Jean Vanier: la grande déception

Jean Vanier lors de son passage au Congrès eucharistique international de Québec en 2008.
Jean Vanier lors de son passage au Congrès eucharistique international de Québec en 2008.   (CNS photo/Nancy Wiechec)

Décédé l’an dernier à 90 ans, Jean Vanier avait eu un parcours sans tache, au point où peu doutaient de sa canonisation rapide, tellement il représentait un modèle de sainteté. Mais une plainte adressée à L’Arche internationale, en 2016, suffit à instiller une très petite brèche dans son cercueil déjà en voie de sacralisation.

Les dirigeants de L’Arche internationale ont entendu cette première accusation et n’ont pas hésité à confronter leur fondateur qui leur a donné une version contradictoire. L’affaire n’a pu aller plus loin, compte tenu que la victime n’a pas voulu intenter un procès. Mais c’est dans la foulée d’un reportage de la chaîne ARTE sur des religieuses abusées, en mars 2019, faisant état des exactions du père Thomas Philippe, qu’une deuxième accusation visant Jean Vanier a véritablement fait trembler les fondations.

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Dès lors, l’organisation créée par le Canadien allait plus loin dans ses investigations. Des premiers éléments, à partir de sources incontestables, ont conduit à des révélations inattendues. Ses dirigeants n’ont donc pas hésité à mandater un cabinet britannique spécialisé pour procéder à une enquête indépendante dont le rapport a été rendu public par L’Arche internationale le 22 février.

Une image à revoir

L’enquête externe confirme que Jean Vanier connaissait depuis 1950 les méthodes du père Thomas et ses pratiques d’abus spirituels et sexuels sur des femmes; qu’il a fait partie de l’Eau vive jusqu’à sa fermeture en 1956, une communauté de type sectaire fondée par le Père Thomas, amalgamant mysticisme et sexualité et ayant fait l’objet de condamnation par le Vatican; qu’entre 1956 et 1964, année de fondation de L’Arche, le Canadien a continué de fréquenter d’ex-membres de l’Eau vive et à correspondre avec le père Thomas, malgré l’interdiction; qu’il aurait lui-même été initié très tôt à ces rituels érotico-mystiques; plus encore, que ces pratiques se seraient poursuivies dans le plus grand secret, de connivence avec le père Thomas et d’autres ex-membres de L’Eau vive, dans les années de fondation de L’Arche à Trosly-Breuil.

Plus grave encore, au moins six femmes adultes (sans handicap) ont dénoncé Jean Vanier lui-même pour des faits présumés survenus entre 1970 et 2005, certaines ayant fait part de séquelles psychologiques importantes. Il s’agit d’allégations similaires à celles reprochées au père Thomas, soit d’abus sexuels déployés progressivement dans le cadre d’accompagnements spirituels, ce qui implique une emprise psychologique fragilisant la personne accompagnée et la rendant plus susceptible de se soumettre à des gestes intimes contre son gré. Six femmes et la question se pose: pourrait-il y en avoir d’autres?

Quand je désignais Jean Vanier, l’an dernier dans ce média, comme un géant d’humanité, je laissais aussi entrevoir une part d’ombre inconnue dans son héritage. Qu’allions-nous découvrir de ce qu’il savait, ou non, des comportements pervers du père Thomas? Personnellement, je ne voyais pas comment il pouvait ne pas avoir eu vent des exactions commises par son mentor. Mais la non-dénonciation de faits de nature vraisemblablement criminelle, si elle demeure une faute grave, n’a rien à voir avec le fait d’en être complice et même engagé dans ce que nous découvrons comme une collusion.

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Une Église en sortie… de crise?

Article que j’ai écrit et publié dans le webzine « Rencontre » du Centre culturel chrétien de Montréal (décembre 2018) – Cliquez sur l’image pour voir l’article en format pdf.

Les cas révélés récemment sont abominables. Les chiffres dépassent l’entendement. Et il faut craindre ce que révéleront d’autres enquêtes en cours ou à venir.  

Depuis l’aveu de son propre manquement à reconnaître la véracité des témoignages contre l’évêque chilien Juan Barros, le pape François n’a plus hésité à dénoncer la couverture systémique des abuseurs et à démettre les évêques accusés. Pour lui, la source de cette complicité est à trouver dans le cléricalisme qui a soutenu une politique de gestion défaillante des abus sur mineurs.  

La plupart des évêques, cardinaux et conférences épiscopales y sont allés de leur mea culpa, leur appel à la prière et à la repentance. Parmi les lettres pastorales publiées, celle de l’archevêque de Strasbourg1 mérite une mention. Néanmoins, chaque prise de parole épiscopale est généralement assortie de bémols pouvant miner la sincérité des regrets exprimés. En effet, la mise à distance du contexte durant lequel la plupart des faits allégués ont été accomplis et l’affirmation d’une imputabilité « partagée avec l’ensemble des laïcs » donne une impression regrettable de « oui, mais… » 

Même la « Lettre au Peuple de Dieu » du pape François dilue la responsabilité spécifique du clergé et des autorités ecclésiales. « Aujourd’hui, écrit le pape, nous avons à relever le défi en tant que peuple de Dieu », comme si, soudainement, il ne s’agissait plus seulement d’une expression théologique, mais bien d’une réalité concrète… 

L’historien Frédéric Gugelot lui oppose un jugement accablant : « Pour l’institution elle-même, le mal est fait. La confiance est rompue. C’est son fonctionnement qui a permis à de tels crimes de se dissimuler et de se perpétuer. Aucun évêque, archevêque, cardinal et donc pape qui puisse être épargné, non par culpabilité personnelle, mais par responsabilité générale. »2 

L’heure est désormais aux actions 

Victime d’un prêtre abuseur, John Swales a estimé que la lettre du pape n’allait pas assez loin. « Toute excuse sans geste concret est vide de sens », lui a-t-il écrit. La première chose et la plus essentielle, croit-il, c’est que les victimes puissent être écoutées et crues par les évêques à qui il demande d’« écouter dans le silence les histoires d’horreur des victimes et de leurs familles »3.  

Une simple reconnaissance générale ne suffit pas. En outre, il serait injuste de se limiter à quelques témoignages triés comme il arrive souvent. Il importe d’écouter toutes les victimes qui veulent s’exprimer, incluant celles dont le pardon est loin d’être accordé. Pour faire œuvre de réparation, « tout le peuple de Dieu » doit se mettre à l’écoute. 

Dans la mise à jour de sa politique de « Protection des personnes mineures contre les abus sexuels »4, la Conférence des évêques catholiques du Canada s’engage fermement par des mesures qui devraient éviter tout égarement futur. Mais les évêques n’en auront pas fini avec le passé tant que la reconnaissance restera incomplète. 

La parole libère souvent mieux que les poursuites juridiques, même si celles-ci y contribuent. Or, nous disposons d’un modèle éprouvé avec la Commission de vérité et de réconciliation du Canada sur les pensionnats autochtones. C’est une instance semblable, instaurée en partenariat avec les pouvoirs publics, qui devrait être soutenue et autorisée à tenir des audiences dans tous les diocèses non enquêtés. Un engagement ferme de l’Église auprès de telles instances serait un autre signe de sa détermination à écouter en vérité et à faire confiance à la justice réparatrice.  

Si cela vaut pour le dépistage et la condamnation des abuseurs et de leurs couvreurs, il y a par ailleurs bien d’autres réformes à envisager. Le schisme passif provoqué par les fidèles ayant quitté la barque avant son naufrage ne peut avoir échappé à l’Esprit. L’ère du service pastoral étroitement lié au pouvoir clérical se doit d’être dépassée. À tout pouvoir, il faut des contre-pouvoirs efficaces. L’Église ne peut échapper à cette règle. 

Une gouvernance magistérielle exclusivement masculine est un contresigne dans un monde où il n’est plus possible de fonctionner sans une égalité réelle. Ce que reprochent à l’Église tant de mouvements de la société civile ne peut plus être balayé du revers de la main comme si elle n’avait de conseils à recevoir de quiconque! La misogynie encore bien incrustée, l’homophobie patente et le rapport à la sexualité en général, présents dans les causes des abus, trônent au-dessus des nombreux sujets qui nécessitent une révision de la théologie et de la morale catholiques.  

Si autrefois tout se résolvait par des clercs au sein d’une hiérarchie excluant les non-ordonnés, il n’est plus possible, désormais, après l’appel du pape, de ne pas compter sur les autres membres marqués du même baptême. Un petit nombre de femmes ou d’hommes avec droit de parole, sans droit de vote, lors des synodes comme celui sur les jeunes, ne peut remplir cet objectif. En tout lieu de pouvoir, l’ordination ne devrait plus être un a priori pour déterminer la compétence et l’autorité en matière de gouvernance ecclésiale.  

Chaque vocation a sa place dans l’Église, et chaque baptisé, ordonné ou non, a la responsabilité de collaborer avec les autres. Le temps est peut-être venu de délier par nature l’ordination et le pouvoir et même de soulager de ce joug un grand nombre de prêtres. Toute fonction ou instance ecclésiale, en plus d’être limitée dans le temps, ne devrait plus manquer à figurer « toutes les composantes du Peuple de Dieu »5

Évoquer, comme certains, un synode sur les abus sexuels est certes une option sérieuse. Espérons que l’idée soit reprise lors de la rencontre du pape avec les présidents des conférences épiscopales. Mais au-delà de la crise et pour que l’Église demeure « en sortie », ne devons-nous pas exhorter François à se montrer cohérent avec son appel au peuple en convoquant « toutes ses composantes » à une réflexion en profondeur visant à crever l’abcès du cléricalisme et du pouvoir? Un tel exercice a un nom : un concile.  

« Ah, puisse tout le peuple de Yahvé être prophète, Yahvé leur donnant son Esprit ! » (Nombres 11, 29) 

[1] https://fr.calameo.com/read/00009813611c7f45543ea

[2] « Abus sexuels : la réforme de l’Église ne peut plus attendre », The conversation, 17 septembre 2018.

[3] « Une victime canadienne répond au pape François ». Présence Information religieuse, 19 septembre 2018.

[4] Cf. https://www.cccb.ca/site/images/stories/pdf/Protection_des_personnes_mineures_2018.pdf Lle délai de prescription pour porter plainte demeure une contrainte majeure pour les victimes (cf. Le Devoir).

[5] Cf. « Lettre au peuple de Dieu » du pape François.

Schisme, concile : options pour sortir de la crise?

Le pape François prie pour les victimes d'abus sexuels devant une chandelle dans la pro-cathédrale St. Mary's à Dublin, en Irlande, le 25 août 2018.

CNS photo/Paul Haring

Le voyage du pape François en Irlande et ses discours de mobilisation pour les familles auront été occultés de façon spectaculaire par les nouvelles provenant des États-Unis, tant avec la révélation du scandale des 300 prêtres pédophiles, que la destitution d’un proche, le cardinal Theodore McCarrick, accusé d’abus sexuels, et plus encore par les allégations de l’ex-ambassadeur du Vatican à Washington de 2011 à 2016, accusant le pape lui-même d’avoir couvert le haut personnage pendant ses années de pontificat.

La longue lettre de Mgr Carlo Maria Vigano a fait l’objet de nombreuses dénonciations et attaques contre son auteur. Je ne reviendrai pas sur le caractère controversé du personnage ni sur l’intérêt qu’il aurait de se prêter au jeu des antipapes. Les allégations sont extrêmement graves et si les faits étaient avérés, cela pourrait achever l’œuvre en cours de destruction de la confiance en l’institution deux fois millénaire.

Comprenons cependant que, depuis Vatican II (1962-65), de nombreuses franges ultraconservatrices militent pour une restauration de la grandeur de l’Église par la réaffirmation de son autorité sur les pouvoirs civils tout autant que par le renforcement de son enseignement doctrinal. Celles-là regrettent que l’Église s’écrase devant les États, s’abaisse à jouer dans l’œcuménisme en allant même jusqu’à reconnaître une valeur positive aux autres religions et surtout qu’elle perde son influence morale sur les mœurs des catholiques eux-mêmes.

Le refus de l’évolution de l’Église et de quelque aspect de sa doctrine constitue le fer de lance de ces gardiens de la tradition qui n’attendent que le moment propice pour réinstaurer la «vraie papauté».

La bougie d’allumage

Dans le contexte du scandale qui frappe l’Église catholique aux États-Unis, voici que ces objecteurs semblent avoir trouvé l’angle d’attaque pour forcer François à quitter son siège. En pourfendant la «culture homosexuelle», qu’ils conçoivent comme un «homo-progressisme» laxiste causant de la déchéance de l’Église, dont la pédophilie de masse serait la conséquence, ceux-ci se servent de la vague d’indignation pour justifier leur vision. En purgeant l’Église de tous ces prêtres déviants, des pervers qui l’ont envahie, de ceux qui les ont protégés jusqu’au plus haut niveau, ils croient pouvoir redorer son blason et assurer qu’elle peut encore se maintenir contre vents et marées.

Prenant le relais des titres accrocheurs, de nombreux commentateurs ont ciblé le pape, critiquant l’usage malheureux du mot «psychiatrie» en répondant à une question sur l’homosexualité d’un enfant. Des raccourcis injustes ont eu pour effet de détourner l’intention du cœur de sa réponse: inviter à soutenir les parents dans leur rôle d’accueil, de reconnaissance et d’accompagnement de leur enfant présentant une orientation homosexuelle pour une vie plus harmonieuse.

Il s’agit pourtant d’une position plus explicite encore que celle qu’il avait exprimée lors du retour d’un voyage semblable en 2013 avec son fameux «qui suis-je pour juger?». Le pape François donne de l’eau au moulin de ses détracteurs catholiques qui l’accusent d’avoir laissé les «lobbys gais» s’emparer de l’Église.

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Le Saint-Siège et le blâme de l’ONU

Même les soeurs Magdalene d’Irlande sont évoquées. Photo tirée du film The Magdalene Sisters.

Le Saint-Siège (État du Vatican) a reçu un blâme très sévère de la part de l’Organisation des Nations Unies relativement à la gestion des nombreuses affaires de pédophilie qui ont eu cours et que, souvent, l’institution est jugée pour avoir couvertes. En effet, le Comité sur les droits de l’enfant reproche au Saint-Siège, membre en règle de l’ONU et signataire de la Convention sur les droits de l’enfant, de n’avoir « pas reconnu l’étendue des crimes commis, [ni] pris les mesures nécessaires pour traiter les cas d’abus sexuels sur enfants ». Le comité attaque la loi du silence et le fait que plusieurs pédophiles n’ont jamais été renvoyés vers la justice criminelle. Le Comité va plus loin en réprimandant le Saint-Siège relativement aux traitements violents sur des enfants qu’il n’a pas systématiquement dénoncés et que le droit canon risque même d’encourager en n’établissant pas clairement la primauté des droits de l’enfant sur les lois internes à l’Église. De plus, il en profite pour déclarer que le Saint-Siège ne fait pas ce qu’il faut pour éliminer toute discrimination qu’elle soit basée sur le genre, sur le type de famille dans laquelle vit un enfant (notamment homoparentale) et sur l’orientation sexuelle des enfants et des adolescents. Il y va, enfin, d’un soufflet supplémentaire en dénonçant la rigidité des règles interdisant tout avortement même dans les cas de viol ou de grossesse mettant en danger la vie de la mère mineure, citant notamment l’affaire de la jeune brésilienne de neuf ans. Bref, une bonne fessée pour le Saint-Siège, que le Comité ne s’est pas privé de lui administrer, sa cible étant assurément assez vieille pour être considérée majeure!

Mets ça dans ta pipe

Un de mes profs au secondaire disait souvent, lorsqu’il parvenait à nous clouer le bec: « Tiens, mets ça dans ta pipe! » Malgré les représentations du Saint-Siège devant le Comité, le 16 janvier, le rapport publié aujourd’hui est accablant. Tout en reconnaissant poliment les efforts déjà accomplis par le petit État du Vatican, il estime que ce dernier n’a pas suffisamment pris en compte les recommandations qui lui avaient déjà été adressées en 1995 sur les mêmes sujets. Qu’on soit de l’Église ou non, qu’on l’aime ou non, il faut reconnaître que cette adresse est une véritable gifle à un moment où l’Église tend pourtant à changer ses règles internes.

Il me semble que la question touche plus particulièrement celle de la reconnaissance. Comme les actes qui sont visés se sont généralisés à une époque en plusieurs pays, dont ici même au Canada et au Québec, il importe, selon le Comité, que le Saint-Siège se montre cohérent pour justifier son appui à la Convention sur les droits de l’enfant. La fameuse tentative plus ou moins ratée de Mgr Marc Ouellette, en novembre 2007, de demander pardon pour tout le mal causé par des catholiques et certains membres du clergé avant 1960, au Canada, marquait pourtant un début de cette reconnaissance que l’Église doit pouvoir réaliser afin de retrouver une certaine crédibilité en matière de respect des droits de l’enfant. Là encore, cette insistance à ne pas aller au-delà de 1960 avait été perçue comme un déni des actes postérieurs à cette époque alors que d’autres victimes ont continué d’être abusées et que des prêtres suspectés n’étaient toujours pas conduits devant les tribunaux.

Pour les membres du Comité, le Saint-Siège doit reconnaître qu’au sein de l’Église persistent des situations non réglées que la loi du silence ne permet toujours pas de dénoncer. Les victimes doivent pouvoir être indemnisées et, dans la mesure du possible, trouver réparation des actes commis à leur endroit qui ont laissé des séquelles souvent désastreuses. Il va jusqu’à recommander que le Vatican amende son propre code de droit afin d’établir plus clairement les repères qui garantissent les droits de l’enfant à être reconnu pleinement comme sujet. Ce blâme est certes très grave et difficile à recevoir, mais le Saint-Siège a annoncé qu’il analyserait les « observations conclusives » du Comité avec minutie et qu’il y répondrait le temps venu.

Les choses ont-elles vraiment changé?

Il est vrai que depuis quelques années, l’Église s’est donné des moyens concrets pour combattre la pédophilie. La politique Zéro de Benoît XVI et sa lettre aux évêques d’Irlande ne laissent aucun doute quant à l’intention. Pour l’ex-pape, toujours vivant, la seule conclusion à laquelle il était parvenu était qu’il fallait éradiquer complètement ce mal qui a corrompu l’Église de l’intérieur. Il s’est montré particulièrement exemplaire avec les Légionnaires du Christ, en condamnant les agissements de leur fondateur, le père Maciel, même s’il n’est pas allé jusqu’à lui imposer un procès canonique alors qu’il était mourant. Son successeur François n’y est pas allé de main morte non plus depuis son installation. Les mesures prises au cours des derniers mois, si elles ont été reconnues par le Comité des droits de l’enfant, ne paraissent pas avoir convaincu ses membres.

Il me paraît, humblement, que l’Église est en bonne voie de se réformer sur ces questions où elle s’est montrée autrefois davantage préoccupée de sauver sa réputation et celle du clergé que de compatir sincèrement avec les victimes. Les congrégations religieuses qui ont abrité des pédophiles, une à une, s’y sont résolues par la force des choses et les poursuites intentées contre elles, en indemnisant les victimes à grands frais et en hypothéquant sérieusement leur propre avenir. De nombreux diocèses ont emboîté le pas en assumant leur responsabilité d’avoir caché les actes reprochés en transférant les prêtres visés dès que de nouveaux soupçons commençaient à surgir. Il importe de terminer le grand ménage et de collaborer avec la justice pour montrer clairement que tous ces gestes à l’encontre de personnes mineures et vulnérables ne peuvent demeurer impunis. Il reste donc beaucoup à faire, selon le Comité, pour reconnaître, indemniser et réparer.

Une conversion attendue

En tant que baptisé, membre de cette Église, je m’attends à ce que le pape François et les évêques de mon pays réagissent avec une réelle humilité devant les accusations portées. J’aspire à ce que l’Église devienne pauvre au moins en esprit et c’est ce qui lui arrive de toute façon. Ainsi dépouillée, lorsqu’elle aura à choisir entre sa réputation et la vérité, elle saura trouver la vraie liberté (« La vérité vous rendra libre »). À l’image d’un autre François, d’Assise celui-là, qui dénonçait la grandeur et les richesses de l’Église comme la cause de ses tourments, le pape François devra trouver les moyens d’inciter ses collaborateurs du Saint-Siège à une conversion personnelle et collective, comme à nous, les fidèles. La conversion, celle qui implique l’aveu de ses fautes et l’intention de s’amender, est une condition de la paix de l’esprit. Elle est un préalable à une véritable justice. Elle est la seule voie qui permet à l’amour de reprendre ses droits. J’espère donc en une Église qui saura retrouver la pertinence de ces simples mots qui sont ses points cardinaux: Vérité, Amour, Justice et Paix.

Mise à jour du 13 juillet 2014: Voici le texte de l’homélie prononcée par le pape François à l’occasion d’une messe et de la rencontre avec des victimes d’abus sexuels par des prêtres… Par ce geste, il invite l’Église à suivre la voie qui me paraît la seule possible.