Archives de mot-clé : christianisme

Comment mesurer la valeur de notre monde devant les champions de la haine?

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Un homme et sa fille fuient un quartier de Mossoul, contrôlé par l'État islamique, durant les combats, le 4 mars 2017.

Un homme et sa fille fuient un quartier de Mossoul, contrôlé par l’État islamique, durant les combats, le 4 mars 2017.   (CNS photo/Goran Tomasevic, Reuters)

Mon plus jeune fils me demande souvent, à propos de ce qu’il fait ou observe: «est-ce un record du monde, papa?» Comme bien de nos contemporains, il a besoin de mesurer la valeur des performances pour leur accorder l’attention qu’elles méritent.

Depuis toujours, les représentants des grandes religions témoignent à leur manière d’un mécanisme semblable à propos des persécutions religieuses. C’est comme si, à l’image de ce qui se passe dans le sport de compétition, il existait un besoin impérieux d’établir une hiérarchie des champions et des perdants.

Notre époque aurait-elle atteint un sommet en matière de persécution religieuse? Les attentats dans deux églises coptes en Égypte, en plein dimanche des Rameaux, ont rappelé aux chrétiens qu’ils demeurent les plus persécutés dans le monde. Il y a quelques années, Le livre noir de la condition des chrétiens dans le monde notait que jusqu’à 200 millions de chrétiens étaient discriminés dans près de 140 pays, faisant du christianisme la religion la plus persécutée au monde, une réalité que de nouveaux rapports confirment chaque année. Voilà pour les «champions» du supplice!

Malheureusement, il n’existe pas d’époque sans persécution religieuse. Il suffit de revoir l’histoire de l’humanité pour se rendre compte qu’elle en fait partie intégrante.

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De qui sommes-nous les frères, les soeurs?

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Après une attaque chimique le 3 avril à Idleb, en Syrie (CNS photo/handout via EPA)

 

Voir une fois de plus des images d’enfants syriens gazés arrache le cœur. Même chose pour la Somalie et le Soudan, encore aux prises avec une famine. De telles visions d’enfer interpellent immédiatement le sens de la famille.

Tous les parents du monde protègent leur progéniture, lui procurent le nécessaire, l’éduquent et lui donnent un milieu familial et social qui permet la croissance, en tentant de lui éviter tout mal. La nature nous a dotés d’un instinct de préservation élémentaire. Nous y répondons en élargissant le cercle familial à l’ethnie, parfois à la patrie.

Mais lorsque la fatalité s’abat sur une famille, comme il arrive pour des milliers en Syrie et ailleurs, c’est l’instinct de survie qui prend le dessus. Nous pouvons assister à cette réalité chaque jour par le biais des médias. Là où la guerre fait rage, les pères et les mères font tout pour protéger leurs enfants des bombardements et de la violence des combats. La fuite devient souvent la seule issue quand elle est encore possible. Nous répugnons à entendre leurs hurlements de douleur. N’avoir jamais vécu un tel drame ne nous épargne pas du devoir de nous y projeter afin de chercher à comprendre et à compatir.

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Lisée et le religieux instrumentalisé

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Au cours de la campagne à la chefferie du Parti québécois (PQ), les croyances religieuses ont encore été l’objet de débats, voire d’attaques, lorsque l’un ou l’autre des candidats ou candidate exprimait une opinion sur le fait religieux dans notre société.

Entre un Alexandre Cloutier qui a semblé retourner sa chemise au lendemain de la défaite du PQ en 2014 et qui a montré de la sympathie envers une minorité religieuse, d’une part, et un Jean-François Lisée qui, d’autre part, a donné l’impression de s’être rapproché des courants nationalistes identitaires, nous avons pu assister encore une fois à l’instrumentalisation des religions au service de la partisannerie.

Vouloir un pays, c’est une chose à laquelle j’adhère facilement. Vouloir un pays qui nie l’évolution des 40 dernières années en croyant que la «souche» canadienne-française serait capable de rallier une majorité de votants sans compter sur l’immigration, en est une autre.

Faire preuve d’ouverture

Les «bons immigrants» sont ceux que nous avons. Ils ne sont rien d’autre que des humains remplis d’espoir ayant choisi de venir habiter un pays accueillant et inclusif. Ils sont venus avec leur culture qui, comme la nôtre, comporte une part de bons coups et une part de trucs étranges.

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La tolérance, vertu chrétienne?

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Voici le vingt-neuvième article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de juin 2015 du Messager de Saint-AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle. Les destinataires de cette série sont des gens bien enracinés dans l’Église catholique. 


différentes couleurs courte-pointeNous vivons dans un monde qui se diversifie de telle manière que nous en perdons parfois un peu nos propres repères. Bien sûr, l’immigration contribue beaucoup à cette diversité, grâce à  l’apport de personnes provenant des différents continents. Nous avons parfois le sentiment que ce sont tous ces gens d’ailleurs qui opèrent des changements dans notre société pour ou contre notre gré. Mais nous devons aussi considérer que le Québec de 2015 ne serait pas demeuré celui de 1960 ou de 1980 même si nous avions fermé nos portes à l’immigration.

Changer, c’est le propre de tout être vivant! Notre organisme se transforme chaque jour sans même que nous nous en rendions compte. Et nous nous découvrons une nouvelle ride, quelques cheveux blancs, des rondeurs en plus… Mais les changements ne sont jamais que superficiels. Ils nous atteignent aussi dans notre être profond. C’est à ce niveau que notre résistance est la plus forte. Une grande partie des personnes rencontrées au fil des ans me confient spontanément leurs difficultés avec les changements, tant dans la famille, le travail, les loisirs, la société en général, mais aussi dans l’Église, la pratique religieuse, les catéchèses ou célébrations.

Laisser le bien s’accomplir

Nous pouvons chercher des responsables pour tout ce qui change. Pourtant, lorsque nous les prenons un par un, la plupart des changements que nous vivons nous paraissent positifs. Ils vont généralement dans le sens d’une plus grande liberté, d’une place plus équitable pour tous et toutes, en particulier les femmes, d’une l’hospitalité qui fait la part belle à l’étranger, d’une autonomie du monde politique face aux influences religieuses, d’une meilleure compassion à l’égard d’autrui, de la possibilité de penser aussi à son bonheur plutôt que de vivre dans la complète abnégation, etc. Si nous pouvons apprécier chacun de ces changements, nous sommes souvent déstabilisés devant l’ensemble, car nous voyons nos us et coutumes malmenés. C’est dans ce contexte que la vertu de tolérance est sollicitée.

appel pour la toléranceDans un monde ancien, homogène, encadré par une religion exerçant le monopole sur les consciences, nous n’avions pas trop d’occasions de pratiquer la tolérance. Nous avions même tendance à condamner les différences qui nous étaient le plus souvent enseignées comme des comportements immoraux ou des croyances diaboliques. Pensons aux personnes attirées par d’autres du même sexe, aux non catholiques et aux juifs, aux « Anglais », aux tenanciers de bars ou de salles de danse… Tous étaient objets de condamnation sans concession!

Jésus nous apprend à tolérer la différence. Il n’a pas converti toute la Palestine, loin de là. Il n’a pas condamné les juifs qui le sont restés, ni les païens qui n’ont pas demandé le baptême. Il n’a pas non plus jugé les pécheurs, mais leur a offert le pardon divin en sacrifiant sa propre vie. Il est donc concevable de voir en l’autre – le différent – une personne de bonne volonté qui cherche aussi à accomplir le bien, à sa manière et à son stade de croissance personnelle. Ne nous est-il pas possible, alors, de prendre conscience du bien qui se réalise grâce à eux? Et si c’est le bien qui s’accomplit, ne trouve-t-il pas sa source dans l’unique Dieu vivant?

Je radicalise. Vous déradicalisez. Nous déradicalisons.

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Déradicalisation. C’est devenu le mot à la mode chez les politiciens, juste après « radicalisation », bien sûr. Car si les jeunes se radicalisent, l’unique solution consisterait donc à les déradicaliser. Nous le croyons tous: les jeunes sont des cibles vulnérables qui pourraient, s’ils entendent l’appel des sirènes fondamentalistes, commencer à se radicaliser. Aujourd’hui, dans toutes les têtes occidentales, « se radicaliser » est devenu synonyme de danger… Mais est-ce que la radicalité a toujours été vue comme une attitude suspecte? Tout dépend du point de vue.

Maxime, alias Abdu Abdallah

Le fameux Moïse des Hébreux, par exemple, était un homme vraisemblablement bien intégré à la haute société égyptienne. La situation de servitude du peuple de ses origines a cependant fini par ébranler ses fondations, au point où il s’est radicalisé… Jésus de Nazareth était un homme de son temps, avec ses aspirations et ses espoirs, qui, après son baptême reçu du prophète Jean, s’est radicalisé au point où toute sa vie ne pouvait plus servir à autre chose qu’à annoncer le règne de Dieu… À sa suite, des Marie, Pierre, Paul, Irénée, Augustin, Clément, Geneviève, Benoît, Bernard, Thomas, mais aussi Hildegarde, François, Jeanne d’Arc, Thérèse, Kateri, Vincent, (l’abbé) Pierre, André et tant d’autres ont trouvé dans leur foi chrétienne les motivations les conduisant à une radicalisation religieuse, c’est-à-dire à un engagement total pour Dieu… Toutes ces vies « consacrées » ne sont pas sans laisser des questions, pas moins aujourd’hui qu’en leur temps. Mais ces personnes ainsi que des centaines d’autres ont laissé des traces indélébiles dans l’histoire. Sans un processus de radicalisation de leur foi religieuse, il est plus que probable que leur mémoire ne serait jamais parvenue jusqu’à nous.

Peut-on affirmer de manière aussi simpliste qu’on le fait ces jours-ci que la radicalisation est le mal des religions? Et, donc, que le remède consiste à dégonfler le radicalisé, lui insuffler d’autres idées plus courantes du genre: « Allez l’ami, oublie toutes ces idées noires, viens boire un coup avec nous et regarder un match. On va parler des filles et demain ça ira mieux! » Peut-on aussi facilement remettre quelqu’un au neutre?

La radicalité de l’Évangile

Toute croyance religieuse est vécue en tension entre deux pôles, celui de l’intégration au monde d’une part, et celui qui consiste à se laisser attirer vers l’Absolu perçu dans la foi. Pour Jésus, il n’y a qu’une seule raison de vivre: c’est de répondre à l’amour de Dieu auquel il croit de toutes ses forces et de toute son âme. Il a répondu à cet amour en aimant à son tour jusqu’au bout de ce qu’il est possible d’aller: en donnant sa propre vie. En effet, si Dieu nous a tant aimés et que cet amour se fait si déterminant, si « guérissant » jusque dans notre intimité la plus profonde, il est de mise que nous tentions de lui rendre la pareille. C’est alors que se met en branle le processus de la « suite du Christ », qui n’est rien d’autre qu’une forme de radicalisation.

Jésus de Nazareth a proposé (jamais imposé) à ses disciples de se mettre derrière lui, d’apprendre de lui, de faire porter ses soucis par lui. Un petit groupe de « radicaux » nommé « les Douze » s’est constitué peu à peu à son appel. Ils ont rassemblé d’autres adeptes qui laissaient tout derrière eux par désir d’engagement radical. Les paroles de Jésus lui-même les encourageait. L’auteur de l’Apocalypse lui fait même dire: « Ainsi, parce que tu es tiède, et que tu n’es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche. » (3,16) N’est-ce pas un appel à la radicalisation?

Lorsqu’un jeune chrétien désire suivre les pas du Christ, il peut le faire dans sa vie courante, mais certains vont choisir une voie plus radicale. Pour les uns, ce sera la voie du célibat consacré; pour d’autres, devenir prêtre; pour d’autres encore, la « vie religieuse » en communauté, monastique ou « dans le monde ». Il arrive même (!) que certains couples se marient pour le meilleur et pour le pire en s’appuyant sur la grâce de Dieu! Tous ces engagements ne sont-ils pas, selon vous, des exemples de choix radicaux? C’est avec des êtres de convictions que le monde finit par se transformer. C’est le cas aussi des religions! Sans un François d’Assise, où en serions-nous dans l’Église? Sans un Luther, comment serions-nous revenus aux sources des Écritures? La neutralité est l’affaire des institutions et des États, pas des personnes!

Se radicaliser pour le Vrai

Le problème des jeunes djihadistes n’est donc pas, à mon avis, le fait qu’ils se radicalisent. Toute personne qui progresse dans son engagement croyant devient plus radicale ou bien elle se laisse aller à la dérive. On n’est jamais au point mort. Une radicalisation soudaine est de l’ordre de la conversion. Il y a des critères de discernement dans toutes les religions pour accompagner les convertis et même pour ceux qui ne font que cheminer tranquillement dans leur foi. Le vrai problème, c’est l’absence ou le manque de communauté de soutien. Se radicaliser seul dans son sous-sol, en se nourrissant d’enseignements qui prônent des voies étrangères aux sources qui ont conduit les religions au meilleur d’elles-mêmes ne peut que mener le converti à sa propre perte.

Les religions organisées ont le devoir d’accompagner toute personne qui veut croître dans la foi. C’est une responsabilité qui comporte des risques, comme celui d’influencer l’adepte dans une direction ou une autre qui ne serait pas « la voie divine », mais plutôt des raisonnements faillibles ou du sentimentalisme décroché du réel. L’accompagnement spirituel est un art qui existe encore et qui devrait être activement recherché dès que bouge un peu en soi quelque chose qui ne relève pas (ou plus) des sciences humaines!

Personnellement, je me réjouis du fait que de plus en plus de jeunes et de moins jeunes cherchent un sens et regardent du côté des grandes religions. Cela signifie que le vide dans lequel nous plongent le consumérisme, la mondialisation économique et culturelle, le cynisme politique, etc. commence sérieusement à atteindre ces niveaux d’intériorité où les humains se mettent à s’interroger sur leurs valeurs fondamentales et sur la direction de leur vie. Les religions puisent dans leurs traditions des siècles d’expertise en accompagnement. A elles de se montrer plus accueillantes envers les personnes en recherche de sens et, surtout, d’appartenance… C’est ainsi que la radicalisation, plutôt que d’être perçue comme un danger public, pourra redevenir peu à peu l’expérience d’un grand nombre appelé à approfondir le sens de leur existence et à s’engager pour un monde meilleur.

Et à vous qui êtes resté jusqu’à la fin de ce billet, voici un petit cadeau: comment une de mes amies s’est « radicalisée »…

Comment répondre au terrorisme?

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Réponse à M. Jean-Paul Simard

Cher Jean-Paul, j’ai une grande admiration pour l’homme que vous êtes et je me considère plutôt dans une relation respectueuse et amicale avec vous. C’est dans cet esprit que je me permets une réplique à votre propos publié dans le journal Le Quotidien du 9 janvier 2015 et sur votre mur Facebook.

Vous utilisez l’expression « islamisation par le terrorisme ». Si vous écoutez bien – comme je vous l’ai déjà suggéré en vous fournissant même des références – la forte majorité des voix musulmanes qui se sont exprimées à chacune des occasions où les terroristes islamistes ont frappé (dont voici un exemple local), vous ne pouvez pas avancer cette thèse. Il ne s’agit pas d’une islamisation, mais bien d’une « terrorisation » au nom d’une idéologie de puissance et de peur que les terroristes associent à une certaine acception de l’islam. Il serait donc plus juste de ne pas tomber si facilement dans l’amalgame. Ce n’est pas parce qu’un endoctriné crie « Allah Akbar » (« Dieu est le plus grand ») en assassinant des vies au hasard ou en ciblant ses victimes, qu’il peut sans discernement être associé à l’islam en tant que religion. Et rappelons-nous toujours que ce sont surtout des musulmans qui sont tués par centaines de milliers en Afrique (cf. Boko Haram) et au Moyen-Orient au nom de cette « terrorisation » beaucoup plus proche du nazisme que de la religion. Personnellement, je ne crains pas l’islamisation ni le djihad tel qu’il est compris par l’ensemble des musulmans, à savoir « faire de soi une meilleure personne ». Je crains plutôt la haine sous toutes ses formes qui peut s’exprimer par n’importe quel humain sous couvert de n’importe quelle justification idéologique ou religieuse. C’est la haine qu’il faut combattre et non la religion « des autres », même de ceux et celles que nous accueillons.

Trop accueillants?

Revenons sur ce thème de l’accueil. Vous parlez de « l’idéologie » de la « terre d’accueil ». Vous savez pourtant que cette exigence traverse la Bible et les valeurs chrétiennes auxquelles vous vous associez tout comme moi par ailleurs. Dès la Genèse, avec Abraham, par exemple, l’accueil de l’étranger et l’hospitalité sont élevés au rang de vertus. Abraham montre même qu’il faut voir dans l’étranger la présence de Dieu lui-même. Si vous en faites une idéologie, vous niez par le fait même que ces valeurs sont profondément ancrées dans l’histoire judéo-chrétienne et celle de notre civilisation… Le problème réel avec l’accueil n’est pas d’avoir accueilli des étrangers à une époque ou l’autre. Pour la France, par exemple, on compte encore trop de mauvaises expériences d’intégration. Ce ne sont pas les citoyens de première vague qui prennent les armes contre leur société d’accueil, ce sont ceux de deuxième et de troisième génération! N’y voyez-vous pas un signe que l’accueil a été jusque-là défaillant? Que la déception et la colère ont fini par affecter les enfants et les petits-enfants? Il faut chercher les causes et ne pas s’arrêter aux symptômes. Je vous connais trop brillant pour ne pas chercher à approfondir. Et parmi les causes, il faudra bien un jour que nous fassions notre examen de conscience. La colonisation européenne et l’impérialisme américain auquel le Canada participe allègrement sont, pour l’essentiel, responsables de l’état actuel du monde et de la frustration grandissante des populations dominées par nos ambitions économiques et notre idée d’un « ordre mondial » à notre image. Ce sont nos politiques qui ont écrasé ces populations en conditionnant chez eux un désir de révolte. L’extrémisme actuel trouve sa source dans les inégalités économiques et l’arrogance géopolitique de l’Occident.

Et qui, au Québec et à Ottawa, s’est fait la main meurtrière d’un « islam radical »? Des Algériens ou des Yéménites? Pas du tout… Ce sont des citoyens d’ici, nés ici, devenus perméables à des thèses erronées sur Dieu telles qu’elles s’expriment largement par des aliénés d’une religion sanguinaire qui est autre que l’islam. Il y a là aussi réflexion à mener sur le vide spirituel qui peut conduire des jeunes adultes à des attitudes violentes et meurtrières envers leurs pairs au nom d’une certaine idée de la religion embrassée, quelle qu’elle soit.

L’expansionnisme religieux

Vous prétendez savoir qu’un nombre indéfini de « modérés » rêveraient de voir se réaliser ici l’expansionnisme de l’islam. Scrutez donc au fond de vous-même. N’avez-vous jamais fait ce rêve d’une terre entière devenue chrétienne? Ne l’avez-vous pas chanté dans vos assemblées dominicales? N’avez-vous pas soutenu nos missionnaires à l’étranger? Le prosélytisme est inhérent à la religion. La leur comme la nôtre. Nous nous réjouissons à chaque fois qu’une personne se convertit à la nôtre. Il en est de même pour eux. Et il en est de même également pour un athée qui convainc un croyant de l’absurdité de sa foi! Ce n’est donc pas un argument pour justifier un regard réprobateur adressé aux musulmans. Il y a des attitudes antireligieuses partout dans le monde: d’une religion envers une autre; de laïcs militants envers toutes les religions. Et les chrétiens ne sont pas à l’abri de persécutions. Jésus lui-même en a averti ses disciples! Même en cessant d’être chrétiens, nous ne serions pas à l’abri de « l’humanophobie », car le monde est ainsi fait que la différence de l’autre est potentiellement une agression contre la nôtre, et vice-versa.

Vous craignez le « métissage général ». Mais ne voyez-vous pas que notre pays est déjà une mosaïque culturelle? Sur un plan canadien, en commençant par les premières nations que nous avons spoliées et exploitées, nous retrouvons les européens anglo-saxons et français, ceux de l’est ou du pourtour méditerranéen, et les asiatiques qui arrivent par milliers, etc. Vous ne pouvez pas ne pas les considérer comme des citoyens à part entière. Ils sont Canadiens ou Québécois selon la perspective que nous retenons. Notre société s’est enrichie de ces diverses cultures accueillies puis intégrées le plus souvent en nous changeant nous-mêmes, en nous « améliorant »!

Pour une civilisation de l’amour

Venons-en maintenant à votre solution. Vous n’envisagez que l’amour inconditionnel. C’est le terrain où nous nous rejoignons. Mais l’amour inconditionnel n’attend rien de l’autre. Il n’exige pas la réciprocité, au contraire (cf. le Bon samaritain). Jésus ne demande pas de nous en tenir à l’amour de nos proches. Il demande d’aimer nos ennemis, de les aimer assez pour qu’ils puissent agir librement, au risque de notre propre perte! Si nous voulons vivre en tant que disciples du Christ, il nous faut embrasser le risque de la croix. Croire, espérer, aimer, comme vous dites, peut avoir des conséquences pour notre vie. La solution est effectivement l’amour inconditionnel. Nous faire les « prochains » des musulmans d’ici et leur tendre la main pour une fraternité inclusive est l’unique avenir possible ici comme ailleurs. Ainsi, plutôt que de nous perdre en tant que peuple, nous nous sauverons peut-être en réalisant quelque chose de la civilisation de l’amour…

 

Faut-il opposer progressisme et traditionalisme?

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Dans un courrier publié sur le blogue des « Nationalistes du Saguenay »* et dont copie a été acheminée à un grand nombre de personnes œuvrant dans l’Église catholique au Québec, un certain J. Lamirande de Chicoutimi semble vouloir s’en prendre à un collègue agent de pastorale ainsi qu’à moi-même en nous accusant d’avoir infiltré l’Église diocésaine pour la contaminer d’un esprit progressiste. L’auteur met en question directement l’évêque de Chicoutimi dont la direction est elle aussi qualifiée de progressiste notamment en raison d’un refus, il y a quelques années, d’encourager dans son diocèse la pratique de la messe dite « de Pie V » (ou tridentine) qui était normative depuis le Concile de Trente au 16e siècle jusqu’à la réforme demandée par le Concile Vatican II (1969). Le même auteur continue sur sa lancée en écorchant au passage Jean-Paul II qu’il condamne parce qu’il a été œcuméniste, qu’il a baisé le Coran et reçu le signe de la Shiva. Et il ne se donne pas beaucoup d’espoir avec François qu’il juge déjà incapable de freiner la propagation scandaleuse de la pensée progressiste! Pour toutes ces raisons, J. Lamirande déduit que l’Église catholique romaine a changé le culte de Dieu en un culte de l’homme. Je ne veux pas répondre à sa lettre, mais plutôt profiter de celle-ci pour réfléchir sur le vieux conflit progressiste-traditionaliste.

Avant d’aller plus avant, je ne peux m’empêcher de mentionner le fait qu’il s’en prenne personnellement à mon collègue Patrice Imbeau dont il dit qu’il aurait été « instrumentalisé par des groupes sociocommunautaires de la région en raison d’un certain handicap très apparent ». Dénoncer des idées est une chose, oser interpréter la nomination à la présidence d’un événement social régional d’un homme engagé et reconnu par le milieu comme si c’était en raison de son handicap en est une autre qui s’approche davantage de la diffamation et qui laisse deviner l’état d’esprit malveillant de l’auteur. Mais je passe pour me concentrer sur l’objet du débat.

 Vieilles chicanes

Le concile de Nicée, en 325, a condamné l’arianisme qui contestait la nature divine de Jésus.

La tension entre « modernistes » et « traditionalistes », bien que exacerbée en ces temps qui sont les nôtres, est loin d’être nouvelle. Ce type de batailles, parfois plus idéologiques que théologiques, s’est surtout développée depuis que l’Église a eu les coudées franches dans l’Empire romain pour commencer à réfléchir de manière posée à la signification de la mort et de la résurrection du Christ dans l’histoire, c’est-à-dire dès le 4e siècle! En effet, lorsque vient le temps de mettre des mots sur des formulations qui cherchent à exprimer le mystère de la foi, toutes les occasions sont bonnes pour tenter de faire dominer « sa » formule de vérité plutôt que celle de l’autre. Les grands conciles œcuméniques furent les instances qui ont permis d’arbitrer les différends. Ceux-ci se concluaient le plus souvent par des « anathèmes » qui consistaient à frapper de réprobation publique une personne ou une idée qui n’était pas conforme à la doctrine généralement admise.

Les détracteurs actuels de l’Église, non pas ceux qui l’ont quittée en la jugeant arriérée, mais plutôt ceux qui la jugent trop compromise avec l’esprit du temps, ont favorisé la montée de l’intégrisme catholique dans les années ’70. En effet, un courant non négligeable de l’Église, soutenu par certains évêques, n’a pas accepté l’ouverture pastorale démontrée à l’occasion du Concile Vatican II et certains de ses décrets dont ceux sur la liturgie (et la réforme qu’il a entraînée), l’Église, l’œcuménisme, les autres religions ainsi que la modernité. Ce refus s’est souvent manifesté par des tensions très fortes dans l’Église et qui ont culminé, entre autres, dans le schisme avec la Fraternité sacerdotale saint Pie X de Mgr Lefebvre, en 1988. Malgré de nombreux compromis visant à ramener les catholiques de cette faction au sein de la communion romaine, ceux-ci ont plutôt redoublé d’efforts pour systématiser leur position anti-conciliaire et antipapiste et pour marquer, de manière plus rigide, leur éloignement de la grande Église. Au sein de ce groupe, quelques-uns ont repris cependant la communion avec l’Église romaine sous le nom de Fraternité sacerdotale saint Pierre, tout en demeurant activement traditionalistes.

Le Concile de Trente (1545-1563)

J. Lamirande cite le conflit qui a eu cours dans notre diocèse en 2007 entre un agent de pastorale de l’époque, Jacques Tremblay, et l’évêque André Rivest. Ce dernier avait conclu l’affaire en interdisant la pratique ordinaire de la messe dite « traditionnelle » ou tridentine afin de manifester la primauté de l’actuel rite romain pratiqué depuis 45 ans. La messe traditionnelle est cependant autorisée de manière exceptionnelle selon les occasions. Bref, il m’apparaît que l’auteur a pu laisser grandir un ressentiment qui se traduit maintenant par des accusations qui extrapolent la portée des actions ou des positions qui sont effectivement prises par certains agents de pastorale, dont moi-même.

Quelle Église pour ce siècle?

En réalité, cette querelle a pour toile de fond la question essentielle de la pertinence et de la crédibilité de l’Église dans une société devenue séculière, laïque et plurielle. S’il arrive encore fréquemment que des gens confirment leur attachement à la personne de Jésus, il est de moins en moins rare d’en voir quitter l’Église catholique, allant jusqu’à apostasier leur baptême. Les raisons ne manquent pas. J’ai déjà, à plusieurs reprises – de l’intérieur –, posé sur ce blogue un regard critique mais respectueux sur l’Église et ses erreurs d’appréciation et de gestion des crises passées. Je tente, tant qu’il m’est possible, d’aller à la rencontre de mes contemporains avec une attitude sincère d’ouverture et de dialogue. Pour ce faire, il me faut accepter de renoncer à promouvoir la figure convenue de l’Église comme détentrice de la Vérité. Ce faisant, je découvre de plus en plus à quel point les décrets conciliaires cités plus haut avaient quelque chose de profondément prophétique dans les années ’60.

saint Jean XXIII

Je veux respecter du mieux que je peux les personnes qui veulent poursuivre leur pèlerinage terrestre en se réservant aux formes religieuses anciennes plutôt que de s’ouvrir aux adaptations nécessaires. Je crois toutefois que l’Église a peu à peu trouvé une meilleure posture depuis que Jean XXIII l’a convoquée au dernier grand concile, en comparaison de l’époque où elle dominait outrageusement du haut de sa grandeur morale et de ses prétentions métaphysiques, en dehors desquelles personne ne pouvait aspirer à la vérité et encore moins au paradis! L’Église, en effet, s’est dépouillée de richesses et le fera encore, elle s’est délestée de ses manières hautaines et devra le faire davantage, elle s’est recentrée sur la Parole de Dieu toujours à actualiser et est appelée à en goûter les fruits permanents de conversion… Mais plus encore, elle est en train d’apprendre l’humilité, celle qui lui donne d’être une voix parmi d’autres et ce, malgré sa foi assurée qui lui donne la conviction qu’elle possède un trésor unique, qu’elle est fortifiée par l’Esprit de consolation, de liberté et de vérité et qu’elle est la demeure du Dieu vivant! Posséder tout cela entraîne une responsabilité extraordinaire. Cela signifie que chaque attitude qu’elle manifeste, chaque parole qu’elle exprime, chaque geste qu’elle accomplit doivent renvoyer à l’expérience vécue et proposée d’une relation d’amour réelle et actuelle avec Dieu-Trinité. Ce Dieu s’est manifesté dans l’histoire comme le Créateur de toutes choses, le Libérateur des pauvres et des peuples traités injustement, le Sauveur de notre condition pécheresse et l’Inspirateur de toute bonté et de tout amour vrai. Et il continue de le faire à chaque instant!

Pour que l’Église soit le véhicule honnête de cette foi, il lui faut, aujourd’hui plus que jamais, commencer par reconnaître toute la bonté originelle qui est propre à l’être humain et qui s’accomplit encore devant elle, souvent sans elle, parfois malgré elle. Il lui faut ensuite, lorsque possible, contribuer à ce que chaque humain découvre que sa bonté lui vient du divin et que le mal l’en éloigne. Et la meilleure façon de faire sera toujours de favoriser la rencontre du Fils ressuscité, celui seul qui a montré le vrai visage du Père en marchant sur nos chemins, en vivant notre vie de manière parfaitement libre, en aimant jusqu’au bout de l’amour. C’est une responsabilité immense qui repose sur toute l’Église, tous ses membres-baptisés, et dont les responsables hiérarchiques se portent garants dans la succession ininterrompue depuis les apôtres.

En ce qui me concerne, je poursuivrai mon engagement au sein de cette Église qui est instigatrice et dépositaire de ma vocation, en m’assurant de me rendre docile à ce que m’inspirera l’Esprit Saint et de demeurer réceptif à la correction fraternelle. Et pour répondre à ma propre question posée en titre, je crois que Jésus a supprimé toutes les catégories de croyants. En lui, il devrait donc n’y avoir plus ni traditionaliste ni progressiste, pas davantage qu’« il n’y a plus ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, ni l’homme ni la femme, car tous, [nous ne devons faire] plus qu’un dans le Christ Jésus. » (Galates 3, 28) « Faire un » avec tous les J. Lamirande de ce monde est un défi pour moi comme ce l’est sans doute pour d’autres avec moi! Mais, en tant que chrétiens, la seule voie à chercher est celle à laquelle notre baptême nous renvoie, notre devoir de faire un, de chercher l’unité dans la diversité. Car c’est bien la volonté ultime exprimée par notre Maître commun (cf. Jean 17, 11).

 

* Je ne mets pas le lien vers le blogue par souci de ne pas contribuer à faire augmenter le nombre de visites sur ce site qui me paraît le plus souvent tomber dans le racisme le plus élémentaire et une vision réductrice de la nation. Vous le trouverez facilement en faisant votre propre recherche.