Schisme, concile : options pour sortir de la crise?

Le pape François prie pour les victimes d'abus sexuels devant une chandelle dans la pro-cathédrale St. Mary's à Dublin, en Irlande, le 25 août 2018.

CNS photo/Paul Haring

Le voyage du pape François en Irlande et ses discours de mobilisation pour les familles auront été occultés de façon spectaculaire par les nouvelles provenant des États-Unis, tant avec la révélation du scandale des 300 prêtres pédophiles, que la destitution d’un proche, le cardinal Theodore McCarrick, accusé d’abus sexuels, et plus encore par les allégations de l’ex-ambassadeur du Vatican à Washington de 2011 à 2016, accusant le pape lui-même d’avoir couvert le haut personnage pendant ses années de pontificat.

La longue lettre de Mgr Carlo Maria Vigano a fait l’objet de nombreuses dénonciations et attaques contre son auteur. Je ne reviendrai pas sur le caractère controversé du personnage ni sur l’intérêt qu’il aurait de se prêter au jeu des antipapes. Les allégations sont extrêmement graves et si les faits étaient avérés, cela pourrait achever l’œuvre en cours de destruction de la confiance en l’institution deux fois millénaire.

Comprenons cependant que, depuis Vatican II (1962-65), de nombreuses franges ultraconservatrices militent pour une restauration de la grandeur de l’Église par la réaffirmation de son autorité sur les pouvoirs civils tout autant que par le renforcement de son enseignement doctrinal. Celles-là regrettent que l’Église s’écrase devant les États, s’abaisse à jouer dans l’œcuménisme en allant même jusqu’à reconnaître une valeur positive aux autres religions et surtout qu’elle perde son influence morale sur les mœurs des catholiques eux-mêmes.

Le refus de l’évolution de l’Église et de quelque aspect de sa doctrine constitue le fer de lance de ces gardiens de la tradition qui n’attendent que le moment propice pour réinstaurer la «vraie papauté».

La bougie d’allumage

Dans le contexte du scandale qui frappe l’Église catholique aux États-Unis, voici que ces objecteurs semblent avoir trouvé l’angle d’attaque pour forcer François à quitter son siège. En pourfendant la «culture homosexuelle», qu’ils conçoivent comme un «homo-progressisme» laxiste causant de la déchéance de l’Église, dont la pédophilie de masse serait la conséquence, ceux-ci se servent de la vague d’indignation pour justifier leur vision. En purgeant l’Église de tous ces prêtres déviants, des pervers qui l’ont envahie, de ceux qui les ont protégés jusqu’au plus haut niveau, ils croient pouvoir redorer son blason et assurer qu’elle peut encore se maintenir contre vents et marées.

Prenant le relais des titres accrocheurs, de nombreux commentateurs ont ciblé le pape, critiquant l’usage malheureux du mot «psychiatrie» en répondant à une question sur l’homosexualité d’un enfant. Des raccourcis injustes ont eu pour effet de détourner l’intention du cœur de sa réponse: inviter à soutenir les parents dans leur rôle d’accueil, de reconnaissance et d’accompagnement de leur enfant présentant une orientation homosexuelle pour une vie plus harmonieuse.

Il s’agit pourtant d’une position plus explicite encore que celle qu’il avait exprimée lors du retour d’un voyage semblable en 2013 avec son fameux «qui suis-je pour juger?». Le pape François donne de l’eau au moulin de ses détracteurs catholiques qui l’accusent d’avoir laissé les «lobbys gais» s’emparer de l’Église.

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Prêtre catholique: le sacré s’épuise

«Il y en a bien quelques-uns qui aspirent encore à un monde rêvé dans lequel la religion serait dominante et s’imposerait à tous. Mais ne pouvons que nous réjouir du fait que désormais les «hommes de Dieu» sont d’abord vus comme des hommes tout court.»Photo: pixabay

L’été est pour plusieurs l’occasion de prendre part à un mariage ou un baptême. C’est en voyant récemment des gens rassemblés pour un sacrement que je repensais à l’histoire du prêtre-gifleur qui a choqué tant de monde il y a quelques semaines.

Partagée des milliers de fois, la fameuse vidéo montrant un vieux prêtre catholique de 89 ans giflant un bébé de six mois pour qu’il cesse de pleurer n’a pas manqué de faire scandale, bien sûr avec raison. Ce qui m’étonne toutefois, c’est l’ampleur de la réaction chez les catholiques bien rangés, conduisant l’évêque de ce prêtre trop âgé à le suspendre de toutes célébrations de baptême et de mariage.

Reculons de quelques dizaines d’années seulement… À une époque où les médias sociaux n’existaient pas, une telle frasque n’aurait jamais fait l’objet de retentissement. Les parents de ces générations n’auraient probablement même pas osé critiquer ouvertement le curé et encore moins lui retirer leur enfant des mains.

Indépendamment de la «violence» du geste posé par le célébrant, visiblement en perte de moyens devant un enfant en crise, il y a derrière cette histoire relativement banale quelque chose qui se révèle possiblement comme un signe des temps.

Une Église à bout d’âge…

La moyenne d’âge des prêtres en Amérique du Nord et en Europe dépasse largement l’âge de la retraite. Dans la société en général, quiconque a passé cet âge peut toujours continuer à rendre des services, mais on ne lui demande que ce qu’il est en mesure de faire, adaptant les tâches en fonction des capacités.

Mais dans l’Église, la relève sacerdotale n’est pas suffisante pour réaliser les tâches courantes. Lorsqu’on ne trouve plus de prêtre actif pour un baptême, un mariage ou des funérailles, le premier réflexe est de chercher parmi les collaborateurs retraités. Si vous demandiez à quelques prêtres qui font partie de cette catégorie, vous seriez surpris de constater leur contribution encore importante, année après année, la maladie étant la seule justification d’un retrait non culpabilisant. On leur demande trop et durant trop longtemps. Ils répondent «présents» alors qu’ils ne le devraient pas. Que faire?

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Église et autochtones: dur temps pour la réconciliation

Le chroniqueur Jocelyn Girard témoigne de son expérience lors d'un rassemblement avec des autochtones au sanctuaire marial de Notre-Dame-du-Cap les 31 mai et 1er juin 2018.

Photo: Archives Présence/Philippe Vaillancourt

Je me suis fait le cadeau de participer à la deuxième rencontre autochtone, rebaptisée « rencontre interculturelle », à l’invitation du père Bernard Ménard et quelques amis engagés dans le dialogue avec les Premières Nations. L’événement avait lieu les 31 mai et 1er juin, au sanctuaire Notre-Dame-du-Cap.

Entre la rencontre de 2017, remplie d’espérance, et celle de cette année, il y a eu «l’affaire Joveneau», puis la débâcle de la lettre de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), à propos des non-excuses du pape François. Ces deux événements constituaient un fort répulsif face à toute initiative de rapprochement.

Certains responsables ont pensé qu’il fallait annuler, car la colère bien sentie parmi les autochtones ferait en sorte d’en décourager plus d’un de venir ou revenir au Cap-de-la-Madeleine. Mais l’équipe a fait le choix de rester dans le mouvement de l’esprit de la rencontre et de la réconciliation. Gardant le cap sur la vérité, ils ont même choisi d’ajouter un atelier avec une question: «après la lettre des évêques, où l’Esprit nous conduit-il?»

Transparence oblate

Parlons tout d’abord du «bon dieu de la Romaine», dont les exactions font désormais l’objet de dénonciations qui s’accumulent et qui témoignent de la profonde perversion de cet homme. Lors de son allocution, Luc Tardif, supérieur provincial des Oblats, a déclaré: «L’affaire Joveneau et la commission d’enquête sur les femmes autochtones assassinées et disparues nous ont rappelé à quel point notre passé même récent est parfois ténébreux. Heureusement, des victimes ont le courage de s’exprimer et de se manifester.» Poursuivant, il a ajouté: «Les oblats ont fait et refont chaque jour l’option de la vérité, de la justice et de la compassion, dans cette affaire comme dans les autres. Il n’y a plus de place pour le silence, la complicité ou l’inaction: nous devons agir.»

Les oblats, en choisissant de se laisser confronter par les autochtones qui viendraient au sanctuaire marial, ont, à travers les mots du père Tardif, rappelé que le temps est à la vérité pour «que l’horizon ultime soit la guérison et la réconciliation».

Un évêque pour écouter…

Non sans un certain courage, Mgr Marc Pelchat, évêque auxiliaire de Québec, s’était invité au cercle de parole portant sur la lettre de ses confrères de la CECC. À ma grande surprise, il n’a pas tardé à exprimer sa honte face à ce désastre de communication. Selon lui, la conversation entre évêques n’est pas terminée. Cette lettre n’a pas fait l’objet d’un consensus et semble avoir été publiée hâtivement en vue de répondre aux pressions exercées par le gouvernement Trudeau pour que le pape François vienne présenter les excuses de l’Église catholique tel que le demande la recommandation #58 du rapport de la Commission de vérité et réconciliation. La prière humble et l’écoute de Mgr Pelchat ont visiblement touché les personnes autochtones présentes dans le cercle.

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Pensionnats et évêques : un vice structurel

«Nous faisons face à un vice de structure qui engendre un déficit de compassion», écrit le chroniqueur Jocelyn Girard au sujet de la position de la CECC.

Photo: Présence/Philippe Vaillancourt

La colère est bien perceptible parmi les peuples autochtones et au sein des groupes qui leur sont proches face à la demande repoussée ou reportée par les évêques canadiens de demander au pape de venir présenter des excuses officielles pour la participation complice de l’Église catholique au Canada dans la gestion des pensionnats autochtones.

On a vu à deux reprises les hauts responsables de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) chercher à se décharger de ne pas pouvoir présenter des excuses en leur nom et à justifier que le pape n’ait pas à le faire. Leur tentative d’interférer dans le processus parlementaire s’ajoute à leur effort de se disculper face à ce que l’on reconnaît désormais comme un génocide culturel. Pour eux, les excuses relèvent surtout des instances impliquées directement dans cette affaire: des diocèses et des congrégations religieuses, qui ont déjà présenté des excuses formelles.

Ainsi, ni la CECC, ni le Saint-Siège n’auraient eu un rôle à jouer au cours des cent ans d’assimilation forcée des enfants des Premières Nations, des Inuits et des Métis qui sont passés par les pensionnats catholiques.

Décoder la structure de l’Église

Depuis Vatican II, on ne cesse de désigner, soit pour le dénoncer soit pour le légitimer, le modèle d’autorité pyramidal de l’Église catholique. Le précédent concile, en 1870, avait pavé la voie au triomphe de l’ultramontanisme, l’autorité du pape et son infaillibilité étant portées à des sommets historiques inégalés. Cette apogée était particulièrement sentie au Canada où les évêques étaient d’emblée derrière cette vision d’une Église centrale puissante dans un contexte où, localement, ils avaient souvent besoin du soutien du Vatican pour se faire respecter et pour conserver les privilèges accordés par l’État aux Églises.

Des archives semblent montrer que des évêques ont parfois eu maille à partir avec le gouvernement fédéral, notamment pour réclamer un traitement égal entre les pensionnats sous leur responsabilité et ceux des autres Églises. Par ailleurs, des échanges de correspondance traitant de ce sujet entre les pères oblats et leurs autorités à Rome ont bel et bien eu lieu durant les années où le régime des pensionnats était en force. Cela démontre qu’à Rome, on ne pouvait pas ne pas être au courant de cette situation et qu’un silence peut, encore aujourd’hui, être perçu comme une non-intervention complice de politiques assimilatrices.

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Les sacrifices de nos contemporains*

est-ce-possible-de-concilier-chocolat-et-regimeNombreux sont les gens d’un certain âge qui se rappellent des exigences chrétiennes d’autrefois, à commencer par « les sacrifices » qu’il fallait faire pour plaire au Seigneur. Malgré la déconnexion des plus jeunes générations, celles-ci savent vaguement en quoi consiste le carême, ayant souvent reçu des témoignages de parents ou de grands-parents qui ont pu leur paraître comme des mœurs étranges!

En effet, l’idée de se priver de chocolat ou de petites gâteries pendant les 40 jours que dure le carême peut sembler inaccessible à des esprits contemporains : « Si Dieu nous aime vraiment, pourquoi se plairait-il à nous voir nous sacrifier de quoi que ce soit? Prend-il plaisir à nos sacrifices? »

Une réponse à l’amour

Dans la Bible, nous lisons l’histoire d’amour-jalousie-trahison-réconciliation entre un peuple et son Dieu. On nous raconte comment les Hébreux ont fait l’expérience d’avoir été accompagnés, soutenus et sauvés par « Je suis », le nom du Seigneur. Cette conviction de la présence divine agissante s’est ainsi poursuivie chez les chrétiens jusqu’à aujourd’hui. Dieu agit et il fait alliance. Son unique dessein est de créer par amour. Il ne peut pas se montrer insensible aux créatures qui lui répondent, comme la petite-fille qui fait craquer son grand-papa alors qu’elle se lance sans hésiter dans ses bras tendus. Certes, il ne négligera pas les autres, mais il ne pourra résister à l’amour rendu.

Être aimé, tout simplement, en avoir la certitude intérieure, c’est l’expérience la plus fondamentale pour l’être humain. C’est ce qui l’aide à se situer dans la vie, à faire confiance aux autres et à grandir harmonieusement. Cet amour appelle une réponse, pas une obligation. Nous savons combien une relation amoureuse est à risque si elle est basée sur des contraintes qui s’imposeraient à l’un et l’autre partenaires.

Du sacrifice au don de soi

man-2806396_1920Par amour pour son conjoint ou sa conjointe, ses enfants ou ses parents, une personne est capable de donner beaucoup d’elle-même. Et c’est ce que nous observons encore. Quelle mère ne se lève pas la nuit pour voir à son enfant qui pleure? Quel frère ne se rend pas chez sa sœur pour lui donner un coup de main lorsque le sort s’abat sur elle? L’entraide n’est pas forcément un mouvement naturel, c’est un geste d’amour. Et certains sont capables, par amour, de donner leur vie pour d’autres humains et ce, même sans les connaître. Ça peut aller loin, l’amour, y compris jusqu’à la mort.

Entre la barre de chocolat en moins et le don véritable de son temps à une personne dans le besoin, il y a fort à parier que Dieu a une préférence pour le second. Mais il peut s’accommoder aussi du petit sacrifice personnel, car il n’attend rien de nous puisque l’amour est gratuit. Nous n’attendons rien d’un enfant à qui nous donnons tout pour son bien. Mais si ce dernier répond momentanément par un petit geste, une petite attention, notre cœur s’emporte de joie.

Sachons voir ces petits gestes, ces attentions que les plus jeunes donnent généreusement et réjouissons-nous, comme le Seigneur, de tout ce qui contribue à la justice en ce monde.

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* Ce texte a été initialement publié dans Le Messager de Saint-Antoine, parution de mars 2018.

Le Christ par-ci, le Christ par-là là

JeanTremblay YGreck

Crédit: http://ygreck.typepad.com/ 

Dans une semaine, le règne de Jean Tremblay se terminera à Saguenay. Faisant partie d’un groupe peu envié de personnages qui comptent parmi les plus ridiculisés au Québec, il aura pourtant eu les coudées franches durant vingt ans pour terroriser celles et ceux qui ont tenté plus ou moins directement de s’opposer à ses idées.

Mon propos concerne moins ses invectives blessantes qu’il a adressées à quiconque s’est trouvé dans sa mire que ses allusions à la personne du Christ qu’il a plus d’une fois instrumentalisé pour ses propres intérêts, pour justifier certains de ses combats ou tout simplement pour se défendre d’être comme il est.

La plus récente allusion concerne justement ses réactions à l’emporte-pièce au Conseil de Ville qu’une journaliste qualifiait de « durs »! Il s’est empressé de légitimer une telle posture en la ramenant sur son terrain de prédilection, la religion : « Pensez-vous qu’il y a des paroles plus dures que celles du Christ ? C’est mon modèle. Il m’a inspiré. »

Regardons de plus près ce « modèle ». Jésus s’est-il montré si dur que Jean Tremblay l’affirme? La réponse est… oui. Car Jésus a été souvent confronté à l’incompréhension des foules et même de ses disciples ainsi qu’à l’hypocrisie des gens, surtout des responsables religieux. Voici quelques exemples des paroles dures à entendre :

  • « Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : «Seigneur, Seigneur», qui entreront dans le Royaume des cieux, mais seulement ceux qui font la volonté de mon Père qui est dans les cieux. » (Mt 7,21)
  • « Je vous le dis, si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez sûrement pas dans le Royaume des cieux. » (Mt 5, 20)
  • « Va-t’en! Derrière moi, Satan! » (Mt 16, 21)
  • « Si ta main entraîne ta chute, coupe-la;… et si ton oeil entraîne ta chute, arrache-le » (Lc 8,43-47)
  • « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses soeurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » (Lc 14,25-26)
  • « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et qu’il me suive. En effet, qui veut sauver sa vie, la perdra; mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile, la sauvera » (Mc 8,34-35)

Et des paroles encore plus dures envers ceux et celles qui abusaient de leur pouvoir :

  • « Vous voilà bien, vous, les pharisiens! C’est l’extérieur de la coupe et du plat que vous purifiez, alors que votre intérieur est plein de rapacité et de méchanceté. » (Lc 11, 39)
  • « Malheur à vous, pharisiens, parce que vous aimez le premier siège dans les synagogues et les salutations sur les places publiques! » (Lc 11, 43)

On pourrait passer de longues minutes de lecture si on mettait à la suite tous les passages qui montrent un Christ « dur ». Ce n’est pas pour rien qu’un scribe se permit une remarque : « Maître, en parlant de la sorte, tu nous insultes, nous aussi! » (Lc 11, 45). Il peut sembler difficile de mettre en relation de telles paroles avec l’auto-affirmation de Jésus qui se dit « doux et humble de coeur » (Mt 11,29). Et pourtant…

Imitation de Jésus-Christ

Jean Tremblay a sans doute connu le fameux petit livre publié à la fin du XIVe siècle et intitulé L’imitation de Jésus-Christ. Ce livre est une profonde méditation sur la vie du Christ et un appel à imiter ses attitudes, surtout celles concernant sa profonde humilité, lui qui s’en est toujours remis à Dieu pour tout ce qu’il a fait. Je me propose donc de souligner quelques passages qui valent pour toute personne, à commencer par moi-même, et qui ne peuvent pas ne pas s’adresser à notre vertueux maire…

Dès la première page, il est écrit : « Que vous sert de raisonner profondément sur la Trinité, si vous n’êtes pas humble, et que par-là vous déplaisez à la Trinité ? » Et plus loin : « Ne rien s’attribuer et penser favorablement des autres, c’est une grande sagesse et une grande perfection. »

L’auteur médiéval va plus loin, s’inspirant toujours de la figure de Jésus:

« Ne vous estimez pas meilleur que les autres; peut-être êtes-vous pire aux yeux de Dieu, qui sait ce qu’il y a dans l’homme. Ne vous enorgueillissez pas de vos bonnes oeuvres, car les jugements de Dieu sont autres que ceux des hommes, et ce qui plaît aux hommes, souvent lui déplaît. S’il y a quelque bien en vous, croyez qu’il y en a plus dans les autres, afin de conserver l’humilité. »

Si ce livre a connu une diffusion ininterrompue depuis 600 ans, c’est sans doute qu’il a dû frapper assez juste sur ce que c’est que d’avoir pour modèle le Christ lui-même.

Imiter Jésus est une chose, s’imaginer être à sa place en est une autre ! Si Jean Tremblay s’est plu à pourfendre ses adversaires, ce n’était certes pas pour défendre le Christ, comme lui-même défendait la Vérité, mais bien plus souvent pour les envoyer paître de la manière la plus vile. Dire tout et son contraire, accuser l’un et ridiculiser l’autre, sont des manières qui n’ont rien à voir avec le modèle allégué du maire Tremblay.

En tant que croyant ayant pour modèle le même personnage que celui du maire sortant, je me suis senti profondément vexé chaque fois que Jean Tremblay a usé de son baptême pour frapper des gens du haut de son pouvoir, car si le Christ a dû user de mots « durs » pour faire passer son message, jamais il n’a manqué de respect envers ses interlocuteurs et jamais il ne leur a fermé la porte à un vrai dialogue, allant même jusqu’à accueillir un éventuel adversaire en pleine nuit pour lui éviter des représailles. C’est encore lui qui a montré le chemin ultime du pardon lorsqu’il a affranchi ses bourreaux sur la croix.

Blessé par les attitudes incompatibles de Jean Tremblay avec notre foi commune, j’aspire de sa part à une demande de pardon sincère adressée à toutes les personnes qu’il a sciemment offensées au cours de sa vie publique… C’est peut-être de cette façon qu’il pourra montrer de la manière la plus authentique qu’il est un vrai disciple du doux et humble Jésus.

Sous respirateur, l’Église peut-elle renaître au Québec?

Église Saint-Charles-Borromée, à Québec. Photo de 2016.
Église Saint-Charles-Borromée, à Québec. 2016. (Photothèque Présence/P. Vaillancourt)

NDLR : l’auteur évoque un mouvement important qui se passe dans l’Église catholique depuis l’arrivée du pape François. Ce dernier, dans sa première encyclique, publiée en 2013, voulait une Église «en état permanent de mission». Dans la foulée, les évêques du Québec ont publié l’an dernier un document intitulé «Le tournant missionnaire des communautés chrétiennes». Dans la même veine s’est tenu, à l’Université Laval en août 2017, un colloque concernant plus spécifiquement l’application de ce virage à l’initiation et à la formation des croyants.

J’ai participé au colloque intitulé «Au cœur de la foi, la mission! Prendre le tournant missionnaire en formation à la vie chrétienne». Pour l’Église catholique du Québec, il faut reconnaître que d’avoir pu réunir ensemble 400 personnes engagées à plusieurs titres constitue le plus grand happening du genre à survenir depuis longtemps.

Et pourtant, malgré une organisation bien ficelée, il pourrait ne pas donner les fruits attendus.

Virage de bord?

Je travaille moi-même dans ce domaine de formation qui regroupe tout autant l’initiation chrétienne des petits enfants que la catéchèse aux différents âges de la vie. Comme bien des collègues, je tente de pousser ce mouvement chez nos «agents et agentes de terrain» pour modifier considérablement nos approches, notre vision du monde. Mais je dois avouer que les changements sont à peine perceptibles.

Un colloque à ce moment de la vie de l’Église devait frapper dans le mille. Pour donner le ton, les organisateurs avaient fourni aux participants un «Journal de virage de bord», un jeu de mots invitant ces derniers à une véritable conversion, y compris pour les évêques présents.

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