Archives d’auteur : Jocelyn Girard

À propos de Jocelyn Girard

Marié depuis 1984, 5 enfants (que des "gars"), 6 petits-enfants... Je travaille dans l'équipe diocésaine de pastorale pour l'Église catholique au Saguenay-Lac-St-Jean. Ce n'est pas un travail pour convaincre les gens de croire, c'est plutôt pour accompagner ceux qui ont choisi de croire... Je ne suis donc pas très effrayant et plutôt de bonne compagnie, sans distinction d'origine, d'ethnie, de religion ou de handicap. J'ai auparavant fait partie de L'Arche de Jean Vanier (en France et à Montréal) à laquelle je continue d'être attaché spirituellement. Autre blogue: http://lebonheurestdansleoui.wordpress.com Twitter : http://twitter.com/#!/jocelyn_girard Facebook : Jocelyn.Girard.9

Suicide assisté: faut-il s’en réjouir?

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Dans un jugement unanime et historique, la Cours suprême du Canada a statué que l’interdiction contenue aux articles 14 et 241 du Code criminel du Canada porte atteinte à l’article 7 de la Charte canadienne des droits et libertés qui garantit le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité (cf. La Presse). Cette décision ouvre largement la porte aux provinces qui ont déjà (comme le Québec) ou qui voudront légiférer en matière de fin de vie, autant pour le suicide assisté (à la base de ce jugement) que pour l’euthanasie. Les balises données dans le jugement sont aussi moins restrictives que celles de la loi sur l’aide médicale à mourir du Québec, en supprimant la notion de fin de vie parmi les critères. Ainsi, il suffira d’être une personne adulte capable (« apte »); de consentir clairement à mettre fin à sa vie; et d’être affectée par des problèmes de santé graves et irrémédiables (incluant ceux d’ordre psychologique); et dont ces problèmes lui causent des souffrances persistantes et intolérables.

C'est pourtant la semaine de la prévention du suicide!

Paradoxalement, le jugement est rendu durant la semaine de la prévention du suicide!

Un jugement prévisible

Fait plutôt rare en matière d’éthique, le jugement est unanime. Il est fondé sur le fait que la société a changé (évolué) depuis la décision contraire qui fut rendue en 1993. Il est vrai que la dignité humaine est de plus en plus associée à sa liberté: de pensée, d’expression, de mouvement, d’agir. L’une des requêtes ultimes de ce courant libertaire vient donc d’être accordée au bon peuple qui peut désormais recourir à ce moyen pour cesser de vivre. Il est vrai aussi que le suicide comme tel n’est plus reconnu comme un acte criminel et que son étendue est devenue telle qu’il ne génère plus comme autrefois la honte du tabou transgressé parmi les survivants. Et la compassion a pris peu à peu une nouvelle dimension, celle de ne pas laisser quelqu’un souffrir (comme on abrège les souffrances d’un animal) d’autant plus que c’est lui qui le demande. Ne pas répondre à cette demande est même devenu un acte qu’on associe à la dureté de coeur. Au vu de tout cela, il n’est pas surprenant de constater que les statistiques se maintiennent sans cesse à plus de 80% d’appuis à l’euthanasie et au suicide assisté. Voilà donc où nous en sommes.

Je vois ce jugement comme une forme de concession devant la pression du nombre. En démocratie, c’est ce qui est normal, me direz-vous… Mais dans le domaine éthique, ce n’est pas toujours forcément la majorité qui devrait dominer. La Cour suprême aurait pu renvoyer les gouvernements fédéral et provinciaux à leurs devoirs pour qu’ils assouplissent la loi, éventuellement, ou se lancent dans un débat de société. Sa décision d’invalider les deux articles du code criminel qui empêchaient l’assistance au suicide et l’euthanasie permettra sans doute aux politiciens fédéraux (pour le code criminel) de ne pas avoir à se tremper dans cette eau-là. Au fond, le jugement devrait permettre à tous ceux qui répondent aux critères de pousser plus loin la maîtrise de leur vie en incluant le moment et les conditions de leur mort. Les gens qui sont favorables n’y voient pas vraiment de problème pour les opposants: ils n’auront qu’à ne pas s’en prévaloir et à laisser aux autres la liberté de leur choix. Quant à moi, je me dois d’être cohérent avec mes opinions déjà énoncées sur le sujet. Tout en croyant que ce n’est pas un bon choix, que ce n’est pas choisir le bien, je me résigne en acceptant qu’une société démocratique et laïque n’a pas à embrasser le point de vue doctrinal d’une religion (ou de plusieurs) ou d’une philosophie morale dans des cas aussi extrêmes que ceux qui touchent au caractère sacré de la vie (pour les catholiques: « de la conception à la mort naturelle »). Comme pour l’avortement, l’euthanasie et le suicide assisté deviennent donc des options pour tous.

Quelle dignité humaine?

Mon principal regret face à la décision, c’est qu’elle est la conséquence de l’idée que l’on se fait de plus en plus de la personne humaine. Les philosophes l’ont longtemps considéré comme un animal doté de raison (la raison le distinguant du règne animal). Plus tard, on l’a considéré comme un animal ayant accès à la liberté de s’arracher à l’animalité et à la contingence (Rousseau). Mais cette liberté nous conduit sans trop que nous nous en apercevions à un autre concept philosophique: l’utilitarisme.

L’utilitarisme contemporain se range parmi les morales de l’action obligatoire. Il est plus préoccupé «du juste à faire» que de ce qui est «bon d’être» ou «bon d’aimer». Les utilitaristes contemporains sont en faveur du suicide dans la mesure où celui-ci respecte l’autonomie de la raison, la liberté et la dignité de l’individu ainsi que les principes de bienveillance et de bienfaisance. Cette doctrine, héritière à la fois de l’épicurisme de l’Antiquité et du naturalisme des Lumières, favorise la recherche et la satisfaction des biens de la vie ordinaire. (Source)

Dès qu’un individu a le sentiment d’une perte non pas de ses moyens, mais de son utilité, il se retrouve le plus souvent isolé dans sa détresse. Mais sa situation n’est jamais que la sienne. En fait, son problème est le mien, le nôtre, le vôtre… Car si nous voulons être cohérents avec ce que nous sommes vraiment, il nous faudrait placer au centre de la véritable identité de l’être humain sa vulnérabilité ou sa fragilité dans l’existence, d’où le besoin les uns des autres et l’obligation morale de la solidarité, de l’accompagnement mutuel. Jean Vanier « est convaincu qu’en mettant en lumière le caractère universel et central de la fragilité que nous partageons tous sans exception, nous pouvons aller au-delà de nos différences et nous retrouver dans une même humanité : « Les faibles enseignent aux forts à accepter et intégrer la faiblesse et la brisure dans leur propre vie. »

Nous sommes nés dans une fragilité extrême,
nous mourons dans une fragilité extrême
et tout au long de notre vie,
nous demeurons vulnérables,
c’est-à-dire capables d’être blessés. (Jean Vanier)

Le message qu’envoie le suicide assisté (et l’euthanasie d’une autre manière et même l’avortement sélectif), c’est que la dignité humaine se limite à son état de performance. Si je suis performant, capable, utile, je peux continuer à faire partie de l’humanité… Si je deviens incapable, diminué, je perds peu à peu mon humanité et je suis encouragé (désormais par toute la société) à penser qu’il est préférable que je quitte ce monde, pour un bien supérieur… Les autres n’ont plus ainsi à freiner leur course pour me prendre en charge, ils peuvent continuer à foncer droit devant… Cet individualisme me tue, car nous ne voyons pas que nous nous condamnons progressivement à la mort de notre société, en commençant par l’élimination des « moins humains ». Je crains donc moins les dérives probables des brèches sur le droit de tuer ou d’assister la mort (qu’il y aura quand même) que la dérive civilisationnelle dans laquelle nous sommes engagés.

Un ami ce matin acclamait la décision de la Cour suprême comme une excellente nouvelle. Quant à moi, je ne suis pas prêt à m’en réjouir, même si, au cas par cas, des proches d’une personne désirant la mort pourront croire sincèrement avoir fait ce qu’ils croyaient être juste. Le véritable bien, dans ma conscience profonde, ce serait de demeurer auprès de cette personne, de lui rendre à chaque instant le reflet de sa dignité jamais diminuée et de l’aimer jusqu’à la fin sans jamais se donner le droit de l’abréger… Mais nous n’avons plus le temps pour ça, ce serait contre-performant… C’est un jour triste pour l’humanité.

Vois comme c’est beau!

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Voici le vingt-cinquième article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de janvier-février 2015 du Messager de Saint-AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle.

vois comme c'est beauLa communication que fait L’Église de ses positions théologiques et morales peut paraître rébarbative et culpabilisante, comme si elle ne parvenait pas à poser un regard positif sur l’être humain. Pourtant, l’Église est porteuse d’une tradition biblique et spirituelle qui reconnaît le caractère prodigieux de la personne humaine.

Dès la Genèse, après chaque jour de la Création, Dieu regarde son œuvre et la déclare « bonne ». Et ce n’est qu’après avoir créé l’homme et la femme que son niveau de satisfaction est le plus élevé. Il se dit à lui-même :  « cela est très bon » (Genèse 1, 31). Dans le Psaume 8, l’auteur s’émerveille devant l’immensité de l’univers et s’interroge sur le bon sens de Dieu : « Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui,  le fils d’un homme, que tu en prennes souci ? Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu, le couronnant de gloire et d’honneur » (vv. 5-6). Et l’élan du psalmiste reprend, comme en extase : « C’est toi qui as créé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère. Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis » (Psaume 139, 13).

Alors que son peuple s’écartait de l’Alliance, Jésus a su y déceler la bonté et la reconnaître. Ainsi dit-il d’un savant qui fait preuve d’intelligence face au plus grand des commandements : « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu » (Marc 12, 34) ; il reconnaît la capacité de se relever de la femme adultère qu’il sauve d’une mort certaine (cf. Jean 8) ; il fait l’éloge de la leçon de foi qu’il reçoit d’une étrangère (Marc 7, 24-30) ; plus surprenant encore, il prétend n’avoir jamais vu une foi si grande en Israël que celle confessée par un païen qui, plus est, est officier de l’envahisseur romain (Matthieu 8, 5-30) !

Mettre en valeur le bien perçu

Que ce soit face à des pécheurs, des étrangers ou des membres d’une force d’occupation, un œil sage doit savoir, au-devant de tous, mettre en valeur le bien qu’il perçoit. Mais il peut sembler qu’en Église nous soyons moins empressés de nous engager de cette manière. En pointant davantage le péché, la perte des valeurs, la culture de mort, le relativisme qui domine, aurions-nous oublié d’en discerner aussi le bon grain, la charité en acte, les valeurs évangéliques qui s’en dégagent ?

Après un synode où l’on a vu des tensions vives entre partisans d’une approche morale qui tient compte de la croissance et ceux d’une formulation tranchante de la Vérité, nous sommes invités par le pape François à reconnaître les semences du Verbe dans l’humanité même si celle-ci n’agit jamais parfaitement en conformité avec la loi divine.

Et si nous commencions la nouvelle année en reconnaissant ce qui est bon, ce qui est beau et ce qui est juste dans le monde qui nous entoure ? Peut-être alors celui-ci entendrait mieux les invitations de l’Église à la croissance. « Vois comme c’est beau, dit la chanson : les enfants vivent comme les oiseaux ».

Comment répondre au terrorisme?

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Réponse à M. Jean-Paul Simard

Cher Jean-Paul, j’ai une grande admiration pour l’homme que vous êtes et je me considère plutôt dans une relation respectueuse et amicale avec vous. C’est dans cet esprit que je me permets une réplique à votre propos publié dans le journal Le Quotidien du 9 janvier 2015 et sur votre mur Facebook.

Vous utilisez l’expression « islamisation par le terrorisme ». Si vous écoutez bien – comme je vous l’ai déjà suggéré en vous fournissant même des références – la forte majorité des voix musulmanes qui se sont exprimées à chacune des occasions où les terroristes islamistes ont frappé (dont voici un exemple local), vous ne pouvez pas avancer cette thèse. Il ne s’agit pas d’une islamisation, mais bien d’une « terrorisation » au nom d’une idéologie de puissance et de peur que les terroristes associent à une certaine acception de l’islam. Il serait donc plus juste de ne pas tomber si facilement dans l’amalgame. Ce n’est pas parce qu’un endoctriné crie « Allah Akbar » (« Dieu est le plus grand ») en assassinant des vies au hasard ou en ciblant ses victimes, qu’il peut sans discernement être associé à l’islam en tant que religion. Et rappelons-nous toujours que ce sont surtout des musulmans qui sont tués par centaines de milliers en Afrique (cf. Boko Haram) et au Moyen-Orient au nom de cette « terrorisation » beaucoup plus proche du nazisme que de la religion. Personnellement, je ne crains pas l’islamisation ni le djihad tel qu’il est compris par l’ensemble des musulmans, à savoir « faire de soi une meilleure personne ». Je crains plutôt la haine sous toutes ses formes qui peut s’exprimer par n’importe quel humain sous couvert de n’importe quelle justification idéologique ou religieuse. C’est la haine qu’il faut combattre et non la religion « des autres », même de ceux et celles que nous accueillons.

Trop accueillants?

Revenons sur ce thème de l’accueil. Vous parlez de « l’idéologie » de la « terre d’accueil ». Vous savez pourtant que cette exigence traverse la Bible et les valeurs chrétiennes auxquelles vous vous associez tout comme moi par ailleurs. Dès la Genèse, avec Abraham, par exemple, l’accueil de l’étranger et l’hospitalité sont élevés au rang de vertus. Abraham montre même qu’il faut voir dans l’étranger la présence de Dieu lui-même. Si vous en faites une idéologie, vous niez par le fait même que ces valeurs sont profondément ancrées dans l’histoire judéo-chrétienne et celle de notre civilisation… Le problème réel avec l’accueil n’est pas d’avoir accueilli des étrangers à une époque ou l’autre. Pour la France, par exemple, on compte encore trop de mauvaises expériences d’intégration. Ce ne sont pas les citoyens de première vague qui prennent les armes contre leur société d’accueil, ce sont ceux de deuxième et de troisième génération! N’y voyez-vous pas un signe que l’accueil a été jusque-là défaillant? Que la déception et la colère ont fini par affecter les enfants et les petits-enfants? Il faut chercher les causes et ne pas s’arrêter aux symptômes. Je vous connais trop brillant pour ne pas chercher à approfondir. Et parmi les causes, il faudra bien un jour que nous fassions notre examen de conscience. La colonisation européenne et l’impérialisme américain auquel le Canada participe allègrement sont, pour l’essentiel, responsables de l’état actuel du monde et de la frustration grandissante des populations dominées par nos ambitions économiques et notre idée d’un « ordre mondial » à notre image. Ce sont nos politiques qui ont écrasé ces populations en conditionnant chez eux un désir de révolte. L’extrémisme actuel trouve sa source dans les inégalités économiques et l’arrogance géopolitique de l’Occident.

Et qui, au Québec et à Ottawa, s’est fait la main meurtrière d’un « islam radical »? Des Algériens ou des Yéménites? Pas du tout… Ce sont des citoyens d’ici, nés ici, devenus perméables à des thèses erronées sur Dieu telles qu’elles s’expriment largement par des aliénés d’une religion sanguinaire qui est autre que l’islam. Il y a là aussi réflexion à mener sur le vide spirituel qui peut conduire des jeunes adultes à des attitudes violentes et meurtrières envers leurs pairs au nom d’une certaine idée de la religion embrassée, quelle qu’elle soit.

L’expansionnisme religieux

Vous prétendez savoir qu’un nombre indéfini de « modérés » rêveraient de voir se réaliser ici l’expansionnisme de l’islam. Scrutez donc au fond de vous-même. N’avez-vous jamais fait ce rêve d’une terre entière devenue chrétienne? Ne l’avez-vous pas chanté dans vos assemblées dominicales? N’avez-vous pas soutenu nos missionnaires à l’étranger? Le prosélytisme est inhérent à la religion. La leur comme la nôtre. Nous nous réjouissons à chaque fois qu’une personne se convertit à la nôtre. Il en est de même pour eux. Et il en est de même également pour un athée qui convainc un croyant de l’absurdité de sa foi! Ce n’est donc pas un argument pour justifier un regard réprobateur adressé aux musulmans. Il y a des attitudes antireligieuses partout dans le monde: d’une religion envers une autre; de laïcs militants envers toutes les religions. Et les chrétiens ne sont pas à l’abri de persécutions. Jésus lui-même en a averti ses disciples! Même en cessant d’être chrétiens, nous ne serions pas à l’abri de « l’humanophobie », car le monde est ainsi fait que la différence de l’autre est potentiellement une agression contre la nôtre, et vice-versa.

Vous craignez le « métissage général ». Mais ne voyez-vous pas que notre pays est déjà une mosaïque culturelle? Sur un plan canadien, en commençant par les premières nations que nous avons spoliées et exploitées, nous retrouvons les européens anglo-saxons et français, ceux de l’est ou du pourtour méditerranéen, et les asiatiques qui arrivent par milliers, etc. Vous ne pouvez pas ne pas les considérer comme des citoyens à part entière. Ils sont Canadiens ou Québécois selon la perspective que nous retenons. Notre société s’est enrichie de ces diverses cultures accueillies puis intégrées le plus souvent en nous changeant nous-mêmes, en nous « améliorant »!

Pour une civilisation de l’amour

Venons-en maintenant à votre solution. Vous n’envisagez que l’amour inconditionnel. C’est le terrain où nous nous rejoignons. Mais l’amour inconditionnel n’attend rien de l’autre. Il n’exige pas la réciprocité, au contraire (cf. le Bon samaritain). Jésus ne demande pas de nous en tenir à l’amour de nos proches. Il demande d’aimer nos ennemis, de les aimer assez pour qu’ils puissent agir librement, au risque de notre propre perte! Si nous voulons vivre en tant que disciples du Christ, il nous faut embrasser le risque de la croix. Croire, espérer, aimer, comme vous dites, peut avoir des conséquences pour notre vie. La solution est effectivement l’amour inconditionnel. Nous faire les « prochains » des musulmans d’ici et leur tendre la main pour une fraternité inclusive est l’unique avenir possible ici comme ailleurs. Ainsi, plutôt que de nous perdre en tant que peuple, nous nous sauverons peut-être en réalisant quelque chose de la civilisation de l’amour…

 

Sortir de nos cavernes!

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Voici le vingt-quatrième article de la série “En quête de foi”, publié dans l’édition de décembre 2014 du Messager de Saint-AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle.

Un ami me partageait récemment à quel point il se sentait étranger alors qu’il séjournait dans une communauté monastique. Il disait à peu près ceci : « Ici, il y a trop de lumière. Pour un gars qui a passé sa vie dans une caverne où règnent la noirceur et le péché, arriver dans cette lumière est trop éblouissant. Il n’y a qu’une issue, c’est de retourner vers les ténèbres. » J’étais si renversé d’un tel discours ! Je me suis dit que mon ami souffrait terriblement d’un mal trop répandu : la désespérance.

La célèbre allégorie de Platon

Je me suis rappelé de l’allégorie de la caverne du philosophe Platon. Ce dernier proposait à ses disciples d’imaginer des humains vivant depuis toujours dans une caverne. Ils étaient adossés à une structure et maintenus attachés de manière à ce que leurs yeux ne puissent voir que devant eux. Un feu brûlait derrière eux et renvoyait leur propre ombre sur le mur. Des personnages passaient derrière eux avec des objets devant la lumière en faisant en sorte que les humains de la caverne n’en voient que les ombres. Ces êtres enfermés devinrent forcément des spécialistes des ombres! Mais ils ne connaissaient la réalité qu’à travers ses ombres. Et puis l’un deux fut relâché et conduit de force à quitter la caverne. À mesure qu’il était entraîné vers l’extérieur, ses yeux lui faisaient de plus en plus mal. Il voulait retourner dans la caverne, seule réalité qu’il connaissait, mais peu à peu, il commença à s’habituer à la lumière. Il en vint à découvrir toutes les choses de la création sous leur vraie forme, pas comme les ombres qu’il avait toujours connues. Et il s’émerveilla de tout ce qu’il contemplait. Il eut donc envie de retourner vers ses amis pour les convaincre de le rejoindre. Mais ceux-ci, qui n’avaient jamais vu autre chose que des ombres, se moquèrent de lui et en vinrent même à le tuer.

Les personnes dans notre monde qui rayonnent d’espérance sont un peu comme cet être qui a vu. Elles traversent leur vie à transmettre leur feu intérieur, leur passion pour la beauté, pour les êtres vivants, pour la vie elle-même. Mais le plus souvent, elles rencontrent des gens qui se laissent étouffer par le monde des ombres, le seul qu’ils n’aient jamais cru réel, alors qu’il ne constitue qu’une infime part de l’univers.

À Noël, nous relirons cette lecture qui s’apparente à la caverne de Platon : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. » (Isaïe 9,1) Les habitants du pays de l’ombre, c’est nous. Nous sommes invités à sortir de nos cavernes, car là, dehors, il y a la lumière, il y a la beauté, il y a la vie promise à toute personne qui espère. Je prie pour que mon ami parvienne à demeurer hors de sa caverne et qu’il en arrive à contempler pleinement la lumière. Je prie aussi pour tous ceux qui n’y arrivent pas. Que la lumière du Christ naissant les remplisse de l’espérance qui nous rend libres.

Après une autre année pourrie…

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Les reconstitutions en photos de l’année qui s’achève sont populaires sur les médias sociaux. Je ne sais pas pour vous, mais quand je regarde l’année 2014, je n’y trouve pas grand chose pour me réjouir. J’éprouve au contraire une douleur immense en considérant le mal qui sévit un peu partout sur la planète et je me demande souvent comment Dieu – oui, je suis croyant – peut-il nous regarder vivre sans souffrir lui-même atrocement de notre folie.

Montage espéranceJ’évoque seulement quelques situations qui m’ont laissé les plus grandes impressions. Au Québec, les élections du 7 avril ont ramené un parti au pouvoir qui avait un agenda caché. Heureux de la tournure antireligieuse qu’avait pris le débat sur la laïcité, il a pu capitaliser sur la grande insatisfaction face à l’enjeu principal mis de l’avant par le gouvernement Marois. Si j’ai pu ressentir un soulagement à voir que « cette charte-là » fut sévèrement rejetée, depuis je ne peux que pleurer avec toutes les victimes de l’arrogance de ce nouveau gouvernement qui, sans jamais annoncer ni avouer sa politique d’austérité, met systématiquement la hache dans tout le dispositif des services publics (santé, éducation, solidarité) que nous avions bâti et qui constituait, avec notre langue, une bonne part de ce qui fait de nous une société distincte en Amérique. Austérité rime avec morosité….

Si au moins la commission Charbonneau avait terminé ses audiences publiques autrement qu’en queue de poisson afin de nous permettre un véritable examen de conscience face à la corruption et à la collusion qui gangrènent les lieux de pouvoir, les contrats publics et notre culture démocratique, cela nous aurait permis une petite dose d’espoir. Mais non, une commission d’enquête c’est vraiment juste un gros show de boucane…

Déjà, après l’été dernier, j’exprimais mon dégoût devant l’actualité brutale à laquelle nous étions confrontés, notamment avec cette guerre de 50 jours entre Israël et le Hamas à Gaza, laissant plus de 2100 morts du côté palestinien dont les trois-quarts étaient des civils et parmi eux 500 enfants innocents. Ces morts s’ajoutaient aux dizaines de milliers résultant de la guerre civile en Syrie qui se prolonge désormais à l’abri des caméras occidentales puisque celles-ci se sont tournées vers le « Groupe armé état islamique » qui sévit dans le nord de ce pays et en Irak en décapitant des otages et en massacrant des villages entiers, s’en prenant aux minorités non-musulmanes sans pour autant négliger les musulmans eux-mêmes qui demeurent majoritaires parmi les morts décomptés. Ici encore, ce sont surtout les civils, des familles entières, qui sont tués pour l’intérêt de quelle propagande? À qui, en effet, sert le crime? Ajoutons à cette mouvance le groupe Boko-Haram au Nigéria qui, à la mi-juillet 2014, avait déjà plus de 2000 civils tués à son actif, sans compter les enlèvements de centaines d’étudiantes à qui le droit à l’éducation est refusé, tout comme avec les Talibans en Afghanistan qui n’ont pas hésité, eux, à massacrer 133 enfants dans une école de Peshawar au Pakistan. Dans les faits, le fondamentalisme religieux ne parvient qu’à exacerber le sentiment antireligieux et à légitimer les gestes haineux qui se multiplient, ce qui lui permet… de se justifier lui-même, même chez nous à Ottawa ou à St-Jean-sur-Richelieu! On tourne en rond.

Juste avant les Fêtes, je vois ces reportages photographiques qui nous montrent à chaque année comment sont traités les travailleurs chinois dans les usines d’accessoires de Noël ou encore ces enfants enchaînés dans l’industrie manufacturière au Bangladesh et j’en ai vraiment assez de ce système injuste et immoral. Récemment, un ami me faisait part de son désir d’écrire avec moi un texte sur l’espérance à l’occasion de Noël. En l’espace de trois semaines, je l’ai vu perdre d’abord un ami cher, symbole de la résistance à la morosité, mais plus encore, son enfant que sa conjointe portait fièrement. Lorsqu’on est sensible à la misère qui nous entoure et que le sort semble s’acharner sur nous individuellement, comment arriver à imaginer écrire un billet d’espérance?

Les petits riens qui changent tout

J’ai eu le même effet de recul. Je suis sans doute trop devenu perméable à l’état du monde. Il faut à mon ami et à sa conjointe, ainsi qu’à toute personne en quête de lumière, trouver la même étincelle qu’on a pu apercevoir dans le film La liste de Schindler, tourné en noir et blanc, au moment où une petite fille en robe rouge traverse l’écran. C’est alors que tout bascule. C’est ainsi que, dans ma vie à moi, il arrive des choses qui réactivent ma foi en l’avenir. Je ne citerai que deux de ces exemples. D’abord ma filleule Emma. Après une chirurgie ratée, l’hiver dernier, qui a eu des séquelles importantes pour sa santé, j’ai vu ce petit bout de femme s’accrocher à la vie et à l’amour de ses parents. Je l’ai vue travailler résolument à grandir malgré le handicap forcé par la médecine et peu à peu s’épanouir auprès de son « grand » frère qui l’adore. Son sourire est ravageur et me fait fondre chaque fois qu’il m’est adressé. Ensuite ma petite-fille Aurélie. Née il y a 15 mois avec quatre malformations cardiaques et une grande fatigabilité, elle a profité de chaque instant d’éveil pour accélérer son développement et croquer dans la vie. Soutenue par une communauté virtuelle infatigable, elle vient tout juste d’être opérée à coeur ouvert. Cette opération a été un succès. Et la petite se remet rapidement. Elle s’accroche à la vie et à son bonheur, surtout celui de pouvoir se fondre dans les bras de sa mère.

EmmaAurélieMes deux exemples ont une particularité commune: elles présentent toutes les deux une trisomie 21. Voir la vie comme elles la voient, s’éveiller aux autres, être curieuses de tout, goûter à chaque instant les multiples petits bonheurs quotidiens, se laisser porter par la vie, exiger une réponse à ses besoins réels, faire confiance, voilà le chemin qu’elles me montrent. Elles sont pour moi, en cette proximité de Noël, l’image de l’espérance. Elles sont l’image actuelle de cet enfant tout aussi fragile, né il y a 2015 ans (selon la datation de mon fils de neuf ans), qui a apporté une lumière nouvelle sur l’humanité en lui manifestant l’amour infini de Dieu, créateur et sauveur. Et sauveur de quoi alors? De la morosité et de la désespérance. De l’illusion du pouvoir et de la vérité-à-tout-prix. De la consommation sans autre but que le plaisir égoïste et l’absence de solidarité. Du repliement identitaire et religieux. De toute violence. Du mal en moi et dans les autres… De tout ça à condition que vous et moi y mettions du nôtre!

Emma et Aurélie sont un rappel de tout ce pour quoi Jésus est venu dans le monde: pour y apporter la seule chose qui compte, l’amour donné et reçu. Je vous souhaite donc cette chose unique qui a le pouvoir de vous combler, l’amour renouvelé de vos proches avec la bénédiction de Dieu pour vous-mêmes et pour votre foyer. Pourri Joyeux Noël!

100% xénophobes !

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À la suite d’une nouvelle action haineuse à Chicoutimi où l’on a vu un commerce, propriété d’un Africain sans histoire, affublé d’autocollants à caractère xénophobe (cf. photo), dans un élan spontané j’ai écrit cette « déclaration » que j’ai publiée sur ma page Facebook. Je la reproduis ici afin que d’autres puissent y accéder sans l’intermédiaire du média social. 

La question est posée: Qui est Québécois?

Déclaration: 

Je suis Québécois de souche canadienne-française. Mon ancêtre est venu s’établir au Québec au 17e siècle. Un de ses descendants (peut-être deux) est venu fièrement s’installer dans un vaste royaume qu’on appelle le Saguenay-Lac-St-Jean, partageant parfois difficilement l’espace avec les premiers habitants, mais de manière moins dramatique qu’en certaines régions. De « colon » à agriculteur à fromager à électricien à comptable, mes aïeux ont vécu une vie bonne malgré des conditions difficiles. Ce qu’ils m’ont légué, c’est la valeur du travail, de la famille, de la langue française, de la religion chrétienne qui dit « Fais aux autres ce que tu voudrais qu’ils fassent pour toi ».

Ces dernières années, d’autres familles nous rejoignent en ce Royaume pour tenter de suivre leur rêve, de vivre en harmonie avec les autres, de veiller à donner le meilleur à leurs enfants et leurs petits-enfants. Ils ne sont en rien différents de mes ancêtres. Ils ne sont en rien différents de moi et des miens. 100% Québécois, nous le sommes tous et toutes dès lors que nous partageons le désir de vivre ensemble, de communiquer franchement, d’établir des relations amicales, de nous respecter dans nos différences, de collaborer pour que le meilleur survienne pour nous-mêmes et pour nos propres descendants. C’est dans un tel contexte que je veux vivre. Tous ceux et toutes celles qui voudraient croire qu’ils ont un droit supérieur de vivre ici en empêchant quiconque de s’y établir sont dans l’erreur, soit par ignorance qui engendre une peur irrationnelle, soit par idéologie qui ne peut que produire la haine. Ceux-là n’ont pas leur place dans une société fondée sur l’amour, le travail et l’entraide dont nous avons hérité de nos ancêtres…

C’est ainsi que vous me trouverez toujours aux côtés de ceux et celles dont certains voudraient qu’ils quittent ce Royaume en raison de leur origine, de leur couleur, de leur ethnie ou de leur religion.

Voilà, c’est dit.
Jocelyn Girard, 11 décembre 2014
#100%Québécois

Pendant que je me tais…

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Depuis l’affaire Ghomeshi et jusqu’à peu, il ne s’est pas passé une heure, sur mes différents fils de réseaux sociaux ou dans d’autres médias, sans qu’une femme surgisse de mes abonnées ou amies ou connaissances et se mette à exprimer ou raconter qu’elle « en est », elle aussi. Je vois passer ces témoignages d’intimidations, d’abus, d’agressions, de viols que je lis ou écoute avec la gorge nouée, les yeux parfois mouillés. Incapable de commenter ou de dire quoi que ce soit, je me contente d’un +1, d’un pouce en l’air ou d’une étoile! Parfois je retweete ou je partage, mais je ne sais même pas si c’est ce qu’il faut faire. Oui, comment faut-il nous comporter, nous hommes, devant ce phénomène collectif à l’ampleur insoupçonnée? Certains s’y sont essayés en se trompant plus souvent qu’autrement.

J’ai appris non sans difficultés, avec Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus, qu’une femme qui exprime sa détresse, sa souffrance, ses états d’âme même, a simplement besoin qu’on l’écoute. Combien de fois je me suis fait dire: « Je ne veux pas que tu me trouves une solution, je veux juste que tu entendes ce que j’ai à dire! » Et ensuite de me reprendre et de me taire.

C’est ce qu’il faut faire, nous les hommes: nous taire. Mais pendant que nous nous taisons d’un silence respectueux, d’un non-dit rempli de tendresse, d’une pause de mots vides, mais d’attitudes justes, nous pouvons nous mettre ensemble et parler entre nous. C’est ce que je crois devoir faire, à ce moment-ci.

Pendant que je me tais du côté des femmes, je parlerai donc aux hommes, à mes semblables.

Nos histoires à nous

Très tôt à l’adolescence, j’ai été attiré par les « filles ». C’est normal, c’est important, c’est même rassurant pour certains. Très tôt également, le désir sexuel m’a pris au ventre. Je voulais connaître l’amour que je confondais certainement un peu (ou totalement) avec le sexe. Je me rappelle, à 14 ans, avec une fille de 15 (quelle conquête!), durant un de ces moments où la seule chose à faire ensemble est de s’embrasser sans arrêt, des heures durant! Parce qu’on ne sait pas quoi dire, parce qu’on n’a rien à dire, qu’il faut bien combler le temps et qu’on a les hormones dans le plafond! Un peu éreinté en raison de la posture que j’avais endurée trop longtemps, j’ai eu un geste de relever le bras droit vers l’épaule de ma copine. Je ne voulais rien faire d’autre, mais elle a vu autre chose, elle a cru que j’allais poser ma main sur son sein (je crois). Elle a eu un réflexe. Elle m’a saisi le poignet et l’a repoussé vivement en disant: « Non! Tu me toucheras pas! » N’ayant pas compris sa réaction, j’ai bien tenté d’expliquer que ce n’était pas mon intention (hum… sauf si… non, non, vraiment) mais rien n’a pu la convaincre. Notre petite soirée était terminée. Terminée aussi pour son amie et le mien qui étaient dans l’autre coin noir du sous-sol! Notre histoire d’amour ne s’est pas poursuivie…

Pendant longtemps j’ai été traumatisé par ce « non ». J’ai cherché à la revoir, à lui expliquer de nouveau, mais quelque chose avait été brisé. Pas de retour en arrière. Les années qui ont suivi m’ont amené à réfléchir sur la notion de consentement. J’en étais si marqué que je devais paraître complètement idiot lorsque venait le temps de demander à une fille et plus tard à une jeune femme si elle voulait « commencer une relation privilégiée » avec moi! Je me rappelle des expressions sur les visages de l’une comme l’autre à la suite d’une demande aussi inattendue alors qu’un simple « veux-tu sortir avec moi » aurait suffi… Que de malaises vécus juste à chercher le mode d’emploi! Et tant de relations qui n’ont, finalement, jamais commencées…

Ce n’est qu’à 20 ans que j’ai pu enfin trouver une jeune femme qui s’est montrée touchée par ma grande fragilité à demander… Et ce fut une belle histoire d’amour qui débuta. J’étais un jeune homme respectueux et bien décidé à la patience, mais le désir de ma compagne avait tôt fait de me décider à passer à l’acte! Visiblement, elle avait déjà une certaine expérience. Mais quelque chose n’allait pas. À chaque fois, à un certain moment, je sentais un malaise, quelque chose qui ne s’exprime pas mais qui est dans l’air. J’ai cru deviner qu’il n’y avait pas que des souvenirs heureux et que certains gestes de ma part pouvaient faire que son corps se remémorait et se crispait. Aujourd’hui, je crois bien qu’elle ferait partie de ces femmes qui disent tout haut ce qui était coincé quelque part au fond de leur être.

Ma seule autre expérience amoureuse est celle que je vis toujours avec la femme que j’ai épousée à 22 ans. Avec elle, tout semblait parfait (au lit, je veux dire). Tout, sauf lorsqu’elle dormait! Vous savez bien, vous les hommes, comme il est bon d’arriver dans un lit déjà chauffé et de se coller tout doucement contre l’être aimé! Pour moi, c’était à mes risques et périls! À chaque fois que mon bras se posait sur ses hanches, même dans la plus grande douceur, je recevais un coup ou bien mon poignet en sortait marqué. Pour elle, c’était donc durant son sommeil que ça s’était passé… Et depuis qu’elle dormait toutes les nuits avec un homme, son corps s’était mis à réagir aussi lorsqu’elle était éveillée. Combien de fois me fallut-il renoncer à mes envies non pas parce que ce n’était pas le bon moment, ni la bonne façon, mais simplement parce que le corps se fermait à toute sensation? Et ce fut donc un long apprentissage du respect, des limites réelles dans le non-dit, avec aussi des transgressions de ma part ou des détours pour y arriver quand même, parce que j’étais un homme et qu’un homme en veut toujours…

L’amour plutôt que le pouvoir

Il est probable que toutes les histoires qui nous sont racontées ces temps-ci où l’on comprend que des gars comme nous, peut-être nous-mêmes, se font révéler en pleine face comment ils n’ont pas été à la hauteur de ce qu’un homme doit faire dans le cadre d’une relation homme-femme au XXIe siècle, s’avère la meilleure thérapie collective qui nous soit offerte afin de trouver un nouveau sens à notre masculinité.

Il est temps de prendre conscience que nous ne sommes plus à l’époque lointaine où la femme était comptée parmi nos possessions; que nous ne sommes plus à l’époque des courtisans qui voyaient dans le refus d’une dame une invitation à la conquête; et que tous les moyens à notre disposition aujourd’hui – notre force physique, l’attrait que nous exerçons, nos positions de pouvoir, nos avances insistantes, nos drogues (!) et même l’amour que l’autre nous porte – ne doivent jamais nous permettre de transgresser la puissance d’un « non », qu’il soit dit par la bouche, par une attitude de refus ou ultimement par un corps qui se braque.

J’ai appris à cesser d’être macho, après des essais et erreurs, mais surtout beaucoup d’amour. J’y ai gagné l’amour incessant d’une femme qui me comble depuis plus de 30 ans. Je ne crois pas qu’il y ait quelque chose de plus grand que d’être aimé jour après jour par la même femme, celle qui nous connaît sous tous nos mauvais plis et toutes nos grandeurs. Être aimé jusqu’au bout, là est le bonheur de l’homme, quand il a appris lui-même à aimer et à respecter sa propre femme. Voilà ce que j’avais à dire à mes frères masculins.