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Que personne ne soit laissé seul*

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La période des Fêtes arrive à grands pas. Après le magasinage et les « partys » de bureau, la vaste majorité d’entre nous se laissera gagner peu à peu par la joie des retrouvailles en famille. Et les chants traditionnels entendus jusqu’à saturation nous répéteront sans cesse à quel point le temps des Fêtes est un temps pour penser à l’autre, à ceux et à celles qui sont isolés surtout.

Le mal de la solitude

La solitude peut être une avenue très intéressante au milieu du stress de la vie moderne. Entre les enfants (les petits-enfants), l’école, le travail, les loisirs, les rencontres, les sorties, les visites médicales, etc., il ne reste souvent que peu de temps pour se retrouver avec soi-même. Lorsque nous trouvons de tels moments dans quotidien, il n’est pas rare que ceux-ci deviennent des moyens d’équilibre et d’apaisement, parfois de rencontres avec Dieu. Alors que le tourbillon des Fêtes s’amène à grands pas, il est certes recommandé de garder de la disponibilité pour cette solitude qui régénère.

Mais la solitude peut aussi s’avérer plus accablante pour d’autres personnes : celles qui n’ont pas de famille ou dont la famille a cessé de se rencontrer; celles qui ont vécu une séparation difficile qui a laissé des marques profondes; celles qui n’ont pas d’amis parce que leurs habiletés sociales ne comptent pas parmi les modèles à suivre; celles qui ont cessé de croire à la bonté des autres et qui se réfugient dans leur monde à eux, privés du bonheur de la relation.

Je pense notamment aux solitaires qui auront développé une sorte d’addiction, en compensation pour le manque de « petites joies » quotidiennes. Récemment, des chiffres sur l’utilisation des appareils de loterie vidéo ont été publiés. Ces machines que l’on trouve un peu partout dans les bars et les casinos sont de véritables pièges à solitaires : 83 % des utilisateurs fréquentant les casions sont devenus dépendants des machines à sous. En moyenne, ils dépensent individuellement plus de 1 600 $ par année, ce qui rapporte à la société d’État près de 1,5 milliard de dollars! Une personne sur huit au Québec s’adonne régulièrement à ces jeux de hasard conçus pour vous garder le plus longtemps devant la fameuse machine qui joue avec votre adrénaline. Celle-ci peut même devenir la seule « relation » de certains individus!

Il en va de même pour d’autres dépendances, qu’elles soient relatives aux substances, à la nourriture, au sexe. Elles sont la plupart du temps sources de honte pour les personnes qui s’engouffrent dans leurs tentacules. Et la honte, cette maladie de la dépendance, produit son propre fruit : l’isolement.

Partageons un bon moment

Alors que nous serons nombreux à nous rassembler et être bien entourés de nos familles et nos amis en cette fin d’année, nous pourrions réfléchir à un geste à poser qui serait tout simple : aller à la rencontre d’une personne seule. Il suffit d’un coup de téléphone, d’un petit texto ou d’un message pour s’inviter chez l’autre. Qui sait? Peut-être lui permettrez-vous de retrouver le goût de vraies relations?

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* Ce texte est le 42e article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de décembre 2016 du Messager de Saint-Antoine

50 fois une première fois !

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C’est le cinquantième billet que j’écris sur ce blogue. Lancé une première fois le 7 septembre 2010, j’ignorais comment les choses se dérouleraient. Je ne savais pas trop de quoi parler, sauf de ce que je connais un peu, et cette passion pour tout ce qui permet de lier la culture et la foi, les deux pris au sens large .

J’avais intitulé mon premier billet « Tout commence par une première fois ». Je peux dire, 50 fois plus tard, que je me suis pris au jeu… En réalité, je n’ai pas du tout l’impression d’avoir écrit près de 150 pages. C’est plutôt comme si je n’avais commis que le texte de la « dernière fois ». Je veux dire par là que chaque nouveau billet est un processus différent tel que ce fut la première fois. Je ne me sens donc pas comme un blogueur qui aurait accumulé quelques dizaines d’articles. Je suis simplement un récidiviste de la première expérience. Malgré tout, et c’est sans doute paradoxal, le fait de reprendre l’écriture un peu plus d’une fois par semaine m’a procuré quelques prises de conscience que je souhaite partager humblement et en toute transparence.

Écrire un billet est plus difficile que je pensais. Il faut écrire pour quelqu’un, pour un public-cible. J’avais en tête un blogue axé sur le dialogue. Je souhaitais m’adresser surtout à des gens qui n’ont pas beaucoup de liens ou d’activités avec le monde des églises et de la foi chrétienne. Non pas que ces gens-là ne devraient pas lire mes articles, au contraire, mais parce que, généralement, ils seraient plutôt d’accord avec ce que j’y exprimerais. Je ne crois pas avoir vraiment atteint ma cible, même si je ne connais pas la portée d’un billet lorsqu’il est retransmis par d’autres. Ceux et celles qui m’en parlent ou qui laissent des commentaires sont majoritairement des amis et collègues ou des gens qui partagent plus ou moins la même foi. Il y a aussi plusieurs blogueurs ! Peut-être que, comme eux, en écrivant un blogue, je me suis mis à développer un intérêt réel pour ceux des autres. Parce qu’en traitant un sujet, on aime savoir ce que d’autres en pensent et comment ils l’abordent.

Les points positifs

J’ai beaucoup aimé écrire, même si à chacune de ces « premières » fois, ce fut difficile de coucher les premiers mots, qui de toute façon ne résisteraient pas à la première relecture. Voici ce que je pense avoir retiré de positif en faisant cet exercice régulièrement :

  • Remise en formeUne remise en forme intellectuelle. Après avoir occupé des postes qui mettent principalement en œuvre des qualités d’action et de décision, c’est assez déconcertant de commencer à réfléchir avec le projet d’écrire sur ce qu’on réfléchit. Je pense que, avec le temps, l’expression vient plus aisément. Un ami a eu raison de m’encourager à me lancer il y a quelques années…
  • Une identité plus manifeste. Dans certains billets, j’ai pris position sur fond de controverse en assumant ce que je pense réellement. Ce n’est pas toujours si simple d’exposer sa pensée et d’attendre les répliques. Chaque fois, cela me donne un sentiment d’être moi-même, d’avoir le droit de revendiquer une place, même si c’est une goutte d’eau dans un océan… Ce processus de croissance personnelle s’accomplit par un « j’aime » qui confirme ou par un commentaire divergeant qui ouvre un dialogue. J’ai l’impression d’avoir grandi en 50 fois.
  • La durée de vie. Certains billets continuent d’attirer des visites plusieurs mois après avoir été écrits, grâce aux moteurs de recherche qui prennent la relève après l’actualité d’une nouvelle publication. Cela donne à réfléchir sur la pérennité de sa propre pensée qui, habituellement, n’est jamais totalement fixée. J’ai donc dû revenir parfois sur des textes publiés pour les actualiser ou pour offrir d’autres liens pertinents.
  • La création de liens. J’avais quelque peu ignoré Facebook, Twitter et les autres médias sociaux. Mais pour faire connaître un blogue et participer à la vie « communautaire », j’ai compris qu’il faut y être pleinement. Au-delà du nombre d' »amis » ou de « suiveurs », je crois avoir développé quelques liens qui sont vrais et des affinités rafraîchissantes avec des gens d’horizons divers. Nous vivons vraiment dans un monde interconnecté et, avec quelques-uns, je parviens à communiquer d’une façon qui devient peu à peu plus familière. Il est faux de prétendre que les relations et la communauté des internautes ne sont que virtuelles, car ce sont bel et bien des personnes que je crois rencontrer au-delà des écrans respectifs.

Les points « à travailler »

Tout n’est jamais parfait. J’en sais quelque chose, même qu’il m’a fallu plusieurs expériences pour m’en faire une raison ! Voici donc quelques points plus difficiles en rapport avec l’écriture d’un blogue et plus embarrassants à partager:

  • Dépendance...Une forme de dépendance. Un spécialiste des réseaux sociaux, à propos de la manière de réussir un blogue, disait ceci: « si vous voulez rester vous-même, ne regardez jamais les statistiques ». Ça, c’est très dur. N’écrit-on pas pour être lu? Lu abondamment est mieux que moins. Je ne sais pas pour d’autres blogueurs, mais je me suis vraiment pris à regarder fréquemment, trop fréquemment, la page des statistiques. Je suis toujours déçu, frustré même, de constater qu’il faut parfois plusieurs heures avant qu’une « vue » sur une page de mon blogue soit enfin comptabilisée. L’effet compte-goutte est ravageur autant que le succès d’un seul billet. Ça devient même compulsif ! Suis-je le seul à vivre ainsi ce besoin névralgique de vouloir que mon blogue soit en augmentation de trafic ? Les régressions sont de vraies petites tragédies personnelles. Quel égo, direz-vous, avec raison ! Je n’avais pas ressenti un tel besoin « d’être aimé » depuis longtemps. Faut vraiment que je me soigne…
  • Besoin d’être reconnu. Dans la même veine, faire partie d’un club sélect est une forme d’aboutissement recherché naturellement par l’être humain. Lorsque j’ai découvert le nombre de blogueurs qui jouent dans la même sphère, et qui font beaucoup mieux en terme d’audience, j’ai désiré secrètement appartenir à ce groupe. Dans ce monde-là, la reconnaissance va au nombre de « hits » sur sa page… J’ai détesté ce sentiment d’avoir encore, à mon âge, à vivre comme le jeune nouveau qui cherche la bonne façon d’entrer dans le club des grands, mais qui n’a pas les moyens de ses ambitions… Comme quoi, les vieux démons de notre enfance resurgissent parfois dans des situations nouvelles.
  • Le sentiment d’attachement. Quand j’ai commencé à « exister », à voir grandir un certain intérêt pour mon blogue, une pression s’est développée peu à peu… Il faut écrire avant que les lecteurs nous oublient, avant que les visites se fassent de plus en plus rares. Pour rester en lien, je me suis mis de la pression à produire et à écrire plus souvent, à chercher des sujets à traiter. Je n’ai rien écrit que je regrette ou que je n’aurais pas assez léché, mais plusieurs billets n’ont pas vraiment marqué. Ils sont comme quelques gouttes qui se perdent dans l’océan: peu lus, peu connus, inexistants. Je me suis peut-être attaché à mon « public » au point d’en devenir servile. C’est pourtant en toute liberté que j’ai voulu prendre cet engagement d’aller à sa rencontre. Je dois retrouver cette liberté pour ensuite éprouver à nouveau du plaisir à écrire, non pas comme si cela m’était un rendez-vous forcé.
  • « L’effet groupé ». Si vous additionnez tout ce qui précède et ajoutez les autres réseaux (Twitter, Facebook, LinkedIn et j’en passe), vous obtenez un effet groupé qui ne peut que pousser votre femme à vous demander pourquoi vous êtes toujours devant ce petit écran plutôt que d’être présent avec ceux qui sont là. Elle a bien raison de poser la question…

Il y aurait bien d’autres choses à écrire, mais il est probable que peu d’entre vous se rendront jusqu’ici, encore moins plus loin! Je prends donc une résolution en terminant : je quitte mon blogue pour quelques semaines. Je le quitte dans l’esprit de mon dernier premier billet qui est une invitation que je me suis Byeadressée à moi comme à vous, à mettre de la spiritualité dans ses vacances. Je choisis la privation comme moyen de décrocher. Je vais me priver de mon blogue et de vous. Je vais tenter d’y venir le moins souvent possible. Cela me fera du bien, me redonnera peut-être de la liberté et, qui sait ? me préparera à recommencer quelque part en août, une nouvelle première fois… Alors bon été à tous et à toutes!

Le Poker, mode passagère ou mode de vie ?

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http://www.cyberpresse.ca/sports/201011/09/01-4340681-jonathan-duhamel-touche-le-magot.php

Jonathan Duhamel... Un nouveau modèle ?

Quand la nouvelle traverse tous les médias, qu’ils soient écrits, télédiffusés, audio et sociaux via Internet, c’est sans doute qu’il y a là quelque chose d’important pour la société tout entière. C’est habituellement ce que je me dis, moi qui aime bien croiser les sources d’informations pour me faire une meilleure idée de la teneur d’une nouvelle. Et c’est ce qui est arrivé, en ce début de novembre, lorsqu’un Québécois, Jonathan Duhamel, a remporté la victoire – et surtout la cagnotte – au plus grand tournoi de poker du monde, à Las Vegas.

Loin de moi l’idée de vouloir dénigrer cette victoire. Je ne joue pas au poker, mais je sais que c’est tout un art. Il faut déployer une grande expérience, une attitude à toute épreuve, et avoir beaucoup de chance pour réussir et se rendre jusqu’aux plus hauts sommets. Ce n’est sans doute pas par hasard que ce jeu est classé sous la rubrique « sports ». Si l’activité physique n’est pas apparente, la transpiration doit l’être particulièrement lors des moments de grande tension!

Je n’en ai pas contre le jeu en tant que tel. Je voudrais traiter des effets d’une telle médiatisation. On sait déjà que le jeu en ligne, sur Internet, est une source de revenus parmi les plus lucratives de la planète. Vous le savez bien, nous sommes constamment sollicités par des publicités intempestives qui arrivent dans nos boîtes à courriels ou, pire, qui surgissent comme ça lorsque nous visualisons une page web, sans l’avoir sollicité, également à la télévision depuis quelques mois. Si c’est lucratif, alors c’est que des gens y mettent de l’argent… on parle de plus en plus d’argent en échange d’aucun produit, seulement du divertissement, de l’adrénaline.

«Il existe une règle simple pour toutes les addictions […]: l’augmentation de l’offre augmente le risque qu’une personne potentiellement dépendante le devienne.» (Pr Michel Lejoyeux au quotidien Le Monde, 15 oct. 2009)

On devient très rapidement un joueur compulsif. Lisez ce témoignage d’un jeune qui montre qu’il ne faut que 2$ pour entrer dans la dépendance…

Ici au Québec, à partir de cet automne, Loto Québec devrait instaurer son site de jeu en ligne, incluant le poker Texas Hold’em en réseau. C’est une version semblable de ce jeu qui a mené notre champion à Las Vegas. Pour ce seul championnat, plus de 7000 participants s’étaient inscrits au départ, la grande majorité ayant dû payer des frais de 10 000$. Mais il s’agit là d’un très petit échantillon de joueurs sur Internet. Ce type de jeu s’est développé de manière effarante au cours des dernières années au point que les coûts sociaux commencent à peine à être soupçonnés. Et tous les joueurs ont en commun le désir de gagner, gagner encore, gagner plus. Il faut à un moment se poser la question du genre de société que nous construisons en encourageant les citoyens et les citoyennes à jouer toujours plus, à dépenser toujours plus, au point où un pourcentage inquiétant va peu à peu sombrer dans une dépendance dramatique.

“Les adultes ont une sorte de patrimoine, explique une spécialiste en prévention pour le jeu chez les jeunes de l’Université McGill, Isabelle Martin. Leurs problèmes de jeu ont un impact sur leur conjoint ou leur conjointe, sur leurs enfants, et même sur leur famille élargie. Ils vont aussi pouvoir parier leur voiture, leur maison, ce qui peut avoir un plus gros impact sur une vie. Les jeunes n’ont pas ces responsabilités. Il se sentent moins à risque.”
Cette insouciance qu’ils ont à l’égard du jeu ne rend les jeunes que plus vulnérables à développer une dépendance. Des études de l’Institut de la statistique du Québec le démontrent: il y a plus de joueurs pathologiques chez les jeunes (2,5 %) que chez les adultes (environ 1 %). Source

Si Loto-Québec veut offrir sa propre vitrine de jeu en ligne, c’est que cette société d’État a flairé les recettes qu’elle peut en dégager et poursuivre sur sa lancée de gagner, elle aussi, toujours plus sur le dos des joueurs à qui l’on fait miroiter des gains fantastiques.

L’argument financier étant au cœur de la question de l’étatisation du jeu, soulignons qu’une étude américaine démontre qu’aux États-Unis, chaque bénéfice de 1$ coûte 6$ à la société. Une autre étude américaine estime également qu’un joueur coûte 18 000$ à l’État tandis qu’au Canada, l’évaluation du Canada Tax Foundation estime que chaque joueur pathologique entraîne annuellement des coûts sociaux de 56 000$.
Ces études attestent des coûts sociaux et humains qui découlent des jeux de hasard et d’argent mais tiennent également compte des coûts liés aux soins de santé relatifs au jeu (traitement et prévention), des coûts du système judiciaire, de sécurité publique ou économiques.

Selon les données de l’Institut de la Statistique du Québec, le nombre d’élèves québécois du secondaire s’adonnant aux jeux d’argent sur Internet a doublé entre 2006 et 2008 pour atteindre près de 25 000 jeunes. Source

Voilà donc le point où je veux en venir. Nous dépensons des milliards en soins de santé pour remédier au tabagisme. Nous faisons de même avec l’alcool et les toxicomanies. Nous n’en avons pas assez, nous allons désormais via notre Loto-Québec soutenir des initiatives qui vont conduire d’autres personnes vers la dépendance et les envoyer à leur propre perte. Et nous corrigerons plus tard les excès par d’autres taxes et impôts. Et nous aurons de plus en plus de nos compatriotes qui seront sous l’emprise du dieu des dépendances, celui qui conduit à l’absence de liberté, qui rend prisonnier et confine à la déchéance. Résultat : nous générerons davantage de gens de la rue, appauvris par leur dépendance et laissés à eux-mêmes. Nous aurons un taux de criminalité en hausse. Nous en paierons le prix comme société pour n’avoir pas été en mesure, collectivement, d’imposer un cadre aux libertés individuelles. Il y a deux mille ans, un certain Jésus a dit quelque chose comme : « Vous ne pouvez pas adorer l’Argent et Dieu. Vous finirez inévitablement par oublier le second et vous perdre dans le premier. »

Les directeurs régionaux de santé publique au Québec s’entendent pour dire que, dans ce dossier, la prévention doit primer tout autant sur les avantages économiques attendus de cette nouvelle offre de jeu. (février 2010)

Mais il semble bien que nous n’avons toujours rien appris. Nous préférons une liberté individuelle qui finit par nous enfermer à un projet de société qui pourrait nous inciter à ne pas nous laisser dévier dans la dépendance. Comme parent de cinq enfants, je considère que la société dans laquelle je vis, et surtout l’État qui la gouverne, ne font pas leur part pour assurer un environnement favorable au développement humain.

Je vois déjà surgir une masse de nouveaux joueurs en ligne qui voudront, comme leur nouvelle idole Jonathan Duhamel, tenter leur chance au jeu même si celui-ci ne les y encourage pas. Ils le feront au point d’en oublier de miser d’abord sur leur formation et leur préparation à vivre dans un monde où la pensée magique est omniprésente, mais ne procure généralement que déception… Qu’en pensez-vous ?

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Jonathan Duhamel… Une inspiration pour la jeunesse ?

Quand la nouvelle traverse tous les médias, qu’ils soient écrits, télédiffusés, audio et sociaux via Internet, c’est sans doute qu’il y a là quelque chose d’important pour la société tout entière. C’est habituellement ce que je me dis, moi qui aime bien croiser les sources d’informations pour me faire une meilleure idée de la teneur d’une nouvelle. Et c’est ce qui est arrivé, en ce début de novembre, lorsqu’un Québécois, Jonathan Duhamel, a remporté la victoire – et surtout la cagnotte – au plus grand tournoi de poker du monde, à Las Vegas.

Loin de moi de vouloir démoniser cette affaire. Je ne joue pas au poker, mais je sais que c’est tout un art. Il faut déployer une grande expérience, une attitude à toute épreuve, et avoir beaucoup de chance pour réussir et se rendre jusqu’aux plus hauts sommets. Ce n’est sans doute pas par hasard que ce jeu est classé sous la rubrique « sports ». Si l’activité physique n’est pas totalement apparente, la transpiration doit l’être particulièrement lors des moments de grande tension.

Je n’en ai pas contre le jeu en tant que tel. Je voudrais traiter des effets d’une telle médiatisation. On sait déjà que le jeu en ligne, sur Internet, est une source de revenus parmi les plus lucratives de la planète. Vous le savez bien, nous sommes constamment sollicités par des publicités intempestives qui arrivent dans nos boîtes à courriels ou, pire, qui surgissent comme ça lorsque nous visualisons une page web, sans l’avoir sollicité, également à la télévision depuis quelques mois.

«Il existe une règle simple pour toutes les addictions […]: l’augmentation de l’offre augmente le risque qu’une personne potentiellement dépendante le devienne.» (Pr Michel Lejoyeux au quotidien Le Monde, 15 oct. 2009)

On devient très rapidement un joueur compulsif. Lisez ce témoignage d’un jeune qui montre qu’il ne faut que 2$ pour entrer dans la dépendance…

Ici au Québec, à partir de cet automne, Loto Québec devrait instaurer son site de jeu en ligne, incluant le poker Texas Hold’em en réseau. C’est cette version de poker qui a mené notre champion à Las Vegas. Pour ce seul championnat, plus de 7000 participants s’étaient inscrits au départ, la grande majorité ayant dû payer des frais de 10 000$. Mais il s’agit là d’un très petit échantillon de joueurs sur Internet. Ce type de jeu s’est développé de manière effarante au cours des dernières années au point que les coûts sociaux commencent à peine à être évalués. Et tous les joueurs ont en commun le désir de gagner, gagner encore, gagner plus. Il faut à un moment se poser la question du genre de société que nous construisons en encourageant les citoyens et les citoyennes à jouer toujours plus, à dépenser toujours plus, au point, dans un pourcentage inquiétant, de sombrer peu à peu dans une dépendance dramatique.

“Les adultes ont une sorte de patrimoine, explique une spécialiste en prévention pour le jeu chez les jeunes de l’Université McGill, Isabelle Martin. Leurs problèmes de jeu ont un impact sur leur conjoint ou leur conjointe, sur leurs enfants, et même sur leur famille élargie. Ils vont aussi pouvoir parier leur voiture, leur maison, ce qui peut avoir un plus gros impact sur une vie. Les jeunes n’ont pas ces responsabilités. Il se sentent moins à risque.”

Cette insouciance qu’ils ont à l’égard du jeu ne rend les jeunes que plus vulnérables à développer une dépendance. Des études de l’Institut de la statistique du Québec le démontrent: il y a plus de joueurs pathologiques chez les jeunes (2,5 %) que chez les adultes (environ 1 %). Source

Si Loto-Québec veut offrir sa propre vitrine de jeu en ligne, c’est que cette société d’État a flairé les recettes qu’elle peut en dégager et poursuivre sur sa lancée de gagner, elle aussi, toujours plus sur le dos des joueurs à qui l’on fait miroiter des gains fantastiques.

L’argument financier étant au cœur de la question de l’étatisation du jeu, soulignons qu’une étude américaine démontre qu’aux États-Unis, chaque bénéfice de 1$ coûte 6$ à la société. Une autre étude américaine estime également qu’un joueur coûte 18 000$ à l’État tandis qu’au Canada, l’évaluation du Canada Tax Foundation estime que chaque joueur pathologique entraîne annuellement des coûts sociaux de 56 000$.
Ces études attestent des coûts sociaux et humains qui découlent des jeux de hasard et d’argent mais tiennent également compte des coûts liés aux soins de santé relatifs au jeu (traitement et prévention), des coûts du système judiciaire, de sécurité publique ou économiques.

Selon les données de l’Institut de la Statistique du Québec, le nombre d’élèves québécois du secondaire s’adonnant aux jeux d’argent sur Internet a doublé entre 2006 et 2008 pour atteindre près de 25 000 jeunes.

Voilà donc le point où je veux en venir. Nous dépensons des milliards en soins de santé pour remédier au tabagisme. Nous faisons de même avec l’alcool et les toxicomanies. Nous n’en avons pas assez, nous allons soutenir des initiatives pour rendre encore d’autres personnes dépendantes et les envoyer à leur propre perte. Et nous corrigerons encore les excès par d’autres taxes et impôts. Et nous aurons de plus en plus de nos compatriotes qui seront sous l’emprise d’un dieu qui est tout le contraire du Dieu de Jésus. Celui-là appelle à la liberté et au don de soi. Le dieu des dépendances conduit à l’absence de liberté, il rend prisonnier et confine à la déchéance. Résultat : nous aurons encore davantage de gens de la rue, appauvris par leur dépendance et laissés à eux-mêmes. Un jour, un certain Jésus a dit quelque chose comme : « Vous en pouvez pas aimer le dieu Argent et Dieu. Vous finirez inévitablement par oublier le second et vous perdre dans le premier. »

Je ne peux que répéter les mots d’un communiqué émis par les directeurs régionaux de santé publique au Québec qui s’entendent donc pour dire que, dans ce dossier, la prévention doit primer tout autant sur les avantages économiques attendus de cette nouvelle offre de jeu. (février 2010)

Mais il semble bien que nous n’avons toujours rien appris. Nous préférons une liberté qui finit par nous enfermer à des lois qui nous privent de nous laisser entraîner dans la dépendance. Comme parent de cinq enfants, je considère que la société dans laquelle je vis, et surtout l’État qui la gouverne, ne font pas leur part pour assurer un environnement favorable au développement humain.