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Renverser la vapeur

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Avoir de l’imagination…

On trouve vraiment de tout sur les réseaux sociaux, comme ce fut le cas récemment avec les défis un peu absurdes que les internautes se lancent mutuellement. Vous avez peut-être entendu parler de la « neknomination » qui consiste à mettre au défi trois « amis » qui doivent alors trouver une manière originale de « caler » le plus d’alcool possible en très peu de temps et en filmant leur exploit. Cela leur donne le droit de nommer à leur tour trois autres rigolos qui doivent ainsi perpétuer la chaîne. Apparemment, cette mode aurait très vite gagné en popularité dans notre région. On a pu évidemment assister à une gradation constante des manières les plus stupides les unes que les autres. Ce n’est qu’après que cette vague eut entraîné quelques décès que les médias s’en sont emparés. Un grand nombre de personnes s’est alors élevé contre une telle aberration en criant leur dégoût haut et fort.

Mais une première personne a choisi de répondre à cette abjection par une contre-proposition positive qu’il a appelée la « smartnomination ». Il s’agit d’un jeune Français, Julien Voinson, dont la page Facebook « smartnomination » a attiré plusieurs milliers de « J’aime ».

Une chaîne de bonnes actions

Une bonne action possible (Photo: Marie-Claire)

L’idée de la « smartnomination » est de faire une bonne action envers quelqu’un dans le besoin, et de « nominer » à son tour trois de ses amis en les invitant à rivaliser de créativité pour faire quelque chose de bien. Cette vague de bonnes actions s’est étendue très rapidement dans le monde et a attiré l’attention d’un Jonquiérois de 30 ans, Julien Boulianne, qui a eu l’idée de la propager à son tour, à l’instar d’un groupe d’intervenantes du CEGEP de Chicoutimi qui ont aussi lancé leur propre « brightnomination », convergeant vers une page « Smartnomination Québec »! Le fait d’avoir relayé cette vague positive en a touché plus d’un et depuis nous pouvons assister à la diffusion de dizaines de vidéos au sein de nos réseaux personnels où les gens montrent une bonne action et invitent des amis à faire de même. La vague a atteint également un groupe d’artistes qui ont décidé d’emboîter le pas, donnant encore plus de visibilité aux « B.A. » des internautes. L’initiateur de la portion québécoise de la « smartnonimation », Julien Boulianne ne cherche pas à en tirer quelconque crédit pour lui-même, affirmant sur son profil Facebook : « Peu importe d’où ça vient, une bonne action de plus, c’est un sourire de plus. »

On a vu toutes sortes de bonnes actions rivaliser les unes avec les autres : remettre une carte-cadeau de restaurant pour un résident d’une maison pour sans-abri ou apporter un repas chaud à un itinérant, aller livrer des couches et des biberons à une adolescente démunie qui venait d’accoucher ou apporter une cargaison de produits non périssables à une Moisson, etc. Le bien s’étend peu à peu de cette manière en entraînant chaque fois d’autres individus à prendre le relais.

On dit souvent que le bien ne fait pas de bruit. Ces gens aux bons cœurs sont en train de changer cet adage en répandant des images de bonté. Bien entendu, nous pourrions aussi avoir un œil critique sur tout ceci, en jugeant que la personne qui fait une bonne action en retire une certaine notoriété et une dose d’admiration, mais le but recherché n’est pas tant d’attirer l’attention sur soi que pour illustrer la diversité des gestes qui sont posés, le tout, encore une fois, par opposition aux idioties telles la « neknomination ».

Qu’il fasse du bruit ou non, le bien reste le bien! Certains ont déjà pensé à relancer la vague à chaque année en février, l’un des mois de l’année où la générosité fait le plus défaut. Ne devons-nous pas encourager de telles initiatives? Et si, comme moi, l’idée de vous filmer en agissant pour le bien ne vous plaît pas, rien n’empêche de faire partie d’un courant parallèle, plus discret, en réalisant quand même quelque chose que vous n’auriez pas fait si la lecture de cet article ne vous en avait pas suscité l’idée! Allez, un petit geste, pour un sourire de plus qui illuminera votre journée!

Les nouveaux bons samaritains

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Voici le seizième article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de janvier-février 2014 du Messager de Saint-AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle.

Van Gogh – Le Bon Samaritain d’après Delacroix

La parabole du Bon Samaritain (Luc 10, 27-37) est l’une des plus connues et surtout des plus emblématiques du christianisme. Il n’est pas rare encore d’entendre dire, à propos d’untel ou untel, que c’est un « bon samaritain », signifiant ainsi comment sont appréciées ou admirées sa générosité, sa compassion ou sa capacité de prendre soin.

Avec la baisse de pratique religieuse, les bons samaritains sont-ils aussi en voie de disparition? Rien n’est moins sûr. En fait, il est probable qu’en cherchant un peu nous trouvions de « nouveaux bons Samaritains » qui ont plus ou moins les mêmes caractéristiques que celui dont Jésus fait l’éloge. Redisons tout d’abord une vérité évidente : dans le récit de Jésus, ni le prêtre, ni le lévite ne se sont arrêtés pour aider l’homme pris à partie par des brigands et laissé pour mort. Le Samaritain est visiblement un marchand d’huile qui traverse le pays pour visiter ses clients. Un simple commis-voyageur, étranger, est devenu le symbole de la charité chrétienne.

Où les trouve-t-on?

À l’occasion du témoignage d’un père de famille endeuillé par la perte de sa fille de deux ans, emportée par une maladie rare, j’ai constaté de nouveau à quel point notre société regorge de bons samaritains. Après avoir parlé longuement de son expérience, notre témoin a mentionné l’aide que son épouse et lui ont reçu de la part d’un groupe de « pairs », c’est-à-dire des gens qui ont vécu plus ou moins la même épreuve. Ce groupe est affilié au mouvement international « Les amis compatissants ». Même si le diacre qui a célébré les funérailles, le curé et même l’agent de pastorale ont été plus attentifs que les passants du récit biblique, ce ne sont pas eux qui ont été les plus signifiants pour aider le couple à surmonter sa peine, mais bien ces « autres comme eux ».

Nous trouvons depuis longtemps ce principe d’entraide mutuelle par l’intégration à un groupe de pairs qui savent par expérience ce que nous vivons. Ils se font accueil, soutien, accompagnement et se lient d’amour fraternel. En tout premier, ce fut parmi les alcooliques que cette forme de soutien débuta et s’étendit ensuite à d’autres dépendances (narcotiques, « outremangeurs », jeu compulsif, sexo-dépendants, etc.). D’autres encore se sont créés sur le même principe, par exemple des réseaux d’hommes aux prises avec des situations affectives.

Photo: Le Nouvel Observateur

L’Église a tout avantage à reconnaître et honorer ces groupes qui foisonnent et qui font du bien aux êtres dont le cœur est transpercé par le malheur. Se relever d’un deuil, d’une dépendance, de situations qui écrasent, parfois jusqu’au bord de la destruction, est une expérience du même ordre que celle de la mort-résurrection. Ce passage peut, fort heureusement, être accompagné par de bons samaritains qui offrent de marcher avec d’autres « comme eux », avec le sentiment de donner au suivant…

Sans qu’il soit question de foi chrétienne dans le sens explicite, il ne peut s’exercer une telle charité envers autrui si elle n’est pas nourrie par l’amour. Et l’amour, oui cet amour-charité, ne vient-il pas d’une seule et même source?

Un regard différent sur la souffrance

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Voici le neuvième article de ma série “En quête de foi” publié dans l’édition d’avril du magazine Le messager de Saint Antoine. L’objectif de cette série est d’explorer les origines chrétiennes des éléments patrimoniaux dans la culture actuelle.

pieds jésusUn grand nombre de nos contemporains ne parviennent pas à comprendre « l’obsession » des chrétiens pour la souffrance. Certaines œuvres de la Passion, en particulier des crucifix, des tableaux et des films (pensons à celui de Mel Gibson), présentent un Jésus qui paraît tellement souffrir, avec parfois plus de sang qu’il n’est possible d’imaginer, qu’on peut comprendre qu’une personne peu familière avec la théologie chrétienne ressente une forte répulsion à la vue des représentations que nous nous faisons de notre Dieu! Mais en réalité, c’est comme s’ils arrêtaient leur regard sur le doigt qui pointe au lieu de suivre la direction qu’il indique! Même pour les chrétiens, la souffrance n’est jamais acceptable. Elle n’a aucun sens en elle-même. C’est uniquement dans la manière que nous avons de la vivre que nous pouvons la rendre signifiante et même féconde. Oui, c’est une conviction de foi que la souffrance et la mort peuvent produire du fruit.

Si le grain de blé ne meurt…

Jésus n’a jamais exalté la souffrance. S’il a anticipé que sa vie se terminerait dans la violence, c’est parce qu’il connaissait bien le sort réservé aux prophètes. Sa vie, ses miracles, la popularité de son message, sa liberté et sa fidélité absolue à son Père constituaient une menace à l’autorité des responsables religieux et politiques. Un tel comportement ne pouvait que le conduire à cette mort par condamnation. Cela ne l’a pourtant jamais empêché de prêcher une autre forme de justice et une manière plus humaine de conduire sa vie. Il l’a fait en « étant lui-même » ce qu’il enseignait. Ainsi, Jésus a soigné et guéri des malades. Il s’est fait proche des personnes handicapées et des lépreux qui subissaient l’exclusion. Il s’est interposé face à un groupe qui voulait lapider une femme. Il n’a jamais « béni » la souffrance, qu’elle soit liée à la fatalité de l’existence ou bien provoquée par l’intimidation, le mépris, l’arrogance ou l’injustice ! Il est vrai qu’à une époque, l’Église a insisté fortement sur la substitution du Christ, sacrifié à notre place à un Dieu qui nous réclamait des comptes. Ces présentations de la Passion parvenaient à nous émouvoir du sacrifice du Fils et à nous convaincre d’endurer nos maux pour lui montrer combien nous l’aimions. Heureusement, l’annonce de la Bonne Nouvelle de la résurrection a repris le dessus dans la prédication ! C’est d’ailleurs ce qu’il faudrait retenir de l’histoire: les chrétiens ont généralement suivi les paroles du Seigneur qui les enjoignaient à servir les pauvres, soigner les malades, accompagner les mourants, visiter les prisonniers, intégrer les exclus, modifier les règles injustes. C’est ainsi que des hôpitaux, des asiles, des maisons pour itinérants, des services d’accompagnement au sein des prisons et dans les armées ont vu le jour au cours des siècles par l’initiative de baptisés répondant à l’invitation de Jésus. Notre Dieu aime-t-il la souffrance? Pas plus que nous ! Mais il sait se rendre présent d’une manière qui réconforte et fortifie. Et il nous invite à devenir nous-mêmes les bons samaritains de cette humanité blessée afin que de la souffrance surgisse la fraternité…

Quelle est donc cette espérance?

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Jeune pousseDepuis ce 1er décembre, les chrétiens sont entrés dans une période majeure du cycle de leurs fêtes et saisons. Il s’agit de l’Avent, qui est à la fois une sorte de préparation à Noël, mais surtout un élan d’espérance vers « ce qui est en voie d’advenir », c’est-à-dire le retour glorieux du Christ. Si Noël est devenue une fête nivelée par le rythme des célébrations marchandes, au même titre que la St-Sylvestre, la St-Valentin, la Pâques, les deux fêtes nationales, l’Halloween, et j’en passe, la dimension d’espérance qu’elle comporte ne meurt pas, car elle n’est jamais comblée.

Chaque fois qu’une vie s’arrête autrement que par une fin heureuse et paisible, entourée de la famille et des amis et au terme de longues années, la question du sens resurgit. Et comme ce genre de mort est loin d’être habituel, la question est donc constamment posée à nos contemporains comme elle l’a été depuis que la conscience humaine a commencé ses premiers balbutiements. Ainsi donc, qu’elle soit accidentelle, subite, provoquée par autrui, violente, juvénile, mal tombée, tardive, etc., la mort, quand elle survient, interpelle quiconque veut comprendre un tant soit peu son existence. Même quand elle n’est pas au rendez-vous, la mort peut aussi mettre en colère, quand elle laisse des êtres lourdement handicapés, imposant à des proches une vie qu’ils n’ont pas choisie, à un système de santé des coûts faramineux au nom du sacré de la vie à protéger…

La première chose qu’on cherche…

Face à toute situation tragique avec la mort comme arrière-plan, la toute première chose qu’on se met à chercher est le sens. Pourquoi? Pourquoi maintenant? Pourquoi moi, lui, elle? En réalité, la question est toujours « Pourquoi souffrir? » Dans son livre L’ultime secret, Bernard Werber fait dresser à ses deux enquêteurs une liste de choses que les humains tentent d’éviter plus que tout. Ils en reviennent constamment à mettre au haut de la liste la douleur. Tout être humain qui souffre veut que sa douleur s’arrête. D’ailleurs, le bouddhisme est essentiellement fondé sur cette quête. Par l’anéantissement du soi, l’être cesse de souffrir et peut enfin sortir de l’implacable karma. Puisqu’il veut l’éviter, l’être humain cherche donc de toutes ses forces à réduire, contourner, effacer la souffrance. Même le développement de la médecine depuis Hippocrate n’est que l’application de cette vérité.

Et nous connaissons cette quête contemporaine pour la santé: « Tant qu’on a la santé, le reste est secondaire. » Mais est-ce que la santé procure le bonheur? Combien de gens en santé éprouvent-ils réellement un état de bonheur, de sérénité? Côtoyez-vous un si grand nombre de personnes, en santé, qui rayonnent de bonheur? Ne voyez-vous pas plutôt, comme moi, des gens qui ressentent un vide, un manque? Ne constatez-vous pas aussi que ce manque produit l’envie, le désir? Et que ce désir conduit à vouloir combler le vide? Mais par quoi le combler pour qu’il s’apaise et qu’il laisse enfin place à un bonheur stable? C’est comme un cercle sans fin.

Au fond de tout être humain réside le désir. C’est peut-être même ce qui le définit. L’objet du désir distingue cependant certains humains des autres. L’être humain désire avoir tout ce qu’il faut pour vivre. Vous est-il arrivé d’avoir « tout ce qu’il faut »? Ce serait sans doute un peu cesser d’être humain, car il en faut toujours plus! Au plus intime de lui-même, l’être humain nourrit aussi un désir plus profond, plus spirituel. C’est là que le désir prend le nom d’espérance.

Une attente de tous les temps

Au temps de Jésus, l’attente du peuple avait un nom: le Messie. Toutes les espérances de cette portion d’humanité qui constituait le peuple juif dont le territoire était occupé par les Romains se ramenaient à un seul désir: que le Messie attendu arrive enfin pour botter les fesses de ces mercenaires dont la seule présence était un véritable sacrilège. Ce Messie devait mettre un terme à l’occupation pour que le peuple retrouve enfin son intégrité en rétablissant la justice et la paix. Oui, l’espérance, quand elle est collective, prend le nom de la justice.

Depuis que le monde est monde, il est impossible de considérer une époque, même une région particulière, où la justice aurait régné pour tous et chacun. Tous les régimes, qu’ils soient autoritaires ou démocratiques, auront causé leur lot de répression et de destruction. Il y a toujours eu des familles décimées par un quelconque pouvoir légitime ou non et il y en aura sans doute encore dans l’avenir, peu importe comment nous le rêvons.

Alors, quelle serait l’espérance contemporaine? En quoi la femme et l’homme d’aujourd’hui espèrent-ils? Ne rêvent-ils pas d’abord de se trouver, comme des âmes soeurs, dans un amour durable? De pouvoir bâtir un foyer en sécurité? Avoir reçu l’éducation nécessaire pour occuper un travail digne? Élever des enfants dans un environnement serein, équilibré, protégé? Avoir la capacité de se développer harmonieusement, en santé, sans trop d’épreuves difficiles? Mais si tout cela se réalisait demain, les personnes concernées nageraient-elles vraiment dans le bonheur? Et si l’âme humaine aspirait encore à plus? Mais à quoi?

Je crois que rien de créé, de fini, de mortel ne pourra combler ce qui en moi aspire au bonheur. Dans le mariage, j’avais cru trouver une partenaire qui me comblerait et que je comblerais à mon tour. Mais après toutes ces années, nous savons tous les deux que nous ne pouvons que colmater certaines brèches qui veulent constamment se rouvrir pour crier leur béance et leur désir insatiable. Nous savons que nous devons nous tourner tous les deux vers Celui qui, seul, peut combler parfaitement nos coeurs.

Le bonheur, la joie complète, ne peut venir que d’un Autre. C’est ma conviction la plus profonde. Cet Autre porte les noms de l’Absolu, de l’Éternel, du Très-Haut. Dans son monde immortel et infini, le Créateur de toutes choses a créé la chose la plus parfaite. Et c’est l’amour. En la créant, il l’a lui-même expérimentée, se « divisant » en lui-même pour ne pas s’aimer d’un amour narcissique, comme le font ses créatures. Il s’est fait Trinité: Père, Fils et Esprit. Et c’est donc ce Fils, le Messie attendu, qui est venu il y a plus de 2000 ans, qui vient encore à chaque instant de vie et qui viendra un jour pour achever l’histoire.

Elle est donc accomplie, mon espérance, dans l’amour. Comme le dit l’apôtre Paul, plus que la foi ou l’espérance, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. Dieu lui-même alors ne serait rien sans l’amour ! Mon espérance est d’arriver à aimer jusqu’au bout de l’amour. Mais pour cela il me faut me laisser aimer jusqu’au bout de ce qui est possible et même au-delà. C’est dans cet au-delà que réside l’amour ultime, celui d’un Dieu qui s’est mis à genou pour servir l’humanité par amour. Je l’attends. Il vient. Il est mon espérance. La seule qui me comblera d’une joie parfaite. Viens, Seigneur Jésus!

Le travailleur mérite son salaire

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Travailleuse de cuisine

Qui travaille le plus fort?

Quand on finit par connaître le revenu d’une personne dont les signes de richesse sont manifestes, il y a toujours quelqu’un de proche pour la bénir : « Ah, elle travaille tellement fort, elle mérite son argent. » Personnellement, je suis toujours outré par une telle affirmation, comme si les travailleurs au salaire minimum ne travaillaient pas tant que ça. Bosser dans un fast-food ou un commerce alimentaire, y faire des heures coupées, être confronté au public, tout ça pour moins de 10$ l’heure, c’est, selon moi, travailler fort et mériter son salaire. La plupart des emplois font travailler fort…

Quelle est donc la différence ? La responsabilité ? La capacité de produire des rendements ? En fait, qui sont les riches ? Il est probable que 90% des habitants de la planète répondraient: « Ce sont ceux qui gagnent plus que moi » et non pas « ceux qui travaillent plus fort que moi ». Il est vrai que la grande majorité des citoyens du monde pourra toujours en trouver d’autres qui gagnent plus ou qui possèdent plus que soi.

Mais alors qui sont les pauvres ? Est-ce que l’on répondrait dans la même proportion: « Ce sont ceux qui gagnent moins que moi » ? Pas si sûr. Car il est naturel de croire que nous n’avons jamais assez. Le désir de posséder est généralement lié au désir de bonheur, car même si on a des adages comme « L’argent ne fait pas le bonheur« , on en a bien d’autres aussi comme « Mieux vaut vivre riche et en santé que pauvre et malade ». Oui, avoir plus d’argent ne fait pas le bonheur, mais cela y contribue positivement.

Se positionner dans l’échelle de la richesse

Parlons un peu de chiffres. Le salaire hebdomadaire moyen des Québécois, tous secteurs confondus, s’est élevé à 797 $ en 2010, soit un total annuel de 41 480 $ alors que le revenu moyen des ménages approcherait les 60 000 $ (Source). Le seuil de faible revenu au Canada varie selon la taille de la famille et celle de l’agglomération. En 2003, pour un ménage de quatre personnes, il était de 37 253 $ dans une grande ville comme Montréal. Avec l’inflation, on pourrait l’estimer à près de 42 000 $ en 2010. L’écart entre le seuil de faible revenu et le revenu moyen pourrait donc être autour de 18 000 $. Ça, c’est donc ce qui se passe pour le monde ordinaire… Avoir plus ou moins 20 000 $ ne fait pas d’un ménage qu’il soit très riche ou très pauvre, bien que pour celui qui est déjà au seuil de faible revenu, ce serait une tragédie d’avoir moins!

Mais si on regarde du côté des hauts dirigeants des grandes entreprises dans le monde, les chiffres deviennent astronomiques. Restons au Québec: le Mouvement Desjardins, depuis l’origine, est formé de caisses populaires coopératives locales. À leurs débuts, elles regroupaient de petites gens qui mettaient leurs économies en commun pour éviter d’être abusées par les prêts usuraires et se donner des moyens d’améliorer leur vie et celle de leur localité. Le Mouvement a beaucoup évolué au point de jouer dans la même ligue que les grandes banques. On a appris récemment que sa présidente aura reçu 3 millions de dollars en 2010 en salaire, primes et contributions de retraite. Même si sa rémunération suscite des questions, c’est une somme relativement modeste dans le monde des hauts dirigeants. Elle indique toutefois à quel point le Mouvement s’est dénaturé en rémunérant ses dirigeants à la façon des grandes entreprises: « On n’a pas le choix, c’est le marché qui nous oblige à faire comme les grandes banques ! »

Les cadres des grandes entreprises gagnent parfois de 150 à 400 fois le salaire moyen des employés de leur compagnie. Vous imaginez l’ampleur que peuvent prendre ces chiffres ? Dans ces ordres de grandeur, gagner plus ou moins 1 millions $ n’a plus de signification sur le niveau de vie, comme le propose le blogueur Ezra Klein:

Gagner 50 millions $ est plus sympa que gagner 40 millions $, mais plus que les choses que ça permet d’acheter, c’est ce que cela dit de vous, de votre position: il s’agit d’une démonstration de votre valeur et non pas de ce que vous mettez sur la table. Les gens demandent souvent ce que font les cadres de tout cet argent. La réponse est qu’ils n’en ont pas besoin. Mais ils ont besoin de ne pas faire moins d’argent que les autres cadres. S’ils font moins, qu’est-ce que cela dit sur eux ? (traduction libre de « Why the rich want to get richer » dans le Washington Post du 20 juin 2011)

Voilà, la publication des revenus des hauts dirigeants est un indice de leur valeur et celle de leur entreprise ! Gagnez moins revient donc à dire que l’entreprise vaut moins et donc, assurément, que le dirigeant vaut moins que celui de l’autre compagnie ! D’où la course à toujours plus d’argent, symbole non plus de la valeur des choses, mais des personnes individuelles et morales.

Pendant ce temps, des gens sont vraiment aux prises avec la difficulté de vivre aisément dans notre monde, sans parler des peuples vivant dans les pays en émergence. Ceux qui ont moins que le revenu moyen des ménages luttent pour ne pas s’engouffrer dans des dettes causées par le désir d’être plus à l’aise, avoir un certain confort, faire des voyages ou simplement ne manquer de rien. Ceux qui ont moins que le seuil de faible revenu, eux, travaillent essentiellement pour arriver à payer les dépenses relatives aux besoins de base : logement, alimentation, vêtements.

À défaut de changer les règles…

Comme il est assez évident qu’on ne pourra pas changer le monde en 80 jours, il est souhaitable de chercher des moyens pour l’améliorer un peu. Il faut donc compter sur la générosité de tous, mais ceux qui ont plus que ce qu’ils peuvent dépenser en une vie ou même en une année sont particulièrement visés. Cela justifie d’encourager ces derniers à puiser dans les fonds qu’ils thésaurisent pour l’avenir et à se montrer toujours plus généreux, ce qui n’enlève rien à « leur valeur », bien au contraire.

C’est maintenant que les organismes d’entraide, les groupes populaires, ceux et celles qui accompagnent les personnes aux prises avec les tentations de la consommation sans en avoir les moyens, qui luttent parfois pour surmonter des dettes, qui vivent des situations psychologiques et sociales difficiles. Ces petits salariés qui travaillent fort contre la pauvreté ont besoin d’argent, même pas pour eux, mais pour en pour aider d’autres… En distribuant de l’aide alimentaire, vestimentaire ou en réclamant des logements sociaux, ils tentent de changer le monde pour le rendre meilleur. C’est de l’amour dont on a le plus besoin, de l’amour en acte, celui qu’on appelait autrefois « charité », non pas parce que c’est la solution, mais parce que c’est un moindre mal pour répartir — Oh ! si peu ! — la richesse accumulée, et ce davantage en faveur des personnes, des groupes et des peuples appauvris.

L’auteur-compositeur alternatif Claude Prieur a produit un album intitulé Mangez tous d’l’amour qui va dans le sens de cette conclusion.

L’argent mène le monde
Mais l’argent ne me mènera pas
Car je n’en ai pas !

Je ne suis pas un grand amateur de clip vidéo et les images de celui-ci ne me plaisent pas particulièrement, sauf que la chanson se veut en lien avec les idées que je défends ! Alors en toute simplicité, je vous propose de le visionner en guise de solidarité avec ceux qui n’en ont pas, mais qui ont peut-être, souhaitons-le, plus facilement accès à l’amour…