Pensionnats et évêques : un vice structurel

«Nous faisons face à un vice de structure qui engendre un déficit de compassion», écrit le chroniqueur Jocelyn Girard au sujet de la position de la CECC.

Photo: Présence/Philippe Vaillancourt

La colère est bien perceptible parmi les peuples autochtones et au sein des groupes qui leur sont proches face à la demande repoussée ou reportée par les évêques canadiens de demander au pape de venir présenter des excuses officielles pour la participation complice de l’Église catholique au Canada dans la gestion des pensionnats autochtones.

On a vu à deux reprises les hauts responsables de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) chercher à se décharger de ne pas pouvoir présenter des excuses en leur nom et à justifier que le pape n’ait pas à le faire. Leur tentative d’interférer dans le processus parlementaire s’ajoute à leur effort de se disculper face à ce que l’on reconnaît désormais comme un génocide culturel. Pour eux, les excuses relèvent surtout des instances impliquées directement dans cette affaire: des diocèses et des congrégations religieuses, qui ont déjà présenté des excuses formelles.

Ainsi, ni la CECC, ni le Saint-Siège n’auraient eu un rôle à jouer au cours des cent ans d’assimilation forcée des enfants des Premières Nations, des Inuits et des Métis qui sont passés par les pensionnats catholiques.

Décoder la structure de l’Église

Depuis Vatican II, on ne cesse de désigner, soit pour le dénoncer soit pour le légitimer, le modèle d’autorité pyramidal de l’Église catholique. Le précédent concile, en 1870, avait pavé la voie au triomphe de l’ultramontanisme, l’autorité du pape et son infaillibilité étant portées à des sommets historiques inégalés. Cette apogée était particulièrement sentie au Canada où les évêques étaient d’emblée derrière cette vision d’une Église centrale puissante dans un contexte où, localement, ils avaient souvent besoin du soutien du Vatican pour se faire respecter et pour conserver les privilèges accordés par l’État aux Églises.

Des archives semblent montrer que des évêques ont parfois eu maille à partir avec le gouvernement fédéral, notamment pour réclamer un traitement égal entre les pensionnats sous leur responsabilité et ceux des autres Églises. Par ailleurs, des échanges de correspondance traitant de ce sujet entre les pères oblats et leurs autorités à Rome ont bel et bien eu lieu durant les années où le régime des pensionnats était en force. Cela démontre qu’à Rome, on ne pouvait pas ne pas être au courant de cette situation et qu’un silence peut, encore aujourd’hui, être perçu comme une non-intervention complice de politiques assimilatrices.

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Des siècles de rattrapage*

walk_for_reconciliationJ’étais à la rencontre avec les Premières Nations au sanctuaire Notre-Dame-du-Cap au printemps dernier. J’y ai pris conscience encore plus douloureusement d’une histoire qui ne nous a jamais été racontée. Elle porte notamment sur le mépris des descendants des Européens, nos ancêtres, et sur la transmission de cette attitude jusqu’à nos générations.

Avant la colonisation, les habitants du continent nord-américain formaient de nombreuses nations dispersées en plusieurs communautés. Peuples généralement pacifiques, ils géraient leurs conflits par des traités d’égal à égal. Leur spiritualité de communion profonde avec la nature, la terre, le ciel ainsi qu’avec leurs ancêtres décédés leur permettait de donner un sens à l’univers, à leur présence sur terre ainsi qu’aux événements.

Si nous pouvons reconnaître les nombreux efforts de rapprochements, à commencer par ceux des missionnaires qui ont voulu vivre auprès des autochtones en apprenant les langues locales et en leur apportant le témoignage de leur foi ardente, nous devons également prendre conscience de l’ivraie entremêlée au bon grain.

Les communautés autochtones ont subi de nombreux outrages : le non-respect de traités signés, le racisme alimenté par les préjugés, l’exclusion des espaces occupés par les Blancs, espaces que nous n’avons jamais cessé d’étendre jusqu’à étouffer les premiers habitants dans des réserves minuscules, en comparaison des immenses territoires qui étaient leurs.

Condamnés à la sédentarisation, tous les problèmes sociaux que nous leur connaissons aujourd’hui sont apparus peu à peu. Par une complicité inexplicable de la part des Églises, l’époque des pensionnats autochtones qui a duré près de 150 ans, constitue une tragédie tant sociale que spirituelle que nous sommes bien loin de mesurer justement.

Pour un renversement des choses

Les peuples autochtones ont appris nos langues, nos coutumes, notre mode de vie, notre code vestimentaire, nos lois et notre système économique. Nous pouvons dire avec certitude qu’ils nous connaissent beaucoup mieux que nous ne les connaissons : ils sont plutôt rares ceux d’entre nous qui ont visité une communauté autochtone, tenté de comprendre leur relation avec la nature, saisi les clés de compréhension du monde qui les entoure, lié une amitié réciproque avec une personne autochtone, appris à parler sa langue.

Avec la Commission Vérité et Réconciliation sur les pensionnats autochtones de même que la situation troublante des femmes disparues ou assassinées, les médias ont enfin mis en lumière des problématiques qui les affectent. Le temps est venu de nous ouvrir les yeux afin de reconnaître collectivement notre part de responsabilité.

Pour se réconcilier, les deux partenaires se doivent de reconnaître leurs torts mutuels et considérer l’autre dans sa dignité d’être humain. Les Premières Nations ont fait un grand travail d’introspection. Elles invitent à la rencontre et se montrent ouvertes à un nouveau commencement. Mais elles souhaitent que nous fassions notre effort dans ce mouvement de reconnaissance.

La venue éventuelle du pape François en Saskatchewan pourrait devenir un moment charnière dans nos liens avec l’ensemble des communautés autochtones. Serons-nous en mesure de le suivre dans sa demande de pardon en nous engageant dans un esprit de rencontre et de communion, et combattre à jamais tout esprit de domination, qu’elle soit culturelle ou religieuse?

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Ce texte est le 48e article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de juillet-août 2017 du Messager de Saint-Antoine.