Signes religieux: en flagrant délit d’ignorance

Lorsque François Legault déclare qu’il n’y a pas d’islamophobie au Québec et qu’il tente le lendemain de se rattraper en prétendant qu’il n’y a pas de «courant islamophobe», il est à se demander s’il regarde les mêmes commentaires des réseaux sociaux que la plupart des gens, y compris sous ses propres publications!

Lorsque sa nouvelle ministre à la condition féminine, Isabelle Charest, donne une interprétation univoque du voile des femmes ou des signes religieux quels qu’ils soient comme étant des «signes d’oppression», en quoi peut-elle ensuite défendre la laïcité dont le principe de neutralité implique que l’État n’a pas à s’ingérer dans les religions?

Lorsque Nathalie Lemieux, conseillère municipale de Gatineau, défend mordicus qu’il est «normal» d’avoir peur des musulmans, qui «font beaucoup de choses mal, avec leurs camions et toutes ces choses-là», on est en droit de se questionner sur la capacité de certains élus à départager avec bon sens différents enjeux qui n’ont rien à voir entre eux.

Il semble que les opinions individuelles des personnes en situation de service public deviennent prédominantes en ces jours qui évoquent une nouvelle «grande noirceur». En effet, si les croyances des élites politiques s’imposent sur celles des citoyens qu’ils sont censés servir, en quoi cela nous éloignerait-il de ces années où la religion dominait la pensée des Québécois?

Ne sommes-nous pas collectivement en train de subir un appauvrissement du concept même de service public lorsque nos élites font preuve de si peu de prudence dans leur étalage d’ignorance?

Le véritable assujettissement

De tels propos se caractérisent par leur négation. Négation de réalités que l’on peine à reconnaître et à intégrer, en grande partie parce qu’elles requièrent un déplacement intérieur. Leur condescendance traduit peur et intolérance devant tout ce qui ne se plie pas au modèle dominant.

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CAQophonie sur la laïcité

«La politique de la CAQ semble clairement contrevenir à cette recommandation en se rendant complice de l’islamophobie à peine voilée chez une portion non négligeable de la population.»

Photo: Pixabay

Dès le lendemain de leur élection comme parti majoritaire appelé à former le prochain gouvernement du Québec, des élus de la Coalition avenir Québec n’ont pas tardé à mettre de l’avant leur projet pour «régler le problème de la laïcité».

L’idée consisterait, selon eux, à appliquer les recommandations de la Commission Bouchard-Taylor sur le port de signes religieux. Mais, dans les faits, la CAQ l’étend bien au-delà des rôles désignés par les commissaires, à savoir les magistrats et procureurs de la Couronne, policiers, gardiens de prison, présidents et vice-présidents de l’Assemblée nationale.

Gérard Bouchard et Charles Taylor avaient bien pris soin d’exclure explicitement de cette recommandation les enseignants, les fonctionnaires, les professionnels de la santé et tous les autres agents de l’État. Dans ces conditions, la CAQ ne peut plus affirmer qu’elle met en œuvre Bouchard-Taylor, mais une proposition qui n’a plus rien à voir avec le compromis de 2007, d’ailleurs révoqué plus tard par Charles Taylor lui-même.

Un problème de définition

On oublie souvent qu’il y avait 37 recommandations dans ce rapport. Entre autres, il était recommandé que le gouvernement définisse «ce qu’est la laïcité à partir de ses quatre principes» (égalité morale des personnes, liberté de conscience et de religion, autonomie réciproque de l’État et des religions et, neutralité de l’État à l’égard des religions et des convictions profondes séculières). La commission proposait d’ailleurs les grandes lignes d’une définition qui se trouvait la plus apte à rassembler les Québécois, à partir du concept de «laïcité ouverte».

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