De qui sommes-nous les frères, les soeurs?

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Après une attaque chimique le 3 avril à Idleb, en Syrie (CNS photo/handout via EPA)

 

Voir une fois de plus des images d’enfants syriens gazés arrache le cœur. Même chose pour la Somalie et le Soudan, encore aux prises avec une famine. De telles visions d’enfer interpellent immédiatement le sens de la famille.

Tous les parents du monde protègent leur progéniture, lui procurent le nécessaire, l’éduquent et lui donnent un milieu familial et social qui permet la croissance, en tentant de lui éviter tout mal. La nature nous a dotés d’un instinct de préservation élémentaire. Nous y répondons en élargissant le cercle familial à l’ethnie, parfois à la patrie.

Mais lorsque la fatalité s’abat sur une famille, comme il arrive pour des milliers en Syrie et ailleurs, c’est l’instinct de survie qui prend le dessus. Nous pouvons assister à cette réalité chaque jour par le biais des médias. Là où la guerre fait rage, les pères et les mères font tout pour protéger leurs enfants des bombardements et de la violence des combats. La fuite devient souvent la seule issue quand elle est encore possible. Nous répugnons à entendre leurs hurlements de douleur. N’avoir jamais vécu un tel drame ne nous épargne pas du devoir de nous y projeter afin de chercher à comprendre et à compatir.

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Le combat de Saint-Pierre (pas le pape)

Une violence mise en scène...

Une violence mise en scène…

Avant samedi, je n’avais jamais regardé plus de 10 secondes d’un combat extrême (Ultimate Fighting). Et Dieu sait que sur les chaînes sportives, la programmation est en hausse vertigineuse. J’avoue toutefois m’être laissé emporté par la vague GSP (Georges St-Pierre). Pour les rares dans le monde qui ne le connaissent pas, il s’agit d’un champion du monde d’arts martiaux multiples, mais, surtout, il est d’ici, un noble représentant du Québec…

L’homme inspire le respect. Il est chic, affable, généreux. Son image publique ne peut qu’attirer la sympathie. La marque GSP qu’il a créée ne fait que suivre les qualités de l’homme jusqu’à devenir un produit de niveau mondial. Il ne peut que nous rendre, nous Québécois, fiers du rayonnement qu’il nous procure dans le monde.

Ne voulant pas encourager ce genre de spectacle, je ne me suis pas offert le combat en télé payante. Sur Twitter, un individu avait simplement laissé un lien vers un site web anglais qui en faisait la diffusion gratuite et légale. Je me suis donc laissé gagner. J’ai laissé le stream défiler jusqu’à l’heure du combat. Jusque là, je jetais un oeil furtif aux combats préliminaires en retournant à mes autres occupations. Vraiment aucun intérêt pour moi. Mais tout a changé lorsque Georges St-Pierre et Carlos Condit furent présentés à la foule. Dès le début du combat, mon coeur s’est mis à s’emballer fébrilement. Je suis devenu soudainement comme n’importe lequel des fans de cette violence commanditée, qu’ils aient été dans la foule à 600$ le billet ou bien dans leurs salons abonnés à une chaîne payante. Je me suis mis à vouloir qu’il gagne, qu’il frappe fort, qu’il parvienne au KO, à avoir mal lorsqu’il recevait des coups, bref, je voulais par-dessus tout qu’il écrase son adversaire. Rien de très noble…

Pendant ce temps, à Gaza…

La violence-spectacle génère une véritable folie chez les foules en liesse qui sont prêtes à engouffrer des sommes astronomiques dans ce type de sport. Vivre par champion interposé le stress de la préparation et de l’attente, entrer dans le rythme du combat, sentir l’adrénaline monter au plafond, jubiler de joie lorsque la victoire arrive enfin ou rager de colère si la défaite survient en désirant plus que tout la revanche. Il y a tant d’émotions dans un combat, que je pense qu’on peut en développer une forme d’addiction.

Ceci est de la vraie violence subie

Ceci est la réalité vécue ces jours-ci…

Devenir dépendant de la violence-spectacle, c’est peut-être aussi un peu la conséquence de la voir présentée tous les soirs par les nombreux conflits armés dans le monde, entre une nouvelle nationale et la météo. Par exemple, samedi, c’était sans doute la journée la plus violente depuis des années à Gaza, en Palestine. Bien sûr, il y a des roquettes qui sont lancées régulièrement sur Israël. Bien sûr, il faut réagir, montrer que cela n’est pas acceptable, traquer les coupables et les punir. Le spectacle auquel nous assistons depuis quelques jours n’est pas de cet ordre. Ce n’est pas la simple loi du Talion (oeil pour oeil, dent pour dent) qui se déploie sous nos yeux. C’est du cent pour un. En 2008, en seulement 22 jours, l’opération « Plomb durci » avait causé la mort de 1300 Palestiniens dont 410 enfants et 108 femmes et blessé plus de 5300 personnes. Du côté israélien, on a compté 13 morts dont trois civils et 193 blessés dont 80 civils. Il semble bien que l’opération en cours ne s’arrêtera pas avant d’avoir atteint des sommets semblables, après avoir éliminé des centaines de vies et blessé plusieurs centaines d’hommes, femmes et enfants à qui il ne restera que la rage au coeur et un désir de vengeance semblable aux admirateurs du champion Condit, « abattu » par son adversaire St-Pierre… La différence, c’est qu’eux n’ont jamais souhaité cette violence. Ces gens ne veulent qu’un peu de dignité, de paix et de justice!

Pourquoi toujours plus violents?

Nous vivons dans une société lassée de l’ordinaire. Les nouvelles générations veulent, comme leurs aînés l’ont désiré, aller plus loin, plus fort, plus haut! Les sports extrêmes poussent cette logique aussi loin qu’on puisse l’imaginer et même plus encore. Et de la lutte ou la boxe olympique, nous sommes passés à la professionnalisation des sports de combat autrefois illégaux comme ceux de l’Ultimate Fighting Championship.

Peut-on véritablement vivre paisiblement entre ces deux types de violence, l’une organisée, sponsorisée, promue à grands coups de publicité et de produits dérivés; l’autre étant subie, le plus souvent cachée, silencieuse et causant des pertes humaines réelles et brisant des familles pour des générations? Quand j’ai vu l’état des deux belligérants, à la fin du combat (voir photo ci-haut), j’ai pensé à un artiste des effets spéciaux au cinéma. Rémy Couture est si génial qu’il parvient à recréer des visages déconfits, ensanglantés, des monstres déformés qui ont l’air vrais, des scènes de crimes reconstituées qui sont si vraisemblables qu’il en a même été poursuivi au criminel comme s’il avait commis vraiment les actes mis en scène! Rémy Couture ne frappe personne et ne blesse ni femme ni enfant. Georges St-Pierre frappe réellement pour faire mal jusqu’à obtenir la victoire, si possible par abandon ou KO. Et même s’il redevient gentil après son combat, il a tout de même voulu terrasser un homme qui n’avait rien contre lui sinon qu’il en voulait à son titre… Violence réelle pour des motifs artificiels.

Entre un Rémy Couture qui produit de manière artistique des effets spéciaux représentants ses corps défigurés par la violence et un Georges St-Pierre défigurant pour vrai le corps de ses adversaires, j’avoue que je commence à avoir un faible pour le maquilleur! N’empêche. Mettre en rapport les vraies histoires où des personnes réelles subissent les assauts, les bombardements, qui ont la mort pour compagne quotidienne et ces combats extrêmes qui causent des préjudices graves à certains combattants pour l’argent et la gloire, cela ne me rend pas fier de l’humanité. Quand ici, dans mon petit confort d’Occidental bien content de mon sort, je m’arrête un peu à réfléchir sur tout ceci, je ne peux que devenir triste et déprimé.

Je ferai donc un choix concret. Je ne regarderai plus jamais un combat extrême, que ce soit St-Pierre ou un autre qui en soit la vedette. Je n’encouragerai aucun investissement dans ces spectacles. Ne me donnez surtout pas de billets et ne m’invitez pas à y assister. Chaque fois que j’aurai un petit pécule d’extra, je tenterai de l’investir dans l’humanité, en donnant à des organismes comme la Croix-Rouge, le Croissant-Rouge, Médecins sans frontières, Amnistie internationale, Oxfam Québec, Développement et Paix et tous les autres qui tentent de faire advenir un monde sans violence. Si un petit nombre de ceux qui ont permis à Georges St-Pierre de devenir multi-millionnaire en jouant au gladiateur des temps modernes faisait de même, peut-être qu’on pourrait commencer à inverser le mouvement de décadence qui nous ramène peu à peu aux temps de l’Antiquité où des dictateurs offraient du pain et des jeux violents dans l’arène à des peuples réduits à leurs plus bas instincts. Non, le progrès social n’est certes pas dans cette direction. Parfois, il faut savoir s’arrêter et repartir dans la direction du bon sens et du bien commun. Tant que des vraies bombes tomberont sur des populations civiles, nous en seront très loin. Qui fera les choix qui s’imposent pour changer les choses? Qui s’engagera aujourd’hui sur la voie de la paix et de la justice?