Sous respirateur, l’Église peut-elle renaître au Québec?

Église Saint-Charles-Borromée, à Québec. Photo de 2016.
Église Saint-Charles-Borromée, à Québec. 2016. (Photothèque Présence/P. Vaillancourt)

NDLR : l’auteur évoque un mouvement important qui se passe dans l’Église catholique depuis l’arrivée du pape François. Ce dernier, dans sa première encyclique, publiée en 2013, voulait une Église «en état permanent de mission». Dans la foulée, les évêques du Québec ont publié l’an dernier un document intitulé «Le tournant missionnaire des communautés chrétiennes». Dans la même veine s’est tenu, à l’Université Laval en août 2017, un colloque concernant plus spécifiquement l’application de ce virage à l’initiation et à la formation des croyants.

J’ai participé au colloque intitulé «Au cœur de la foi, la mission! Prendre le tournant missionnaire en formation à la vie chrétienne». Pour l’Église catholique du Québec, il faut reconnaître que d’avoir pu réunir ensemble 400 personnes engagées à plusieurs titres constitue le plus grand happening du genre à survenir depuis longtemps.

Et pourtant, malgré une organisation bien ficelée, il pourrait ne pas donner les fruits attendus.

Virage de bord?

Je travaille moi-même dans ce domaine de formation qui regroupe tout autant l’initiation chrétienne des petits enfants que la catéchèse aux différents âges de la vie. Comme bien des collègues, je tente de pousser ce mouvement chez nos «agents et agentes de terrain» pour modifier considérablement nos approches, notre vision du monde. Mais je dois avouer que les changements sont à peine perceptibles.

Un colloque à ce moment de la vie de l’Église devait frapper dans le mille. Pour donner le ton, les organisateurs avaient fourni aux participants un «Journal de virage de bord», un jeu de mots invitant ces derniers à une véritable conversion, y compris pour les évêques présents.

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Les repousses de l’Évangile

Voici le vingt-septième article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition d’avril 2015 du Messager de Saint-AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle. Les destinataires de cette série sont des gens bien enracinés dans l’Église catholique. 


 

L’expression « seconde évangélisation » réfère à l’évangélisation d’un peuple qui a déjà manifesté de manière étendue une adhésion à la foi chrétienne et pratiqué ses rites (sacrements). Tel fut le cas du Canada-français. Nous naissions dans une famille catholique et nous étions baptisés et élevés dans un contexte social où le religieux était partout. Et nous recevions, à même notre éducation scolaire, ce qu’il fallait pour être équipés pour la mission.

Le monde a bien changé

Mais voici que les enfants naissent dans des conditions totalement différentes ! La plupart sont accueillis dans des familles qui n’ont plus de lien significatif avec l’Église, même si une certaine partie d’entre elles continue de requérir les sacrements. Il s’agit, selon bien des agents pastoraux, d’un reliquat de coutumes bien plus que des démarches de foi explicite.

Depuis l’exode des baby-boomers, l’Église a bien changé. La pratique hebdomadaire est devenue une affaire de « résistants » dont la détermination est anachronique pour le reste du monde. Les deux générations qui ont suivi – les X et les Y – ont eu de moins en moins de contacts avec l’Église. L’arrivée des Z (nés après 1995) permet de croire que ceux-ci auront été épargnés massivement de l’hostilité de leurs arrière-grands-parents, par « évaporation progressive » du transfert intergénérationnel.

Deuxième annonce

L’Évangile doit sans cesse être annoncé. Le pape François ne cesse de le rappeler. Or, dans un peuple qui l’a déjà reçu et vécu au point d’imprégner toute sa vie sociale, il faut entrer dans la seconde évangélisation. Spécialiste de la catéchèse, Enzo Biemmi, explique que cette « deuxième première annonce » est beaucoup plus compliquée que la première ! « Elle demande une action d’assainissement du terrain, une aide pour désapprendre avant d’apprendre, pour quitter les résistances qui viennent de fausses représentations de l’Eglise, des visions déformées de Dieu et de tout ce qui concerne la foi chrétienne ».[1]

Les jeunes sont curieux des approches spirituelles

Biemmi cite un proverbe africain : « Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse ». C’est l’impression que nous avons devant la désaffection accélérée de l’Église d’ici. S’il faut encore soutenir d’une main l’arbre qui tombe, « c’est-à-dire de continuer à entretenir la foi de ceux et celles qui l’ont reçue par héritage et qui la vivent par tradition, […] l’autre main doit s’occuper de la forêt qui pousse, de cette multitude de chercheurs et chercheuses de Dieu [hors] des circuits de l’Église. »

Mon espérance repose sur le caractère relativement « vierge » de la nouvelle génération, cette « nouvelle pousse » qui est en quête d’un sens à sa vie. Je vois des jeunes qui approchent la vingtaine et qui font preuve d’une belle curiosité pour le témoignage de croyants comme moi. Je suis convaincu plus que jamais que Jésus est le chemin à leur proposer, sans jamais l’imposer, mais en montrant combien ce chemin est source de croissance et de joie réelle pour ceux et celles qui l’empruntent. Il suffit de peu pour que les yeux s’illuminent et que les cœurs se réchauffent. Mais ce peu repose aussi sur nous, croyants « fidèles », car c’est à nous, guidés par l’Esprit, qu’il revient d’en témoigner dans leurs réseaux.

[1] « La seconde annonce, La grâce de recommencer. » Pédagogie catéchétique 29, Lumen vitae, 2014.

Qui vous fait confiance?

J’ai écrit cet article pour la chronique « Église » du journal Le Progrès-Dimanche du 8 septembre 2013.

peluche_presLes aspirations fondamentales des êtres humains sont relativement simples : être aimé, aimer en retour, se sentir utile, appartenir à un groupe dans lequel on est reconnu… Bien sûr, il faut aussi manger, se loger, se vêtir, mais le manque en ces matières n’altère pas le niveau de bonheur personnel lorsque les autres aspirations sont comblées. Pour qu’elles le soient, il y a un élément essentiel qui entre en jeu : la confiance.

Nous naissons dans un monde où tout repose sur la confiance. Par instinct, nous nous attendons à ce que les gens qui nous accueillent dans « l’humanité » seront aimables, bienfaisants, car notre extrême vulnérabilité nous met en danger de mort. Nos parents, les premiers, nous ouvrent leurs bras aimants et nous enveloppent d’une tendresse qui nous donne la sécurité dans l’existence. Au fur et à mesure que nous nous développons, d’abord en tant que poupons, ensuite comme des petits enfants, nous avons l’opportunité de « mesurer » le degré de confiance que nous pouvons accorder à nos proches. En général, cela se passe plutôt bien. La vaste majorité des parents sont de ce type : ils aiment leur progéniture et cherchent à leur prodiguer les meilleurs soins possibles.

Bris de confiance

Les premières cassures au niveau de la confiance peuvent se produire dans la famille. Ce peut être à la suite de pleurs auxquels personne n’a répondu; d’une expression de colère dans le visage d’un parent exténué; d’une douleur que personne n’a su décoder; d’un geste qui a fait mal intentionnellement ou non; d’un regard qui a blessé, etc. Ces premières expériences du mal font partie de la croissance humaine. C’est à travers elles que nous nous endurcissons et que nous devenons des êtres aptes à survivre dans un monde qui n’est pas fondé sur la confiance mutuelle, mais plutôt sur la méfiance et parfois l’hostilité. Un tel endurcissement peut aller trop loin quand les cassures sont plus graves et qu’elles affaiblissent notre capacité à faire confiance. Certaines personnes deviennent victimes et le restent parfois toute leur vie. En se coupant des autres, par peur, elles en viennent à perdre peu à peu toute estime d’elles-mêmes et, donc, à ne plus avoir confiance du tout. En chacun et en chacune de nous, il peut y avoir un humain apeuré, écrasé, déshumanisé qui ne demande qu’à reprendre confiance, mais qui ne trouve pas sur son chemin celui ou celle qui lui ouvrira une porte pour l’espoir.

Il me fait confiance

Dimanche prochain, les paroisses catholiques célébreront le Dimanche de la catéchèse sous le thème « Il me fait confiance ». Les chrétiens croient que la dignité humaine trouve son origine et la raison d’être de son affirmation dans l’amour que Dieu leur porte en tant qu’êtres humains. Cet amour est donné pour toujours, ce que même nos parents ne pourront jamais garantir! En grandissant dans la conviction d’être aimés, malgré toutes les apparences qui sèment le doute, nos enfants et nous-mêmes pouvons faire germer ce qui est essentiel à une vie sereine, c’est-à-dire l’assurance que la beauté transporte nos rêves, que la bonté fait naître la compassion pour tous et que le bien crée l’harmonie fondamentale entre tous les humains.

Grâce à cette thématique, tous les enfants et leur famille qui entreront dans un parcours de catéchèse auront l’opportunité de faire la vérité avec eux-mêmes : en qui pouvons-nous réellement faire confiance? Et surtout : qui nous fait confiance? En ce qui me concerne, je compte sur le Dieu de Jésus. Il a fait confiance en son Fils jusqu’à lui permettre de donner sa vie. Il me fait confiance malgré mes défauts et mes faiblesses. Il sera toujours là pour m’aider à grandir encore… Et vous, de qui recevez-vous une telle confiance?

Parrains, marraines: patrimoine humain

Voici le cinquième article de ma série « En quête de foi » publié dans l’édition de décembre 2012 du magazine Le messager de Saint Antoine. L’objectif de cette série est d’explorer les origines chrétiennes des manifestations culturelles actuelles.

Je vous propose ce mois-ci de quitter le patrimoine « matériel » pour aborder une autre forme d’héritage presque « génétique ». Il s’agit de ce qui subsiste de croyances à propos du baptême pour lequel les paroisses reçoivent encore de nombreuses demandes. Les catholiques d’ici sont restés attachés à ce sacrement qui implique traditionnellement la participation de deux personnes essentielles : le parrain et la marraine.

Une garantie légale?

parrain-marraineAu-delà du sens proprement religieux, certaines croyances populaires traversent les générations. Ainsi entend-on : « Pour être parrain ou marraine, faut se faire proche de l’enfant, aider à son éducation, remplacer les parents au besoin. Si tu acceptes d’être parrain, ça veut dire que c’est toi qui va prendre l’enfant si jamais les parents décèdent! » Un grand nombre de parrains et marraines connaissent ce sentiment mystérieux de devenir tout à coup responsables d’un enfant qui n’est pas le leur.

Autrefois, alors que l’espérance de vie était réduite et les accouchements plus risqués, il est vrai que la substitution aux parents était possible et parfois encouragée par l’Église. Ce n’était pourtant écrit nulle part dans la loi civile ou religieuse, mais c’était dans les mœurs. En acceptant d’être « dans les honneurs », on sentait qu’il fallait être prêt à cette éventualité, jouer le rôle d’une assurance-vie! Choisir un parrain et une marraine, c’était donc procurer à son enfant une « garantie » que d’autres adultes, proches et croyants, resteraient en lien quoi qu’il advienne.

Un engagement dans la durée

Nos traditions baptismales nous ramènent à quelques valeurs essentielles au christianisme. N’est-il pas vrai que la plupart d’entre nous avons conservé une relation spéciale avec notre parrain ou notre marraine? Admettons que les cadeaux aux diverses occasions y ont été pour quelque chose, mais ce qui reste, ce ne sont pas ces innombrables babioles qui ont été reçues, mais plutôt ce lien, différent des autres. Le seul fait de savoir, intérieurement, que nous pouvions compter sur eux était déjà un soutien, une force.

Pour chaque enfant qui naît, ne devrions-nous pas avoir ce souci de lui offrir une relation affective engagée et durable « en plus » de celle de ses parents? N’est-ce pas une véritable interpellation évangélique que de demander à deux personnes de « veiller » sur un petit être fragile et de promettre d’être là pour lui dans les années qui s’écouleront? Chaque enfant qui naît en ce monde, baptisé ou non, devrait avoir accès à un parrain, une marraine.

mains-enfant-adulte1En ce mois où nous, chrétiens, célébrons la Nativité de Jésus, peut-être pourrions-nous réfléchir à une demande semblable de la part de deux parents qui nous sont proches, Marie et Joseph : « Accepteriez-vous de veiller avec nous au devenir de cet enfant-Dieu? Voudrez-vous suppléer à nos absences? Serez-vous là pour lui dans les bons et les durs passages de sa vie? Et serez-vous encore avec lui lorsqu’il sera abandonné de tous et qu’il mourra? » Répondre « oui » à cette demande, ne serait-ce pas aussi nous engager envers tout enfant qui naît afin qu’il ne soit jamais laissé à lui-même?

Quelle est donc cette espérance?

Jeune pousseDepuis ce 1er décembre, les chrétiens sont entrés dans une période majeure du cycle de leurs fêtes et saisons. Il s’agit de l’Avent, qui est à la fois une sorte de préparation à Noël, mais surtout un élan d’espérance vers « ce qui est en voie d’advenir », c’est-à-dire le retour glorieux du Christ. Si Noël est devenue une fête nivelée par le rythme des célébrations marchandes, au même titre que la St-Sylvestre, la St-Valentin, la Pâques, les deux fêtes nationales, l’Halloween, et j’en passe, la dimension d’espérance qu’elle comporte ne meurt pas, car elle n’est jamais comblée.

Chaque fois qu’une vie s’arrête autrement que par une fin heureuse et paisible, entourée de la famille et des amis et au terme de longues années, la question du sens resurgit. Et comme ce genre de mort est loin d’être habituel, la question est donc constamment posée à nos contemporains comme elle l’a été depuis que la conscience humaine a commencé ses premiers balbutiements. Ainsi donc, qu’elle soit accidentelle, subite, provoquée par autrui, violente, juvénile, mal tombée, tardive, etc., la mort, quand elle survient, interpelle quiconque veut comprendre un tant soit peu son existence. Même quand elle n’est pas au rendez-vous, la mort peut aussi mettre en colère, quand elle laisse des êtres lourdement handicapés, imposant à des proches une vie qu’ils n’ont pas choisie, à un système de santé des coûts faramineux au nom du sacré de la vie à protéger…

La première chose qu’on cherche…

Face à toute situation tragique avec la mort comme arrière-plan, la toute première chose qu’on se met à chercher est le sens. Pourquoi? Pourquoi maintenant? Pourquoi moi, lui, elle? En réalité, la question est toujours « Pourquoi souffrir? » Dans son livre L’ultime secret, Bernard Werber fait dresser à ses deux enquêteurs une liste de choses que les humains tentent d’éviter plus que tout. Ils en reviennent constamment à mettre au haut de la liste la douleur. Tout être humain qui souffre veut que sa douleur s’arrête. D’ailleurs, le bouddhisme est essentiellement fondé sur cette quête. Par l’anéantissement du soi, l’être cesse de souffrir et peut enfin sortir de l’implacable karma. Puisqu’il veut l’éviter, l’être humain cherche donc de toutes ses forces à réduire, contourner, effacer la souffrance. Même le développement de la médecine depuis Hippocrate n’est que l’application de cette vérité.

Et nous connaissons cette quête contemporaine pour la santé: « Tant qu’on a la santé, le reste est secondaire. » Mais est-ce que la santé procure le bonheur? Combien de gens en santé éprouvent-ils réellement un état de bonheur, de sérénité? Côtoyez-vous un si grand nombre de personnes, en santé, qui rayonnent de bonheur? Ne voyez-vous pas plutôt, comme moi, des gens qui ressentent un vide, un manque? Ne constatez-vous pas aussi que ce manque produit l’envie, le désir? Et que ce désir conduit à vouloir combler le vide? Mais par quoi le combler pour qu’il s’apaise et qu’il laisse enfin place à un bonheur stable? C’est comme un cercle sans fin.

Au fond de tout être humain réside le désir. C’est peut-être même ce qui le définit. L’objet du désir distingue cependant certains humains des autres. L’être humain désire avoir tout ce qu’il faut pour vivre. Vous est-il arrivé d’avoir « tout ce qu’il faut »? Ce serait sans doute un peu cesser d’être humain, car il en faut toujours plus! Au plus intime de lui-même, l’être humain nourrit aussi un désir plus profond, plus spirituel. C’est là que le désir prend le nom d’espérance.

Une attente de tous les temps

Au temps de Jésus, l’attente du peuple avait un nom: le Messie. Toutes les espérances de cette portion d’humanité qui constituait le peuple juif dont le territoire était occupé par les Romains se ramenaient à un seul désir: que le Messie attendu arrive enfin pour botter les fesses de ces mercenaires dont la seule présence était un véritable sacrilège. Ce Messie devait mettre un terme à l’occupation pour que le peuple retrouve enfin son intégrité en rétablissant la justice et la paix. Oui, l’espérance, quand elle est collective, prend le nom de la justice.

Depuis que le monde est monde, il est impossible de considérer une époque, même une région particulière, où la justice aurait régné pour tous et chacun. Tous les régimes, qu’ils soient autoritaires ou démocratiques, auront causé leur lot de répression et de destruction. Il y a toujours eu des familles décimées par un quelconque pouvoir légitime ou non et il y en aura sans doute encore dans l’avenir, peu importe comment nous le rêvons.

Alors, quelle serait l’espérance contemporaine? En quoi la femme et l’homme d’aujourd’hui espèrent-ils? Ne rêvent-ils pas d’abord de se trouver, comme des âmes soeurs, dans un amour durable? De pouvoir bâtir un foyer en sécurité? Avoir reçu l’éducation nécessaire pour occuper un travail digne? Élever des enfants dans un environnement serein, équilibré, protégé? Avoir la capacité de se développer harmonieusement, en santé, sans trop d’épreuves difficiles? Mais si tout cela se réalisait demain, les personnes concernées nageraient-elles vraiment dans le bonheur? Et si l’âme humaine aspirait encore à plus? Mais à quoi?

Je crois que rien de créé, de fini, de mortel ne pourra combler ce qui en moi aspire au bonheur. Dans le mariage, j’avais cru trouver une partenaire qui me comblerait et que je comblerais à mon tour. Mais après toutes ces années, nous savons tous les deux que nous ne pouvons que colmater certaines brèches qui veulent constamment se rouvrir pour crier leur béance et leur désir insatiable. Nous savons que nous devons nous tourner tous les deux vers Celui qui, seul, peut combler parfaitement nos coeurs.

Le bonheur, la joie complète, ne peut venir que d’un Autre. C’est ma conviction la plus profonde. Cet Autre porte les noms de l’Absolu, de l’Éternel, du Très-Haut. Dans son monde immortel et infini, le Créateur de toutes choses a créé la chose la plus parfaite. Et c’est l’amour. En la créant, il l’a lui-même expérimentée, se « divisant » en lui-même pour ne pas s’aimer d’un amour narcissique, comme le font ses créatures. Il s’est fait Trinité: Père, Fils et Esprit. Et c’est donc ce Fils, le Messie attendu, qui est venu il y a plus de 2000 ans, qui vient encore à chaque instant de vie et qui viendra un jour pour achever l’histoire.

Elle est donc accomplie, mon espérance, dans l’amour. Comme le dit l’apôtre Paul, plus que la foi ou l’espérance, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. Dieu lui-même alors ne serait rien sans l’amour ! Mon espérance est d’arriver à aimer jusqu’au bout de l’amour. Mais pour cela il me faut me laisser aimer jusqu’au bout de ce qui est possible et même au-delà. C’est dans cet au-delà que réside l’amour ultime, celui d’un Dieu qui s’est mis à genou pour servir l’humanité par amour. Je l’attends. Il vient. Il est mon espérance. La seule qui me comblera d’une joie parfaite. Viens, Seigneur Jésus!

Ces saints et saintes que j’ai côtoyés

Ces proches qui nous inspirent le meilleur. J. Bastien-Lepage

L’Halloween connaît une popularité qui dépasse désormais celle des grandes fêtes traditionnelles . Pensons à Noël, Pâques, la Fête nationale, etc. Mais je n’ai pas trop envie de parler de cette fête qui fait s’agiter nos enfants depuis déjà quelques semaines, mais plutôt de son lendemain immédiat… En effet, le premier novembre est une date très importante pour les chrétiens, c’est la fête de la Toussaint.

Si vous séparez ce mot en deux, vous obtenez « tous » et « saint », qui tient pour « tous les saints » (et les saintes, bien sûr). Le pape Benoît XVI, récemment, et tous ses prédécesseurs avant lui ont mis à jour le « palmarès » des saints et des saintes chaque fois qu’ils ont procédé à des canonisations. Comme le disait le cardinal Turcotte à l’occasion de la canonisation du frère André, être canonisé c’est comme remporter une médaille d’or olympique de la sainteté. La semaine dernière, c’était au tour d’une amérindienne de chez nous, Kateri, de recevoir un tel hommage de la part de l’Église universelle. Nous ne pouvons que nous réjouir de leur visibilité, car celle-ci repose sur leur vie de foi qui a été modèle pour les croyants et dont la reconnaissance attend parfois plusieurs siècles! Les miracles qui leur sont attribués y sont pour quelque chose, sinon ils ne seraient pas ainsi parvenus au « panthéon » de la sainteté.

Honorer les saints proches

Comme dans tous les sports de haut niveau avec leur panthéon des meilleurs, la gloire des saints et des saintes renommés peut parfois faire ombrage à d’autres qui ont vécu leur vie du mieux qu’ils ont pu sans jamais se voir affublés d’une si haute reconnaissance. Au hockey ou au baseball, les deux sports que je connais le mieux, les amateurs s’identifient spontanément à un favori. On se procure son chandail, on le porte fièrement. On ne veut pas manquer un match où il joue. Très souvent, ce joueur étoile ne finira pas dans la liste sélecte des « glorieux » admis au panthéon de leur sport respectif. Pourtant, il aura inspiré des dizaines de fans au long de sa carrière.

Il doit en être ainsi des saints et des saintes ordinaires. J’aimerais en évoquer quelques-uns qui ont fait partie de ma vie. Je ne choisis que les personnes décédées, car je ne voudrais pas gêner les vivants à qui je pense aussi lorsque vient le temps de marquer les influences positives que j’ai eues dans ma vie.

Grand-maman Gérardine

Ma grand-mère maternelle était aussi ma marraine. À ma naissance, étant en risque de ne pas survivre, elle a fait une promesse à la bonne sainte Anne. Elle m’a toujours dit qu’elle avait été exaucée. En échange, elle m’avait inscrit à un abonnement à vie à la revue Sainte-Anne (autrefois « les annales »). 50 ans plus tard, à tous les mois, le facteur me livre ma revue que je reçois toujours comme un clin d’oeil de grand-maman. Ma grand-mère avait vécu une vie bien remplie jusqu’à ce que le coeur de mon grand-père flanche. Elle avait 58 ans. À partir de ce jour, elle entra dans une profonde dépression qui dura jusqu’à sa mort, 20 ans plus tard. Ma famille s’était installée chez elle, dans un appartement que mon père avait fait construire en annexe, trop petit pour nous (8 enfants). Chaque jour, ces années-là, j’ai vu ma grand-mère exprimer son découragement, ses petits et grands maux, le peu de visiteurs qui venaient la voir, le manque qu’elle ressentait à la pensée de son Antonio. Aujourd’hui, nous connaissons mieux la maladie mentale et la dépression. Il est fort probable qu’elle aurait été soignée autrement. Peut-être qu’elle aurait vécu plus heureuse. De la côtoyer chaque jour jusqu’à mon départ de la maison m’a rendu plus compatissant envers les personnes qui souffrent et pour lesquelles il y a peu à faire sinon les aimer, les supporter, les porter dans la prière confiante. Ma grand-mère s’est beaucoup lamentée. Elle a aussi beaucoup prié même quand c’était dur et apparemment inutile, pour elle en tout cas. Sa vie s’est terminée en douceur, dans son lit, seule. J’ai toujours eu la conviction qu’elle était enfin soulagée de ses misères et que la bonne sainte Anne l’avait accueillie tendrement dans la confrérie des grands-mamans, à la place qui lui était destinée au ciel, tout près de son amoureux.

Grand-Papa Thomas-Louis

Mon grand-père paternel était un homme calme et attentionné. Mon père pourrait dire autre chose de lui, mais moi je ne l’ai connu qu’à sa retraite, déjà avancé en âge. Il aimait beaucoup ma grand-mère Yvonne qu’il regardait avec bonté. Celle-ci avait un regard sévère. On voyait qu’elle avait tenu le foyer avec une main de fer. Mon grand-père avait accepté que pour la vie domestique c’était sa femme qui était cheffe. N’ayant plus d’activité à l’extérieur, il ne lui restait que son petit coin à lui, son atelier au sous-sol. C’était un privilège d’y entrer lorsqu’il nous y invitait. Là, il rayonnait. Il nous apprenait tous les métiers manuels: scier, découper, clouer, coller! Que de découvertes ai-je faites dans son antre. Dans cette grotte, il était loquace, avenant. Il nous protégeait à distance de nos bêtises. Il avait eu lui-même quelques doigts coupés avec des  outils semblables à ceux qu’il nous permettait d’opérer. Nous avions juste à regarder ses mains pour nous rappeler d’agir avec précaution! Il avait aussi une passion pour la généalogie. Il se montrait toujours surpris qu’on s’intéresse à nos (ses) origines. Il nous montrait son travail de recherche. Il y avait encore quelques trous dans les branches ancestrales qu’il rêvait de pouvoir combler un jour, bien avant l’internet. Abonné à la Société d’Histoire du Saguenay, il scrutait toutes les parutions de son bulletin afin de voir si on ne parlait pas des Girard ou des Deschênes. Il m’a laissé l’image d’une vieillesse assumée. Il savait se montrer passionné, étant souverainiste et patriote. Il savait aussi se scandaliser des moeurs nouvelles. Mais il avait un respect pour nous et nous interrogeait sur nos passions, nos activités en se réjouissant de nos succès. Il est l’image du grand-père que je souhaite devenir: bonté, écoute, passion et pacification… Il a connu une fin difficile, deux mois d’agonie souffrante à l’hôpital. Son souffle était bruyant et rapide. Nous ne savions pas s’il nous entendait. J’étais soulagé lorsque la vie s’est enfin arrêtée, comme si son purgatoire était fini. Je ne sais rien, en fait, de ses affinités spirituelles, mais je sais qu’il est quelque part en train de partager sa passion du travail manuel avec ses bienheureux ancêtres!

Oncle Marius

Mon oncle Marius était le fils de Thomas-Louis. Dans la période où je l’ai plus souvent rencontré, quand j’étais enfant, il est possible qu’il était le reflet fidèle de son père, avant qu’il ne devienne mon grand-père affectueux. Marius nous faisait peur. Il ne souriait pas. Il avait le regard dur. Mes cousins lui donnaient du fil à retordre et comme il avait un grand sens de la responsabilité, il voulait en faire d’honorables citoyens, avec les moyens de l’époque. Pendant longtemps, j’ai plutôt craint d’avoir « affaire avec »! Et puis un jour on grandit et on devient adulte. Mon oncle avait étudié la théologie avec ma tante Jeannine. Il se sentait appelé au diaconat permanent mais a dû interrompre son cheminement. Lorsque j’ai commencé mes études dans le même domaine, il s’est rapproché de moi. Nos échanges n’étaient jamais très longs, car nous n’avions pas cette habitude, mais il me témoignait d’un certain respect et peut-être même d’une certaine admiration que je croyais ne pas recevoir de mon père, son frère. C’est surtout à sa mort que j’ai compris l’influence de cet homme. Les témoignages de mes cousins et cousines m’ont littéralement percé le coeur. On a dévoilé plusieurs choses sur mon oncle: son sens du devoir, bien sûr, sa générosité sans borne, sa propension à toujours réparer ce qui mérite de l’être, tous ces petits gestes discrets, sans parole, comme des signes d’attention à l’un et à l’autre. Mon oncle m’a appris à apprécier le silence de mon propre père. Le silence n’est jamais vide, il est rempli de quelque chose: ce peut être des pensées, des ondes positives, des prières, de la compassion, de l’amour… Mon oncle est parti. Il a sans doute maintenant une place de choix parmi les amants du plein silence au ciel.

Tante Pauline

Ma tante Pauline était l’épouse du frère de ma mère, Léonard. Ce dernier était un homme bien trempé, un commerçant qui aimait donner à penser qu’il avait de l’argent et qu’il réussissait. Il n’avait pourtant qu’un petit marché d’alimentation où mon père a travaillé pendant 12 ans en réparant souvent des pots cassés par son patron… Mon oncle avait un problème d’alcool. On ne disait rien aux petits de ces situations, mais on le savait… Et lorsque l’alcool avait fait son effet, nous devions nous ajuster rapidement: ou bien il était joyeux ou il était fâché. J’étais fasciné par lui, mais j’en avais peur aussi. J’enviais mes cousines et mon cousin de ce qu’ils semblaient vivre dans le faste alors que nous avions souvent du mal à la maison avec le manque. Je l’avais même demandé pour être mon parrain de confirmation, mais je vous avoue aujourd’hui que je rêvais un peu du cadeau qu’il me ferait à cette occasion et dont je ne me rappelle même pas… C’est pour dire. Derrière mon oncle Léo se trouvait cette femme douce, discrète, dévouée. Elle a sans doute eu à couvrir souvent son homme lorsqu’il était éméché. J’ai souvent imaginé les colères que mon oncle a pu faire. Ce ne devait pas toujours être facile. Mes cousines et mon cousin sont beaucoup à l’image de leur mère. Ils ont cet air de timidité qui vient parfois avec une certaine expérience de la honte. Je ne sais pas. Je ne veux pas extrapoler. Mais j’ai toujours admiré ma tante Pauline. Elle était accueillante, généreuse et sa maison était bien tenue. Je crois que Pauline m’a montré qu’on pouvait être donné à un être qu’on aime et à ses enfants sans recevoir sa pleine mesure de reconnaissance. Elle est un peu à l’image de ces serviteurs quelconques dont Jésus parle (cf. Luc 17,10). Elle a sûrement une place discrète au ciel, mais je crois qu’elle reçoit maintenant l’abondance dont elle s’est probablement privée durant sa vie.

L’abbé Taillon

Parmi la longue liste des prêtres qui ont sympathisé avec notre famille, l’abbé Isidore fut sans doute celui qui a le plus marqué. C’est ce prêtre qui avait béni le mariage de mes parents en 1959. 12 ans plus tard, il nous retrouvait, mon frère aîné et moi, comme enfants de choeur. C’est ainsi qu’il avait pu renouer avec mes parents avec beaucoup de bonheur. Il avait été animateur de pastorale scolaire et aumônier d’action catholique. C’est dans ce mouvement qu’il avait rencontré mes parents et sans doute pour cela qu’il avait présidé à leurs épousailles. L’abbé Taillon avait fondé un camp de vacances dans la forêt de Falardeau. Il avait une prédilection pour les enfants issus de familles en difficulté qu’il accueillait toujours en les privilégiant. Il voulait qu’ils aient droit à tous les égards et que leur condition ne soit pas remarqué par les autres jeunes. Un été, j’avais 11 ans, il avait proposé à mes parents de venir s’installer pour toute la saison des vacances dans son chalet de directeur du camp. C’est ainsi que nous avons connu le Domaine de la Jeunesse, en 1973. D’avoir été aussi proche de cet homme alors que je n’avais pas encore commencé à en devenir un a été pour moi une véritable inspiration. Il racontait toutes sortes de péripéties et de mésaventures qui lui étaient arrivées le plus souvent en raison de sa générosité et de sa naïveté. Il riait beaucoup de toutes ces situations et ne semblaient jamais les regretter. Il a été pour un grand nombre de jeunes un modèle de patience, de présence paternelle de substitution, sans doute aussi pour un grand nombre de prêtres en formation qu’il accueillait dans son domaine pour des emplois d’été. Encore aujourd’hui, alors que les prêtres font l’objet d’une médisance généralisée et de calomnies trompeuses à cause d’un petit nombre d’entre eux qui se sont pervertis, l’abbé Taillon demeure une figure authentique d’un engagement sacerdotal passionné et dédié à la jeunesse qu’il a toujours trouvé belle et qu’il a souvent défendue. Sa vie s’est terminée dans l’oubli, entourée de religieuses dévouées qui l’ont servi. Atteint de démence qui lui faisait perdre toute mémoire à court terme, il n’était plus que l’ombre de lui-même lorsque venait le temps de converser, ce qu’il aimait tant! Je suis certain qu’il a une place de choix au ciel. Il doit continuer d’être à l’écoute, mais on fait sûrement appel à lui pour amenuiser les gaffes des uns et des autres ou pour défendre le plus petit lorsqu’il n’a pas d’avocat pour sa cause.

Il y a bien d’autres personnes que j’aimerais ainsi honorer. Je m’arrête car j’ai déjà été trop long. Je me réserve peut-être un tel exercice pour l’an prochain! À vous de voir dans votre vie les saints et les saintes qui ont marqué votre existence. Vous verrez, c’est un bon exercice de reconnaissance et ça encourage à se mettre soi-même en marche vers la sainteté… Bonne Toussaint!

Les catholiques aiment aussi la fête

Voici mon quatrième article de la série « En quête de foi » publié dans l’édition d’octobre 2012 du magazine Le messager de Saint Antoine. L’objectif de cette série d’article est de chercher les origines chrétiennes dans des manifestations culturelles actuelles.

L’Action de Grâce, une fête inspirée par la foi

Depuis toujours, les êtres humains ont manifesté leur joie à l’occasion de fêtes collectives. Les nations célébraient surtout de grandes victoires militaires. C’est d’ailleurs encore le cas aujourd’hui puisqu’un grand nombre de fêtes nationales dans le monde consiste en des commémorations de grandes victoires ou libérations. Les croyants de toutes confessions aiment bien, eux aussi, célébrer les événements particuliers à leur tradition religieuse.

 Les premiers chrétiens n’ont pas fait exception, en commençant avec le dimanche. Dès l’origine, les familles de croyants se rassemblaient chez l’un ou chez l’autre pour commémorer le huitième jour, celui où Jésus s’était montré vivant après sa mort tragique. Les motifs de fêtes se sont ensuite multipliés: Nativité, Baptême, Pâques, Ascension, Pentecôte, Fête-Dieu, Royauté, etc. On a aussi créé au fil du temps une quinzaine de fêtes en l’honneur de Marie: Immaculée-conception, Assomption, etc. Ajoutez la Toussaint et toutes les fêtes propres aux saintes et aux saints et vous aurez beaucoup de réjouissances au cours d’une même année! Vraiment, les catholiques sont portés sur la fête…

Fêtes chrétiennes devenues civiles

Dans beaucoup de pays à forte majorité chrétienne, certaines fêtes sont devenues des congés civils, un signe que la foi chrétienne avait une forte emprise sur le rythme de vie des citoyens. Il en est ainsi de la France qui, bien que laïque, compte encore six jours fériés à signification chrétienne sur les 11 congés annuels. Au Québec, c’est quatre fériés sur neuf qui tirent leur origine de la religion : Noël, Vendredi-Saint ou Lundi de Pâques, la Fête nationale et l’Action de Grâce.

Pour être juste, il faut reconnaître que certaines fêtes ont des origines multiples. Dans la Rome antique, Noël, qui était une fête païenne célébrant le solstice d’hiver, est devenue la Nativité de Jésus, véritable lumière du monde. En remontant plus loin encore, le solstice d’été, auquel s’apparente notre St-Jean, marquait à une époque le nouvel an égyptien et fut également célébré dans de nombreuses traditions religieuses! Au Québec, le patronage institué au XVIIe siècle entre Jean-Baptiste et les Canadiens-Français fit graduellement du 24 juin, avec ses feux de joie et ses défilés, une fête si importante et si rassembleuse que cette journée devint formellement la Fête nationale du Québec, en 1977.

L’Action de Grâce que nous célébrons ce mois-ci est d’origine américaine. Après la première année passée sur le continent, les colons britanniques eurent la bonne idée de rendre grâce à Dieu pour leur survie et leurs premières récoltes. Cette fête traversa les frontières lorsque les Loyalistes vinrent se réfugier sur nos terres. Elle fut célébrée à des dates variables et pour divers motifs de reconnaissance avant d’être fixée en 1957, au Canada, au deuxième lundi d’octobre. C’est une fête religieuse dans la mesure où les Canadiens se tournent vers Dieu (dont la suprématie est mentionnée dans la Charte des droits et libertés) pour le remercier de tous ses bienfaits, en particulier à la fin des récoltes.

En cette époque de laïcité, il faut nous réjouir de pouvoir encore profiter de ces congés offerts à tous grâce à la foi bien incarnée de nos ancêtres.