Le prophète et la Femen

Le 21 mars 2017, une militante Femen s’est trouvée acquittée à la suite d’un procès pour tapage et vandalisme dans le cadre du Grand Prix de Formule 1 à Montréal en juin 2015. Neda Topaloski et une complice s’étaient présentées, poitrines dénudées marquées de messages provocateurs, sur un site public où l’on exposait des voitures, grimpant sur l’une d’elles et proférant les slogans du groupe à tue-tête et d’où elles furent violemment interceptées.

Après l’acquittement, l’avocate de Mme Topaloski, Véronique Robert confiait au Devoir qu’il s’agit d’une décision importante pour le droit de manifester et pour les revendications féministes, la décision retenant surtout que l’intention était de transmettre un message contre l’exploitation des femmes.

Face aux manifestations des Femen à travers le monde, je suis, comme plusieurs, perplexe et parfois choqué. L’utilisation qu’elles font de leur corps, dont l’instrumentalisation par des tiers est dénoncée, pourrait porter à confusion et ne pas servir leur message, surtout lorsqu’il y a grabuge. Mais il faut admettre que cette nouvelle forme d’activisme s’avère efficace pour dénoncer l’exploitation des femmes et de leur corps en particulier.

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À Orlando, la lettre tue pour vrai

Vigile à San Francisco le 13 juin en solidarité avec les victimes de la tuerie d'Orlando.

Vigile à San Francisco le 13 juin en solidarité avec les victimes de la tuerie d’Orlando. (CNS photo/John G. Mabanglo, EPA)

Les trois religions monothéistes ont en commun de faire reposer leurs positions dogmatiques et morales sur des écrits considérés comme «saints». Si l’on se pose en croyant ou croyante face aux Écritures de sa propre religion avec la conviction qu’elles doivent être prises «à la lettre» et ne peuvent aucunement être interprétées en fonction de l’évolution des connaissances et de l’esprit humain, il devient alors impossible de réfléchir et de discerner sur des choix éthiques propres à notre époque. Il n’y aurait plus qu’à suivre les prescriptions qui y sont édictées, même si le contexte de leur élaboration ne tient pas compte de la réalité actuelle.

Prenons le cas d’Omar Mateen, le tueur d’Orlando.

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Vois comme c’est beau!

Voici le vingt-cinquième article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de janvier-février 2015 du Messager de Saint-AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle.

vois comme c'est beauLa communication que fait L’Église de ses positions théologiques et morales peut paraître rébarbative et culpabilisante, comme si elle ne parvenait pas à poser un regard positif sur l’être humain. Pourtant, l’Église est porteuse d’une tradition biblique et spirituelle qui reconnaît le caractère prodigieux de la personne humaine.

Dès la Genèse, après chaque jour de la Création, Dieu regarde son œuvre et la déclare « bonne ». Et ce n’est qu’après avoir créé l’homme et la femme que son niveau de satisfaction est le plus élevé. Il se dit à lui-même :  « cela est très bon » (Genèse 1, 31). Dans le Psaume 8, l’auteur s’émerveille devant l’immensité de l’univers et s’interroge sur le bon sens de Dieu : « Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui,  le fils d’un homme, que tu en prennes souci ? Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu, le couronnant de gloire et d’honneur » (vv. 5-6). Et l’élan du psalmiste reprend, comme en extase : « C’est toi qui as créé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère. Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis » (Psaume 139, 13).

Alors que son peuple s’écartait de l’Alliance, Jésus a su y déceler la bonté et la reconnaître. Ainsi dit-il d’un savant qui fait preuve d’intelligence face au plus grand des commandements : « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu » (Marc 12, 34) ; il reconnaît la capacité de se relever de la femme adultère qu’il sauve d’une mort certaine (cf. Jean 8) ; il fait l’éloge de la leçon de foi qu’il reçoit d’une étrangère (Marc 7, 24-30) ; plus surprenant encore, il prétend n’avoir jamais vu une foi si grande en Israël que celle confessée par un païen qui, plus est, est officier de l’envahisseur romain (Matthieu 8, 5-30) !

Mettre en valeur le bien perçu

Que ce soit face à des pécheurs, des étrangers ou des membres d’une force d’occupation, un œil sage doit savoir, au-devant de tous, mettre en valeur le bien qu’il perçoit. Mais il peut sembler qu’en Église nous soyons moins empressés de nous engager de cette manière. En pointant davantage le péché, la perte des valeurs, la culture de mort, le relativisme qui domine, aurions-nous oublié d’en discerner aussi le bon grain, la charité en acte, les valeurs évangéliques qui s’en dégagent ?

Après un synode où l’on a vu des tensions vives entre partisans d’une approche morale qui tient compte de la croissance et ceux d’une formulation tranchante de la Vérité, nous sommes invités par le pape François à reconnaître les semences du Verbe dans l’humanité même si celle-ci n’agit jamais parfaitement en conformité avec la loi divine.

Et si nous commencions la nouvelle année en reconnaissant ce qui est bon, ce qui est beau et ce qui est juste dans le monde qui nous entoure ? Peut-être alors celui-ci entendrait mieux les invitations de l’Église à la croissance. « Vois comme c’est beau, dit la chanson : les enfants vivent comme les oiseaux ».

Hollywood ferait-il des convertis?

Je vois avec intérêt, ces derniers temps, le retour de films inspirés de la Bible, notamment « Le Fils de Dieu » (The son of God) et plus récemment « Noé » (Noah). Bien que, sur le plan cinématographique, ces films et d’autres à venir (« L’Exode ») présentent un certain attrait, il n’en demeure pas moins qu’ils suscitent aussi leur lot de réactions, allant des plus positives aux plus corrosives. Mais au-delà de toutes ces critiques, qui a intérêt à ce que ces histoires soient de nouveau portées à l’écran? Quelles seraient les intentions derrière de telles productions? Amener des cinéphiles à mieux connaître la Bible? Convertir massivement des hommes et des femmes de notre temps?

Une longue tradition

Depuis que le cinéma existe, les récits bibliques ont continuellement servi de trames à des productions parmi les plus grandioses. Tant l’Ancien Testament que le Nouveau ont été à la source de scénarios devant servir à mettre en images des histoires qui, prises littéralement, ont souvent procuré bien des maux de tête aux prêcheurs! Et, à ma connaissance, aucun de ces films n’a jamais fait l’unanimité. Tant les athées que les croyants y ont trouvé à redire. Pour les non-croyants, les récits bibliques transposés au grand écran ont le plus souvent le parfum de l’irréel et du sentimentalisme. Pour les chrétiens et les juifs, soit ils sont l’image réaliste de ce qui a pu se produire réellement, soit ils déforment ou interprètent de manière trop libérale les Écritures. Ainsi donc, très peu y croient vraiment. Et pourtant, on reprend encore et encore ces thèmes qu’on offre aux téléspectateurs de toute la planète, un peu comme autrefois, lorsque les missionnaires se rendaient dans des contrées éloignées y porter la foi chrétienne, sans distinction du véhicule civilisationnel dans lequel elle s’était inculturée. C’est d’ailleurs sans doute là qu’est la « réussite » de cette époque missionnaire: d’avoir imposé à plusieurs continents une forme quasi-unique de civilisation aux airs de chrétienté bien plus que de la foi comme telle!

Annoncer le Christ, vraiment?

Malgré tout, les missions chrétiennes ont la plupart du temps été le fait de véritables croyants et croyantes qui voulaient offrir au monde une chance de connaître le Christ Jésus et toute la tradition croyante engendrée à sa suite. Cela ne peut pas être le cas d’un film. Par exemple, Mel Gibson a bel et bien professé la foi chrétienne et son film La Passion du Christ représente le fruit de sa propre recherche spirituelle et de sa méditation des évangiles. Mais sa création n’a pas touché la cible que son auteur visait, à savoir de partager une vision la plus réaliste possible de la Passion de Jésus afin de saisir le spectateur ainsi appelé à prendre position pour ou contre le Fils de Dieu. Dans les faits, je ne connais aucune personne qui ne m’ait jamais dit : « C’est grâce à tel film sur Jésus ou sur la Bible que j’ai été convertie. »

Russell Crowe, qui personnifie Noé, et le réalisateur Darren Aronofsky ont eu beau vouloir rencontrer le pape François afin d’obtenir sa bénédiction pour inciter les croyants à s’entasser dans les salles de cinéma, même un tel soutien ne pourrait conduire à une conversion des masses. Un film, qu’on le veuille ou non, restera toujours une œuvre de fiction! Une succession de films bibliques de qualité ou à grands déploiements n’aboutira à rien d’autre que d’être rangée à côté d’autres trames historiques ou légendaires : c’est bon pour la plongée dans une histoire plus ou moins crédible, c’est édifiant et parfois inspirant, mais ça n’est rien d’autre que des images animées et des acteurs qui font semblant… Venir à la foi par et à travers un film hollywoodien comporte le risque de figer des images et des attitudes qui sont incarnées théâtralement. De plus, l’univers hollywoodien reflète forcément l’esprit de notre époque, dans le filtre d’une civilisation made in USA dont l’auto-promotion ne se dément pas. Quiconque vient à la foi à travers les évangiles et la tradition, ne peut conclure autrement que l’essence même du Jésus historique et de certains autres personnages bibliques ne sera jamais saisissable en « une seule prise » ni à partir d’une seule culture.

En réalité, la seule chose qui ait jamais converti les non-croyants à adhérer à la foi chrétienne, c’est la rencontre personnelle avec le Ressuscité. Celui-ci se donne à voir de multiples manières, mais, le plus souvent, c’est à travers l’humble témoignage de ses disciples qui, dans leur manière amoureuse d’habiter le monde et en tentant de manifester une compassion et une justice qui les transcendent, parviennent à pointer le doigt en direction du Créateur de toutes choses. Et c’est là, alors, que tout devient possible à celui ou celle qui veut croire.

Le plus grand best-seller de l’humanité

Nouvelle Bible TOBChaque fois qu’une nouvelle traduction de la Bible est annoncée, j’ai toujours le réflexe de me demander « mais qui donc ça peut intéresser, aujourd’hui? » Et je me réponds : il y a encore des spécialistes (exégètes), des théologiens, des ecclésiastiques, des chrétiens évangéliques, etc. Mais cela ne suffit pas à rendre compte des milliers, voire des millions d’exemplaires de la Bible qui se vendent encore et encore, même de nos jours. Étonnant, quand même, lorsque chez nous, au Québec, ces livres ont le plus souvent été jetés ou donnés aux puces quand ils ne vieillissent pas au fond des bibliothèques. Je doute fort que c’est ici, en tout cas, que les éditeurs font leurs meilleures ventes!

Les éditeurs de la T.O.B. (Traduction œcuménique de la Bible) viennent de publier, fin 2010, une « autre » nouvelle édition de ce livre. Peu importe les lieux que vous fréquentez, il est probable que vous soyez déjà tombé sur l’un des nombreux formats édités de la première TOB de 1975-76. La nouvelle Bible TOB  a été entièrement revue, des mots ont été actualisés et les notes en ont été révisées et augmentées.

Mais cette nouvelle présentation est surtout caractérisée par le fait qu’elle est vraiment œcuménique : la pensée des orthodoxes y est importante et se manifeste par l’adjonction de livres dont protestants et catholiques, tout en les révérant, ne pensent pas qu’ils soient « inspirés ». Mgr Michel Dubost

Voilà l’essentiel des nouveautés de la nouvelle édition. Mais ce n’est pas tant cette édition-là qui me fait commettre un billet que le fait d’une popularité si remarquable et si constante depuis la toute première version imprimée par Gutenberg en 1455.

Pourquoi un tel succès ?

Si la recette était connue, il y a fort à parier que les éditeurs l’aurait exploitée depuis longtemps pour d’autres ouvrages! Il doit bien cependant y avoir quelque chose en rapport avec la quête de sens et de vérité. Je me souviens de discussions avec l’un de mes fils, assez rébarbatif à toute explication religieuse de la vie, à cette période. Pour lui, la Bible ne pouvait pas être vraie car on n’avait aucune preuve de ce qui y était avancé. Il était dans cette veine de vouloir des preuves pour vérifier la validité de toutes les affirmations, y compris celles de ses parents. Pas de preuve, pas vrai ! Même ses bêtises n’existaient pas tant qu’on en trouvait pas les preuves ! Sans s’en rendre compte, mon fils traduisait assez justement les préoccupations contemporaines face au phénomène religieux : « donnez-nous des preuves ! »

Si votre dieu peut laisser faire toutes les guerres, meurtres, génocides,  catastrophes naturelles, abus d’enfants, viols, abandons, etc. sans broncher, c’est donc qu’il n’existe pas ou bien qu’il ne mérite pas la foi qu’on pourrait lui confesser!

Ce n’est pas le lieu pour le moment de discuter de ces reproches qui planent partout où l’on éprouve de la déception ou de la colère face à un Dieu réputé tout-puissant. On peut toujours relire un billet précédent…

En fait, la Bible continue de susciter une grande fascination, même quand c’est par la négative. C’est un livre respecté par l’ensemble des gens modérés de toutes traditions religieuses. Un livre vénéré par les chrétiens de toutes confessions qui le considèrent comme Parole de Dieu, avec des accents et souvent des divergences quant aux différentes manières d’aborder ses « vérités ». Par exemple, les chrétiens fondamentalistes en feront une lecture plus littérale, citant abondamment les passages qu’ils connaissent souvent par cœur pour étayer leurs points de vue sur la vie et la morale chrétiennes. Les catholiques y verront la source de leur foi à partir de « témoignages » authentiques d’une histoire sainte, en particulier celle du Dieu d’Abraham, de Moïse, de David et surtout de Jésus et de ses disciples qui ont écrit après sa mort. C’est à partir de ces témoignages qu’une tradition deux fois millénaire s’est développée. Si tant de divergences existent à propos des manières de lire la Bible, alors comment peut-on continuer d’affirmer que ce qu’on y lit puisse être vrai ?

Tout est vrai…

Mon professeur de Bible, Marc Girard, surprenait tous ses étudiants dès le premier cours en déclarant: « Tout est vrai, dans la Bible, mais pas comme on pense. » Les nombreuses études conduites par des scientifiques ont peu à peu démystifié, voire démythisé le texte. Mais même en tenant compte de l’éclairage des sciences humaines, les croyants continuent d’y lire une vérité pour la conduite de leur vie présente et l’espérance d’une vie éternelle.

Comment font-ils? Il existe plusieurs méthodes de lecture. On peut ouvrir le livre tout simplement, en se laissant toucher ou interpeller par un passage ou l’autre, qu’on peut ensuite laisser « travailler » en soi au cours de la journée. On peut tenter de repérer les couches rédactionnelles selon une approche historico-critique (Eh oui ! Tout n’aurait pas été écrit d’une seule traite !) pour mieux percevoir les intentions des auteurs face à leurs auditeurs primitifs et subséquents.  On peut aussi utiliser une approche sémiotique, plus moderne, qui voit dans l’exercice de lecture comme tel, une contribution à l’émergence de la signification du texte. On peut encore faire une lecture en groupe, de manière communautaire, et s’éclairer mutuellement sur ce que le texte éveille en nous et comment il nous met en route ! Bref, il existe une multitude de façons d’aborder la Bible et elles sont valables dans la mesure où elles nous introduisent dans une compréhension pour aujourd’hui des mystères qui y sont révélés et qui ont une portée réelle sur nos valeurs, nos choix, nos actes.

Si on va au-delà de son caractère ancien, on peut voir la Bible comme un livre vivant qui incite des milliers et des milliers de personnes à l’ouvrir à y plonger. Faites un essai, vous verrez à quel point on peut être totalement accroc dès qu’on se laisse aller à ouvrir et à lire. Et si tout vous semble compliqué, n’abandonnez pas immédiatement. Rejoignez plutôt un groupe ou prenez un cours qu’on offre dans plusieurs centres de formation. Peut-être alors deviendrez-vous l’un ou l’une de ces chercheurs qui fouillent le livre afin d’y puiser ce qu’il faut pour marcher dans l’histoire, la leur et celle de l’humanité, et mieux comprendre le sens de leur présence en ce monde. Bonne lecture !

Y avoir cru quand même un peu

Fin du mondeJ’écris ce texte deux heures après la fin du monde, du moins ce qui était annoncé comme sa première phase, par le pasteur californien Harold Camping. Ce dernier y a cru tellement fort qu’il a dépensé une petite fortune pour faire connaître à tous sa prédiction. Mais non, la fin du monde n’est pas venue, comme prédit. Cette fois-ci comme les dizaines d’autres fois avant.

Mais M. Camping a quand même réalisé un coup médiatique extraordinaire. Faire passer le mot-clé #findumonde (en anglais et dans plusieurs langues) parmi les tendances (trends) les plus populaires sur les médias sociaux, notamment Twitter et Facebook, c’est déjà un exploit en soi. Et même si ce n’est pas encore pour cette fois-ci, un nombre incalculable de gens sur la planète auront eu un certain contact avec l’un des volets les plus étonnants de la Bible, les fameuses prophéties de fin des temps.

Comme bien d’autres, je me suis amusé de cette nouvelle prédiction. J’ai relayé l’information sur cette annonce du pasteur fondamentaliste. J’ai lu et transféré quelques blagues. Admettez que lorsqu’une histoire semblable survient, l’humour se trouve à son paroxysme. Il y a eu aussi toutes sortes de réactions : certains ont choisi de fermer leurs écrans pour ne plus entendre parler de cette lubie; d’autres ont menacé ceux qu’ils « suivaient » (follow) sur Twitter de ne plus les suivre s’ils continuaient de polluer leur fil de nouvelles avec des histoires autour de la fin du monde; etc. La grande majorité s’est plutôt mise à identifier, le plus souvent en blaguant, des choses à faire avant l’échéance.

Je trouve qu’il est là, le génie de ces annonces apocalyptiques : pendant quelques heures, une grande partie de la planète 2.0 s’est mise à nommer ce qu’elle souhaitait faire avant, à regretter ce qu’elle perdrait. Certains sont peut-être même allés, secrètement, à se demander s’ils allaient faire partie de cette éventuelle cohorte d’élus qui seraient « ravis ».

La fin du monde arrive vraiment

Peut-être que je vous surprends. En fait, notre monde n’est pas bâti pour un temps infini. Les scientifiques l’ont démontré depuis belle lurette. Et toutes les religions parlent de cycles de naissance-vie-destruction. La Bible ne fait pas exception. Jésus lui-même, en son temps, n’a pas exclu cette idée. Certains spécialistes du Nouveau Testament avancent même que Jésus pensait que la fin surviendrait peu de temps après sa mort. C’est probable qu’il l’ait cru, même s’il donne une réponse évasive*. Mais sa propre fin est arrivée comme il l’avait prédit, c’est déjà un bon point !

Que ce soit pour des raisons naturelles, par notre incompétence à gérer les ressources qui sont mises à notre disposition ou bien par une quelconque action divine à un moment déterminé de l’histoire, la vérité est que ce monde aura une fin, que cet univers, aussi grand et infini qu’il paraisse, se contractera et implosera.

La seule perspective de la finitude de notre monde nous ramène donc à notre propre finitude. Si, aujourd’hui, la plupart d’entre nous avons considéré celle-ci avec humour, il doit bien y avoir, dans un espace secret, une croyance que cette fin risque d’arriver à tout moment. Il importe donc de conserver une petite question au terme de cette journée particulière: quelle valeur aura ma vie lorsque celle-ci s’achèvera? Oui, « valeur ». Puisque nous comprenons bien le sens de la valeur, des valeurs, de donner de la valeur, ce mot peut sans doute demeurer en notre mémoire pour en faire le bilan.

Et si, par hasard, fatalité ou volonté d’un dieu, c’était vraiment maintenant, la fin, ma fin du monde? J’aimerais alors que celle-ci ait été vécue à plein, qu’elle m’ait donné de développer toutes les ressources internes qui m’ont été fournies dès ma conception, à même mon code génétique, mais également d’acquérir tout ce qui m’aura été possible pour grandir encore et toujours. J’aimerais que mes ressources, mes talents et mes dons aient pu servir à celles et ceux qui me sont proches, mais également, par ricochet ou, je l’espère, par intention, à quiconque aura surfé dans les mêmes eaux que moi, à cette époque et dans l’avenir. J’aimerais que la fin de ma vie, de mon monde, soit un immense amen et un abandon total dans les bras de celui qui est la source première et l’océan ultime de l’Amour infini, le seul qui ne passera jamais.

* Voir Matthieu 24, 34