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TRUMP, un aveuglement des chrétiens

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20160923t1111-0443-cns-trump-catholics-advisory_presQue s’est-il donc passé pour que plus de 80% des chrétiens blancs évangéliques, 60% des protestants et 52% des catholiques aient favorisé Donald Trump au moment de voter, le 8 novembre?

Malgré le bras de fer entre le pape François et le candidat républicain au sujet du mur de 1600 km promis par ce dernier à la frontière avec le Mexique, de même que l’expulsion de 11 millions d’immigrants illégaux, malgré les déclarations de la Conférence des évêques américains qui appelaient, bien sûr, à protéger la vie depuis sa conception jusqu’à sa fin naturelle, mais aussi à soutenir les personnes en situation vulnérable sans oublier les migrants et les réfugiés, les catholiques ont tout de même choisi majoritairement l’homme dont les qualificatifs qui le relient à l’immoralité se sont accumulés durant toute la campagne.

Bien sûr, le nouveau président sera dans ligne de mire de tous les observateurs internationaux.

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Femmes prêtres: « Vraiment? Jamais? »

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Crédit photo: New York Times

Lors de son vol de retour de Suède, où il a pu rencontrer notamment l’archevêque Antje Jackelén, présidente de l’Église luthérienne nationale et bien d’autres femmes prêtres, le pape François a dû répondre à nouveau à la question de l’ordination des femmes dans l’Église catholique. La journaliste, ne se satisfaisant pas de la première réponse, formelle, a insisté : « Vraiment? Jamais? ». Et le pape s’est alors clairement impliqué : «si on lit attentivement la déclaration de saint Jean-Paul, cela va dans cette direction, oui».

Définitive, la déclaration de Jean-Paul II?

Si François a choisi les combats qu’il doit mener pour réformer l’Église, il est clair que celui de l’ordination des femmes ne fait pas partie de sa liste. S’il appelle à revisiter la « théologie de la femme », rien n’indique que le sacerdoce ministériel s’achemine vers une ouverture aux femmes. La lettre de Jean-Paul II semble donc avoir scellé la question aux plus hautes instances de l’Église en prescrivant l’assentiment de tous les fidèles.

En même temps, le fait que François se rende en Suède pour inaugurer le 500e anniversaire de la Réforme luthérienne est tout sauf banal! De plus, aucune contre-indication ne semble avoir été donnée pour les liturgies auxquelles il a participé, en présence de femmes-prêtres et d’une archevêque, vêtues selon la dignité de leur fonction… Ne serait-ce pas déjà une forme de reconnaissance implicite de la validité de leur ordination?

Pourrions-nous, ici, faire une comparaison avec l’accueil de prêtres anglicans mariés dans l’Église catholique? Même si, paradoxalement, ceux-ci sont venus frapper aux portes de l’Église romaine parce qu’ils refusaient l’ordination des femmes dans la communion anglicane, leur ordination a pourtant été parfaitement reconnue par Rome qui leur a accordé une éparchie particulière. Cela a donné lieu à un mouvement de « conversions » de prêtres au catholicisme, emmenant avec eux leurs conjointes !

J’ai connu deux jeunes femmes, il y a quelques années, qui ont choisi d’aller étudier la théologie dans une université anglicane. Au moins l’une d’elle, bien catholique, a demandé à être ordonnée prêtre, ce qui fut fait, en rêvant de pouvoir revenir un jour dans la communion romaine. Si son ordination est valide, comme celles de tous les prêtres transfuges, puisqu’elle a reçu l’imposition des mains par un évêque validement élu, en quoi son sacerdoce différerait-il de celui des hommes qui ont trouvé refuge dans l’Église romaine?

Une dérive théologique?

Le principal motif de l’Église à ne pas vouloir ordonner des femmes réside dans cet argument historique : Jésus n’aurait ordonné que des hommes. Déjà, sur un plan formel, plusieurs questionnent le fait que Jésus ait vraiment « ordonné » des disciples en vue de leur conférer un rôle d’apôtres. Les évangiles confirment bien l’existence des « Douze » qui ont eu, parmi les disciples, à signifier le nouveau peuple de Dieu formé, à l’instar des douze tribus d’Israël, mais dans l’univers symbolique, de douze colonnes (cf. Apocalypse). Par ailleurs, Jésus a souvent privilégié un petit groupe « sélect » de trois disciples, Pierre, Jacques et Jean. Et il aurait bien, selon Matthieu, désigné Pierre comme la pierre de fondation de l’Église. Mais tout cela remonte bien avant toute « structure » ecclésiale et toute « ordination » selon la forme et les rites que lui donneront l’Église bien des années plus tard. Bref, la volonté de Jésus de n’« ordonner » de cette manière que des hommes ne trouve pas de fondement absolu dans la seule lecture des évangiles.

Est-il possible que l’équation « Jésus => homme => apôtres » et « Marie => femme => servantes » soit plus significative pour la Tradition que la seule référence aux évangiles? L’idée étant que pour « représenter » le Christ, il vaut mieux que ce soit un humain du même sexe. Une femme pourrait difficilement être une alter christus (autre christ) en vertu de ses attributs féminins. Celle-ci serait donc plutôt configurée à Marie que son Fils n’a jamais « ordonnée ».

Donc les femmes n’auraient pas, dans leur revendication à l’égalité, à attendre de l’Église qu’elle les appelle à la fonction sacerdotale et encore moins à la succession apostolique. Cela ne paraît-il pas réducteur de la vraie suite du Christ? Suivre le Christ, c’est aimer comme lui, devenir comme lui, agir comme lui. Cela est demandé à tous les disciples, qu’ils soient hommes ou femmes. Imiter Marie, c’est offrir tout son être au projet de Dieu, dire oui à sa volonté, prendre le risque de donner sa vie et de souffrir par amour. En quoi n’y aurait-il que des femmes appelées à un tel fiat? Est-il possible que le sexe du Fils de l’Homme, nécessité inhérente à son incarnation dans notre chair, ait donné lieu à une traditionnelle confusion?

Un grand nombre de chrétiens, y compris des catholiques dont des prêtres et des évêques, ont lu autrement que Jean-Paul II les Écritures et ne sont pas arrivés aux mêmes conclusions irrévocables. Si l’excommunication du moine Luther fut définitive lorsqu’elle fut prononcée, il semble bien que sa « rédemption » soit désormais en voie d’être accomplie avec la complicité du pape actuel. Peut-être bien qu’une lettre d’un saint prédécesseur, malgré la dimension ex cathedra qu’il a clairement voulu lui donner, pourrait un jour être relevée de son caractère définitif?

François et Cyrille, une chance pour la paix

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20160212t0840-2113-cns-pope-patriarch-cuba_presCe qui se passe à Cuba ce 12 février est historique. Pour la première fois depuis le grand schisme de 1054, un patriarche de Moscou, à la tête de la plus importante Église orthodoxe du monde avec ses 90 millions d’âmes, rencontre le pape de Rome.

Ce tête à tête entre Cyrille et François se veut sobre, alors que la signature d’une déclaration commune couronnera l’événement.

Pour les deux Églises, il s’agit d’un moment espéré depuis si longtemps que les fidèles s’étaient résignés à l’attendre jusqu’à la fin des temps! Alors il va de soi, pour les chrétiens des deux confessions, qu’il faut y voir un événement absolument extraordinaire.

La déclaration, même si elle ne pourra qu’être vague et polie, marquera l’histoire parce qu’il s’agit du premier document signé par les deux patriarches après des siècles de méfiance réciproque.

Ce rapprochement est certainement dû, pour une bonne part, au travail de fond des émissaires des deux Églises depuis plusieurs années. L’ouverture du concile Vatican II à l’œcuménisme et sa détermination à ce que l’Église contribue à la paix et à la justice entre les peuples y est également pour quelque chose… C’est comme une semence qui surgit enfin après une attente interminable.

Un geste plus que religieux

Si cette nouvelle est bonne pour les deux confessions chrétiennes, elle l’est sans doute davantage encore pour le monde et son avenir. Car lorsque les croyants se divisent et sont poussés à la haine les uns des autres, à l’instar de leurs nations ou de leurs ethnies, ils

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Mais qui donc ce pape est-il?

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Photo: Shoebat.com

Photo: Shoebat.com

Alors que son passage aux États-Unis le consacre comme l’homme le plus populaire de la planète, certains ont perçu dans le ton et sur le visage du pape François un air de lassitude. Est-ce seulement la fatigue d’un voyage si astreignant pour celui qui approche les 80 ans? Est-ce plutôt l’effort qu’il doit consentir pour être toujours joyeux, accueillant, libre et disponible? Est-ce encore le fait que chacune de ses paroles risque de semer des vagues de débats pour et contre sa personne et ses prises de position? Et si c’était seulement parce qu’il porte secrètement une question tout-à-fait légitime, comme celle que Jésus posait à ses disciples : « Qui dit-on que je suis? » (Cf. Marc 8, 27 ss.)  L’effet de la question est augmenté par le contexte. C’est justement suite à un grand succès de foule que Jésus pose cette question, après avoir réuni plus de 4000 hommes et autant de femmes et d’enfants. Ce décompte d’époque vaut peut-être le million de fans réunis Philadelphie, ce 27 septembre! Alors sur ce visage las, j’ai perçu une inquiétude : « Et si les gens ne comprenaient pas ce que je tente de leur dire? » Tout ceci est hypothétique, me direz-vous. Bien sûr! Alors jouons le jeu et répondons simplement à la question hypothétique.

Pape courage

Certains voient dans le pape un nouveau François d’Assise. Aux prises avec une Église endormie par le poids d’une certaine richesse et surtout par une tradition qui fait peser un lourd fardeau aux baptisés, François se lève et appelle au renouvellement, à la conversion et à la réforme. Renouvellement parce que l’Évangile est toujours neuf. Conversion parce que personne ne peut prétendre l’avoir intégré sans tricher sur l’humilité. Réforme parce que même les structures de l’Église ont besoin d’être adaptées pour réaliser le service commandé par le Christ.

Pape rétrograde

Les sociétés sécularisées disent de lui qu’il est de la lignée de ses prédécesseurs et qu’il ne casse rien de neuf en matière de progressisme : la place des femmes (en Église), l’accès à l’avortement, l’homosexualité, le mariage des prêtres, etc. Il pourrait donc s’appeler Pie IX ou Jean-Paul qu’il ne dirait rien de bien différent! François se situe clairement dans la logique de la tradition de l’Église avec un désir de la pousser vers le monde, pour aller à sa rencontre non pas pour le juger, mais pour le comprendre de l’intérieur. En cela, il rappelle davantage Jean XXIII.

Pape fraîcheur

Pour la masse des gens qui le regardent aller, il est un vent de fraîcheur. Il a le bonheur accroché au visage parce qu’il témoignage de plus grand que lui. Il est Hildegarde par sa profondeur spirituelle et la qualité de sa réflexion devant les grands de ce monde. Il est aussi la petite Thérèse par sa candeur comme lorsqu’il lance devant les médias : « Qui suis-je pour juger? »

Prophète d’un monde à l’avenir incertain

Avec sa dernière encyclique, il est solidaire des nouveaux prophètes de notre monde. Les Naomi Klein et David Suzuki, Hubert Reeves et Albert Jacquard, tous ces hommes et toutes ces femmes qui ont pris à bras le corps le combat contre le fatalisme et la résignation devant la toute-puissance de l’argent, la surconsommation, les inégalités et la domination des riches sur les pauvres. Par-delà ces personnes engagées, il semble seul à voir un horizon lumineux, celui d’un Amour qui le pousse à s’inviter sans cesse dans le concert des nations pour l’avenir du monde.

Il y a bien d’autres modèles qui peuvent servir à marquer un trait ou l’autre de la personnalité du pape François. Mais toutes ces réponses feraient-elles changer sa lassitude en satisfaction? Si l’on regarde ce qu’a fait son maître de Palestine, il est fort probable qu’avant de terminer sa mission, il se montera encore plus déterminé et prendra plus de risques au nom de l’amour.

Enfin, si François me posait à moi la question, comme Jésus l’a posée à ses disciples : « Et toi, qui dis-tu que je suis? » Alors je lui répondrais : « Tu es un fils véritable de l’humanité : le fils de Régina Maria et de Mario José, deux migrants italiens débarqués en Argentine en pleine crise pour la survie; le fils de l’Amérique Latine qui a connu corruption, dictature et luttes pour la dignité et l’égalité de tous; le fils d’une Église de pécheurs et pécheresses qui attisent tes élans de compassion; et surtout le fils bien-aimé du Père qui t’accorde toute sa confiance. » Et vous, que répondriez-vous à votre tour ?

Un pape greenpeace ?

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La première encyclique du pape François marque bien le lien entre le nom qu’il s’est choisi lors de son élection et le saint du 13e siècle qui inspira un grand renouveau dans l’Église. Nous connaissons d’ailleurs François d’Assise pour son amour de la nature dont chaque élément était pour lui une sœur, un frère, tous appelés à louer Dieu pour tant de merveilles!

Pour François, la terre est « notre maison commune » à tous les humains. C’est d’ailleurs à toute l’humanité qu’il s’adresse plutôt qu’aux seuls catholiques. Et il est fort intéressant d’entendre des scientifiques comme Hubert Reeves et d’autres y voir des éléments convaincants pour alarmer les responsables politiques de la planète et permettre une réflexion accessible. Le philosophe Edgar Morin y a même vu l’acte premier d’un appel pour un changement de civilisation!

L’avenir en question

S’appuyant sur des études scientifiques parmi les plus sérieuses, le pape affirme qu’on ne peut plus douter de la réalité du réchauffement climatique qui provoque déjà des dérèglements notoires ayant pour effet de causer des désastres de plus en plus fréquents et plus destructeurs. De sujet réservé au monde scientifique, le changement climatique relève désormais de l’éthique et de la morale, car il affecte des vies bien réelles, en particulier dans des régions parmi les plus pauvres et les plus vulnérables.

«  Malheureusement, selon François, il y a une indifférence générale face à ces tragédies qui se produisent en ce moment dans diverses parties du monde. » Il pointe notre indifférence à tous, mais il se montre plus dur envers les dirigeants politiques qui « semblent surtout s’évertuer à masquer les problèmes ou à occulter les symptômes, en essayant seulement de réduire certains impacts négatifs du changement climatique. »

Pour nous ici, qui hésitons encore à refuser l’exploitation pétrolière et gazière, l’invitation du pape à « s’engager sans retard sur la voie du remplacement progressif des combustibles fossiles et l’accroissement des sources d’énergie renouvelable » devrait nous inciter à bousculer les partis politiques pour qu’ils modifient substantiellement leurs approches de développement en proposant des mesures réellement écologiques.

« Tout est lié, tout nous est donné, tout est fragile. »

C’est ainsi que l’économiste Elena Lasida résume l’encyclique du pape. Ce dernier appelle à une conversion anthropologique et spirituelle profonde qui concerne chaque être humain. Nous sommes invités à ne plus nous positionner « au-dessus », mais comme « inclus dans la nature ». Cela implique une nouvelle manière de nous comporter, non plus comme des exploitants et des dominants, mais comme partie prenante de la nature. Car c’est à nous-mêmes que nous nous en prenons lorsque nous demeurons indifférents aux conséquences de nos choix consuméristes. Il s’agit en sorte d’une écologie intégrale à mettre en œuvre de manière urgente.

Pour François, les pauvres du monde sont les premiers à souffrir de la détérioration de la planète. Alors que nous poursuivons à un rythme soutenu la consommation effrénée et que nous nous condamnons à la croissance économique inconsidérée, nous perpétuons la dévastation de notre environnement et causons des dommages aux populations qui ne peuvent plus qu’aspirer à la migration pour s’en sortir. Le pape ose affirmer ce que peu de gens veulent entendre : « l’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties. » N’en sommes-nous pas là?

François insiste aussi sur la notion de solidarité intergénérationnelle. Pour un grand nombre d’entre nous, la croissance économique du siècle dernier a permis l’amélioration sensible de nos conditions de vie. Nous savons que les générations nouvelles n’auront pas accès à un tel niveau de vie. Nous leur laissons une planète en sale état et une hypothèque accablante qu’elles devront assumer pour inverser le cours des choses. Le pape croit qu’une juste distribution de la richesse et des ressources est possible et qu’elle constitue la base de toute politique réellement humaine pour que le monde ait un avenir, pour que nos enfants puissent jouir sainement, eux aussi, de notre « maison commune ».

Non, il ne s’agit pas de revendications à la manière de militants écologistes. Le pape réclame une conversion qui doit commencer maintenant. Elle est l’affaire de toutes et de tous, des élus certainement, mais en commençant par vous et moi.

Miséricorde, bien sûr! Mais encore?

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Avec le Synode des évêques sur la famille qui vient de se clore, peut-être n’avons-nous jamais autant lu ou entendu les mots « miséricorde » et « vérité », soit pour les opposer, soit pour les accorder, soit encore pour en privilégier l’un plutôt que l’autre. Depuis quelque temps, je me dis qu’il y a quelque chose qui cloche avec cette perception que les couples divorcés-remariés ou encore les personnes homosexuelles (seules ou en union) ont nécessairement besoin d’être vus comme ayant besoin de miséricorde pour que l’Église leur accorde de l’attention. Et c’est ici que je me dis: « en réalité, pas plus que moi! » En effet, moi qui suis marié comme un bon catholique, qui pratique encore sa religion en assistant à la messe et qui s’occupe plutôt bien de sa famille, oui moi, j’ai pourtant bien besoin de la miséricorde divine tout autant que ceux et celles dont on a discuté (sans eux bien sûr) durant toute une année et dont on parlera encore toute l’année qui vient.

Voir le bonheur et s’en réjouir

Un amour imparfait… comme le mien!

Ce qui me chicote, en fait, c’est l’incapacité de considérer le bien qui se fait en « territoire peccamineux ». Je m’explique, si mon statut par rapport à l’Église est « ok », celui des divorcés-remariés et des personnes homosexuelles « actives » est, selon la « doctrine vraie et immuable »: « vivent dans le péché ». Comme il s’agit de leur statut permanent, leur contexte est donc toujours marqué par la réalité objective du péché. C’est pourquoi l’Église veut leur prodiguer la miséricorde divine, non sans avoir préalablement brandi la vérité sur leur condition d’existence que Dieu ne peut que réprouver.

Or, il se trouve bien des témoins tout aussi crédibles partout autour de nous qui voient les choses différemment en observant la vie au sein d’un grand nombre de familles recomposées et d’autant d’unions homosexuelles. Plusieurs y reconnaissent de belles valeurs. Par exemple, ces couples formés de divorcés qui s’efforcent d’instaurer dans leur foyer une atmosphère de sérénité. Ils tentent de faciliter les choses pour leurs enfants dont certains peuvent être partagés entre un « nid » et l’autre. Ils font en sorte que leur adaptation soient la plus aisée possible et qu’ils ne cessent de se sentir aimés. Ils sont même parfois ouverts à la vie en projetant d’ajouter à leur progéniture. À la suite d’un premier échec conjugal, ils connaissent les chemins risqués ou dangereux pour leur fidélité et sont devenus habiles pour les éviter. L’amour qu’ils dégagent dans leur couple devient rayonnant. Il est bon d’être avec eux et ils font du bien autour d’eux. Si quelque témoin observait tout cela dans ma propre maison, il dirait certes : « Voilà un couple qui accomplit remarquablement bien sa mission chrétienne dans le monde en faisant rayonner l’amour divin dans son foyer ». Mais c’est là que le bât blesse: ces couples se sont écartés de la vraie voie et l’Église dont je suis ne cesse de le leur rabâcher afin qu’ils ne l’oublient jamais. C’est ainsi qu’on les prive officiellement de bénédictions et d’eucharistie pour les maintenir en état de pénitence publique. Comment pourrait-on alors reconnaître que tout ce qu’ils font de bien et de bon, tout ce qu’ils ont réparé à la suite de leur première union, tout ce qu’ils ont mis en oeuvre pour le bien de leurs enfants, tout ce qu’ils font dans la société en gagnant honnêtement leur vie, aurait à voir avec l’Évangile et les commandements du Dieu?

Famille recomposée

Il en est de même pour certains couples homosexuels. À l’Association Emmanuel, nous avons choisi de ne pas refuser les couples gais qui se proposent d’adopter des enfants en grand besoin d’amour en raison de leurs différences. C’est ainsi que nous pouvons voir, année après année, des familles où grandissent ces enfants entourés du même amour que celui qui est prodigué par des familles « ok » comme la mienne. L’amour des parents n’est-il pas nourri par la source de tout amour? Et cet amour pour des enfants qui, pour toutes sortes de raisons, n’ont pas été gardés par leurs parents biologiques lorsqu’ils ont découvert leurs « particularités », peut-il venir d’ailleurs que du coeur du Père céleste et sa préférence pour les plus petits?

Moi je le dis humblement: il y a parmi ces couples certains qui m’édifient et qui m’inspirent. Si c’est là l’oeuvre de leur vie pécheresse, comment se fait-il que je grandisse à les côtoyer? L’amour et le bien peuvent-ils provenir d’autre part que de Dieu lui-même? Le diable se mettrait-il à faire le bien pour confondre les vrais chrétiens? Possible, mais ce n’est pas l’expérience que j’en fais.

Mais oui, il y a aussi la vérité, celle qui confronte chaque personne humaine pour qu’elle devienne plus vraie; mais aussi celle avec un grand V qui nous indique que nos vies ne respectent que rarement la rigueur à laquelle la religion nous interpelle. Que faire de cette Vérité? D’abord la chercher en nous-mêmes car elle y est inscrite. Et voir comment nous pouvons, dans une perspective qui respecte la croissance humaine, nous y conformer peu à peu, avec l’assistance miséricordieuse de l’Église!

Miséricorde pour tous!

La miséricorde ou la compassion qui vient du coeur aimant de Dieu est infiniment plus puissante que celle que nous pouvons nous-mêmes accorder à quiconque. Or, il se trouve que nous sommes tous faillibles et qu’en tellement d’occasions nous « péchons » en ne faisant pas le bien que nous aurions dû faire, en ayant des pensées destructrices, de jugement ou de haine, en disant des choses qui blessent ou qui intimident. Oui, en ce sens nous sommes tous pécheurs et avons tous besoin de nous en remettre à la grâce divine car Dieu seul est juge de nos vies.

Puisque nous sommes tous dans le même bain du « mal » qui nous entoure, devenons davantage solidaires du bien que nous nous efforçons de réaliser dans nos propres vies. Sachons reconnaître le bien partout où il s’accomplit et bénissons toutes les personnes, peu importe leur condition de vie, afin qu’elles poursuivent résolument dans la voie de cette option fondamentale dont Dieu se réjouit, car c’est cette option pour le bien qui rend le monde meilleur et qui peut le mieux honorer notre Créateur.

 L’amour, c’est de trouver sa joie dans le bien; le bien est la seule raison de l’amour. Aimer, c’est vouloir faire du bien à quelqu’un. (saint Thomas d’Aquin, XIIIe siècle)

« Vous m’avez accueilli »

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Cet article est le vingt-troisième de la série intitulée “En quête de foi” publié dans l’édition d’octobre 2014 du Messager de Saint AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle.

Le banc du quêteux

De nombreuses personnes d’un certain âge ont le souvenir d’une table familiale où il y avait un couvert de plus que le nombre de places prévues pour le repas. On raconte même que c’est souvent le père qui tenait à cette habitude. En effet, on ne savait jamais quand pouvait se présenter le « quêteux » des environs ou n’importe qui, à l’improviste. Cette tradition de charité chrétienne a duré longtemps. Pour plusieurs, c’était une façon de répondre à l’interpellation de Jésus qui invite à accueillir l’étranger. Cet étranger, anonyme ou non, se révèle être Jésus lui-même, car le Seigneur s’invite effectivement à manger chez ceux et celles qui l’entendent frapper à leur porte (cf. Apocalypse 3,20).

Menace ou richesse ?

Lorsqu’un invité surprise s’installait à table, la plupart du temps assez gêné de se retrouver là avec toute la famille, tous les regards pointaient vers lui. Ce soir-là, la conversation allait bon train. Les enfants posaient des questions ou lui faisaient raconter des anecdotes ou bien il donnait des nouvelles d’ailleurs. L’horizon familial s’élargissait grâce au regard de l’étranger sur le monde externe. Rarement a-t-on entendu des expériences qui tournaient mal. L’étranger accueilli avec sa différence savait se comporter correctement et respecter ses hôtes en exprimant sa reconnaissance. Pouvait-il être une menace pour la famille ? Possible, mais exceptionnel.

Si la tradition du repas ouvert à l’étranger s’est plutôt dissipée avec le changement de nos habitudes familiales, il n’en reste pas moins que notre société est demeurée très largement hospitalière. L’immigration par vagues successives en témoigne. Au tournant des années quatre-vingts, par exemple, des réfugiés du sud-est asiatique sont arrivés par milliers au Canada et au Québec et ont pu s’intégrer harmonieusement notamment grâce à l’accueil des communautés chrétiennes. Depuis quelques années, le Québec a choisi de privilégier les immigrants qui parlent français afin de faciliter leur intégration. De ce fait, des migrants d’Afrique et du Maghreb répondent plus massivement.

Nous nous trouvons donc, nous catholiques, avec une situation qui peut s’apparenter à celle du couvert excédentaire dans nos familles. Quelle place pouvons-nous faire à ces étrangers ? Ceux et celles qui désirent s’installer ici, y élever leurs enfants, vivre en harmonie avec les autres tout en conservant les éléments de leur culture, ne peuvent-ils pas contribuer à nous ouvrir sur le monde, élargir notre horizon, nous faire encore davantage appartenir à une humanité riche de ses différences ?

Si l’accueil de l’étranger fait bien partie des valeurs chrétiennes, ne sommes-nous pas invités à l’adapter à notre nouvelle réalité ? Ne devons-nous pas transformer cette tradition en la faisant passer de la table ouverte au « quêteux » à celle qui s’ouvre, par exemple, à cette famille nouvellement établie à proximité et qui n’a pas encore eu la chance de nous connaître ? En posant un geste inclusif à l’endroit d’une personne d’origine étrangère, nous répondons à l’appel de Jésus qui en fait même un « critère » de choix pour faire partie des « bénis de son Père » : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. » (Matthieu 25, 38)