terre d’une certaine manière, j’en arrive à développer un goût du bonheur qui n’est pas que promesse future, mais plutôt quelque chose que je peux savourer à petites doses dès à présent. Comment puis-je me procurer ces petites doses de bonheur ?

L’enfant qui m’éduque à l’amour

À un moment de ma vie où j’étais défait, brisé par le sentiment d’avoir échoué dans mon rôle de père auprès de mes fils aînés que nous avions dû forcer à quitter la maison dès leur majorité, j’ai fait l’expérience de l’amour du Père, au sein d’un groupe de tradition évangélique. J’ai un autre fils, François, trisomique 21, qui accourt vers moi à chaque fois que je rentre à la maison. À ce moment, je ne peux que tout laisser tomber de mes mains pour les rendre disponibles à l’accueillir au terme de sa course vers moi. Il s’y jette entièrement, sans freiner, au point, parfois, de me faire perdre l’équilibre, et au son d’un « Aaaaah, papa ! » qui m’enlève tous les tracas de la journée et me force à sourire de son geste si souvent répété… Voilà le meilleur exemple d’amour d’un fils envers son père. C’est cette image que j’ai transformée dans ce groupe de prière en m’identifiant à mon propre fils et en me projetant moi-même dans les bras de ce Père du ciel. J’ai alors compris l’amour de ce Père, à partir de mon propre amour pour mon petit François. Comment pourrait-il en être autrement ?

Je veux donc me préparer sur terre à courir vers ce Dieu au terme de ma vie. Pour cela, je dois cultiver plusieurs attitudes:

– la gratitude. La vie est reçue comme un don précieux. Chaque instant est une création nouvelle de vie. Chacune de mes respirations est un cadeau de vie. Tout ce que je vis est aussi occasion de devenir moi-même. Il me faut de temps en temps m’ouvrir à l’action de grâce pour cette vie qui me permet d’être ce que je suis.

– L’émerveillement. Chaque petite parcelle de vie est un miracle.  La configuration de la terre et de l’univers, l’eau, la végétation, les montagnes, la couleur du ciel, la vie sous toutes ses formes, l’animal de compagnie, etc. Et ce petit être qui naît dans une fragilité absolue, l’enfant que j’ai et que nous avons tous été et que nous demeurons sans cesse…

– La famille. C’est dès notre entrée au monde que nous sommes inscrits dans une famille. Des parents, souvent une fratrie. La vie commence toujours dans une famille, parfois aussi de remplacement comme pour mes enfants, et quelquefois dans une absence dramatique… La famille est le premier lieu pour découvrir la vie en société, les modes de relations, le respect. La famille est à investir plus que jamais.

– L’ouverture sur le monde. Notre terre est peuplée de plus de 7 milliards d’habitants. Notre univers immédiat en compte souvent quelques dizaines, mais l’ouverture réelle à la différence de ces autres proches est la source de nos relations avec l’humanité. C’est par une expérience positive de cette ouverture que nous créons un monde plus humain !

– L’entraide. Il ne suffit pas d’être ouverts, il faut parfois se mettre les deux pieds dedans ! S’ouvrir aux autres conduit toujours à s’ouvrir davantage. Les appels de la vie nous entraînent peu à peu vers les plus démunis, les exclus. Nous les aidons vraiment quand nous le faisons avec tout notre coeur, pas juste pour la « frime » comme on dit. Et si le coeur y est, le retour en rendement affectif est assuré  !

– Le pardon. J’ai beau être ouvert et vouloir aider, je trébucherai un jour ou l’autre sur un os, sur « l’écœurant » qui m’a fait du mal, quand moi-même je ne suis pas cet écœurant pour un autre que j’ai peut-être rejeté, engueulé ou même agressé. Alors il n’y a qu’une seule route possible, celle du pardon. La vie nous conduit sans cesse sur cette route car il faut la franchir pour grandir. On peut longtemps tenter de trouver des voies alternatives, mais un jour on doit se résigner positivement dans une démarche de pardon, c’est le prix de la croissance personnelle. Lorsqu’on grandit ainsi, la vie future est assurée, car on dispose des outils indispensables pour avancer.

Oui, la vie est plus importante que la mort. Pour le présent, comme pour l’après-mort. Alors je vote pour cette vie en abondance. Je vote pour que la vie continue de me mettre en relations avec tant de personnes bonnes au fond d’elles-mêmes et dont la bonté ne demande qu’à être mise au grand jour. Je veux de cette vie qui me comble en comblant les gens qui m’entourent.

Cette vie est possible ! Y croyez-vous ? Comment la faire surgir encore et davantage ?