Archives de catégorie : Éthique

Pédophilie et Église, la question qui tue

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Le cardinal américain Sean O’Malley, président de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, prenait part à un séminaire sur la protection des enfants à l’Université pontificale grégorienne, à Rome, le 23 mars 2017.

Le cardinal américain Sean O’Malley, président de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, prenait part à un séminaire sur la protection des enfants à l’Université pontifical grégorienne, à Rome, le 23 mars 2017. (CNS photo/Paul Haring)

 

L’accusation revient sans cesse sur le tapis, comme un truc collant dont on essaie de se débarrasser sans y parvenir. Cette semaine en France, par exemple, une équipe de journalistes a mis le doigt sur la situation française. À en croire leur reportage, 25 évêques auraient couvert les actes pédophiles de 32 agresseurs sexuels. Jusque-là épargnée par les nombreux scandales qui sont déterrés dans des pays comme le Canada, les États-Unis et l’Australie, l’Église de France pourrait désormais s’approcher du podium. Quant à la situation mondiale, le pape lui-même a lancé le chiffre de 2% de prêtres abuseurs en 2014, ce qui indique bien qu’il s’agit d’un vrai problème.
Toute forme d’agression contre les enfants est devenue la valeur suprême dans l’échelle d’indignation de nos contemporains. Les lois protégeant l’enfant ont foisonné un peu partout à partir des années 1970. Il est courant pour nous, aujourd’hui, de savoir reconnaître ce qu’est un abus sexuel sur mineur, mais cela n’était pas si évident il y a à peine cinquante ans, y compris pour les gens d’Église.

Église et avortement, une fissure dans l’intransigeance

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Manifestation pro-vie à Ottawa, le 14 mai 2015 (CNS photo/Chris Wattie, Reuters)

 

Le pape François a annoncé dans sa lettre apostolique concluant l’Année de la miséricorde qu’il prolongeait indéfiniment l’autorisation pour tous les prêtres d’accorder l’absolution aux femmes confessant avoir eu recours à l’avortement. La chose était possible pour les évêques et certains confesseurs désignés, mais il n’en fallait pas plus pour que des catholiques y voient une fissure dans l’édifice légal et moral de l’Église.

Le message de François est particulièrement clair: «Je voudrais redire de toutes mes forces que l’avortement est un péché grave, parce qu’il met fin à une vie innocente. Cependant, je peux et je dois affirmer avec la même force qu’il n’existe aucun péché que ne puisse rejoindre et détruire la miséricorde de Dieu quand elle trouve un cœur contrit qui demande à être réconcilié avec le Père.»

L’Église ne change rien à son enseignement moral sur le péché d’avortement.

Cependant…

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TRUMP, un aveuglement des chrétiens

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20160923t1111-0443-cns-trump-catholics-advisory_presQue s’est-il donc passé pour que plus de 80% des chrétiens blancs évangéliques, 60% des protestants et 52% des catholiques aient favorisé Donald Trump au moment de voter, le 8 novembre?

Malgré le bras de fer entre le pape François et le candidat républicain au sujet du mur de 1600 km promis par ce dernier à la frontière avec le Mexique, de même que l’expulsion de 11 millions d’immigrants illégaux, malgré les déclarations de la Conférence des évêques américains qui appelaient, bien sûr, à protéger la vie depuis sa conception jusqu’à sa fin naturelle, mais aussi à soutenir les personnes en situation vulnérable sans oublier les migrants et les réfugiés, les catholiques ont tout de même choisi majoritairement l’homme dont les qualificatifs qui le relient à l’immoralité se sont accumulés durant toute la campagne.

Bien sûr, le nouveau président sera dans ligne de mire de tous les observateurs internationaux.

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Humaniser le travail, humaniser par le travail*

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efbangladeshEn ce mois de septembre où nous « fêtons » le travail, il est bon de nous rappeler l’engagement de chrétiens, dans la foulée de l’enseignement social de l’Église, à rendre le travail plus humain. L’histoire nous éclaire sur les conditions scandaleuses des travailleurs dans les différentes industries avant les unions syndicales et avant le développement d’une certaine conscience collective. Or, malgré les nombreuses améliorations au cours du dernier siècle, il n’en reste pas moins qu’il est de plus en plus difficile de garder l’être humain au premier plan dans ce monde où l’argent domine.

En tant que chef syndical, Michel Chartrand était en phase avec des intuitions de l’Évangile :

Bâtir, parachever la Création, rendre la vie plus humaine aux hommes, voilà le christianisme […] Personnellement, je crois à la valeur du christianisme. […] Ce que je trouve sympathique chez le Christ, c’est l’homme. L’humain est accessible à ma compréhension. Et je suis prêt à servir la cause de l’homme d’une façon active, dynamique. (La colère du juste, pp. 35-36).

En certains milieux catholiques, on a tendance à juger le caractère révolutionnaire de Chartrand et des gens comme lui. Mais le pape François a déclaré, en juin 2013 : « Aujourd’hui, un chrétien s’il n’est pas révolutionnaire n’est pas chrétien ! »

Le pape ne fait que reprendre la doctrine sociale de l’Église tirée des encycliques de ses prédécesseurs. Léon XIII avait plaidé en faveur de la classe ouvrière en 1891. En 1931, Pie XI s’est attaqué au monde financier et à la tyrannie des marchés. Il fut extrêmement sévère à leur égard lors de la crise de 1929 et qui, sans remède, n’a cessé de se répéter. En 1991, Jean-Paul II avait dénoncé la déshumanisation provoquée par les excès du capitalisme. Et Benoît XVI a renouvelé ces avertissements en 2009.

arton7858Michel Chartrand avec son langage coloré, a œuvré en droite ligne avec le prophétisme biblique : « Le système capitaliste est fondé sur la violence et il engendre nécessairement la violence. » (Point de mire, août 1970). Comme lui, le pape François « a fustigé […] le capitalisme sauvage qui a provoqué la crise actuelle. […] [et] qui a introduit la logique du profit coûte que coûte, du donner pour obtenir, de l’exploitation au détriment des personnes. […] Nous devons tous retrouver le sens du don, de la gratuité et de la solidarité. » (Le Point, mars 2013)

Aujourd’hui encore, avec la mondialisation des marchés, nous consommons chaque jour des objets produits dans des conditions inhumaines. Les politiques accordent toujours plus d’avantages aux marchés et aux multinationales aux dépens des travailleurs. Plus que jamais, la révolution de l’Évangile, qui met la dignité de l’être humain à l’avant-plan, doit être mise en œuvre sans attente par tous les croyants.

L’Église est obligée de revenir à l’Évangile. Quand elle le fera, quand elle-même aura connu les difficultés que vivent les gens, elle saura considérer leurs problèmes et aider à les régler. Et alors, les hommes reconnaîtront l’Évangile, alors seulement les gens reconnaîtront aussi l’Église du Christ, le message du Christ. (Michel Chartrand, La colère du juste, p. 35)

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* Ce texte est le 40e article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de septembre 2016 du Messager de Saint-AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle. Les destinataires de cette série sont des gens bien enracinés dans l’Église catholique. 

À Orlando, la lettre tue pour vrai

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Vigile à San Francisco le 13 juin en solidarité avec les victimes de la tuerie d'Orlando.

Vigile à San Francisco le 13 juin en solidarité avec les victimes de la tuerie d’Orlando. (CNS photo/John G. Mabanglo, EPA)

Les trois religions monothéistes ont en commun de faire reposer leurs positions dogmatiques et morales sur des écrits considérés comme «saints». Si l’on se pose en croyant ou croyante face aux Écritures de sa propre religion avec la conviction qu’elles doivent être prises «à la lettre» et ne peuvent aucunement être interprétées en fonction de l’évolution des connaissances et de l’esprit humain, il devient alors impossible de réfléchir et de discerner sur des choix éthiques propres à notre époque. Il n’y aurait plus qu’à suivre les prescriptions qui y sont édictées, même si le contexte de leur élaboration ne tient pas compte de la réalité actuelle.

Prenons le cas d’Omar Mateen, le tueur d’Orlando.

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À toi, le faux croyant qui tue l’humanité

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fusillade-historique-a-orlando-les-stars-rendent-hommage-aux-victimes_portrait_w674Toi, oui toi, peu importe où tu es à présent que les balles t’ont enlevé la vie, je dois te parler et tu dois m’entendre, car ce que j’ai à te dire aurait pu changer le sens de ta vie si tu avais ouvert ton esprit au temps opportun. Tu viens de sacrifier ta vie en croyant faussement que tu plairais ainsi à Dieu. Tu as cru un instant que cette action te vaudrait la reconnaissance éternelle d’un dieu sanguinaire. Or je te le déclare, celui par qui tu as tué ces vies innocentes n’a rien à voir avec le vrai Dieu que confessent tes sœurs et tes frères croyants, qu’ils soient juifs, chrétiens ou musulmans*.

Car le Dieu de tes frères, il est le même et unique pour tous : il est l’Amour qui crée le monde; Il est la Vie qui s’insuffle dans les êtres vivants; il est la Vérité qui a inscrit une Loi éternelle au plus intime de chaque âme; il est la Justice qui n’accorde qu’à lui-même le droit de juger; il est la Paix qui sème dans le cœur humain un désir incessant de l’accomplir; il est l’Espérance qui donne à chacun, à chacune, la force de bâtir un monde où toutes ces vertus puissent s’épanouir. Et il est, par-dessus tout, celui qui donne la Foi à qui la demande, pour que le chantier de l’humanisation se réalise selon le plan du Grand Architecte plutôt que par les efforts limités et égocentriques des humains.

Est-ce ce Dieu qui t’a poussé à tuer? Le crois-tu encore, maintenant que tu te retrouves devant lui? Ne vois-tu pas qu’en te pardonnant ton geste insensé, il te prouve que ce que tu as fait ne peut être que l’œuvre de l’Adversaire, celui qui sème le mal, la division, la haine, la violence et la mort? Ne découvres-tu pas que c’est plutôt ce faux dieu que tu as suivi, celui qui résiste au vrai Dieu, l’Unique?

Dieu ne peut justifier la mort d’un homme de la main d’un autre homme. Dieu ne se laisse jamais porter en étendard d’une nation contre une autre, d’une couleur de peau contre une autre, d’une religion contre une autre, d’une manière de concevoir la sexualité contre une autre.

Trop tard, te dis-tu? Non, parce que ce Dieu est le vrai miséricordieux, celui qui sait encore voir dans le fou, le meurtrier, le désaxé, le radicalisé, une ombre d’humanité que seule sa Lumière peut encore purifier.

Maintenant, tu vois et tu es rempli de remords. Tu voudrais réparer, mais pour toi c’est impossible. Il ne te reste que la miséricorde infinie de ce Dieu véritable. Et il n’y a aucun doute qu’il te l’accordera sur un simple repentir.

Ce Dieu, le seul qui soit vrai, est pour moi un scandale. Aujourd’hui, j’ai envie de le détester parce qu’il te pardonne. Je lui hurle ma colère parce qu’il t’a laissé poser ton geste insensé. Je lui crie à quel point nous ne valons rien, nous ne sommes rien, nous n’avons rien qui soit issu de notre humanité pour le convaincre de nous venir en aide et encore moins pour nous garder. Car aujourd’hui, à travers toi et tous les autres guerriers du mal, nous n’avons pu que lui prouver une fois de plus que nous ne méritons rien de sa confiance, ni de son amour, ni de sa patience. Aujourd’hui, j’accueillerais un nouveau déluge comme une bénédiction, car rien de moi ne veut survivre à ton acte meurtrier puisque je suis ton frère.


* Le Coran compte quelque 6300 versets au total, dont 300 contiennent des mots tels que « combattre » ou « tuer ». Cinq versets, en tout, sont une injonction à tuer. La question est de savoir comment lire le texte. Dans certains passages du livre du Deutéronome, Dieu invite à tuer. Pour la majorité des juifs et des chrétiens, il est clair que ces injonctions se réfèrent à une situation historique et ne sont pas valables au pied de la lettre. Il en est de même pour la majorité des musulmans vis-à-vis du Coran. […] (Source: « Dans le Coran, sur 6300 versets, cinq contiennent un appel à tuer ».

Pourquoi je ne démissionne pas…

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Je suis catholique. Je suis diplômé en théologie. J’enseigne la théologie. Je suis agent « laïque » de pastorale au service de l’Église diocésaine de Chicoutimi. J’y suis revenu après plusieurs années comme travailleur dans le monde ordinaire et ensuite dans les milieux communautaires. J’étais heureux de me retrouver de nouveau à servir l’Église dans un rôle qui comporte bien des avantages et aussi quelques soucis.

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Démission de Benoît XVI – Le Monde, 11 février 2013

J’affirme sans hésitation que je suis parfois scandalisé par mon Église, autant par des comportements déviants de certains de ses représentants que par ceux de certains autres qui sont en autorité et qui font partie de ce qu’on appelle « le magistère »… Pas tant par sa manière d’interpréter le message de Jésus-Christ — après tout il est constitué des « successeurs des apôtres » et il faut bien qu’un groupe de leaders soit autorisé à donner son éclairage et à fixer la norme — que par son intransigeance face aux situations qui seraient en marge ou à l’écart de la norme.

Il m’arrive très fréquemment de me sentir outré par les remises à l’ordre qui découlent de positions autoritaires des évêques, le mien comme tant d’autres, tout autant que celles qui viennent de Rome, là où vivent ceux qui doivent certainement avoir atteint « le sommet de la perfection du croire ». Tant que j’étais « simple laïc », vivant ma foi dans un milieu ordinaire, je me contentais de voir passer toutes ces déclarations avec un certain détachement. Dans la réalité, ça ne changeait rien à mon rapport à Jésus-Christ ni même à l’Église que je fréquentais et qui me permettait de rencontrer de nombreux prêtres et autres membres actifs tous plus accueillants et ouverts à la différence les uns que les autres.

Mais en tant que « personne mandatée » par un évêque, ma situation est désormais bien différente. Je dois parfois assumer des positions qui sont loin d’être miennes. J’ai toujours l’option intérieure de ne le faire qu’en surface, de ne pas adhérer complètement et ainsi de demeurer en communion, en apparence… Mais en réalité, je me sens alors comme un hypocrite, comme ceux qui sont dénoncés par tant de mes coreligionnaires qui ont pris leurs distances avec l’institution. Rester ou partir, c’est une alternative qui me trotte souvent dans la tête. Aujourd’hui, je vous donne mes raisons de ne pas partir…

Je ne démissionne pas parce que…

  • J’aime l’Église. Elle a marché durant deux millénaires sur les pas du Fils de l’Homme en tentant, tant bien que mal, de vivre l’Évangile. Elle est imparfaite, formée de femmes et d’hommes qui se savent pécheurs, d’une majorité de gens humbles qui cherchent sincèrement à plaire à Dieu, à faire sa volonté en la cherchant dans la vie présente, en s’exerçant à l’amour fraternel sans jamais s’approcher de l’idéal, mais en demeurant « en marche ».
  • L’Église n’appartient pas aux évêques ni au pape. Au contraire, ce sont eux, tout comme l’ensemble des baptisés dont ils ont charge de sollicitude, qui appartiennent à l’Église. Elle est le « nous » de tous les baptisés qui se sont reconnus fils et filles de Dieu et appelés à suivre Jésus.
  • Si des prises de position du magistère briment ma conscience individuelle (que je tente du mieux que je peux d’éclairer, d’éduquer, de confronter à la vérité, en particulier celle énoncée par la Tradition ecclésiale), elles ne peuvent donc pas entraîner mon adhésion forcée. Je suis créé libre et ma liberté de pensée est un droit fondamental que même Dieu respecte, y compris lorsque j’exerce ma dissidence.
  • Je peux travailler en Église, en communion avec l’évêque, sans pour autant devoir assumer toutes ses positions ni ses attitudes. Par contre, il est l’évêque et pas moi et pour cela je lui dois respect et loyauté dans la mission pastorale, une loyauté réelle mais seulement consentie, jamais inconditionnelle.
  • Mon travail auprès de mes collègues et de toutes les équipes pastorales de la région me donne à croire que je suis privilégié de connaître et parfois d’accompagner ces personnes engagées sincèrement et avec enthousiasme au service de l’Évangile dans une volonté commune de rendre possible une rencontre qui change tout avec le Christ vivant… Les quitter reviendrait à les abandonner.
  • Partir causerait un (petit) coup d’éclat sans lendemain. Rester me permet d’apporter ma contribution et d’exprimer respectueusement ma dissidence.
  • Et aussi, oui, il faut bien le dire, en ayant pour longtemps encore des personnes à charge, j’ai besoin du revenu attaché à cet emploi…

Je ne vais donc pas démissionner. Mais je vais déclarer mon soutien le plus entier à mes collègues qui tentent, avec discernement et audace, parfois maladroitement tout comme moi, de favoriser la rencontre de l’Église avec le monde tel qu’il est, sans volonté de le changer, le convertir ou le guérir de quelque mal que ce soit, mais plutôt pour y célébrer la vie, l’amour, la joie et la fierté d’appartenir à cette humanité créée diversement, appelée à accomplir le bien, à éviter le mal et à se tenir debout…

Lorsque l’Église va à la rencontre du monde sans le juger, elle réalise sa mission qui est de marcher avec tous les humains dans leurs chemins divers et particuliers, les accompagnant vers leur propre destinée. Il se pourrait bien, un jour ou l’autre, que cette Église soit invitée à faire part de ce que sa Tradition enseigne comme étant la Vérité, mais au temps opportun, lorsque la confiance sera rétablie, au moins partiellement, et toujours dans un esprit de dialogue. C’est à cette tâche que je veux m’attacher, parce qu’elle est une vraie bonne nouvelle à partager.