Le droit de mourir et reposer en paix…

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Photo:  KENZO TRIBOUILLARD, AFP (La Presse)

Le résultat du référendum sur le cimetière musulman à Saint-Apollinaire, tenu le 16 juillet dernier, semble avoir créé plus de divisions que de consensus, même si le processus s’est réalisé de manière démocratique. Le déchaînement de la haine des uns contre les autres devient malheureusement routinier. On s’en passerait bien!

Cet exercice a permis de mettre au jour certains aspects de la problématique. En particulier, on aurait « découvert » qu’une petite minorité seulement de musulmans exige des cimetières exclusifs au lieu d’espaces spécifiés dans des cimetières existants. Cette idée ferait même en sorte de délégitimer la demande de l’Association islamique de Québec, qui serait maintenant pointée comme intégriste.

On meurt comme on vit…

Lorsque la vaste majorité des Québécoises et des Québécois étaient catholiques et pratiquants, leur fin de vie cadrait parfaitement avec leurs valeurs et leurs croyances. Il allait de soi qu’ils devaient être enterrés dans un cimetière à l’enseigne de la seule « vraie » religion. Il n’était pas question pour l’Église d’enterrer avec ses fidèles des défunts athées ou affiliés à une autre religion, y compris d’autres confessions chrétiennes.

Et puis les choses ont changé. On a vu l’Église s’ouvrir à la crémation à partir de 1963 et aux cimetières « chrétiens » dans les années 1980. Aujourd’hui, un grand nombre de catholiques non pratiquants ne voient même plus l’importance de faire enterrer leurs cendres et les conservent parfois dans des conditions douteuses.

L’évolution des coutumes funéraires va avec la manière de vivre et celle-ci est devenue multiforme.

 

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Un printemps pour la liberté religieuse?*

cross-952347_960_720Les questions religieuses font de plus en plus l’actualité. On se rappelle cette affaire du crucifix retiré d’un hôpital de Québec, sur la plainte d’un patient, et qui aurait porté préjudice aux catholiques. Et cette marche dans plusieurs villes « pour la liberté, la paix et la justice » qui, lorsqu’on gratte un peu, s’attaquait à l’islam. Christianophobie? Islamophobie? Faisons la part des choses.

Les persécutions en hausse

Nous vivons une époque difficile pour les croyants et les croyantes de toutes les religions. Dans la plupart des régions du monde, la persécution religieuse ne cesse d’augmenter, selon les différents rapports publiés comme celui de l’Aide à l’Église en Détresse (AED).

En général, il s’agit de groupuscules issus de la majorité qui s’en prennent aux minorités. Au Moyen-Orient, il est fréquent que des chrétiens et d’autres groupes soient ciblés alors que les musulmans le sont davantage en Inde ou en Asie et qu’en Corée du Nord toutes les religions sont formellement interdites!

Au Canada, pays de libertés protégées par ses chartes fédérale et provinciales, la paix sociale a été maintenue de manière plutôt exemplaire. Ainsi, des immigrants de toutes les régions du monde ont pu venir y vivre en paix. Néanmoins, cela ne signifie pas qu’il n’y ait eu aucune forme de discrimination religieuse ou de racisme chez nous.

Avec les événements violents qui surviennent sur la scène internationale et même au Québec, nous voyons s’exprimer de plus en plus d’intolérance et même de l’hostilité envers les musulmans en tant que groupe. Par un jeu d’amalgame abusif, on identifie à tort ces citoyens vivant paisiblement ici à la mouvance « hyper-extrémiste islamiste » (AED). Il pourrait être tentant de banaliser ce « profilage » religieux sous prétexte qu’ailleurs les chrétiens sont persécutés ou qu’ici on retire nos traditions.

kid-1077793_960_720 (1)Reconnaissons qu’il y a une grande différence entre le retrait par une institution d’un crucifix appartenant au patrimoine religieux et le fait que des manifestants de partout au pays se dressent pour cibler des personnes en chair et en os, en les rendant responsables de nos problèmes sociaux ou, pire, que certains aillent jusqu’à vandaliser leurs lieux de culte et proférer des menaces de mort. Si les chrétiens forment la religion la plus persécutée dans le monde, au Canada, en 2017, ce sont les musulmans qui sont de plus en plus la cible d’actes et de discours haineux. L’islamophobie est bien réelle, comme l’était l’antisémitisme au XXe siècle.

La liberté de conscience et de religion est un droit fondamental constamment rappelé par le Vatican. Nous devons sans cesse militer pour que les fidèles de toutes les religions, partout dans le monde, puissent en disposer en toute quiétude, en respect des lois nationales, lorsque celles-ci sont cohérentes avec la Déclaration universelle des droits humains.

Lorsque des citoyens de chez nous s’en prennent à d’autres, en raison de leur appartenance religieuse, les catholiques d’ici, inspirés par l’Évangile, devraient être les premiers à se lever pour condamner cette intolérance. En effet, le combat mené contre les persécutions des chrétiens à l’étranger commence par l’exemple que nous donnons à vivre harmonieusement avec nos propres minorités religieuses.

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* Ce texte est le 46e article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de mai 2017 du Messager de Saint-Antoine.

Une « DPJ » musulmane, un rêve?

(Pixabay/Madalinlonut)

La présence de Gabriel Nadeau-Dubois à un souper-bénéfice d’un OBNL œuvrant auprès des familles musulmanes, notamment dans le cas des enfants qui ont fait l’objet de signalements à la direction de la Protection de la Jeunesse (DPJ), a suscité son lot de réactions depuis une semaine.

Il serait devenu suspect pour n’importe quelle personnalité publique de se présenter à un événement apparenté à l’islam. Une photo officielle en présence de quelques femmes portant le voile devient vite l’objet de dénonciations appuyées. Des politiciens sont vite étiquetés de sympathisants islamiques, favorables à la charia voire à l’islamisation du Québec! Désignés du doigt, ils sont acculés à une posture défensive au point où plusieurs choisissent de ne plus accepter de telles invitations.

L’absence d’élus ou de personnalités auprès des milieux communautaires est généralement à déplorer, mais plus encore si ceux-ci excluent de leur agenda toute rencontre formelle avec des groupes confessionnels, comme si ces derniers étaient des lépreux modernes.

Vers plus d’accommodements confessionnels?

Le rêve, exprimé candidement puis démenti par Soraya Zaidi, directrice de l’organisme Défi-lles et des ailes, de créer une «DPJ musulmane», serait-il si incompatible avec une société laïque? N’avons-nous pas déjà des écoles confessionnelles privées qui inculquent à des élèves juifs, chrétiens ou musulmans des valeurs soi-disant plus conformes aux religions qui les soutiennent? Une certaine mouvance multiculturaliste s’en ferait aisément le porte-étendard.

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Comment mesurer la valeur de notre monde devant les champions de la haine?

Un homme et sa fille fuient un quartier de Mossoul, contrôlé par l'État islamique, durant les combats, le 4 mars 2017.

Un homme et sa fille fuient un quartier de Mossoul, contrôlé par l’État islamique, durant les combats, le 4 mars 2017.   (CNS photo/Goran Tomasevic, Reuters)

Mon plus jeune fils me demande souvent, à propos de ce qu’il fait ou observe: «est-ce un record du monde, papa?» Comme bien de nos contemporains, il a besoin de mesurer la valeur des performances pour leur accorder l’attention qu’elles méritent.

Depuis toujours, les représentants des grandes religions témoignent à leur manière d’un mécanisme semblable à propos des persécutions religieuses. C’est comme si, à l’image de ce qui se passe dans le sport de compétition, il existait un besoin impérieux d’établir une hiérarchie des champions et des perdants.

Notre époque aurait-elle atteint un sommet en matière de persécution religieuse? Les attentats dans deux églises coptes en Égypte, en plein dimanche des Rameaux, ont rappelé aux chrétiens qu’ils demeurent les plus persécutés dans le monde. Il y a quelques années, Le livre noir de la condition des chrétiens dans le monde notait que jusqu’à 200 millions de chrétiens étaient discriminés dans près de 140 pays, faisant du christianisme la religion la plus persécutée au monde, une réalité que de nouveaux rapports confirment chaque année. Voilà pour les «champions» du supplice!

Malheureusement, il n’existe pas d’époque sans persécution religieuse. Il suffit de revoir l’histoire de l’humanité pour se rendre compte qu’elle en fait partie intégrante.

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Le prophète et la Femen

Le 21 mars 2017, une militante Femen s’est trouvée acquittée à la suite d’un procès pour tapage et vandalisme dans le cadre du Grand Prix de Formule 1 à Montréal en juin 2015. Neda Topaloski et une complice s’étaient présentées, poitrines dénudées marquées de messages provocateurs, sur un site public où l’on exposait des voitures, grimpant sur l’une d’elles et proférant les slogans du groupe à tue-tête et d’où elles furent violemment interceptées.

Après l’acquittement, l’avocate de Mme Topaloski, Véronique Robert confiait au Devoir qu’il s’agit d’une décision importante pour le droit de manifester et pour les revendications féministes, la décision retenant surtout que l’intention était de transmettre un message contre l’exploitation des femmes.

Face aux manifestations des Femen à travers le monde, je suis, comme plusieurs, perplexe et parfois choqué. L’utilisation qu’elles font de leur corps, dont l’instrumentalisation par des tiers est dénoncée, pourrait porter à confusion et ne pas servir leur message, surtout lorsqu’il y a grabuge. Mais il faut admettre que cette nouvelle forme d’activisme s’avère efficace pour dénoncer l’exploitation des femmes et de leur corps en particulier.

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Lisée et le religieux instrumentalisé

Au cours de la campagne à la chefferie du Parti québécois (PQ), les croyances religieuses ont encore été l’objet de débats, voire d’attaques, lorsque l’un ou l’autre des candidats ou candidate exprimait une opinion sur le fait religieux dans notre société.

Entre un Alexandre Cloutier qui a semblé retourner sa chemise au lendemain de la défaite du PQ en 2014 et qui a montré de la sympathie envers une minorité religieuse, d’une part, et un Jean-François Lisée qui, d’autre part, a donné l’impression de s’être rapproché des courants nationalistes identitaires, nous avons pu assister encore une fois à l’instrumentalisation des religions au service de la partisannerie.

Vouloir un pays, c’est une chose à laquelle j’adhère facilement. Vouloir un pays qui nie l’évolution des 40 dernières années en croyant que la «souche» canadienne-française serait capable de rallier une majorité de votants sans compter sur l’immigration, en est une autre.

Faire preuve d’ouverture

Les «bons immigrants» sont ceux que nous avons. Ils ne sont rien d’autre que des humains remplis d’espoir ayant choisi de venir habiter un pays accueillant et inclusif. Ils sont venus avec leur culture qui, comme la nôtre, comporte une part de bons coups et une part de trucs étranges.

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Faut-il empêcher la religion des autres?*

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Photo: diocèse de Montréal

Chaque année nous traversons la longue période liturgique qui va du Carême jusqu’à la fête du Sacré-Cœur, en passant par Pâques, l’Ascension, la Pentecôte et j’en passe. Par les temps qui courent, ces fêtes ne soulèvent guère d’enthousiasme et encore moins de ferveur populaire. Lors d’une procession de la Fête-Dieu, ils ne seront plus que quelques dizaines de courageux à suivre l’ostensoir.

 

Le catholicisme en tant que religion populaire et historique du « Canada français », est désormais le fait d’une minorité. Mais la foi n’est pas morte pour autant. Et la foi n’est pas limitée au christianisme.

Religions en hausse

De tout temps, les religions ont connu des hauts et des bas. Si le catholicisme semble en voie de disparition au Québec, ce n’est pas le cas en Afrique et en Asie. Sur ces deux continents, toutes les religions connaissent une hausse. Il en est ainsi pour l’Islam qui se développe également en Europe et en Amérique du Nord.

Par le fait de nos politiques d’immigration, nous assistons à une arrivée constante de nouveaux citoyens venant de pays musulmans. Ils viennent de plus en plus en familles déjà constituées, mari, femme, enfants. En tant que familles, celles-ci vont davantage reproduire leurs coutumes, traditions et pratiques religieuses et veiller à leur transmission.

Une première réaction serait de craindre ce mouvement, en croyant que les musulmans confessent une religion violente et hostile aux autres croyants. Si cette perception n’est pas toujours erronée, il serait sot de croire que tous les musulmans y souscrivent. Une réaction plus équilibrée consisterait à nous demander en quoi cette religion peut aussi contribuer à la construction d’un monde plus juste.

turkey_pope_rain__2_En réalité, les différences sont surtout liées à des considérations historiques, juridiques et langagières. Car la foi des musulmans n’est rien d’autre que la foi d’Abraham, donc des Juifs. Les deux religions confessent le Très-Haut, le Miséricordieux qui a fait le ciel et la terre et tout ce qu’elle contient. Les Juifs auront davantage développé le caractère engagé de Dieu qui ne se contente pas d’avoir créé le monde et donné ses commandements, mais qui agit dans l’histoire. Quant aux chrétiens, ils voient dans l’image du Père le même Dieu créateur et sauveur.

La foi produit des fruits suscités par l’Esprit de Dieu : la piété, l’humilité, la patience, la compassion, l’amour du prochain, le discernement, la passion pour la justice, etc. Nous trouvons de tels fruits dans toutes les grandes religions. Cela ne les met nullement sur le même pied. Les catholiques n’ont pas à relativiser leur religion comme si elle n’était qu’une parmi d’autres. Mais il serait vain de croire que les autres croyants n’accordent pas la même primauté à leur propre religion! Alors que faire?

Nous sommes à la croisée des chemins pour l’humanité. Quand elles parviennent à exprimer le meilleur d’elles-mêmes, les religions peuvent soutenir la mise en œuvre de politiques qui font progresser la société en aidant chaque personne à devenir un meilleur humain. Comme le pape François nous y invite, prenons le parti du vivre-ensemble dans la paix et la compréhension mutuelle.

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* Ce texte est le 39e article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de juillet-août 2016 du Messager de Saint-AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle. Les destinataires de cette série sont des gens bien enracinés dans l’Église catholique.